Le chevrier
La vaste plaine qui s'étend de Cette aux premiers échelons des Cévennes méridionales, le Pays-Ban^ comme on l'appelle dans le département de l'Hérault, est peu giboyeuse. Le court espace de temps qui sépare la fin de la moisson du commencement de la vendange, et qui fait à nos paysans une halte délicieuse entre deux corvées terribles, suffît et au delà pour abattre les quelques perdrix, les quelques lièvres, les quelques lapins égarés dans nos Tignes luxuriantes et touffues. Aussi , les derniers raisins coupés et le vin tiré des cuves , ceux pour qui la chasse est une passion véritable, sachant bien qu'il n'y a plus un coup de fusil à tirer aux bas-fonds, assemblent -ils leurs chiens et, guêtres aux mollets , sac au dos , prennent-ils avec eux le chemin de la montagne.
La montagne, d'une immense étendue, couronne
le département tout entier de ses masses tour à tour schisteuses, calcaires, granitiques, et, selon la partie de l'énorme chaîne que vous choisissez, vous tuez telle ou telle espèce de gibier. Le tourde et le lapin se complaisent aux terrains noirâtres des monts de l'Espinouse, la caille et la perdrix aux coteaux pierreux des monts d'Orb , le lièvre et la grive aux pentes abruptes des monts Garrigues.
De la mer, trois grandes routes rayonnent vers le haut pays ; mais sur la route de Lodève se coudoient les plus nombreux chasseurs. Tandis que, à la lin de l'automne, vers Olargues , vers Lunas, cheminent, isolés les uns des autres, quelques rares disciples de saint Hubert, vers Lodève marchent des multitudes d'hommes et de chiens. Ces bandes , qui remplissent les auberges de bruyants festins et sèment de gaies chansons leur voyage, s'en vont toutes , ou de peu s'en faut, chasser les pattes-courtes, sur le Larzac.
Parmi les dix plateaux qui, noués solidement les uns aux autres , composent le chaînon des monts Garrigues, le plateau du Larzac est le plus large et le plus élevé. Qu'on se ligure, à une hauteur de 1,500 mètres au-dessus du niveau de la mer. un vaste espace granitique à peu près nu , recouvert seulement çà et là de rares bouquets de chênes verts, de hêtres et de châtaigniers sauvages. Ces arbres, autour desquels ne croît aucun arbuste ni ne pousse le moindre brin d'herbe, éclatent vigoureu-