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À Madame sœur unique du Roy
é) our avoir veu vne Deesse nuë
SON On dit qu'on homme eut la teste cornuë, Par grand miracle, et qu'en vn Cerf changé
Fut de ses chiens chassé, pris et mangé.
Je le croys bien: mon adventure est telle,
Pour avoir veu vne beauté mortelle :
Et maintenant si le Romain vivoit
Qui d'Acteon le malheur escrivoit ;
26 LE CERF Db'AMOUR.
Me remarquant semblable en tant de choses, Il me mettroit en ses metamorphoses.
Regardez-moy, vous jugerez, Amans,
S2 je suis Cerf, par beaucoup d'arqumens.
Regardez donc, voicy le Cerf en place,
Amour le suit et commence sa chasse.
Le Cerf trouvé abandonne son Fort, Fuyant des chiens et des hommes l'effort.
De ma raison aussi le fort je quitte Devant Amour eslancé à la fuyte.
Le Cerf entend mille cris et abbois
Au laissez-courre, et j'entens mille voix
De mesdisans, qu'un Amant plus redoute Qu'on Cerf abbois et cris de Route Route.
Au moindre bruit du Cerf tremble le cœur :
À tous rapports je tressaute de peur.
Le Cerf a peur du Cor et de la Trompe :
de crain d'Amour la parole qui trampe.
Chiens et piqueurs tiennent le Cerf de pres : Où que je coure, Amour s'envole apres.
Et c'est grand cas que luy qui ne voit qoute,
Ne perd jamais mes Erres ny ma Route.
Avecque luy sont les soucis mordans,
Le vain penser, et les desirs ardans :
L'espoir menteur, c’est la Meute affamée, Dont en cent lieux est mon ame entamée.
Quand le piqueur n'a pas pris les Devans, Monstrant le droit aux chasseurs le suivans, Où le Cerf passe il jette vne brisée.
D’vn pauvre Amant l’entreprise est brisée Par vn jaloux et par vn envieux,
Qui ses pas conte et tient sur luy les yeux.
En vain le Cerf par sentier et par voye Revient sur soy, souvent ruze et tournoye :
Tost les limers, et aspres Chiens-courans L’ont retrouvé et remis sur les rangs :
Contre l'amour c’est pour neant que j'ose De Hourvaris ', et de tout autre Ruse :
Les chiens qu'il a, à la prote acharnez, Requestent trop et sont de trop Haut-nez.
Suivant le Cerf si la Meute est lassée,