BIENHEUREUX, O! SEIGNEUR ! SONT CEUX QUI MEURENT
1e EN FAISANT TA VOLONTÉ |
Je, OT 41 ii 1 49 08
ner ms J
ans nnesis
Li C'était la coutume du bourgeois Philibert de par-
courir la placedu marché, non pas pour s’énor-
rs gueillir des témoignages d'estime qu’il recevait de
His toutes parts ; non pas pour acheter ou vendre dans
rit un but de spéculation, même honnête, mais pour y x chercher les pauvres, les déshérités et les secourir
P dans leurs besoins.
Ils étaent nom5reux les indigents, car la guerre impitoyable laisse toujours après elle la ruine ec la désolation.
En L Le bourgeois connaissait mieux les pauvres que nur les riches. Il aimait à les appeler par leurs noms, et
à remplir leurs paniers ; il aimait à les renvoyer contents dans leurs tristes réduits. Il se plaisait à leur dire qu’il n’était que le dispensateur des biens de Dieu, et que le Christ a recommandé aux hommes de s'aimer et de se secourir mutuellement.
Tous les jours, au Chien d'Or, une table de douze couverts était servie. Douze pauvres, les nécessiteux dont parle l'écriture sainte, venaient s’y asseoir, et les meilleurs mets étaient pour eux. Le bourgeois se sentait glorieux comme s’il eut diné avec des rois.
Le jour de la St Martin était l'anniversaire de la
298 LR CHIEN D'OR
mort de sa femme, et pour honorer la mémoire de cette regrettée compagne, il redoublait ses bonnes œuvres. Il disait en riant qu’il fallait, à part ses douze apôtres—ses douze pauvres—recevoir aussi les soixante et dix disciples.
Le matin où nous sommes, il fit sa toilette pour sortir, prit sa canne à pommeau d’or et descendit l'escalier.
Dame Rochelle vint au devant de lui, dans le grand passage. Elle paraissait tout anxieuse.
—Maître ! dit-elle, n’allez donc pas au marché, aujourd’hui ! j'en arrive moi-même et j'ai tout prévu pour la journée.
—Je vous suis bien reconnaissante, dame Rochelle. Mais vous savez que je suis attendu ; c’est un de mes meilleurs jours. Qui remplira les paniers de tous ces malheureux qui n’osent pas mendier de a en porte ?.. [Il faut que je fasse ma tournée,
ame Rochelle !
—Pour une fois, 4 vous en supplie, écoutez-moi, ne sortez pas; je redoute un malheur !
Le bourgeois connaissait assez la bonne dame pONr être sûr qu’elle n’insistait pas ainsi sans motifs.
—Pourquoi donc, demanda-t-il, voulez-vous m’em pêcher de sortir ?
—Pour une excellente raison, maître! mais une raison dont vous allez vous moquer. Il y a quelque chose de menaçant dans l'air... ! Les amis de l’Intendant veulent chasser les honnêtes gens de la place du marché, Je les ai entendus! Il va y avoir du tumulte. C’est une première raison. Une autre, c’est que je pressens un malheur sur votre maison.
—Merci! excellente dame ; merci de votre sollicitude ! Mais je trouve, dans vos craintes, une raison de plus pour sortir. Ne faut-il pas que j'essaie d’empêcher toute querelle entre mes concitoyens ?
—Ah ! vous n'avez pas entendu ce que j'ai enten-.
du, moi! Vous n'avez pas vu ce que j'ai vu... Je vous en supplie, restez ici aujourd'hui !
Et elle joignit les mains en le suppliant ainsi.
—S'il y a danger quelque part je serai là, car je suis gentilhomme, affirma le bourgeois fièrement,
—Ah ! si Pierre était ici pour vous accompagner! Emmenez quelques serviteurs avec vous dans tous les cas!
—Quand j'ai un devoir à remplir, dame Rochelle, je ne me laisse par arrêter par la peur. J’ai des ennemis, c’est vrai; mais il faudrait être bien hardi pour attaquer le bourgeois Philibert, en plein jour, sur une place publique.
—Il s’en trouve, maître, de ces gens hardis!il s’en trouve !
—N'importe !.… Ne serais-je pas digne de mépris, si la crainte de l’Intendant ou de ses amis me détournait de mes devoirs ?
—Je sais que je supplie en vain; pardonnez-moi mon anxiété, maitre, que Dieu vous accompagne ! que Dieu vous tt !
Les yeux de la bonne dame Rochelle se remplirent de larmes.
Eh bien! fit le bourgeois, pour vous montrer combien je fais cas de vos alarmes, et suis sensible à votre amitié, je vais prendre mon épée. L’épée, c'est après une Conscience pure, la meilleure amie d’un gentilhomme, au moment du péril.
Apportez-moi mon épée.
Gn1 très volontiers, maître ! Comme le glaive du Chérubin, qu’elle vous garde et vous défende aujourd'hui!
‘le alla aussitôt chercher la rapière suspendue comme un ornement dans la salle. Le bourgeois ne la portait que dans les grandes cérémonies.
1 mit en écharpe le riche baudrier, et la pointe du fourreau d'argent traina sur le parquet avec un léger cliquetis,
Il sortit en souriant.
Dame Rochelle le suivit du. regard jusqu’à la cathédrale. fl descendit devant l’église et elle le perdit de vue. Alors, elle vint se rejeter dans sa chaise.
—Hélas! murmura-telle, c'est dommage que Pierre soit allé à Ste Anne!
Elle ouvrit sa bible et chercha dans les paroles du Seigneur quelques consolations à ses amertumes,
Il y avait beaucoup de mouvement, beaucoup de bruit sur le marché quand le bourgeois y arriva, Il se mit à visiter, comme de coutume, les divers échoppes des marchands de fleurs et de fruits, en
s’arrétant pour dire un mot aux amis qu’il rencon-
trait et surtout pour causer avec les pauvres et les infirmes qui l’attendaient toujours aux mêmes endroits. Il aimait mieux aller à eux que de les faire venir à lui. Il savait qu’ils comptaient sur son aumône et il eût évité le gouverneur lui-même plutôt que ces infortunés.
Un groupe de jeunes filles élégamment vêtues achetaient, en se promenant, les dernières fleurs de l'automne, et regardaient d’un œil agaçant les beaux garçons qui venaient en ce lieu faire leur promenade du matin et dépenser, suivant l’occasion, ‘des sourires, de l'esprit et quelquefois aussi de l'argent.
Les demoiselles Hébertet de Grand’Maison faisaient provision d'immortelles et de fleurs desséchées, Maintenant encore, quand vient l'hiver, on garde dans des vases brillants des fleurs desséchées, ces doux souvenirs des jours de soleil!
Elles étaient fort attentives à leurs achats et aux discours de leurs cavaliers, quand une dame à cheval, accompagnée du chevalier de Péan, s’arrêta près d'elles en poussant une vive exclamation, se pencha, et leur: tendit la main. C'était Angélique DesMeloises, plus gaie, plus charmeuse que jamais. Elle était voilée, mais son accent joyeux et son timbre argentin la faisaient toujours reeonnaître,