Le cheveu du diable
Si le diable le saisit seulement par un cheveu, tu lui appartiens pour 1 éternité.
Less!4"=g. Emilia Gaiotti,
L'auteur qui transcrit cette pensée en tête de son livre , l'entendit citer pour la première fois, dans une occasion bien grave et bien
solennelle. Quoiqu'il fût fort jeune alors , elle produisit sur lui une impression profonde. Depuis, elle n'a jamais quitté son souvenir; et, développée plus tard par l'expérience et le raisonnement, elle est venue adoucir en Uii et changer en compassion le dégoût et l'horreur dont se prend toute âme généreuse à Pétude du cœur humain ; elle lui a fait comprendre que l'homme est encore plus malheureux qu'il n'est méchant.
En 1812 ou en i8i3, un assassinat accompagné de circonstances atroces fut commis dans un village de la Flandre. Un vieillard, aimé et respecté dans le pays; un homme qui employait une partie de sa fortune, — fortune assez considérable , — à soulager les misères dont le peuple , en ces temps-là , se trouvait accablé de toutes parts, reçut, au déiour d'une haie , un coup de fusil qui le terrassa. Quoique dangereusement
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blessé, il se releva, il voulut fuir; mais l'assassin se jeta sur lui. La lutte dut être longue, car il ne restait plus, des vêtenaens de la victime, que d'informes lambeaux; et le terrain , détrempé par une pluie abondante, offrait de nombreuses empreintes de pas , avfec des traces telles qu'en font des personnes qui se roulent et qui se débattent. Enfin il expira, étouffé par la boue dont on lui couvrit la tête et que l'on affermit en la foulant au pieds.
Durant près d'une année, on chercha vainement l'assassin. Toutà-coup , je ne sais quelle circonstance, frivole et insignifiante en apparence, donna l'éveil à la. justice, et révéla le coupable. Ou l'arrêta , il avoua son crime , il fut condamné, et on le conduisit dans la petite ville désignée pour le lieu de son exécution.