XII
Sir Guy Carleton tenait à la main un journal qu’il venait de recevoir d'Angleterre. Il le présenta à de La Corne : ;
—Lisez ceci, dit-il; c’est, si je ne me trompe, la mort d’un de vos anciens amis, que j'ai une fois rencontré dans les Indes. C'était un caractère sombre, taciturne, mais un brave et habile commandant.
La Corne prit le journal et lut avec une vive émotion :
—‘‘ Indes Orientales. Mort du marquis de Repen- “tigny. Le marquis Le Gardeur de Repentigny, gé- € néral d'armée et gouverneur de Mahé, est mort l’an “dernier, dans cette partie des Indes qu’il avait par “sa bravoure et son habileté, conservée à la France.
‘ Le marquis servit au Canada où il a laissé aussi “la réputation d’un brave et vaillant soldat.”
De, La Corne sentit les, larmes rouler sous ses vieilles paupières grises. Il passa le journal à De Beaujeu.
+-Le: Gardeur est mort! dit-il, ce pauvre Le Gar-
rep
deur ! On lui a fait plus de mal qu’il n’en a fait aux autres... Que Dieu lui pardonne ! Ses intentions ne furent point perverses.. Chose étonnante, celle qui fut la cause de ses fautes et de ses malheurs, continue à vivre dans les plaisirs et à briller dans le monde. Les secrets de la Providence sont insondables. Angélique Des Meloises fleurit au milieu de ses crimes, le bourgeois est mort victime de ses vertus ! et Amélie! ma pauvre Amélie |.
De La Corne n’acheva point. Il s’assit et demeura
longtemps pensif et comme abimé dans l’amertume |
de ses réflexions.
Angélique avait joué sa vie contre les satisfactions d’une ambition effrénée, et elle n'avait pas perdu
tout à fait la partie. Le meurtre de Caroline de St, |
Castin, et surtout la peur de voir son crime dévoilé,
pesaient lourdement sur sa conscience; mais pas.
assez pour effacer le sourire de ses lèvres, l'éclair
de son regaru et l’air gai de sa figure. Elle ne se ! trahit jamais. Elle alla même pe se cacher sous !
le masque de la piété, quand la piété devait la protéger mieux. Qu’importait une profanation de plus? e mortel secret de Beaumanoir demeura enseveli
sous les ruines du château. Il attend là le jugement :
dernier.
Mais la perverse fille se livra vainement à l’in- | trigue et au péché; Bigot, qui la soupçonnait en { e l’épouser, et quand |
siience, ne lui offrit jamais Le Gardeur l’eut humiliée, à la porte de la cathédrale, en dédaignant la main qu’elle lui tendait, elle se livra, de dépit, au chevalier De Péan. Elle devint la femme de re vil spéculateur.
Epouse infidèle, elle voulut autant que possible | imiter la Pompadour dans ses magnificences et dans | ses turpitudes, et faire du palais de Bigot un autre à
Versailles, sinon en splendeurs, du moins en immoralités.
Elle mena joyeuse existence. Elle se vétait de |
il n’en a fait aux Ses intentions ne nnante, celle qui malheurs, conà briller dans le nce sont insonirit au milieu de | victime de ses lie 1...
assit et demeura
dans l’amertume |
elessatisfactions ’avait pas perdu e Caroline de St.
)n crime dévoilé, ience; mais pas s lèvres, l'éclair zure. Elle ne se ’à se cacher sous
anation de plus?
emeura enseveli
ouser, et quand prte de la cathéelle lui tendait, De Péan. Elle
moins en immo-
té devait la pro- !
d là le jugement ;
ainement à l'in- | soupçonnait en |
ant que possible | ficences et dans !
Bigot un autre :
lle se vêtait de
urpre et de soie, pendant que les grandes dames se épouillaient pour la patrie ! Elle s’asseyait à une ble somptueuse quand le peuple mourait de faim ans les rues de la ville! Elle achetait des terres et \des maisons avec l’argent de l'Etat, pendant que les braves soldats de Montcalm versaient leur sang après avoir perdu leur salaire ! Elle donnait des banquets à l'heure où les boulets anglais enfonçaient les ortes de la capitale! Elle prévit la fin de Bigot et ut hériter de ses richesses |
Le sort de a est un avertissement pour les spéculateurs malhonnêtes et les Éproenre
Peu de temps après la perte de la colonie, il re. passa en France avec Varin, Cadet, Pénisault et d’autres actionnaires de la grande Compagnie. La Bastille s’ouvrit pour les recevoir, car ils étaient Mevenus des instruments inutiles.
Ils furent jugés par une commission spéciale, rouvés coupables de malversations, d’infidélités, de billage, et condamnés à faire restitution, à demeurer pn prison en attendant cette restitution, et à être ensuite à jamais bannis du royaume.
L'histoire ne nous a pas encore appris d’une maaière certaine quelles ont été les dernières années Re Bigot. Il est étonnant qu’un homme dont le rôle
olitique en Canada fut si important, soit mort sans | tu un souvenir. Pas un mot pour raconter sa qu]
On La rr ue la Pompadour aura, par son inluence, fait adoucir ou commuer sa peine, et que ous un nom d'emprunt, et avec les débris de ses rols, il aura vécu dans l’aisance, ou le luxe peut-être,
Bordeaux où il est mort.
Angélique ne le regretta point. Elle se disait ceendant re les destinées de la Nouvelle-France aient êté tout autres, si cet homme avait voulu
s'attacher à elle par des liens indissolubles et suivre ses conseils.
Alors, du moins, elle n’aurait pas tué Caroline de St. Castin ! Elle ne serait pas devenue la femme d’un homme qu'elle haïssait ! Elle n’aurait point profané l'amour !.…
Arrès la chute de la colonie, elle voulut se rendre en France pour tenter la fortune sur un théâtre plus grand; mais la Pompadour lui défendit, sous les peines les plus sévères, de mettre à exécution ce hardi projet.
Île s’irrita, mais ne s’exposa point. Elle se vengea en se moquant de la royale maîtresse, et en se vantant de l’avoir fait trembler par ses charmes et son esprit.
| XVL
| | [EL Les vieillards de la dernière génération se rappe- {1 laient d’avoir vu passer, quandils étaient tout petits,
04 les splerdides équipages de madame de Péan, dans |
| k | l'avenue ombreuse de Ste Foye. Et les gens d'alors À . Li) ui se faisaient vieux hochaïent la tête en la regar- | Li: Fe PS ant, et disaient bien des choses ; mais nul ne savait À 4 hp le terrible secret qu’elle cachait au fond deson cœur! |
La destinée de la Corriveau fut terrible.
h k, #1 La Corriveau ne fut point indiscrète et ne trahit L | Ep jamais sa brillante complice, grâce à l'or dont elle | | JPA ut gorgée, et à la peur de tomber elle-même entre. j à | AA les mains de la justice. ex
Un jour d'été, dans l’année qui suivit la conquête,
le bonhomme Dodier fut trouvé mort “ans sa maison. Fanchon, qui soupçonnait un crime, ne se gêna pas. | pour parler, et donna l'éveil. Une enquête eut lieu. et l’on découvrit qu’une main meurtrière avait coulé | du plomb fondu dans l'oreille du défunt. +ES .- La Corriveau fut. 8. Loméspiniéema: |
: Une éourde justice spéciale fut ar Fret e.
qui siégea:dans:le grand parleir des Ursulines, où. ?
ables et suivre ué Caroline de la femme d’un point profané
ulut se rendre
sution ce hardi Elle se vengea
>, et en se vanharmes et son
lent tout petits,
de Péan, dans | L 4 pour un lieu maudit.
es gens d'alors te en la regarsnul ne savait
d deson cœurt |
ible.
e et ne trahit l'or dont elle
t la conquête, ans sa Maison.
quête: eut heu.
nt.
même entre:
le se gêna pas |
rreavaitcoulé # di
: À squelette de l'harrible vieille 1.
| le général Murray avait établi ses quartiers géné-
Taux.
Le bombardement avait en partie détruit la ville. La Corriveau eut un procès loyal. Elle se défendit habilement; mais l'heure de la justice avait sonné.
Le tribunal la condamna à être pendue et enfermée
1 ensuite dans une cage de fer, qui serait exposée sur in théâtre plus !
ndit, sous les |!
+ sance d'Angélique, et la supplia d’intercéder en sa
les hauteurs de Lévis, en face de la ville.
La sorcière de St. Valier ft appel à la reconnais-
faveur, la menaçant de révéler le meurtre de Caro-
L line si elle ne la sauvait de l’échafaud.
Angélique était trop contente de se débarrasser
& d’une dangereuse complice pour intervenir à cette
heure suprême. Elle sut tromper la condamnée, en-
À tretcuir son espérance et lui. fermer ainsi la bouche $ 4 jusqu’à l'instant fatal.
ation se rappe- |