CI.OTI1.de, aTcc vivacité
Et je vous avertis, moi,' que ces ricanements, ce ton dédaigneux, cette forfanterie de fatuité et d’indifféx’ence dont vous récompensez mon hospitalité, sont d’étranges moyens de ramener un cœur un peu fier, et que de telles provocations sont plus faites pour achever de perdre une femme que pour la sauver !
FERNAND
Ehl je ne prétends sauver personne, ma chère enfant... ne vous fâchez pas. Ne brisez pas votre éventail qui n’eu jieut mais... Je me retire sous ma tente; majs, soyons justes : en fait de provocations, vous avez eu l’honneur du premier feu- Sans parler de mon aventure de Michaud, que vous vous êtes divertie à me faire conter d’une façon alisurde, vous ne m’avez pas, dès l’abord, décoché une syllabe qui ne fût armée en gueiTe... et cela lorsque j’étais entré chez vous comme le vieux Nestor, roi des Pyliens, une brandie d’olivier à la main et la bouche pleine de paroles de paix... que dis-je? d’amitié... Oui, de bonne foi, je venais expressément pour vous donner un conseil, — le conseil d’un ami et d’un sage, — un conseil qui vaut son pesant d’or.
CLOTILDE
Donnez-le, à condition que je ne le suivrai pas.
FERNAND
Je gage que vous le suivrez avec eutliousiasme; mais avant de vous le donner, je tiendrais... oui, je tiendrais infiniment à être renseigné sur un point... (ii hésite.) Voyons, vous ne manquez pas de bravoure à votre manière... en avez-vous
assez pour répondre nettement et sans biaber à une question qui n’est pas des moins délicates, — surtout lorsqu’elle est posée par un mari... eh?
CLOTILDE
Voyons la question d’abord.
FERNAND
Nous avons vécu depuis huit ou dix ans trop étrangers l’un à l’autre pour qu’elle ait lieu de vous surprendre. La voici textuellement : N’avez-vous eu jusqu’à ce jour, Madame, dans l’ordre moral, aucun reproche... essentiel à vous faire?
CLOTILDE
Vraiment? pas davantage? Voilà tout ce qu’il vous conviendrait de savoir?
C’est beaucoup, sans doute; mais enfin je vous atteste sur riionneur qu’il n’y aura pas ici de mari pour vous entendre. Je suis un camarade... pas autre chose. Je vais plus loin : je confesse que ma conduite personnelle ne m’a laissé aucun droit de blâme ou de colère vis-à-vb de vous... ainsi, j’espère que je joue largement. Au reste, comme vous voudrez; mais pas de réponse, — pas de conseil.
CLOTILDE. -
C’est indispensable?
FERNAND
Tout à fait.
CLOTILDE
Comment me demandez-vous cela?
FERNAND
Je vous demande si, dans Tordre moral, vous n’avez eu à vous faire, jusqu’à ce moment, aucun reproche essentiel ?
CLOTILDE
Essentiel, dites-vous? (eIIc pose sa tôle dans sa ma!n.)