XVIII
Longtemps, le lieu où fut exécutée la sorcière passa
L'hiver, pendant que le vent de nord-est gronde
Mdans les cheminées, et fait craquer le toit des
maisons ; pendant que la poudrerie vole sur les routes et ensevelit les clôtures grises sous son blanc
: linceul, les enfants, les femmes, les vieillards; ser-
rés les uns contre les autres, auprès du poêle qui
Ë bourdonne, racontent en frémissant comment gémit
l'âme damnée de la soreière, ou comment, dans les. ténèbres, avec sa cage de fer qu’elle traîne comme une plume, elle court après les voyageurs égarés. Trois générations d'hommes avaient passé depuis ‘la cage de fer et l'immonde punis étaient
rues; quand un jour, un habitant de Lévis, en à crousant le s0l, entendit sa bêche résonner sur un à corps métallique.
Il creusa encore. O trrreur! c'était la cage avec le
Toute la ville courut voir la lugubre trouvaille. L'histoire de la petite fille d’Exili était pourtant bien oubliée déjà.
Un peu plus tard, le Museum public de Boston achetait la relique maudite et lui donnait une place | d'honneur dans ses chambres curieuses. ;
Une jeune dame de Québec qui savait le drame | sanglant et dont l'œil curieux ne laisse rien échapper, l’a vue et me l’a dit. ;
La maison de Saïnt Valier fut brûlée jusqu’en ses | fondements, dans la nuit qui suivit l'exécution de | la sorcière. Avec la maison de la Corriveau fut dé- ! truit le laboratoire d’Antonio Exili et le secret in- | fernal de l’Aqua Tofana fut perdu. Espérons que | nul chimiste, jamais, ne le retrouvera ! Ê
Et maintenant, notre tâche est terminer. Notre | récit finit dans les pleurs; comme presque tous les | vrais récits de cette pauvre terre. La justice humaine, la justice divine n’y apparaissent guère. Hélas ! nous aurions aimé qu'il en fût autrement car le cœur soupire après la félicité comme l'œil après la lumière! Mais la vérité est plus puissante et plus neuve que la fiction. Et puis, l’heure de Dieu sonne quand il le faut. Sa justice est infaillible et la justice de l’homme est bien aveugle.
Au reste, moi qui écris cette histoire mélancolique, je ne me sens pas le courage de mépriser la tradition et d'oublier la vérité, pendant que le chien d’or est encore là sur une des façades de la rue Buade; pendant que les ruines de Beaumanoir recouvrent encore les cendres muettes de Caroline } de St. Castin ; pendant que sous l’œil de Dieu et les reflets de la lampe votive, Héloïse de Lotbinière et ‘Amélie de Repentigny dorment paisiblement leur dernier sommeil ! |
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