‹ Le chevalier Trumeau: comédie en un acte, en versChapitre 63 sur 143 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

lui, surtout! Il m'entoure d'amitié! H me comble de soins! Il m'attend pour dîner! Il vient me réveiller chez moi ! Il me fait jouer au whist! Il m'assassine de sa confiance I II me dit tout! Il me le répète même! il m'accable de missions...

GASTON

Qui sont des commissions. Tiens, écoule donc, ce sont les charges des fruits.

PAUL

Il y a surtout" un certain procès Rédeville! Ah! tu es toujours au conseil d'État?

GASTON

Toujours, non, mais quelquefois... A quel propos?...

PAUL

Tu le sauras tout à l'heure, j'arrive à mon mariage. II y a deux mois je pris enfin des vacances; depuis quatre ans, \e notais pas sorti... sans escorte. J'allai chez mon oncle, en Dauphiné,

GASTON

Et là, tu vis...

PAUL

Là, je- revis Blanche, ma cousine.

GASTON

Sa cousine! Est-ce assez Gymnase !

PAUL

Ah! mon ami. Un ange !

GASTON

Un ange! Oui ! très-bien! Ce sont toujours des anges... Çiiel malheur d'en faire des femmes !

PAUL

Tu ne la connais pas, je te pardonne. A sa vue...

GASTON

Ne fais donc pas de copie 1 Tu deviens rêveur, elle devient songeuse; un jour, vous êtes seuls, elle tient une fleur, tu la lui demandes, elle ne la refuse pas et tu tombes à seô genoux... Je connais mes classiques.

PAUL

Quand j'allai tout dire à mon oncïe...

GASTON

Qui savail louft da reste.

PAUL

Mais non I

GASTON

Mais si !

PAUL

Il m'assura que cotte union était le plus cher de ses ddsirs ,

GASTON

Tu vois bien.

PAUL

Je ne mets à mon consentement qu'une condition, me dit-il, c'est que je ne trouverai dans ta vie, ni amours voyantes, ni attachement sérieux, ni scandale, ni habitude, ou je romps net.

GASTON

Holà 1

PAUL

Je ne te demanderai aucune conûdence, poursuivit-îl, j'agirai seul. Fie-toi à mon tact pour ne compromettre ni toi ni personne. Dans deux mois je serai à Paris et je ferai mes

rochcrchcs.

GASTON

Eh bien?

PAUL

Eh bien I il est à Paris.

GASTON

Un mois trop tôt 1 C'est un oncle qui avance.

PAUL

Il est chez moi depuis ce matin. Il ne m'a pas quitté un instant. Je viens de lui échaper, mais ii me suit. Il a appris qu'il y avait bal ici ce soir, et il a exigé que je le présentasse,

GASTON

Sais-tu ce que je ferais à ta place ? Je lui dirais tout.

PAUL

y songes- tu ! un vieillard l un provincial I II doit être blindé de principes I U reprendrait le train immédiatement.

Page 1