SCÈNE PREMIÈRE
RAOUL
Vous? mais c'est-à-dire qu'il faut que vous disiez c^j^ pour que je l'épouse.
' MADAME DE RÉNAT.
La plaisanterie n'est ni gaie ni convenable, Raoul.
RAOUL
La plaisanterie! Comment? vous croyez que c'était... Ohl ma tante, ma tante... oh! non, vous m'avez trop bien reçu une première fois pour que je recommence. Oh! non, cela, c'est fini, soyez tranquille... Mais comi ment! quelqu'un de charmant, que je connais comme
je vous connais, et que je ne puis épouser sans votre consentement... vous ne devinez pas?
> MADAME DE RÉNAT,
^ Non.
i RAOUL.
I Mais c'est votre protégée, votre filleule, c'est Antoi-
; nette!
f MADAME DE RÉNAT.
I Toinon !
RAOUL, se levant.
I Antoinette, oui! .Cette grâce, cette jeunesse, cette
joie, ce printemps turbulent, gazouilleur et frais, c'est elle que j'aime et, si elle le veut, que j'épouse!... Eh bien, vous ne dites rien?
. MADAME DE RÉNAT, se levant.
i Je dis que vous n'avez pas le sens commun, mon
pauvre capitaine.
RAOUL
En quoi, je vous prie !
G L'ÉTINCELLB
MADAME DE IIÉNAT.
£a quoi? en quoi? d*ai)ord, Toinon est trop Jeune.
RAOUL
EUe a dix-huit ans, j'en ai yingt-sept, il me semble que...
Elle n'a pas le sou.
RAOUL
Eh bien! ni moi non plus.
MADAME DE RÉNAT.
C'est une orpheline recueillie par le général, élevée par charité, la fille d'un fermier. Elle n'est pas du monde, enfin.
RAOUL
Vous lui avez donné l'éducation, Je lui donnerai le nom, que lui manquera-t-il?
MADAME DE RÉNAT.
Voyons, Raoul, vous n'êtes pas sérieux.
RAOUL
Ah! pas sérieux. C'est cela, oui, je connais le refrain. Pour vous, je suis toujours le Saint-Cyrien qui quêtait à votre mariage, c'est entendu I
MADAME DE RÉNAT.
Votre femme! Toinon! Allons, allons, avouez que c'est une plaisanterie.
RAOUL
Mais non, mais pas du tout ! vous vous faites de ma gaîté une opinion exagérée. Je suis sûr que vous croyez que je jette des pois fulminants dans les bals de noce