PREAMBULE
sèment hors de la roche, la soulevant et la brisant pour se frayer un passage. Les fortes essences seules sont parvenues , par un effort commun , à fendre la croûte de granit qui pesait sur elles. Hélas! que pouvaient tenter, pour arriver à la lumière, le genêt, la fougère, lafrigoule, la lavande, le romarin? Toutes ces jolies plantes qui, dissimulant les rudes aspérités du Larzac, en eussent parfumé l'air, sont restées enfouies aux profondeurs de la montagne. Dans l'âpre nature cévenole, les faibles sont dévoués à la mort.
Cependant le plateau, qui n'est pas d'une coulée unique, en maints endroits se crevasse, se fend, s'entr'ouvre. Dans une fente, apparaît tout à coup une ferme, et au fond d'une ouverture, un village. Rien de plus doux à l'œil attristé par des horizons désolément grandioses, que la vue subite d'un do ces hameaux perdus, tapi sous les roches menaçantes, au bord d'un filet d'eau qui s'échappe, joyeux et clair, du milieu des éboulements. Les maisons sont basses, la plupart n'offrent qu'un rez-de-chaussée. Quelques-unes pourtant ont un premier étage, auquel on arrive par une échelle" dressée extérieurement le long des murs , au travers des ruelles montueuses et bouleversées. C'est dans ces dernières habitations , plus spacieuses et plus commodes, que d'habitude viennent chercher un abri les chasseurs, lorsque, la tempête .--avageant les cimes , les chiens ne peuvent plus suivre
une piste, ou que, la neige tombant à trop lourds flocons, il n'y a plus d'espoir de rencontrer une patte-courte en toute retendue du Larzac.
La patte-courte est un lièvre d'une configuration plus mesquine à tous égards que celle du lièvre ordinaire. Son nom dit qu'il est moins haut perché que les autres individus de son espèce. Sans ses oreilles fort longues, presque traînantes, ses moustaches de vieux sapeur roussies au feu , on prendrait plutôt la patte-courte pour un lapin que pour un lièvre. Née sur un sol inhospitalier, obligée pour se nourrir de faire, dès l'âge le plus tendre, de véritables voyages, dans ses courses continuelles cette bête n'a pu contracter le moindre embonpoint. Le système lymphatique, qui acquiert un développement quelquefois monstrueux chez le lièvre du Pays-Bas dormant sa sieste dans les vignes ou les bas-fonds humides, tend chez le lièvre du Larzac , en raison d'un exercice forcené , à une réduction de volume incessante. Les viscères abdominaux par exemple se logent où ils peuvent; le fait est que la patte-courte n'a presque pas de «rentre. Chez ce singulier quadrupède, les jarrets, par leur activité éternelle, ont absorbé la graisse qui eût dépravé telle ou telle partie du corps, et ont conservé à toute la machine une légèreté, une prestesse merveilleuses. Aussi il faut voir les bonds démesurés de cette bote débusquée par les chiens! Quels zigzags rapide*' Qwq\^ crochets brusques!