‹ Le Chien courantChapitre 19 sur 31 · AUTEURS A CONSULTER · texte numérisé non relu

AUTEURS A CONSULTER

Duvérdier, Bibliothèque; Leclerc, Bibliothèque ancienne et moderne; Baïllet, Jugements des savants; l'abbé Goujet, Mémoire sur le Collège royal de France et Bibliothèque françoise, t. XIV; le père J.-P. Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de la république des lettres; Teissier, Éloges des hommes savants ; Grosley, Éphémérides, OEuvres inédites, Mémoires historiques et critiques pour l’histoire de Troyes ; Biographie universelle de Michaud; Biographie Didot ; Sainte-Beuve, Tableuu dela littérature au XV Ie siècle; Charles Labitte, Satyre Ménippée; Géruzez, Histoire de la littérature française ; Baron, Histoire de la littérature française; Louis Lacour, Jean Passerat; Marquis de Gaillon, Passerat dans sa chaire du Collége de France. (Voy. Bulletin du bibliophile, 1864.)

Œuvres de Passerat :

40 Sonnet sur le tombeau du sieur de la Chastre, dit de Sillac. 4563 ;

20 Chant d’allégresse pour l'entrée du roy Charles IX dans sa ville de Troyes. Troyes, 1564, in-8 ;

3° Complainte sur le trépas d’Adrien Turnebe. Frédéric Morel, 1565, in-8°;

&o Præfatiuncula in disputationem de ridiculis, quæ est apud Ciceronem lib, 11 de oratoribus. Francfurti, 1595, in-8. Réimprimée dans les discours de Passerat ;

5° De cæcitate oratio. Mamert-Patisson, 4597, in-8 ; 6° Kalendæ janvariæ. Mamert-Patisson, 1597, in-4o;

70 Kalendæ janvariæ et varia quædam poematia. Mamert- Patisson, 1603, in-8o ;

8° Kalendæ janvariæ et varia quædam poematia quibus accesserunt ejusdem auctoris miscellanea nunquam antehac typis mandata. Langelier, 1606, in-8°. — Ce recueil contient les vers héroïques adressés pendant vingt-six ans de suite à H. de Mesmes. Baillet dit : « Rien de plus naïf et de plus pur que les vers latins de Passerat. »

9° Le premier livre des poëmes de Jean Passerat, Mamert- Patisson, 4597, in-4o. Ce recueil comprend le Chien courant et les vers de chasse et d'amour;

109 Recueil des œuvres poétiques. Mamert-Patisson, 4602,

in-8° ;

440 Le même. Langelier, 4606, in-8°, édition la plus complète, publiée par Jean de Rougevallet, greffier de l’élection de Troyes, neveu de Passerat ;

420 De Litterarum inter se cognatione et permutatione liber.

. Paris, David Douceur, 4606, in-8°. Ouvrage de philologie des plus curieux ;

439 Orationes et præfationes collectæ a Joanne de Rougevallet. Paris, David Douceur, 1606, in-8°. Dédié à Sully.— Il y a une édition de Francfort de 1621 ;

44° Commentarius in Catullum, Tibullum et Propertium. Paris, 1608, in-folio ;

150 Conjecturarum liber, suivi de Adriani Behotii apophoretorum libri 1IT. 4649, in-8°;

16° Les vers de la Satyre Ménippée:

A7o Jean Passerat. Chapitres inédits d'un de ses ouvrages établissant ses véritables opinions religieuses et pouvant servir de suite aux éditions les plus complètes de la Satyre Ménippée, publiés par L. Lacour (tiré à 60 exemplaires). A. Aubry, 1856, in-8°.

Passerat recueiilit, en outre, pour son usage particulier, en forme de dictionnaire, les mots des langues grecque et latine, avec leur signification.

Bœcler assure positivement que c’est une fraude de libraire d’avoir mis le nom de Passerat sur le titre de l'édition de Lyon du Dictionnaire de Calepin, comme s’il avait revu et corrigé cet ouvrage, ce qui est faux. !

Pour les opuscules de Passerat, consultez le tome IV, pages 417 et 418 du Manuel du libraire, de Brunet, édition 1862.

1 Voyez Tessier, Éloges des savants tirés de l’histoire de M. de Thou, tome IV, p. 437, édition de 1715.

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ans ces forests, où bruit vn doux zephyre,

s Je veux des Chiens et de la chasse escrire

Sans invoquer Diane et les cent sœurs, Nymphes des bois, deesses des chasseurs.

Henry grand Roy, fleur des Princes du monde, À qui Diane en la chasse est seconde,

Donne courage et force à ton sujet

De bien traicter vn si noble sujet.

Nature a faict des Chiens de toute sorte :

Chaque païs de diférents en porte ; Foibles et forts, et pesans et légers; Hardis, coüards, et sages aux dangers.

Mesme tout Chien n’est pas bon à la chasse, Et st tout Cluen toute beste ne chasse.

De tant de Chiens, et de si differents,

Je n’eliray sinon que les courants.

Parler de tous seroit trop de matiere ; On en feroit vne Iliade entiere.

Ne montons pas en vne telle mer,

Qui loin du bord nous pourroit abysmer C’est bien assez de seurement conduire En petit lac sa petite navire.

Celui qui veut des Chiens courans avoir, Qui facent bien de chasser leur devoir, En premier lieu doit chercher vne Lysse.

De bonne race il faut qu'il la choisisse, Grosse de rable, et de reins assez forts, Vn peu lonquette et de teste et de corps ; Large de flancs, et de nazeaux ouverte :

Et qu'en chaleur, d’on bon Chien soit couverte,

On dit que c’est la meilleure saison Quand les Gemeaux logent en leur maison Le clair Soleil: ou le Prince de Troye,

Qui en chassant d’one Aigle fut la proye.

Ne faites pas la Lysse travailler.

Lorsque verrez son ventre s’avaller.

Repos est deu à vne beste pleine.

Durant ce temps, elle est foible à la peine.

Quai luy feroit le travail supporter

Il la mettroit en peril d'avorter.

S’ainsi aduient que ses Chiens elle face

En temps d'Hyver, qu'elle ait vne paillace Aupres du feu; à cause que l’'Hyver

N'est quere propre à des Chiens elever.

Prens-en le soin, et bien la mere traite

En la saison que ses Chiens elle allaite.

S? elle en a trop grand nombre à nourrir, Faute de laict les bons pourroient mourir, Oster en faut ce qui est inutile,

Retenant ceux de nature gentile.

On cognoistra, en les voyant tetter,

Ceux qu'il faudra retenir ou jetter,

Car volontiers le meilleur de la bande Est le plus aspre, et ses freres gourmande.

Sçachez aussi que les meilleurs seront

À l’advenir, ceux qui plus peseront.

Pareillement leurs bontez on dscerne,

Si on les met au milieu d’un grand cerne, Et on allume autour vn feu leger :

Soudain la mere accourt à ce danger, Prend les meilleurs, et prenuers les emporte. Voyez qu Amour est vne chose forte !

Encor dit-on que le premier porté

Dans la paillace est premier en bonté :

Et que celuy est de bonté prenuire,

Qua le dernier voit du jour la lumière.

Nazeaux ouverts en peuvent advertir :

Dessous le ventre vn poil rude à sentir :

Oreille large et lonquette et espesse

Sont arqumens de future vistesse.

On peut aussi juger à la couleur, . - s . | Que est le pire, ou qua est le meilleur.

Ceux qu'on dit Bauls, emportent la loüange Pardessus tous de bien garder le Change :

Chiens de Hault-nez, forcenants, beaux chasseurs, Ne craignans point la foule des piqueurs :

Prompts, esveillez, quand le Cerf on leur lance: Et n'en est point de meilleure Creance.

Tel fut Souillard, et Maigret, et Miraud, Cleraud, Joubard, et l’Escocois Baraud :

Dont le renom qui partout se publie,

N'a point de peur que jamais on l’oublie.

Les fauves sont vn peu moins Requerans, Mais plus communs, et seurement courans :

De grand travail, de cœur et d'entreprise :

N’abandonnans, quand il se for-païse, Jamais vn Cerf. Les Gris sont trop ardans :

Au demeurant le change mal gardans.

Si on veut prendre vne beste qui ruse, Je suis d'advis que d'autre Meute on vse.

Quant aux Chiens norrs, de sainct Hubert nommez, Pour les Sangliers ils sont bons estimez,

Ou pour Renard, mars ils ne valent queres

À courre vn Cerf, et des bestes legeres.

Si tost qu'auras choisi les petits Cluens, 4yes le soin de ceux que tu retiens.

À demy mois 1l faut qu'on les esuere ‘ :

1l faut encore avant la Lune entiere Rongner la queue, et le nerf en tirer, Qui ne leur sert qu’à la rage attirer.

N'endure pas que de quelque mastine , Non de leur mere ils succent la tetine :

Ils en trendroient : et comme abastardhs, Seroyent pesans, lasches et refroidis.

Aussi faut-il (puisque la nourriture, Ainsi qu'on dit, est vne autre nature) Qu'ils soient aux champs et nourris et dressez, Non à la ville, et à l'ombre engraissez.

Rien je ne prise vne Meute nourrie

En la cuisine, ou à la boucherie.

Race caignarde, et ne fay point de cas De Chiens frians, paresseux, delicas.

À Esverrer, détruire les vers; de vermis, selon Monnet. (Glossaire de Roquefort.)

Je veux vn Chien qui le travail endure,

Qui ne craint point le chaud ny la froidure : Qui me convie a le mener au bois,

Balant sa queuë, et doublant ses abbois.

J'y pren plaisir, et forcer je me laisse

À vn tel Chien tirant contre sa lesse.

Celuy qui veut en avoir passe-temps,

Y pense d'heure, et ne perde le temps.

Deux mois durant nourry-les de laictage ; Apres deux mois porte-les au village,

Où Pair est libre, et où le plus souvent

Lis sortiront à la pluye et au vent.

À souffrir tout, 1l les convient apprendre, Tandis que l'age est souple encore et tendre. Dès qu'ils viendront à neuf ou à dix mois, Pens à leur col quelque billot de bois :

Et vn Clien jeune à vne l'ysse accouple, Qui soit jà faicte, et bien apprise au couple.

Lorsque la trompe vn Forhu*' sonnera,

! Forhuer, sonner du cor pour rappeler les chiens.

S’il ne veut suivre, elle l’entrainera;

À quinze mots ul est temps qu’on les meine Courir le Liévre vne fois la sepmaine.

Ils sont plustost dressez et faconnez

A ceste Chasse, et s’affinent le nez.

Là cognoist-on lequel est le plus viste

À le querir, et pousser en son giste ;

Qui sçait quester et chasser sans défaut :

Comme abbreger ses Hurvaris al faut :

Le remarquer aux crottes et repaire :

Trouver sa nuict, et aussi la defaire :

Se redresser, et ne s'eloignant pas

Le voir soudain retourné sur ses pas ;

Qui sent plustost que la beste rusée

À pris congé de la Meute abusée.

Comme ul la faut ou suivre, ou devancer, S’elle tournoye, ou se fait relancer.

Qui entend mieux si on fin Liévre laisse Passer les Chiens, pendant qu'il se relaisse.

Qui n'est menteur : qui est le plus adroit

! Retour de l’animal de chasse.

A prendre vn cerne, ou à suivre le droit.

Qui vient au gresle ou au gros de la trompe, Sans qu'il se croise, ou qu’en foule il se rompe. Bref, ceste chasse est le commencement

Pour leur apprendre à chasser seurement.

Sur les deux ans, que l’age les renforce, [ls pourront bien prendre le Cerf à force, Sans s’effiler, et la droite saison,

C’est quand vn Cerf est en sa venaison ! :

Veu qu'en ce temps ül a moins de vistesse, Moins de destours, de ruse et de finesse.

Vn grand vieux Cerf ne doit estre donné Aux jeunes Chiens, qu'il ne soit mal-mené.

Parlant à eux, gardant leur advantage Resjouy-les, et souvent les soulage.

Si vne fois quelque Cerf ils ont pris,

En peu de jours ils y seront appris,

Et oublieront des Liévres la curée :

La chair du Cerf est la plus désirée.

! On dit qu'un cerf est en sa venaison lorsqu'il est gras.

Plus chasseront, plus croistra le desir

D'y retourner, et te donner plaisir.

Ce n'est pas tout, ul faut qu'on s'estudie A les querir de mainte maladie :

Car comme nous, les Chiens grands et petis Dés leur naissance y sont assujetrs.

Je n'escriray sinon de quelques vnes, Ne m'amusant aux receptes communes.

S+ vous cherchez remedes pour les yeux Rouges, enflez, pleurans et chassieux :

La rose seiche est bonne à cest vsage :

Fueille de murte, et de vigne sauvage, D'eau et de vin, ou le tout sera cuit, Vous laverez cest humeur qui leur cuit.

Il faut encor qu'en leurs yeux on distile Le blanc d'un œuf et la ligueur de l’huile.

Frotte les Chiens, qui deviennent pelez, D'huile de noix et miel entremeslez.

Durant l'Esté les mousches impudentes Viennent piquer leurs oreilles pendantes .

Craignant cecy, avant le coup tu dois

Faire piler des eschales de noïs, Et que du jus leurs oreilles soient teintes.

Garde n'auront de semblables atteintes.

Si quelque Chien, ainsi qu'on voit souvent, Quelque sang-sue avaloit en beuvant,

Le parfumant de punaise brulée,

Tomber feras la sang-sue avalée.

Le micl aussi avec huile battu,

Et la ptisane ont la mesme vertu.

S’el est galeux, je conseille qu'on cueille En sa verdeur du Lentisque la feuille, La faisant cuire avec graisse de bœuf

En beurre frais, dedans vn pot tout neuf, Où cuise aussi poix-resine et ceruse,

De cest vnquent contre la qale on vse.

S’el s'est rompu quelque veine en courant, Voicy comment tu l'iras secourant :

Mettre tu dois sur la playe ensaignée,

Cendres de rats, et toiles d'araignée :

Ou si cela ne profite, il te faut

Toucher la veine avecques vn fer chaud.

Si d’vn serpent la dent envenimée

En quelque endroit a sa chair entamée, Laisse-le faire; ul s’en ira querir

Parmy les champs herbe pour se querir.

Aussi luy est-ce vne recepte seure

Que sa salive, encontre sa blesseure.

Tant qu'il pourra sa lanque en approcher,

Il n’est besoin à l’homme d'y toucher.

Se vne fievre en ses veines enclose

Le Chien tourmente, et que point ne repose, Avec on fer tire du sang pourry

De son palais, pour le rendre query.

Autre remede au precedant assemble, D’huile rosat et vin bouillis ensemble :

Trois fois le jour avaler tu feras

De ce breuvage au Chien que penseras.

Si on cognoist qu’il ne pisse qu’à peine,

Mal que souvent chaleur de reins ameine,

En laict de chevre on trempera du pain, Pour luy donner alors qu'il aura faim.

Mans s'il pissoit du sang au lieu d'urine, Vser faudroit de ceste medecine :

Poivre battu et lentille meslant

Parmy du laict, dedans vn pot bouillant :

Hinle d'olive et jus de coriandre, .

Le garderont de plus de sang espandre.

S’al se dessole* et l’ongle est arraché, De ta salive et de cumin masché, Frotter souvent sa patte il te souvienne,

À celle fin que l’ongle luy revienne.

Aucune fois les Chiens s’entremordans Blessent l’on l'autre aspres à coups de dens : Huile d'olive adonc il vous faut prendre,

Et os de Cerf par feu reduits en cendre.

De cest vnquent deux ou trois fois gressez

! Le chien se dessole lorsque, dans sa course rapide, il s’écorche le dessous des pieds.

L'endroit du corps où ils seront blessez :

A cela mesme estre bon on estime

Le menu fer que fait tomber la lime.

S2 la morsure est d'un Chien enragé, Dedans la mer par neuf fois soit plongé, Ou pour garder que ce poison ne rempe,

Rue et resine en vin-aigre destrempe.

Cruel destin, qui as à tant de maux Assujetti ces pauvres animaux !

N’estoit-ce assez? Falloit-1l davantage Les tourmenter de ce qu’on nomme Rage?

Mal que jadis apporta, ce dit-on,

Du fonds d'Enfer le Chien noir de Pluton, Lorsque trainé par Hercule en arriere D’on œil despit il veit nostre lumiere.

On jugera par des signes certains,

S2 de ce mal les Chiens seront attaints.

Piteux effets incontinent le monstrent :

[ls courent sus à tout ce qu'ils rencontrent :

[ls ont les yeux afjarez et ardans.

Notre l’on voit leur queule par dedans, Dont toutes fois ul ne sort point d'escume, Et vont heurlant plus fort que de coustume.

Voyans de l’eau, 1ls en ont telle horreur, Qu'elle redouble et aigrit leur fureur.

Ils ont perdu memoire et cognotssance, Tant la douleur a sur eux de puissance.

Le doux repos, et sommeil gracieux,

Ne vient jamais couler dedans leurs yeux.

Plus de trois jours dure ceste tempeste, Que bois ny roc, mont ny plaine n'arreste; À la parfin on les voit trebuchans

Mordre la terre, et mourir par les champs.

Le Chien saisi d’une telle manie,

Soit retiré de toute compagne,

Et enchaisné; puis dedans vn mortier Piler convient racines d'esglantier, Les arrousant d’eau puisée en la source D'vne fontaine, eslancée à la course.

Cela luy sert, et ne se treuve rien

Qui soit meilleur pour la rage du Chien

Que de passer par quelque toile notre Ceste liqueur, et la luy faire botre.

Autre moyen, ce sera de cueilhr

Force lierre, et le faire bouillir Jusques à tant que la flamme allumée Aura de l'eau la moitié consumée,

Ou les deux tiers : maint Chien s’est bien trouvé D’en desjeuner avant soleil levé.

Et l’'hellebore, et le laict de la mère D’on enfant masle, est chose singulière Contre ce mal : aussi les anciens Vsoient de charme et vers magiciens, Où ils dressoient des soupes et potages

Faits de vieux oingts et de fiques sauvages.

N'attendons point : dès le commencement Ensemble ostons la cause et le tourment.

Dans leur palais où la langue s'attache Pres du gosier il y a une tache

Jaune comme or : il y convient chercher Vn petit ver, et soudain l’arracher.

Bien tost apres on verra la furie

Perdre sa force et la beste querie.

Mais si cela a desjà pris son cours

La seule mort en sera le secours.

En la saison que la Cluenne celeste

Va bruslant tout, plus regne ceste peste.

Prenons y garde : 1len faut soin avoir

Si on en veut du plaisir recevoir.

Ce que des Chiens l'antiquité raconte, Merite bien que l’on en face conte :

Ils ont jadis par vn secours loyal

Remas les Rots en leur siege royal :

Gardes de corps sans pension ny gages :

Guet de citez et rempart de villages.

Quand les Medois contre eux firent armer Toute la Grece, vn Chien passa la mer Apres son maistre, et luy faillant l’'haleine Jà hors de l’eau, tomba mort sur l’areine.

L'on a sauvé son maistre de danger L'autre a laissé le boire et le manger, Perdant le sien : l’autre est mort de tristesse

Sur le tombeau de sa chere maistresse.

Les vns encor ont suivy leurs seigneurs

Dedans le feu des funebres honneurs,

Bruslez tous vifs : d'autres ont sceu connaistre, Entre un millier, le meurtrier de leur maistre, Jappans, mordans, et l'ont si fort pressé

Qu'il a le meurtre à la fin confessé :

Puis en ont faict eux-mesmes la justice

A belles dents le trainans au supplice.

Quel escrivain ne louë en ses escrits

Le Chien faé de Cephale et Procris?

Qui est le Grec, le Romain, ou barbare, Qui n'a parlé de la Chenne d'Icare?

Dont l'amour vraye ou plustost pieté, Envers son maistre a le ciel merité?

Lest celle-la que nous y voyons luire :

Astre bouillant, qui fait mourir et cuire Fruits et moissons, et qui sans nul repos, Poursuit le Liévre au med viste et dispos, Tant sont des Dieux les chasses honorées, Qu'ils en ont faict des estoiles dorées !

J'en diroy plus, si j'avoy plus de jour.

Qui m'esclairast en ce plaisant sejour :

Mais j'appercoy que le Soleil se couche, Tethys l'appelle en son humide couche.

Croistre je voy l'ombre des chesnes verds, Qui me contraint mettre fin à mes vers.

Adieu mon chant des Chiens et de la Chasse,

Jusqu'à demain, la nuict d'icy me chasse.

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