‹ Le chevalier Trumeau: comédie en un acte, en versChapitre 86 sur 143 · SCÈNE ETiX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE ETiX-NEUVIÈME

Rédeville à perpéluitéT. Restons là un moment, je vous ei» supplie, rien qu'un mgment... le temps de le perdre.

LÀ BARONNE, s'assejant sur le canapét

Un moment, soit! Mais, en vérité, vous êtes bien le plus grand fou!

GASTON. . I

Alors, vous non plus, vous ne voulez pas me dire son !

nom? - !

LA BARONNE

Mais, encore une fois!

GASTON

Il ne se peut pas que madame Nunez ne vous l'ait confiiî sous le sceau du secret. Coniiez-le moi... sous le ménie sceau, soyez bonne !

LA BARONNE

Mais enfin qu'est-ce que celte éternelle histoire de domino bleu?

GASTON

Vous n*en savez rien!... Est-il possible!... En deux mots, la voici.

Mais...

GASTON

Oh! madame, il n'y a rien que je né puisse dire... malheureusement... (il 8 assied sur le canapé et se relève areo terreur.) Âh!

LA BARONNE

Qu*avez-vous?

GASTON, se rasseyant.

J'ai cru que c'était votre mari ; c'est qu'il est réellement terrible... Voici celte histoire : C'était au bal de l'Opéra, il y a un mois, dans la loge quarante-sept. J'attendais une... un... enfin un domino bleu. Elle ne venait pas... J'ouvre la porte et je l'aperçois dans le couloir... c'est-à-dire j'aperçois un domino bleu... je lui prends le bras, elle se récrie. — « Que faitesvous, monsieur? — Tu le vois bien, madame. — Je ne vous onnais pas, monsieur. — Ne dis donc pas de bét...» (Oh ! pardon pardon!) Là-dessus il vient une poussée de masques, la porto*

se referme et nous voilà dans la loge. Et le dialogue recomnieoce. — a Ouvrez-moi?.. — Pas du lout! — Que me voulezvous? — Tu le sais bien... — Pour qui me prenez-vous? — Pour moi! — C'est indigne ! — C'est ridicule! — le vous dis que vous vous trompez ! — Ah ! je me trompe, alors vous êtes une femme du monde? — Non 1 non. — Ah ! tu n'es pas une femme du monde?— Si... si.» Le fait est que je me trompais, c'était une femme du monde! Et elle voulait fuir et elle tremblait, et elle était ravissante. Je la retiens, je la rassure, je lui dis mille choses. Je ne sais plus quoi, je lui dis mon nom... Ohl elle le connaît, j'en suis certain, car elle a tressailli en l'entendant. Elle voulait toujours s'en aller, je persiste, elle insiste, je lui prends la main... Oh! madamey une main patricienne et amoureuse, fine et fluide, faite pour les rapides étreintes et les longs baisers, une main... une main... comme la vôtre*

11 lui prend la main. LA BARONNE, olfenaée.

Monsieur !

GASTON

Vous gantez six, n'est ce pas, madame !

LA BARONNE, riant et se larant.

Quel enfant vous éles! Et puis?

GASTON, se levant.

Tenez, madame, vous n'allez pas me croire, eh bien! je vous jure qu'en ce moment j'aimais celte femme.

LA BARONNE

Vraiment! Comme cela, tout de suite?

GASTON

Oh! ne raillez pas! Au fond de la loge de soie moelleuse et close, dans celte atmosphère chaude de toutes les ivresses et sous un jour mystérieux, nous étions seuls.. .^la musique arrivait à nous en effluves caressantes avec les échog adoucis des joies extérieures ; j'étais assis près d'elle, si près d'elle, que je respirais le parfum de sa chevelure et que son cœur heurtait mon cœur, je tenais sa main dans la mienne et je sentais mon âme me monter aux lèvres.

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