‹ Le cheveu blanc comedie en un acte, en proseChapitre 10 sur 19 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

FERNAND

Ah ! si vous avez besoin d’y réfléchir !

CLOTILDE. Elle le fait un p<‘u attendre, cl reprend avec dignité.

Non, Monsieur, aucun.

FERNAND, respirant malgré lui.

Hem! (Après une pause.) Eh bien , madame, je vous engage fortement à continuer. — Voilà mon conseil.

CLOTILDE

C’est une pure escroquerie !

FERNAND

C’est un conseil sérieux, Clotilde, malgré les apparences, et, qui plus est, désintéressé... Vous avez peine à me croire... et cependant le ciel sait que je n’ai pas ici l’ombre d’une arrière-pensée égoïste... Je ne vois que vous... je me figure que je suis, moi, un ermite, un derviche que vous venez consulter dans sa grotte, et je vous dis : Prenez garde, mon enfant, vous êtes à la veille de commettre une faute énorme, — je n’entends pas au point de vue de la morale... vous ririez de moi si je touchais cette corde... elle me gril-, lerait les doigts, — mais uniquement au point de vue du bon sens et de la politique.

CLOTILDE, riant.

Je vous vois venir... vous allez insinuer finement que je suis une vieille femme.

FERNAND

Moi, grand Dieu! Mais tout au contraire, je déclare que vous êtes à cette heure dans l’épanouissement complet de votre grâce, de votre esprit et de votre beauté! Jamais, quant à moi, je ne vous ai vue plus accomplie; tous vos mérites ont atteint leur perfeclion. En un mot, vous battez votre plein.

CLOTILDE

Mais?

FERNAND

Mais vous avez trente-qualre ans et demi...

CLOTILDE s’assied à droite; son mari reste debout^ appuyé sur la table

qui les sépare.

La!

FERNAND

Vous avez trente-quatre ans et demi. Or toute femme qui se lance, à cet âge-là ou environ, dans une passion, dans une campagne amoureuse, se condamne sûrement à un genre de supplice particulier, 'et tellement cruel, qu’elle y laissera infailliblement son bonheur, et peut-être sa vie.

CLOTILDE

Bah! c’est un conte de Croqucinitaine que vous me faites.

FERNAND

Non, non. Madame; c’est authentique... Eh! mon Dieu! quoi de plus simple à concevoir? L’existence mondaine, vous le savez. Madame, entoure une jolie femme de caresses si enivrantes et de si douces ovations, que la meilleure et la plus sage ne renonce pas, je pense, à son aimable royauté sans quelques larmes furtives... La jeunesse et la beauté sont des couronnes qu’on ne perd point avec insouciamee, même quand on les perd avec honneur, — même quand elles vous glissent du front noblement, au pur souffle des années... Mais, Madame, quand c’est une main bienainiée qui vous les arrache avec brutalité, loreque c’est une Voix chère qui vous lit votre arrêt de déchéance... l’épreuve est plus navrante!... Voir sa première ride dans sa glace, cela est dur toujours... mais la voir, la deviner dans le regard glacé et dans le sourire pétriüé d’un amant... cela est

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