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Le Chevalier Noël Brulart de Sillery [microforme]

E grand bienfaiteur de l'humanité, ce noble patron de tant de bonnes œuvres, le chevalier Noëz BRüLART DE SILLERY, prêtre, mais d'abord Bailli (1) et Grand-Croix de l'Ordre € ) æ) religieux et militaire de Saint-Jean TS ou > de Jérusalem, Commandeur ou bénéficier du Temple (2) de Troyes et de la

wi O «x Commanderie de Ville-Dieu, ete., etc., SR naquit, à Paris, ie 25 décembre, 1577, ok CX de parents vertueux et qui comptaient

WW d'illustres ancêtres. Il reçut le nom de Noëi, PTT parce qu’il vint au monde le jour où l'Eglise % solennise le grand mystère de la naissance du

(1) La dignité de Baiïlli était au-dessus de celle de Commandeur. On disait Bail!i ou Pilier de l'ordre.

(2) Temple de Troyes. On appelait {emple le lieu en certaines viiles où les chevaliers faisaient leur résidence. Ils avaient le Temple de Paris, etc. {Voy : VerRToT,—Hlistoire des chevaliers de Malte, etc.)

Messie, et parce qu'il fut baptisé le même jour. Son père, Pierre Brulart, H° du nom, Seigneur de Berni ou de Berny, président ès enquêtes, descendait d’une ancienne famille de la Savoie, établie en Bourgogne, très remarquable par sa piété et par le zèle dont elle fit preuve pour le soutien de la vraie foi, dans un temps où l'église de France était fatiguée par les troubles incessants que fomentaient les Huguenots. Henri IV sut apprécier Ja sincérité constante de ce joyal et bienveillant serviteur, qui se distingua partieulièrement dans la magistrature. I avait épousé, en janvier 154%, Marie Cauchon, Dame de Sillery et de Puisieux, dont les noms et les titres passeèrent à leurs enfants. Cet éminent magistrat mourut le 31 décembre 1584.

Outre celui qui fait l'objet de nos recherches, lillustre magistrat eut cinq autres enfants.

L'ainé, Nicolas-Brulart, Marquis de Sillery, homme d’un rare mérite, fut nommé chancelier de France et de Navarre, en 1607, par Henri IV, décédé en 1624, àgé de quatre-vingts ans, encore conseiller d’état (3). C'est lui qui fut envoyé à Rome, pour négocier ce qui concernait la nullité du mariage de Henri-le-Grand, avec Marguerite de Valois (4). Une médaille, frappée à cette occasion par ordre du Grand Roi, perpétuera le zèle du chancelier de Sillery. {Voy. Trésor de Numismatique, etc.)

(3) Mémoires de Créquy, Tome TIT, pages 193 et 336.—Dictionnaire Biographique de Moréri et autres.

(4) Le mariage de Marguerite de Valois avec Henri IV fut déclaré nul, à Paris, le 17 décembre, 1599.

Le second fiis du digne magistrat Brulart, François, Archidiacre de Reims, était remarquable par la vivacité de son tempérament, par l’ardeur de son génie, mais plus encore par les sentiments d'une âme toute portée à la picté. Le roi, Henri IV, dontil avait mérité l'estime à un très haut degré, lui accorda Ja fameuse abbave de Voye-le Roy. C'est lui qui fit construire le célèbre collège des jésuites à Reims. I refusa l'Archevèché de Reims, auquel les vœux du chapitre l'appelaient.

Jean-Baptiste, le quatrième fils, se fit capucin. I] fut un des ornements de cet ordre religieux qu'un siècle absurde et frivole accabla d'un injuste et sot mépris, dit M. de S. Victor.—Tableau de Paris, p. 996, Tome 1° de la 2° partie (5).

Trois filles, également d'une grande vertu, faisaient la consolation de la famille Brulart. L'une, Catherine, se consacra à la vie religieuse et gouverna assez longtemps la célèbre abbaye de Longchamp, près Paris. La seconde voulut être la fondatrice des religieuses Hospitalières de la Place Royale, de cette même ville (6), et employa à cette fin la somme de vingt mille écus. La troisième épousa Laurent Cauchon, seigneur de Trélon, qui exerça successivement divers emplois honorables dans l'administration de la justice.

Noël Brulart de Sillery était le plus jeune enfant de

(5) Jean-Bte, Brulart, frère du chancelier de ce nom, se fit plus tard capucin, et devint commissaire-général des maisons de son ordre en France, picr. D'Epi@ : T! ler, p. 1097.

(6) De l’ordre de Saint-Augustin.

cette famille si hautement recommandable : son zèle constant à marcher dans les voies de Dien el à se conformer aux lecons de ses vertueux parents, l’a rendu un objet de consolation et de gloire pour eux et pour ses concitoyens.

Son père le destina, d'abord, à être chevalier de Malle. Un ami de la famille, peut-être même son proche parent, vint presser l'affiliation du jeune Noël à cet ordre militaire de chevaliers illustré par tant de preux. Les idées chevaleresques du temps, les impétueuses saiilies de caractère du jeune de Sillerv avaient conduit l'ami, ou le parent de la famille, à proposer son entrée dans l'ordre religieux et militaire et, par suite, déterminé ses parents à souscrire à de telles vues. Noël fut done envoyé dans l’île de Malte, à l’âge de dix-huit ans, après avoir terminé ses premières études classiques. Sa vivacité, ses belles manières, rehaussées par sa candeur et sa modestie, décidèrent le Grand-Maître (7) de l’ordre à se l’attacher comme page. Il acquit bientôt sa plus haute confiance. Par le courage à toute épreuve qu'il déploya daas les caravanes (8), et toujours à l'aide de la protection du Grand-Maiître, il obtint bientôt la commanderie de Troyes, qui rapportait alors annuellement

(7) Martin Garzez, de la langue d'Aragon, qui venait de succéder au grand-maitre Hugues de Loudeux.

(8) L'expression caravane vient d'un mot arabe qui signifiait associalion de personnes pour faire un négoce ou un voyage. L'ancienneté datait du jour de la réception, mais ne comptait pour rien si l’on n'avait pas résidé cinq ans dans l'ile et fait quatre caravanes sur les vaisseaux de l'ordre.

un revenu de 40,000 livres. Son sé'our dans l'ile de Malte, ne fut que de douze ans, mais durant cette période, il avait su gagner l'estime de tous ceux qui l'entouraient tant par l'excellence de son génie et de son heureux jugement que par sa générosité el sa brillante valeur.

En 1607, ayant obtenu congé (9), il revint à Paris, et parut à la Cour, où la disnité de ses manières lui attira toute la bienveillance du roi Henri IV. Peu après la mort de ce grand monarque, la reine Marie de Médecis, le fit chevalier d'honneur. I ne briguait pas les distinctions ; son mérite personnel les lui assurait. Ainsi, onle vitsuccessivement ambassadeur de France en 161% à la cour d'Espagne, et en 1622, à la cour de Rome, où 1l allait remplacer François- Annibal d'Estrées, marquis de Cœuvres. Il s'y disingua pendant plus de deux ans par ses lihéralités envers les pauvres, plutôt que par le luxe avec lequel la reine voulait qu'il parut dans la capitale du monde chrétien, surtout dans la dernière partie de son séjour en cette ville. Le pape, Paul V, qui occupait alors la chaire de Saint-Pierre, se plaisait à rendre un juste tribut d'éloges aux vertus éminentes et nombreuses qui distinguaient l'ambassadeur de France. Le cardinal de la Valette le remplaça, en 1624, auprès du Saint-Siége, en qualité de chargé des affaires de la France. M. de Sillery avoua depuis, que c'était pendant son séjour à Rome, qu'il avait conçu le dessein

(9) Du Grand-Maitre, Alof de Vignacourt, qui, depuis six ans, avait succédé à Martin Garzez.

de se vouer à Dieu et de s'enrôler dans la milice du sanctuaire. |

D'après ce que nous lisons et ce que nous recueillons çà et là, sur le compte de ce personnage, il parait qu'il avait d’abord déployé à Rome un faste extraordinaire et éblouissant, vivant dans les recherches du luxe, Ses immenses revenus le mettaient à même de se donner dans ce sens toute carrière. Son train de maison, à Paris même, était sur un pied qui ne le cédait en rien à la somptuosité des plus grands seigneurs. Ses goûts pour la splendeur et l'éclat ne lui faisaient pas, néanmoins, oublier les pauvres et les nécessiteux ; mais on conçoit qu'il ne pouvait soutenir le ton princier, et la magnificence de ses largesses et de ses dépenses, sans diminuer la part qu'il aurait pu, en vivant autrement, faire plus grande aux .indigents, et à ceux qui faisaient appel à son cœur compatissant. Saint Vincent-de-Paul le ramena, peu à peu, à des habitudes plus conformes à ses vœux de religieux. M. de Sillery n'en vivait pas moins en bon chrétien, dévoué à l’accomplissement de tous ses devoirs sans négliger ceux même qui paraissent les moins importants et dont on s’affranchit si volontiers, quand on ne songe qu’à faire vie bonne.

D'après ces données, il est facile d'interpréter le sens du mot convert dont se sont servi plusieurs écrivains, pour marquer son retour à des sentiments plus conformes à l'esprit du christianisme. Désabusé des vanités du monde, connaissant la futilité des honneurs, et le vain prestige attaché aux grandeurs et aux distinctions, M. de Sillery revint à une vie plus

sévère en 1626, à l'occasion d'un jubilé accordé, l'année précédente, par le pape Urbain VIT (Barberini). Pour réparer un passé qu'il trouvait trop vide de bonnes œuvres, il se donna à une vie plus régnhière, Sous la direction de saint Vincent-de-Paul, il réforma sa vie et sa maison et s'appliqua entièrement à faire des heureux. Ti avait alors quarante-huit ans. L'embarras des affaires, dont il ne put sortir assez tôt, malgré tous ses eflorts, ne lui permit pas de réaliser d'abord tout le bien qu'il avait en vue, Des circonstances impérieuses gèénaient encore la marche qu'il voulait suivre. Mais, en 1632, de plus en plus désireux de contribuer au bien du prochain, ilréduisit encore davantage ses dépenses, malgré les réclamalions de l'mour propre, afin de suffire aux fondations qu'il élevait de côté et d'autre. Il voulut se tenir dans un plus grand éloignement du monde et de ses splendeurs, afin de vivre avec une plus stricte économie, et de réparer par là le vide qui se trouvait dans ses années. Par son ordre, des missionnaires furent envoyés dans ses domaines pour y prècher les hameaux. Il distribua une grande partie de son revenu en bonnes œuvres.

C'est vers celte époque qu'il fit la connaissance de l’illustre Père de Condren (10), général des Pères de l'Oraloire, dont les avis et la direction lui furent si profitables, lorsque les disgrâces l’atteignirent et le dégoütèrent de la cour, d'où il jugea à propos de s’éloi-

(10) Voy. sur le P. de Condren l'excellente « Vie d'Olier par M. Fairzox—Dou Lomxeau: Vie des SS, de la Bretagne, etc.— CARDINAL DE Bavusser, Vie de Bossuet, etc.

gner. Ayant entrepris quelques affaires qui ne reussirent pas, malgré tout le talent qu'il y mit, elles furent désavouées, et sa conduite fut désapprouvée. Cette désapprobation, quelque adoucie qu'elle fût, le contraria tellement qu'il prit la détermination de s'exiler définitivement de la Cour. «Sic transit gloria mundi. »

Malgré son isolement, M. de Sillery jouit toujours de Ja confiance du roi Louis XI. ]1 venait de faire connaissance, comme il a été dit plus haut, avec saint Vincent-de-Paul, alors supérieur-général des prêtres de la mission de Saint-Lazare, dans cette ville, homme dont la sainteté était si exemplaire, et l'amitié si utile. ll se mit entièrement entre ses mains, résolu de suivre, en tout point, les conseils d'un homme si rempli de l'esprit divin.

Pour être attaché à Dieu par des liens plus directs et plus étroits, M. de Sillery demanda alors à recevoir les saints ordres. Quoiqu'il fut à cette époque dans uu âge avancé, rien ne put le détourner de son projet.

Le 28 décembre, 1632, il revêtit l'habit ecclésiastique et Césira consacrer toute l'année suivante à se préparer dans la retraite et le silence à recevoir les ordres sacrés.

Sur la fin de juillet, 1632, il vendit au cardinal de Richelieu son magnifique hôtel, nous devrions plutôt dire, son splendide palais de Paris, et voulut prendre un modeste logement près du couvent des Sœurs de la Visitation de Sainte-Marie.

Etant chevalier de Malte, il avait dù se pourvoir

d'une &ispense du saint siége, pour entrer dans l’état ecclésiastique. Il envoya à Rome, selon les uns, un messager à ses propres frais, solliciter la permission du Pape Urbain VIT, qui la lui accorda avec des témoignages tout particuliers de l'estime qu'il avait pour sa personne ; et le comte d'Aveau, comme le due de Lesdiguières (Charles de Créquy) maréchal de France, tous deux ambassadeurs auprès du Saint Siège, se plaisaient à mentionner les témoignages flatteurs que le Saint-Père avait voulu donner au Commandeur de Sillery. Selon d'autres chroniqueurs, il fit demander la dispense nécessaire par Monseigneur Pierre Fenouillet, évêque de Montpellier, chargé d'une mission spéciale à Rome, vers cette époque.

Des témoignages si nombreux et d’une si haute portée ne pouvaient que rehausser le mérite et la bienfaisance du Commandeur. En propageant sa réputation d'homme pieux et charitable, ces bruits appelaient autour de lui des solliciteurs nombreux. Sa bienveillance ne faisait défaut à personne, grâce à ses heureuses dispositions et aux grands revenus qui se multipliaient encore entre ses mains, tant était sévère l'économie qui présidait à ses arrangements, tant élait ingénieuse son inépuisable charité. Ilserait superflu de présenter ici l'immense détail des bonnes œuvres auxquelles il a su lier son nom; d’ailleurs, la modestie du donateur a été cause que ses largesses ont été bien souvent ignorées. Aussi devons-nous laisser toul ce que nous aurions pu recueillir çà et là de faits honorables à la mémoire de l'exceilent personnage qui nous intéresse, nous bornant à faire con-

naitre cette partie si précieuse dn bien qu’il a tenté en faveur des missions de la Nouvelle-France, notamment au profit de celle qui a porté son nom.

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