SCÈNE VII
EMMA, GEOKGES.
EMMA, regardant Georges et à part.
Eh bieni vrai, j'en serai fâchée, (se reprenant.) Eh! mais, dites donc, vous, madame Kmma, vous en-se-rez-(âchée?... pour lui? Ah! pour lui, à la bonne heure.
GEORGES, la regardant et à part.
Elle paraît trop triste, je n'aime pas cela.
EMMA, à part.
Air pensif, toilette sombre, attitude mélancolique, c'est bien de la troisième période ou je ne m'y connais pas.
GEORGES, à part.
Elle ne me parle pas, et Claire qui s'en va sans me rien dire, c'est très-embarrassant.
EMMA, à part.
EMMA, a part.
Longs silences, œil au ciel, tout y est.
GRORGRS, A part.
n faut pourtant que je sache... (AUnat a eUe la mata Unàw et
ffrayement.) Merci, madame.
EMMA, ritaftant à part.
« Madame! » àt il essaye de me prendre la mainl comme c'est cela! (lïaui.) Et de quoi donc, me remerciez- vous, monsieur Georges?
GEOAGES, étonné et retirant sa main.
(Hant.) Mais, madame... (a part.) Je marche à tâtons, moi. (nnat.) Ne fût-ce que de me recevoir dans les circonstances... délicates où... ma sœur enfin... où vous vous trouvez.
EMMA, à part.
Sa sœur? les cii constances. Que dit-il donc?
Ne me permettrez-vous pas de voir là une initiation, en quelque sorte, à votre intimité... Une preuve de... d'indulgence pour les sentiments... que je... que mu sœuri.. (a
part.) Ah! mais j'ai chaud! (n âte on gant et prend gon mouchoir.)
EMMA, à part
Il ôte un gant! (nant) Ce que je crois démêler à travers tout cela, c'est que vous me faites une déclaration d'amitié, n'est-ce pas?
GEORGES
D'amitié! (a part.) Ah çà. Glaire n'a donc rien dit de moi. (Haut.) Oe Tamitié? Mon Dieu! madame, je ne me ferai pas meilleur que je ne le suis... ou pire, mais vous m'adcorderez bien qu'une affection aussi rare toujours est particulièrement difficile à côté d'une personne do votre
m ')rite. (a part.) Ouf! (n été son autre gant et g'essule le front.)
ftCÈNB VIT. n
E M M A f à part.
Et de deux! Et ramitié ne lui suffit plus. Cela se co^*«."- Haat) Mais alors, monsieur Georfi;es, je ne comprends pius du toutp moi, expliquez-vous.
GEORGES
Madame, dans les circonstances délicates...
Encore I
GEORGES
lili bien, non, vous avez Taison, je n'insisterai pas sur ce point, puisque vous me le défendez... (a part.) Elle le prend mieux que je ne le craignais. (Haut.) Je ne vous parlerai que de moi.
EMMA
C'est cela... De vousl Parlons de vous! (a part.) Allons donc, allons donc !
GEORGES
Madame, je croyais que ma sœur...
ta H BÊ, A.
Ah! pardon, décidément est-ce de vous ou de madame votre sœur que nous avons l'honneur de parler?
GEORGES
De moi, madame, puisque vous me le permettez, mais vous excuserez des hésitations qui révèlent une anxiété bien légitime. Il y a des paroles dont l'écho doit retentir si profondément dans la vie qu'on ne les provoque qu'avec effroi. La minute qui les entend peut contenir dans sa brièveté tout un avenir de joie ou de douleur.
EMMA, & part.
Va, mon ami, va... Il est trop bien portant pour tousser, mais il va parler de sa mère, c'est sûr.
GEORGES
3t. j'avais encore ma mero, madame...
18 L'AUTRE MOTIP.
EMMA, è part.
Lai
CEOAGRS.
Comme elle en eût été la confidente, elle eût été l*interprète de mes rêves...
EMMA) à part.
Une jolie commission.
GEORGES
Car il s'agit d'un rêve bien longuement caressé, d'un espoir bien longtemps attendu, et. à la fois si vivace et si frêle, qu'on peut le tuer d'un regard ou Tanimer d'un sourire.
EMMA, è part.
Comme c'est rédigé ! (Haut.) Bref, tout cela veut dire que vous m'aimez, si je ne m'nbuse ?
GEORGES, se lerant.
Oui, madame.
EMMA
Asseyez-vous donc... (Georges se rassied.) D'amOUF?
GEORGES
Oui, madame.
EMMA, plaintirement.
Oh ! monsieur... (a part.) Comme les autres, non, vraiment cela me fait de la peine.
GEORGES
Vous détournez les yeux!... Vous... Àh ! mon Dieu, vous aimez quelqu'un?
EMMA, avec hauteur.
Monsieur !
Pardon! oh! pardon! alors, vou-' n;; me croyez pas?
SCÈNK VII. 19
Est-!1 possible que vous ne me croyiez pas et que lo cœur soit à ce point aveugle et sourd? Afais depuis trois mois, depuis que ma sœur m'a présenté à vous, mes assiduités, mon trouble n'ont pu vous échapper. Est-ce que l'amour s'habille de formules? Est-ce qu'il ne dit rien, parce qu'il se tait et ne se montre pas parce qu'il se cache ? Est-ce que la femme ne sait pas, mieux que nous, voir dans l'ombre de notre âme et parler le langage de son silence?
EMMA, ô part, en le regardant.
Honl... musicien!
GEORGES
Mon Dieu, vous avez payé chèrement, je le sais, le droit d'être incrédule, mais enfin pourquoi menti rais-je et quel intérêt me supposez-vous donc?
EMMA, h part.
Quel intérêt? il est d'une effronterie.
GEORGES
Non vous ne me croyez pas? je le sens! et c'est ma faute! Et moi qui disais que le cœur est aveugle et sourd ! mais il est muet aussi, car le mien, si plein de vous, ne trouve pas un accent pour vous toucher, pas un mot pour vous convaincre.
F H H A , en le regardant, à part, avec un soupir.
C'est pourtant dommage.
Et je suis là, anxieux, épiant cette parole que j'espère et que je redoute, et que votre charité me fait bien attendre.
EMMA, à part.
Allons ! mon grand moyen ! Qu'est-ce qu'il va dire, lui ? Mon cœur bat.
GEORGES
Madame, madame, au moins répondez-moi, fût-ce par ua regard, répondez-moi, je vous en supplie.
EMMA, le levant.
Je suis veuve, monsieur !
GEORGES, étonné, se lerant antil*
Mais, m.vlame, je le sais bien I
EMMA
Hein? vous le... (a pan.) Voici qui est fort, par exemple. (Haut.) Ah! vous le savez bien.
GEORGES
Mais certainement, madame.
EHHA, à part.
Enfin, il est du moins plus convenable, lui... plus convenable... (Réfléchissant.) OU plUS habile. (Haut.) Ah! VOUS le
savez bien, (a pan.) C'est égal, je n'étais pas préparée...
GEORGES
Et c'est même pour cela que je suis venu.
EMMA
Et c'est même pour cela que... (a part.) Décidément il est très- fort... Nous allons bien voir... (Haut.) Ainsi, vous savez que je suis veuve et vous m'aimez, — néanmuius, monsieur?
GEORGES, étonné.
Néanmoins, madame? (a pan.) Ah ! mon Dieu, est-ce qu'elle le regretterait à ce point-là.
EMMA, 8'anlmant.
Néanmoins ! vous avez bien pesé vos paroles, vous? vous êtes un homme sérieux, vous? vous n'êtes pas commo los autres, vous? (a pan.) Attends, attends, mon ami!