SCÈNE NEUVIÈME î^l
RAOUL, s'animant à mesura qaUl parle.
^ Et votre délicatesse aurait dû le deviner et mesurer
h mon affection à mon effort... et à mon silence. Mais
i bahl aimer profondément, virilement, sénexisement,
allons donc!... Trop gai, mon pauvre garçon!... Et
pourtant, voyons, comment auraisrje pu ne pas vous L aimer? Non seulement vous êtes la seule vraie femme
\ que j'aie rencontrée, mais encore, vous êtes la première
que j'aie vue! Et j'avais dix-neuf ans ! Un Saint-Cyrien !
Pensez donc au ravage!... Ah! oui, je vous ai aimée!
Seulement je n'ai pas su vous le dire !... Ah! cela, c'est
vrai, j'aurais dû vous parler des étoiles, de l'azur et t des petits oiseaux. Vous faire des vers à vous Uussi!
Des vers à vous! La poésie! De l'eau à la rivière...
C'est bon pour tout le monde, cela, les vers ! Et encore, i ' quand j'en fais aux autres, c'est de vous que je parle, 1 il paraît. Au lieu de cela, je vous ai tendu la main,
sans phrases. Vous n'avez pas compris... Tant pis pour ^ moi... et pour vous!... Oui, oui, pour vous aussi. Ah !
j tenez, vous autres femmes... vous êtes vouées aux
avocats de l'amour, aux poètes de devant de cheminée
et aux gens aimables ! '
r MADAME DE RÉNAT, s^animant aussi.
Et à quoi distinguer ceux qui nous aiment, je vous j
prie? à ce qu'ils ne sont ni avocats, ni poètes, ni aimables?
RAOUL. j
Ah! c'est cela, oui, raillez 1
MADAME DE RlÊNAT.
f A ce qu'ils sont joyeux et bien portants, à ce qu'ils
nous confient leurs ù*edaines, à ce qu'ils en épousent I d'autres?
RAOUL
Qu*est-Ge que cela prouve?
MADAME DE RÉNAT. .
Mais à quoi, alors, à quoi ? car vous me mettriez en colère à la fin ! A quoi ? Cela vaut pourtant qu'on le sache ? Quelles sûretés nous donnent-ils ? et je ne dis même pas de leur passion, mais de leur probité !... oui, quelles garanties ?
RAOUL
Des garanties! Hein? la raison même.
MADAME DE RÉNAT.
Ah 1 nous en demandons bien à nos domestiques, c'est bien le moins que nous en demandions à nos maîtres... Mais non ! ils ne parlent pas, il faut les croire ; ils ne pleurent pas, il faut les plaindre ; ils nous tournent le dos, il faut les suivre. Allons donci Et ne me dites pas que vous aimiez 1 ah \ vous étiez timide?... Vous n'aimiez pas I . • .
RAOUi:
Permettez...