IL-DEBARQl E.lIEi^T
Le bâtimerjlqui avait provoqué l'altenlion d'Abdalah était un brik de commerce français. Le capitaine du port, avec sa lenteur orientale, ne s'étant pas assez pressé de l'envoyer reconnaitrc , le pa-
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Iron, qui élait Provençal, avait perdu patience, et, avec \^ furia française, il s'était jeté dans la chaloupe, atin de se venir faire reconnaître lui-nièine. C'était une infraclion aux ordonnances de la police marocaine, et le capitaine du port s'était fâché; une altercation s'en était suivie; le patron avait répondu, l'olïicier maure avait répliqué, et l'on en était venu de part et d'autre aux injures et aux menaces. La nécessité de recourir pour s'entendre aux interprèles faisait qu'on ne s'entendait pas du tout, et ce rie fut bienlùt plus qu'une incompréhensible confusion de cris et de gestes passionnés. A la poupe était assis un passager qui n'avait point pris part au débat : c'était un homme d'une trentaine d'aïuïées, grand, bien fait, et d'une figure triste et distinguée; soit qu'il fut malade, soit que la mer l'eût éprouvé, il était fort pâle. Impatienté d'une contestation dont on ne pouvait prévoir la fin, il se leva brusquement, s'élança à l'avant de la chaloupe, le pist(>lot à la main, et présentant de l'autre son passe-port aux oHieiers du port, il leur ordonna d'une voix impérative de l'envoyer immédiatement au consul de France. Intimiilés par le Ion d'autorité avec lequel cet ordre fut donné, et plus encore par le regard résolu qui l'accompagna, les ofTiciers obéirent sans répliquer, l/intervenlion de ce nouvel acteur lit cesser la querelle; on permit;» l'étranger de prendre terre, et, en attendant la réponse du consul, on le conduisit dans une espèce de hangar, couvert de nattes de sparte, où on le garda à vue sans en avoir l'air, l ne demi-
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douzaine de soldats coiffes de la calolle rouge cl drapés les uns dans le haïk blanc, les autres dans le bournouss bleu, rôdaient silencieusement autour de lui, et le capitaine du port, qui est en même temps le chef de la douane, le surveillait à distance, accroupi sur une espèce d'estrade d'où il dominait d'un regard tout son empire. Il était habillé comme le dernier des soldats, calotte rouge et haïk blanc, car rien n'est plus uniforme, comme rien n'est plus simple que le costume marocain.
Tout le peuple du port, ceux-ci vêtus d'un simple caleçon de grosse toile, ceux-là du dgilabab, sarrcau de lairte grise qui se met par la tète comme un sac, s'était rassemblé autour du hangar afin de contempler de plus près le chrétien. Quelques juifs, nu-tête et couverts du soulam, longue robe noire agrafée sur l'épaule, comme la toge romaine, s'approchaient de lui d'un air obséquieux, prêts à lui rendre toute espèce de services. Les juifs sont les interprètes-nés du Maroc, comme ils en sont les courtiers universels; les uns lui adressaient la parole en espagnol, les autres en mauvais français; celui-ci lui offrait sa maison, celui-là... bien autre chose. Quelques femmes voilées sillonnaient la foule d'un pas lent et sans grâce, et un petit nègre, qui n'était autre que (iuzzul, allait et venait d'un pas alerte à travers les groupes, voyant tout, écoutant tout, interrogeant tout le monde, afin de rendre compte de tout à son maître AbJalah.
Cependant les derniers rayons du soleil couchant doraient les blanches murailles de la cite maure;
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los sentinelles dos batlerics s'appuyaient nonchalamment snr les canons de fer, comme le laboureur fatigué d'une longue journée «Télé se repose le soir sur sa charrue; des pêcheurs liraient leur barque à sec, d'autre mettaient la leur à Ilot; des groupes (le travailleurs revenaient des champs avec leur tablier de cuir. F^e pavillon rouge du Maroc flottait sur les remparts, et le minaret vert de la grande mosquée était couronné du drapeau blanc qui marque l'heure de la prière.
Seul Européen au milieu de ce monde étranger, Je nouveau débarqué fixait un œil distrait sur les tableaux mouvants qui se déroulaient devant lui, et répondait par le silence aux regards fanatiques des Maures et aux empressements intéressés des juifs; la tristesse dont son visage était empreint semblait plus sombre h mesure que la pensée de son isolement le pénétrait davantage ; quand il vit les montagnes de la côte espagnole pâlir et se perdre peu à peu dans les vapeurs du soir, il laissa échapper un profond soupir, comme l'homme qui voit fuir sa dernière espérance, et une indicible mélancolie se répandit sur ses traits. Ouel intérêt si puissant l'attirait donc sur la rive africaine, puisque le regret de l'Europe était si fort en lui? Il était là depuis quelque temj)s absorbé dans sa contemplation muette, et l'attente comnuMieait à lui sembler \onguc; la réponse du consul n'arrivait pas, enfin le consul parut lui-même.
— l'ar<lonnez-moi, dit-il au voyageur d'une voix pleine de cordialité, de m'ctre fait attendre si long-
temps; ce n'est pas ma faute, nul étranger ne peut pénétrer dans la ville sans la permission du kaïd, et j'ai dû faire chercher cette permission pour vous; mais le kaïd ne s'est pas trouvé chez lui, et je prends sur moi de vous introduire, venez!
Un accueil si gracieux, si inattendu, cette voix amie au milieu de ces voix hostiles, ces doux accents de la langue paternelle, si loin de la patrie, tout cela parut faire sur le voyageur une heureuse impression; son front s'éclaircit; il serra avec effusion la main que le consul lui tendait, lui prit le bras, et, la foule s'ouvrant devant eux, ils montèrent ensemble dans la ville sans que personne osât s'y opposer. Le patron du navire obtint du même coup sa libre pratique.
— Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, dit le consul, en faisant asseoir le voyageur dans l'élégant et frais salon du consulat, cl je lis votre nom pour la première fois; mais vous êtes Trancais, votre passeport est en règle, quoiqu'un peu vieux; je vous dois aide et protection, et je vous prie de considérer cette njaison comme la vôtre. Ne me remerciez pas, larencontred'uncompatriotecst une bonne fortune pour nous autres exilés, que nos fonctions condamnent à vivre au milieu des barbares. Vous venez sans doute pour visiter le paye; disposez de moi pour tous les renseignements dont vous aurez besoin. — En effet, monsieur, vous voyez en moi un malheureux possé(Jé par le démon des voyages. I/Europe ne me suilit plus, etje viens en Afrique chercher des mœurs et des inqircssions
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nouvelles. Je vou(Jr.iis pousser jusqu'à Fez, et, si fjossilile, jusqu'à Maroc ; je hrùle (Je voir de près le Grand-Allas. — Vous avez du courage, el l'enlreprisc est gigantesque; mou devoir est (Je vous en dissuader ; mais si vous persistez dans votre projet après avoir entendu mes raisons, je vous aiderai à l'exécuter. Je vous préviens d'avance que cela n'est pas facile; sa majesté marocaine est fort jalouse de SOS états; elle ne se soucie guère qu'on vienne les visiter, et tout européen lui est suspect depuis la conquête d'Alger, surtout si c'est un Français; on ne peut faire un pas dans l'empire sans sa per»nission : je la demanderai pour vous de bien grand cœur, mais je rje réponds pas de l'obtenir; dans tous les cas, attendez-vous à des lenteurs intermina'nles et à des dépenses exorbitantes. — Oh ! pour attendre, j'attendrai ; je ne suis |)oinl pressé, el les voyages rendent patient. Ouant aux dépenses, je suis résigne aux sacrifices. — Je vous félicite d'avoir de la patience ; car vous allez en avoir bc^soin. A^)ici la ntarche à suivre et comment les choses se passent. Nous allons envoyer un messager à IMiquenez, où la cour se trouve en ce moment, pour demander à l'empereur l'autorisation nécessaire. Il faudra à ce courrier quinze joursau moins pour aller, quinze jours pour revenir, autant el plus pour arracher une réponse à leurs excellences africaines; ainsi, toutes choses allant pour le mieux, vous voilà cloué à Tanger pour deux grands mois, sans conq)ter la lenteur des préparatifs si la réponse est favorable; ma isenlin on tâchera que le temps ne vous
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paraisse pas (rop long parmi nous. Nous reparlerons de tout cela; commençons par prendre le café.
La pcrspcclivc d'une si longue allente ne parut ni contrarier ni même surprendre le voyageur; on eût dit, au contraire, qu'il recevait cela comme une bonne nouvelle.
— Maintenant, monsieur, reprit le consul après le café, il est temps de vous rendre votre liberté; vous êtes ici chez vous, agissez sans gêne et sans contrainte.
Un domestique juif qui parlait français conduisit le voyageur dans son appartement; son bagage et son valet y étaient déjà, et tout était prêt pour le recevoir.
Telle est l'hospitalité qu'on trouve en général chez les consuls qui représentent l'Europe auprès des nations musulmanes; les voix de la pairie parlent d'autant plus puissamment au cœur des hommes, qu'ils sont plus loin d'elle; un compatriote est un frère qu'on retrouve avec joie, et dont la place est marquée d'avance dans la famille : qu'il se présente, on l'accueille, on l'embrasse, sans s'informer de scsaulres titres. C'est ainsi que l'hospitalier consul en avait agi avecrinconnu, sans savoir de lui autre chose que ce que son passe-port en disait, c'est-à-dire qu'il était Français, qu'il venait de Marseille, qu'il avait trente ans, cl qu'il s'appelait le chevalier lloberl. Ses manières nobles et distinguées l'avaient prévenu en sa faveur; il avait reconnu en lui, dès le premier coup-d'œil , les caractères indélébiles du l'homme comme il
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faut, Cl le voyage coùlcux qu'il eiitrcprcnail supposait un homme riche; or, de lels hommes sont reçus partout h bras ouverts. Interrogé sur son passager, le patron du navire qui l'avait amené répondit qu'il ne le connaissait pas autrement; qu'il l'avait pris à son bord à Marseille, et que la traversée lui avait été payée généreusement. — iJu reste, ajoutait-il, c'est un homme plutôt taciturne et concentré, parlant peu des autres et jamais delui.
Son valet ne le connaissait pas davantage, il était entré à son service le jour même de rembarquement; il ignorait ses antécédents et n'en savait pas plus que le dernier des gens de l'équipage.
Les jours qui suivirent l'arrivée du chevalier Robert, son hôte le présenta à tous ses collègues, et partout l'accueil fut proportionné à la distinction supposée du client et à la considération établie du patron; le voyageur se prêta à ces formalités d'étiquelle avec un laisser-aller parfait , dissimulant sous un air d'aisance cl de facilité l'inévitable ennui de toutes ces visites, et des dîners qu'elles enfantèrent. Cependant au milieu de ces devoirs, et à travers les propos du monde, on remarquait en lui un fonds de tristesse dont rien ne pouvait triompher; dans les conversations les plus animées, ses rechutes sur lui-même étaient fréquentes, et alors, se sentant faiblir, il réagissait violemment et devenait d'une gaieté folle et presque fébrile; mais ces éclats «l'esprit n'étaient pas en harmonie avec la pâleur de son visage ni avec la sévérité de ses
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Irails et la gravité de son maintien : ce cliquetis de paroles creuses n'était visiblement pour lui qu'un moyen de s'étourdir, et l'attitude légère qu'il affectait dans le monde une tâche qu'il s'était imposée d'avance. C'était un feu d'artifice qui éblouissait un instant, et qui faisait paraître en s'éteignant la nuit plus sombre et plus profonde; il n'en avait pas moins été déclaré charmant par les femmes des consuls cl leurs filles, et ces contrastes mômes étaient un attrait de plus pour elles; elles le Irouv^iient ainsi plus piquant, plus original, et, supposant quelque secret dans sa vie, elles l'avaient baptisé l'homme mystérieux.
— Il a une peine de cœur, disaient les unes, et l'amour a passé par là. — C'est un homme blasé , disaient les autres; comme Childe-ITarold, il voyage pour se fuir lui-même et pour se donner des émotions. — i^lais il est bien distingué , ajoutaientelles , bien intéressant et bien aimable quand il veut l'être.
Sur ces deux points, elles tombaient toutes d'accord, et ces diverses hypothèses ne faisaient qu'en- Hammer leur imagination.
Les hommes étaient plus embarrassés, car on ne lui avait jamais entendu exprimer d'opinion politique..
— C'est un légitimiste , disaient ceux-ci, qui boude la dynastie cadette, et qui, ne voulant pas se rallier, voyage pour passer son temps. — C'est un républicain, disaient ceux-là, qui promène sa chimère, ne pouvant la guérir. — ^ui sait, disaient
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les plus inalitis, s'il ne serait pas compromis dans les troubles de sou pays, et si son voyage ne serait pas un exil.
l'eu s'en fallut qu'on ne lit un espion de bonne compagnie de Tliùle du consul de France. Un espion politique à Tanger! l'idée était pour le moins hasardée et quelque peu ridicule; mais la vanité est habile à se donner de rim[)orlanee, et il n'est pas de petit consul qui no se tienne sérieusement pour un grand diplomate.
Le chevalier Robert avait l'air d'ignorer tous les commentaires dont il était l'objet, ou, s'il s'en doutait, il n'y prenait pas garde; son hôte lui en parla un jour.
— Vous ne pensiez pas, lui dit-il, trouver la petite ville en Mrique, et cependant Tanger n'est que cela : mes collègues ont Tair de vivre dans la meilleure intelligence : rien n'est plus trompeur que ces apparences. Les consulats sont des nids d'intrigues, un enl'er en miniature; tous ces hommes qui vous semblent si bienveillants, si polis, se délestent cordialement et ne cherchent qu'à se nuire; ils sont tous jaloux les uns des autres, et leur plus grand bonheur est de se porter des coups lourrés; ils ne rêvent que dénonciations, et interprètent tout d'une manière sinistre. \'()us n'avez pas l'idée de la curiosité puérile qu'éveille votre présence. On ne veut absolument pas que vous soyez un voyageur, et l'on vous prête mille lùles plus absurdes les uns que les autres. Le plus iiuiuietde tous et le plus âpre à l'intrigue, est M. de Dorpal,
mon collègue de Russie; c'est l'homme le plus poli de la résidence, celui qui vous a fait le meilleur accueil, et dont les rapports extérieurs ont le plus de grâce et d'aniénilé; mais je ne m'y lie pas, et je ne suis pas sa dupe; je le tiens pour un homme faux, et pour un intrigant fieffé : c'est le véritable grec du Bas-Empire , et si quelque méchante trame s'ourdit dans l'ombre, je suis bien sur que c'est lui qui en lient le fil. Il hait surtout les Français, et se plait à me susciter des obstacles. Tenez-vous pour averti, et défiez-vous de ses politesses. On prétend qu'il a fait son éducation dans la police russe, et que c'est là qu'il a gagné ses éperons; il fulchargé à Varsovie de je ne saisquellc commission occulte, pour prix de laquelle on a créé pour lui le consulat de Tanger, sinécure fort agréable et fort bien rétribuée. Il n'a pas changé d'habitudes en changeant de carrière, et il est demeuré fidèle à son premier métier — Kl dit-on à quelle époque il se trouvait à \ arsovie? demanda négligemment le chevalier Robert. — A l'époque de l'insurrection: il y joua, à ce qu'il parait, un personnage double, trahissant la cause qu'il semblait servir.
Cette réponse parut faire impression sur l'esprit du voyageur, et un œil pénélrai»t aurait pu remarquer sur son visage une légère altération. Toutefois il ne fil pas d'autres questions, et la conversation en resta là.
— Ah ! justement, reprit le consul, voilà notre homme, il vient sans doute vous rendre votre visite.
Au même itislaut, on annonça le consul de Russie.
M. (Je Dorpat était un homme de trente-six à quarante ans, grand, mince, et de manières parlaitcment distinguées; il était hlond, et son œil, d'un bleu très-clair, exprimait la douceur; une certaine bonhomie, vraie ou feinte, respirait dans toute sa personne; sa bouche seule, à l'examiner attentivement, n'était pas en harmonie avec rcnscmbie de sa physionomie; fermée, elle n'exprimait rien d'équivoque, mais en s'ouvrant, elle prenait une expression ambiguë et même inquiétante : c'était une chose qu'on sentait [)lus qu'on ne pouvait l'analyser ; mais on en était préoccupé malgré soi; on se trouvait mal à l'aise avec lui ; l'abandon et l'intimilié devenaient impossibles, (l'est surtout quand il souriait que sa physionomie se dénjcnlail; il se formait aux deux coins de cette bouche suspecte un pli qui n'accusait pas précisément la dissimulalion ou la fausseté, mais qui faisait douter de la sincérité du sourire. M. de Dorpat venait en ellet rendre visite au voyageur ; il le condda de politesses, et se confondit en otfres de services; mais ces démonstrations étaient trop vives pour être vraies, et, soit prévention, soit antipathie, le che\ aller Robert ne répondit à cet étalage d'obséquiosités que par une civilité froide; deux ou trois fois, pendant la conversation, il avait surpris des regards furtifs, inquisiteurs, que le visiteur jetait sur lui à la dérobée, connne s'il eut cherché à ressaisir les traits d'une ressemblance vague et lointaine : celle
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mucUe enquête lui avait déplu, et il se sentait pour le Russe un invincible éloigiiement : cet honnne lui faisait froid, et il lui semblait que sa main, s'il l'eût touchée, l'eût glace comme le contact d'un reptile.
11 fut préoccupé le reste du jour et parut plus sombre que de coutume ; le soir, il njonta sur la terrasse du consulat, et y demeura longtemps seul, absorbé dans une rêverie profonde; il ne pouvait détacher ses yeux de la côte d'Europe, comme un amant contemple de loin avec une fixité ardente le toit sous lequel repose sa maîtresse 5 et si la nuit ne fût venue cacher son émotion, on aurait pu voir des larmes couler sur ses joues pâles.
— Plus de doute, ma chère, dit M. de Dorpat à sa femme, en rentrant chez lui; c'esl le Français, c'est bien lui, je viens de le voir de trop près pour m'y méprendre ; il a changé de nom, mais il n'a pu changer de visage ; aussi bien, j'ai là de quoi rafraîchir nos souvenirs, voici son signalement que j'ai retrouvé dans mes papiers ; vois toi-même s'il n'est pas conforme. — Oui, c'est bien cela, répondit madame de Dorpat : taille haute, front large, cheveux bruns, yeux bleus, nez aquilin, teint pâle, c'est lui ou son Sosie. — Dieu lui-même nous l'erivoie ici; grâces lui en soient rendues ! je suis fatigué de celte alTreuse vie de Tanger; le Français va nous en tirer sans s'en douter. Toute la question est de nous emparer de lui, et il faudra bien que nous y réussissions; après U[i si grand service, on ne me refusera rien : sa tête avait été mise à prix. — Ccpcn-