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LE Canana, doublement intéressant pour les França!s, comme chrétien ct comme colonie, ne commenca guères, toutefois, à attirer l'attention publique que sous Louis XII ; et il est remarquable que ce fut la piëté plutôt que la politique qui dirigea les principaux chefs dans leurs projets pour l'établissement de Ja Nouvelle-France. Ce fut pendant plusieurs années une noble émulation à qui concourrait plus puissamment aux progrès du christianisme dans cette contrée. Tout ce qu'il y avait de plus distingué à la Cour, des personnes de conditions, des princesses, Ja Reine elle-même, entrèrent dans les vues religieuses de ceux qui portaient intérêt à cette partie du Nouveau-Monde. Plusieurs missionnaires partirent pour aller, sur les pas des premiers apôtres de ce vaste pays, prêcher la foi aux indigènes, mais un bien plus grand nombre désiraient y consacrer leur vie. Ils ne furent retenus que par l'insuffisance des moyens de s’y transporter et de s’y soutenir.
Le commandeur de Rasilly, qui s'était toujours vivement intéressé à la colonisation de la Nouvelle- France, avait de bonne heure disposé M. de Sillery à faire partie de la compagnie dite des Cent-Associés.
Empressé de concourir à toute entreprise utile et louable, M. le commandeur de Sillery, dont le nom se trouve à la tête de tant de bonnes œuvres, s’y était prèté de bonne grâce et avait mis tout le zèle possible à seconder les intérêts de la colonie naissante et l'œuvre, plus noble et plus méritoire encore, de la conversion des barbares. Dans l'intérêt des sauvages du Canada, il avait fondé, de l'agrément du R. P. Etienne Binet, Provincial des PP. Jésuites, à Paris, une mission ou résidence des Pères missionnaires près de Québec, capitale de la nouvelle colonie. C'est probablement à la suggestion du P. Le Jeune, qu'il songea à cette œuvre dès 1632. La somme qu'il affecta d'abord à cette fondation, fut considérable. Dès le début de l’œuvre, il avait compté au P. Charles Lalemant la somme de douze mille livres tournois, pour commencer la mission que, par reconnaissance, on appela plus tard, de son nom, SiLLERY.
Cette mission élait à environ une lieue et quart ou une lieue et demie de l’établissement de Québec, dit la Rév. Mère Marie de l’Incarnation.
M. de Sillery n’était pas encore dans les ordres, à cette époque. Ce ne fut que dans les premiers jours de mars 1634, qu'il fut ordonné prêtre, ayant obtenu du Souverain Pontife la permission de recevoir tous les saints ordres en même temps. Il voulut, toutefois passer le carême de 1634 en exercices de retraite, dans la solitude la plus parfaite, pour se préparer à célébrer la sainte messe, qu’il dit, pour la première fois, le Jeudi-Saint, 13 avril, même année, dans la chapelle des religieuses de la Visitation du faubourg
S. Jacques, de Paris. La chapelle qu'il faisait alors construire dans la rue Saint-Antoine, et dont il sera parlé plus bas, n'étant pas encore terminée.
Le P. au Creux (Historiæ Canadensis, dc.) nous a conservé les motifs qui avaient conduit le P. Le Jeune à solliciter du commandeur de Sillery l'établissement d’une mission près de Québec. Quelque pittoresque que soit sa narration, elle est en lalin, et nous devons renoncer, dans l’intérèt de la généralité de nos lecteurs, à la reproduire. D'ailleurs, elle est trop longue pour trouver place ici. On sait déjà que ce qu'il en a dit est emprunté aux précieuses Relations des Jésuites.
On aimera sans doute à connaitre ce qui se rattache aux commencements de cette intéressante mission de Sillery.
Voici à ce sujet, ce que nous lisons dans la Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en 1638.
Nous aimons à reproduire celte page des écrits naïfs et riants parfois du R. P. Le Jeune, de la Compagnie de Jésus. «Un des plus puissants moyens que nous puissions avoir pour amener {les sauvages) à Jésus-Curisr, c’est de les réduire dans une espèce de bourgade, en un mot de les aider à défricher et culuver la terre et à se bastir. Comme nous cherchions tousiours quelque secours pour faire cette entreprise, arrive qu’une personne de vertu de vostre France, bien cognüe au Ciel et en la terre, et dont le nom ne peut sortir de ma plume sans luy déplaire, me donna advis d'un dessin qu'il auoit de servir
Notre-Seigneur en ces contrées, Il gage à cet effet quelques artisans et quelques hommes de travail pour commencer un bastiment, et pour défricher quelques terres, m'assurant dans ses lettres qu'il n’auoit point d'autre but en ce travail que la plus grande gloire de Dieu. Nous mimes ses ouvriers dans vn bel endroit, nommé à présent la résidence de $S. Joseph, une bonne lieue au-dessus de Kébec sur le grand fleuve. Monsieur Gand !{1) avait pris ce lieu pour soy, mais il le consacra volontiers à un si bon dessein. Ces affaires estant en cette disposilion, nous mandasmes à ce bon Seigneur, qu'il feroit un grand sacrifice à Dieu s’il voulait appliquer le travail de ses hommes à secourir les sauvages... ............... ss D
Dans l’origine, selon l’opinion émise par l'historien du Creux, l'établissement de Sillery ne devait être qu'une école en faveur des enfants des Algonquins et
(11) Francois Ré dit Gand, commissaire-général aux magasins de la Compagnie, mourut à Québec en mai 1641, et fut inhumé dans la chapelle de M. Champlain, le 20 mai, le lendemain de
la Pentecôte.—Regislre de Nolre-Dame de Québec.
On a écrit ce nom bien diversement. Dans les Re!alions des Jésuiles on lit : François Ré dit Gand. Dans un contrat de terrain donné aux RR. PP. Jésuites on a écrit: François d’Ere, Sieur de Gan. Au registre paroissial de Notre-Dame de Québec, on à écrit François Ré dit Gand. M. l'abbé Ferland écrivait (Notes sur les Registres de la paroisse de N.-D. de Québec, page 24,) François Ré dit Gand—mais dans son Cours d'Histoire du Canada, tôme 1er, page 294, il écrit Sieur Derré de Gand !
Quoiqu'il en soit, Monsieur Gan, ou Gand, où de Gand était Commissaire-Général des magasins du Roi, à Québec et aux Trois-Rivières; et son nom est entourré, dans les mémoires du temps, des plus flatteux éloges donnés à son immense charité envers les sauvages. Il signait « Derré, »
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des Montagnais ; mais, à la demande des sauvages eux-mêmes, elle prit de l'extension. On résolut de réunir autour de la maison de la mission ou de la résidence des Pères missionnaires, les familles converties au christianisme.
Le Gouverneur de Québec, M. de Montmagny (12), qui avait toute la confiance du religieux personnage aux frais duquel on faisait cette entreprise, accueillit bien favorablement la supplique de M. de Sillery, lui demandant de ratifier la concession de douze arpents de terre, que la compagnie du Canada lui avait octroyé dans les limites de la ville de Québec, et de lui concéder en sus, une plus grande étendue de terrain pour y établir une mission lixe et permanente.
Nous nous empressons de mettre sous les veux du lecteur, la lettre que le Commandeur de Sillery écrivit, à l'occasion de la fondation de cette intéressante mission, à M. de Montmagny, plus tard Gouverneur et Lieutenant-Général du roi en ce pays. Elle fait voir son humilité jointe à sa grande charité. Nous la ferons suivre de la réponse de l'excellent gouverneur.
(12) Les données que nous avons sous les yeux, nous fournissent toujours le nom de Montmagny, quoique Champlain eût encore, à la date de cette lettre, l'administration des affaires de la colonie, à Québec ; nous ne pouvons interpréter la conduite de Champlain qui devait être à Québec à cette époque. Mais la date de ces lettres, et l'adresse de M. De Montmagny, qualifié du titre de gouverneur, dérangent les notions que nous avions concernant l'administration de l’un et de l’autre gouverneur.
Lettre de M. de Sillery à M. de Montmagny (13). « Monsieur,
« Dans la pensée qu’il a plu à Dieu me donner de «contribuer ce que je pourrais, pour le bien et l'a- «vancement de la foi en la Nouvelle-France, j'avais «toujours eu intention de n’y être point connu et «nommé, quoique M. le Commandeur de Razilli « m’eût fait la faveur de m'en écrire bien particuhè- «rement me conviantinstamment de vouloir prendre « part à cette œuvre, mais vous ayant su en ce pays, «avec la charge et le commandement que le rui vous «y a donné, il m'a semblé que c'était le signe que «la Providence céleste me donnait pour coopérer, « selon qu'il lui plaira au salut des âmes de ces pau- «vres barbares. J'ai estimé, qu'en me réjouissant «avec vous, en Notre-Seigneur, de la principale « part et conduite qu’il a ordonné que vous ayez en « cette affaire, je devais confidemment m'ouvrir à « vous, de l'affection et de l'inspiration que je ressens « pour ce même effet ; lequel je vous prie de favo- «riser en tout ce que vous pourrez, selon votre piété, « par l'autorité de votre charge ; nous fesant le bien « de nous vouloir donner, au meilleur endroit qu’il «se pourra, dans l'enceinte de Québec, les douze «arpents que messieurs de la Compagnie nous ont
(13) Charles-Huault de Montmagny, Chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, etc. Il avait été, depuis 1632, administrateur des affaires de la Compagnie du Canada, sous l’autorité du Cardinal de Richelieu. Ce ne fut qu’en 1636, après le décès de Champlain, qu’il fut nommé Gouverneur au nom du roi.
«accordés, et les autres encore de plus grande «étendue, aux endroits plus proches de Ja dite ville, « dont ils sont convenus ; pour le tout servir et être «affecté au bien de la dite maison. Le révérend « Père Lejeune me fera cette grâce, d’avoir l'œil sur «les ouvriers que nous envoyons pour la construc- «tion du bâtiment et pour défricher les terres, Je « vous prie de protéger ces bonnes gens, en tout ce « que vous pourrez Charitablement ; et obligez-moi, «au premier passage de la flotte, de me mander sin- « cèrement ce que vous jugez de notre petit dessein, «en l'établissement de ce séminaire, pour instruire «et élever en la foi les filles des sauvages avec les « Français qui se trouveront dans le pays, el si cela «pourra être bien utile, et dans quel temps la maison « pourra être faite pour servir à ce dessein.
« Le 21 mars 1634. »
Voici la réponse de M. Huault de Montmagny, Gouverneur du Canada. (Sans date ni signature (14).
« Monsieur,
« Je ne puis m'empècher de publier partout votre «rare bonté el votre incomparable humilité. C'est un échantillon de votre renonciation entière au «monde qui ne se fait pas, sans donner sujet d'ad- «mirer la grandeur de la miséricorde divine sur «Vous, qui avez lant reçu d'honneur dans de si
(14) Ce qui est d'autant plus regrettable que la date, 1634, est une erreur, puisque M. de Montmagny ne vint en cette colonie qu'en 1636.
« hautes dignités et charges, que vous avez si digne- « ment exercées avec tant d’applaudissement, Jlne «se pouvait faire autrement, puisque le grand Dieu « de toute éternité vous y avait destiné en ce tempslà ; mais à présent, nous voyons en vous des «projets et des desseins bien plus sublimes et plus «saints comme est celui d'établir un séminaire en la « Nouvelle France. Cela s'appelle suivre vraiment « l'intention de Dieu, à qui soit à jamais honneur et «gloire ; il ne se peut que le tout ne réussisse à « votre contentement, puisque c’est pour l’exaltation «de son nom et de la Très-Sainte Vierge, notre bonne « maitresse. »
On voit par la Relation de ce qui s'est passé en Canada, de 1651 à 1652, que le site affecté à la mission de Saint-Joseph était antérieurement désigné sous le nom de Ka-mis-koua Ouongachit, ou plutôt, et mieux encore, selon ce que l’on lit quelque part, Kamisda d'Angachit(15.) La mission ou la résidence des PP. Jésuites ayant reçu le nom ou vocable de Saint-Joseph, ce poste fut appelé plus tard Saint- Joseph ou Mission Saint-Joseph, l'Anse Saint-Joseph, etc., elc.
Mais c'est à la demande du Commandeur de Sillery que la chapelle de la mission fut construite sous le vocable de Saint-Michel. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans les précieuses Relations des Jésuites : .....…... € Vne personne de mérite et de piété ayant fait une aumosne pour dresser en ces nouvelles con-
(15) Relalion de 1652, chap. IX.
trées vne petite chapelle, sous le nom de Saint- Michel, nous nous sommes efforcés de suppléer à ce qui manquait; pour en baslir une petite église dédiée à Dieu, sous le titre de ce glorieux Archange, La croisée fait deux chapelles, où la Sainte-Vierge et son cher Epoux Saint-Joseph sont honorés. Ce petit bastiment, fait tout exprès pour les Sauvages, n'a pas à la vérité la magnificence de ces grands miracles de l'Europe ; mais il y a quelques paroissiens dont la candeur et la bonté est autant et plus agréable à Dieu que l'or et l’azur de ces grands édifices. » Relation de 1647, chapitre IX.
C'est en 1637, que les RR. PP. Jésuites y construisirentune maison, qu'ils n'allèrent toutefois occuper qu’au printemps suivant, dans le but d'y attirer les sauvages Algonquins et Montagnais. On n'admettail à séjourner dans l'enceinte de palissades, que les sauvages chrétiens. On y recevait néanmoins indistinctement les sauvages néophytes de toutes tribus, pour les instruire, mais ils devaient fixer leurs habitations en dehors de l’espace occupé par les convertis. Quelques familles françaises, des menuisiers, des maçons, des défricheurs, y avaient aussi fixé leurs résidences. Laissons encore les Relations nous dire tout ce que Ja picuse entreprise a coûté de troubles, de peines et de sacrifices aux enfants de Saint-Ignace. 1! suffit de dire, qu'un nombre considérable d'Algonquins et de Montagnais y passaient une bonne partie de l’année, sous la direction des Jésuites. Leurs familles y résidaient l’année entière. Les hommes ne s'éloignaient que pendant la saison de Ja chasse.
Le Rév. Père Vimont va nous donner de plus amples détails sur la manière dont les sauvages étaient logés et sur la disposition des édifices qu'ils y occupaient. « La bourgade de Saint-Joseph, dite Sillery, distance de Québec de deux petites lieues, est composée d'environ 35 ou 40 familles de sauvages chréliens qui s'y sont arrestez, et y demeurent toute l'année, excepté le temps de leur chasse. A ceux-ci viennent se joindre plusieurs de ceux qui sont encore errants, partie pour recvoir quelques secours, partie pour estre instruicts dans les mystères de nostre sainete foy.….... Nous n'avons encore pour toutes ces familles arrestées que quatre petites maisons à la française auxquels nous en allons, Dieu aidant, cet automne, en joindre deux autres commencées dès l'hyver dernier, par le moyen de quelques aumosnes qu’on nous a données pour ce subject... | Nous en disposons encore une autre pour le printemps prochain qui sera dédiée à Sainct François ; celuy à qui elle est promise porte desjà le même nom... Ces maisons sont basties moitié de nostre costé et moitié du costé de l'hospital, qui est séparé d'avec nous d'une colline ou platon large d'environ soixante pas. Les montagnets ont choisy nostre costé , les Algonquins ont pris celuy de lPhospital. Les principaux sauvages sont logés en ces maisons à la françoise ; les autres se cabanent à leur facon sous des écorces, chacun du costé de son party, attendani qu'on leur puisse procurer quelques petits bastiments comme à leurs compagnons...» (Relation de 1643, chapitre IT.)
On avait, d'abord, entouré la bourgade de pieux
élevés et solides ; mais on verra plus tard (en 1631) le gouverneur, M. Jean de Lauson, la renouveler et Jui donner plus d'extension et plus de force, en la munissant de quelques bastions. 11 s'agissait de mettre la petite chrétienté à l'abri des battues continuelles et des cruautés si terribles des perfides Iroquois,
En 1639, les religieuses de l’Hôtel-Dieu, dites Hos- Pitalières du Précieux Sang, venues, cette même année, de Dieppe, sous les auspices de Madame Ja duchesse d’Aiguillon, s'établirent à Sillery.….....…. Elles s’y rendirent, presque au lendemain de leur débarquement à Québec. Voici comment s'exprime à ce sujet, l’auteur de l'Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, p. 26... « Le lendemain on va voir Sillery ; nous avions près de là, une terre qui n’avait que peu de bois abattu et d'assez beau blé à la place. Notre emplacement de Québec était occupé par une mauvaise construction, pas de puits sur le terrain, il fallait à travers des sentiers difficiles, aller chercher de l'eau, en bas du côteau. M. Le Sueur, ancien curé de la paroisse de Saint-Sauveur, en Normandie, nous fut donné pour premier chapelain..... Le 15 aoûl, le vaisseau arriva avec nos effets et provisions... On à un grand nombre de malades auxquels il faut donner notre linge.....les sauvages n’en ont pas du tout, il faut leur en fournir pour les malades et pour les morts... On soigne les malades le jour et on lave la nuit... La picotte fait d’affreux ravages... personne ne veul laver pour nous... pas de voiture pour charroyer l’eau qui est trop loin,
pour qu'on aille la chercher à bras.....9 juillet, 1640, on pose à Sillery, la première pierre de notre nouvelle bâtisse... Nous laissons la ville presque de suite... Nous logeons à Sillery dans la maison de M. de Puiseaux, (16) qui se trouvait auprès... C'est le 3 août, qu'on commença à résider dans notre maison qui n'avait que trois chambres... Cependant, il fallut y hiverner malgré le froid, l'humidité et le malaise de toute sorte... Celte année pas d’autres” français à Sillery que les Jésuites...
Mais laissons là les intéressantes citations, que nous pourrions muliplier, du livre de la respectable Mère Juchereau de Saint-Ignace. D'ailleurs, ce n’est pas de l'histoire de la mission de Sillery qu'il s'agit.
On à vu que le P. Le Jeune devait surveiller les ouvriers venus de France, aux frais du commandeur de Sillery, et régir l'emploi des fonds qu'affectait à cette œuvre le religieux et dévoué fondateur. L'extrème ardeur qu’il avait pour la conversion des peuplades sauvages, répandues dans les immenses forêts qui encadraient notre majestueux fleuve, le porta à contribuer avec une affection toujours soutenue, à l'œuvre sainte qu'il avail commencée, n’épargnant ni soins, ni sacrifices, afin de pouvoir donner à ces âmes les moyens de parvenir à la connaissance de l'Evangile.
(16) C'était un des beaux édifices du temps, et d'une grande étendue, situé sur l'emplacement qu'occupe actuellement l'hôtel Scott, dans l'anse Saint-Michel,
En 1639, ilassigna une rente perpétuelle au soutien de cette mission. Cette rente, établie par contrat, en date du 22 février, se prélevait sur un fonds de vingt mille livres tournois, qu'il avait déposé, à cette fin, aux bureaux de l’Hôtel-de-Ville de Paris.
Voici la lettre que le Rév. P. Le Jeune lui écrivit à cette occasion.
« Monsieur,
«À peine ai-je commencé le premier mot de ma «lettre, qu’il m'a fallu tout quitter pour me retirer à «part, tant mon cœur et mes yeux me pressaient. « Je vous confesse que, repassant dans mon esprit «ce que vous me demandez, et voyant vos prodi- « gieuses bontés pour nos sauvages, il m’a fallu bénir « Dieu, avant de passer plus outre, et le remercier « des grâces qu'il vous a faites, et à nous, par votre «centremise, Si j'avais l'aile assez forte, je vous «irais trouver pour passer les jours et les nuits avec « vous à parler de Dieu, car Je sais bien que votre « cœur est à lui. Hâtons-nous, Monsieur, hàtons- «nous, pendant le court pélérinage de notre vie! «J'ai lu et vu vos intentions pour la fondation de « messes que vous désirez être dites à perpétuité. « Quand je vins à ces mots: Le prétre se regardera « comme le chapelain de Notre-Dame, je fus touché et « je sentis en moi-même un grand désir que ce bon- «<heur m'arrivât, et Dieu m'a exaucé, car notre « Révérend Père Supérieur m'a dit que c’était votre «intention que je me chargeasse de cette commission «que J'ai reçu avec joie... Il faut que je vous
« confesse que votre humilité m’anéantit fort ; vous « me déclarez vos sentiments avec une candeur qui «me donne de la confusion. Je suis dans de plus « grandes espérances que jamais, que Dieu par votre « Moyen réduira nos sauvages ; il vous a choisi pour «ce grand ouvrage, rendons-lui grâces tous deux.
« 0000000 0000000000 00000000 00000bL00e ns 0... .... ce.)
Les ouvriers Evangéliques qui travaillaient avec tant de constance et d'énergie à la conversion des tribus sauvages de ces contrées, se plaisaient à reconnaitre en toute occasion, les secours annuels que leur adressait ce grand serviteur de Dieu. Il voulait s'associer aux travaux de leur glorieux ministère, afin d'avoir part à leurs profits spirituels dans la vie arduc et pénible à laquelle ils se livraient sous les yeux de Dieu seul, loin de la vue et des applaudissements que le monde eut donnés à leur héroïque charité.
Dans la Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en 1639, par le Rév. Père Paul LeJeune, on lit à ce sujet : «Je les consolai (les sauvages de Sillery) merveilleusement, quand je leur dis que le capitaine qui avoit commencé la résidence de Saint-Joseph avoit donné de quoy entretenir tous iours six ouvriers pour eux, et que, mesme après sa mort, les ouvriers ne laisseroient pas de travailler : ils ne pouvoient pas comprendre comment cela se pouvoit faire, ny pourquoy ces ouvriers n’alloient point prendre tout à la fois l'argent qu'il laissoit pour eux. ny comment vn homme pouvoit faire travailler des vivants: car ils ne scavent ce que c’est de laisser des rentes ny des revenus. Pleut à Dieu que plusieurs
personnes abondantes en richesses voulussent prendre la dévotion de ce grand homme. Ce n’est pas perdre au change de donner la terre pour le ciel... »
Le R. P. Jérôme Lalemant, qui a travaillé si longtemps et avec des succès si constants et si glorieux à la conversion des indigènes à la vraie foi, écrivait un jour au commandeur de Sillery: «.........Celui qui vous à préparé des récompenses dans le ciel, semble vous en vouloir donner ici bas quelque avant-goût, mais je vois bien que votre principale consolation n’est pas dans ces suavités, mais dans l'esprit de la foi et de la charité avec lesquelles vous contribuez si généreusement à toutes nos entreprises qui sont selon le cœur de Dieu...»
Dès l’an 1632, M. de Sillery avait conçu le projet d'établir cette mission. Il est surprenant que la Relation du R. P. Lejeune, (publiée en 1633-34), que nous avons sous les yeux, n’en fasse aucune mention..….L'église de Sillery était dédiée à Dieu, comme il a été dit plus haut, sous l'invocation de Saint-Michel-Archange ; voilà pourquoi on a donné tour à tour à l'anse Sillery les noms: anse Saint- Joseph et anse Saint-Michel. Les messieurs du séminaire de Québec y possédaient anciennement une terre ou ferme, qu’on désignait sous le nom de Saint- Michel. MM. de Puiseaux (17), de Chavigny de Ber-
(17) M. Pierre de Puiseaux, avait acquis une fortune considérable dans le commerce qu'il faisait avec la Nouvelle-Espagne. Champlain l'avait induit à le suivre en cette colonie et à consacrer sa fortune à l’œuvre de la conversion des sauvages. Par un testament, fait à la Rochelle, le 21 juin 1647, il lègue sa
chereau (18), et autres notabilités avaient aussi des domaines et des habitations à Sillery, près de la mission, et les désignaient aussi sous le nom de terres de Saint-Michel. On trouve dans les archives de la province, dans un registre intitulé : Cahier de l'Intendant, Concessions en fief, ete., etc., N° 10 à
terre de Sainte-Foy au profit du futur évèque de Québec. Ce testament fut passé par devant MM. Vespasien Lefebvre et Jean Michelon, notaires royaux. Copie de ce testament fut expédié de la Rochelle, le 17 novembre 1733, à la demande des Chanoines de l'Eglise Cathédrale de Québec; mais par une note de M. Poulin, prêtre, qui fut plus tard secrétaire du Chapitre, on voit que, quand on eût réussi à se pourvoir d'une copie de ce testament, on ne put identifier l'endroit où se devait prendre cette terre, ni retrouver les bornes qu'elle devait avoir. Faute de renseignements exacts, après une investigation assez prolongée, on abandonna tout espoir de posséder cet immeubie précieux.
En 1641,il avait donné à M. de Maisonneuve ses biens, ses terres et ses autres domaines pour être associé à l'œuvre de la colonisation de l'Ile de Montréal. On avait estimé à 100,000 francs la valeur de ces terres, et de leurs dépendances. Dans l'hiver de 1641, M. de Maisonneuve occupa cette maison de Saint-Michel, ainsi que Mlle J. Mance, fondatrice de l'Hôtel-Dieu de Montréal, et Madame de la Peltrie, qui venait ‘le fonder à Québec le couvent des Dames Ursulines. Les soldats et les recrues qu'on conduisait à Montréal, hivernèrent aussi chez M. de Puiseaux et s'y occupèrent à faire des portes et des fenêtres pour les habitations que l’on projetait à Montréal. Au printemps de 1642, Monsieur de Puiseaux se rendit à Montréal pour y vivre avec les nouveaux colons : mais il ne tarda pas à se dégoûter du genre de vie auquel les circonstances l'assujétissaient. Deux ou trois ans après, ce noble vieillard repassa en France où il mourut.
(18) François de Chavigny, Sieur de Berchereau, était de la paroisse de Créance, en Champagne. Il repassa en France vers
NN
17, folio 79 et folio 83, divers actes relatifs à la concession et donation par le Roi de France des terres de Sillery, avoisinant la mission des RR. PP. Jésuites, pour le soutien de la mission des sauvages et en dépendant même, par les obligations ou redevances dont elles étaient affectées au profit de la mission.
« Le treize juin, 1657, le feu s'étant jeté dans un bûcher, sans qu’on ait pu savoir comment, on vit en peu de temps en la résidence de Saint-Joseph nostre maison et celle d’un bon sauvage chrétien toutes en flammes, et pour comble de nostre infortune, le feu les poussa si violemment et si promptement vers l'église qu’il fut impossible de la sauver...
« Cette église était la première érigée dans le pays pour les nouveaux chrétiens... Les uns nous pressent de la relever de ses ruines ; mais nous n'avons pas les bras assez forts, sans un secours plus grand que celuy qu'ils pourroient nous donner pour rétablir de nous mesmes une perte si notable. »
Cette mission fut pendant bien des années très imporlante et très populeuse ; mais le temps la dispersa et c’est à peine si l’on peut aujourd’hui nous en indiquer quelques traces. Il serait même impossible à l'explorateur le plus opiniâtre, nous disait il y a une trentaine d'années un ancien citoyen de Québec, de trouver quelque chose de bien satisfaisant sur ce point, en ce qui concerne surtout le site qu'occupaient la chapelle, la maison des Jésuites, ainsi que le monastère des hospitalières qui, à dire vrai, n’y firent qu'un séjour temporaire, etc.
Nous pouvons cependant ajouter que nous avons conversé avec des anciens qui assuraient posilivement avoir vu les murailles de la chapelle de Sillery. Jos. Bouchette, (Topographie du Canada, p. 422,) nous apprend qu’en 1814, lorsqu'il visita Sillery, pour y connaître l'emplacement occupé par la maison des Jésuites et par leurs jardins, il fut informé que la maison avait été transformée en hangar par un nommé Hullet, qui cullivait du houblon sur toute l'étendue du terrain à cet endroit.
IIT.
Pendant cette digression, trop longue pour bon nombre des lecteurs, mais que plusieurs nous pardonneront parce qu’elle n’était pas tout à fait inutile, nous avons laissé le noble Commandeur d’un peu loin. Le Commandeur de Sillery, en généreux philanthrope, ne s’en tint pas à la dotation de la mission de Sillery. On a vu par quelques lignes des lettres des PP. Lalemant et LeJeune, qu'il étendait sa libéralité aux autres missions du Canada. Nous devons ajouter qu’il rendit en outre des services considérables à d’autres institutions, aux communautés religienses fondées dans la colonie, vers cette époque, et dontlescommencements furent si critiques, si hérissés de difficultés et d'épreuves de toute espèce. Divers particuliers, prêtres ou laïques, qui s’intéressaient à nos maisons religieuses, eurent toujours à se féliciter