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59 L£ CHIEN D'oh
chaleur et la lumière du soleil, sous une forme tangible et concrète. Le dernier mot de la chimie est chaleur et lumière, rien que cela, mais derrière cela se cache la cause des causes, l'amour et la sagesse de Dieu. Brûlez ce charbon, vous rendez la liberté aux rayons si longtemps emprisonnés du vieux soleil ; et ils vous donnent, ces rayons, la chaicur et la lumière des temps primitifs.
Cette fougère, continua le Las en tirant une petite branche d’un vase de Sèvres, cette fou-
gère est l'expression d’une idée divine. Ses pores si
etits contiennent d'innombrables principes de vie. Éeatice que le principe de la vie? Dieu! Dieu qui est partout et dispose tout avec une sagesse infinie. La conservation des êtres créés est une continuelle création. Chaque instant de leur vie renferme un miracle égal au miracle de la création première par la divine parole. La puissance du Verbe qui a fait sortir le monde du néant peut seule l'empêcher d'y retomber.
—dJ'aime votre philosophie, Kalm, xépliqua le comte. Je m'imagine facilement que le monde est très vieux et qu'il a vu bien des retours de sa jeunesse et de sa vieillesse.
—Etilen verra bien d’autres encore. La forme de la matière est destructible, mais pas son essence. Pourquoi ? Parce qu’elle est une conception du verbe éternel par qui toute chose a été faite. La terre est le piédestal de Dieu, dans un sens plus élevé que la science n’est capable de le définir.
—Ceite fougère à eu un commencement, remarqua Béauharnois, qui s’intéressait vivement à ces sortes de questions, mais il fut ur temps où elle n'existait pas. Comment pouvez-voussavoir, Kalm, le moment où elle a commencé à exister ?
—]La terre elle-même a écrit son histoire en hiéroglyphes, dans son livre de pierres, avant que l'homme ne parut, pour compter le temps et les
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époques. L'homme ne sait pas quand a commencé à fleurir cette branche; mais il sait, d’après le livre de la Genèse, l’ordre de la création, et elle a paru le troisième jour. Alors, cette partie de l'Amérique était desséchée, tandis que l'océan passait sur la face de l'Europe et de l'Asie.
—Alors pour vous le Nouveau Monde, c'est le vieux, le premier né de toutes les terres ? demanda Beauharnois.
La fumée sortait en orbes légers de la pipe du philosophe et s’étendait en nuages d’argent sous le plafond de la salle.
Incontestablement, chevalier, répondit-il, en lançant une odorante bouffée de fumée. J’ai comparé les rocs, les plantes et les arbres de l’Amérique du Nord, les uns avec les autres; j'ai étudié les poissons, les oiseaux, les quadrupèdes et les hommes, et j'ai reconnu que tout portait un cachet d’antiquité auprès de laquelle l'antiquité de l’Europe ne semble remonter qu’à hier.
—Nos savants académiciens n’ont encore rien affirmé à ce sujet, Kalm, reprit le comte, et je n'ai pas la prétention de me croire plus sage qu'eux; mais j'ai souvent entendu de La Corne, soutenir que la race indienne de l'Amérique en est arrivée, à force de vieillir, à une espèce de pétrification, et que les indiens eux-mêmes prétendent que leurs enfants ont autant d’instinct, de réflexions et d’habileté que les blancs devenus hommes. ‘
—La race américaine est si vieille, interrompit de La Corne St, Luc, qu’il semble impossible qu’elle retrouve jamais sa jeunesse ; elle est tellement immobile dans son engourdissement moral, que rien ne pourra jamais la réveiller. Elle restera ce qu’elle est, jusqu’à ce qu’elle disparaisse de la terre.
>kt cependant, observa Kalm, ces indiens peuvent se vanter d’être les hériliers d’une civilisation perdue, qui remplit l'Amérique de ses œuvres merveil-
een nee
te
leuses, alors que le reste du monde était encore plongé dans les ténèbres de l'ignorance.
’ai vu sous les tropiques, reprit de la Corne, les ruines de cités immenses et les temples de dieux étrangers que je ne veux pas appeler des démons,
—Ce une serait ni philosophique, ni chrétien, répliqua Herr Kalm. Cependant, il est une preuve de ‘ancienneté de l’homme rouge de l'Amérique que je trouve concluante, bien que je ne puisse l’apprécier aussi justement que vous. C’est la beauté, la richesse, le charme du langage de ces diverses tribus. Un pareil langage ne peut être que le fruit de la ci. vilisation ; il le prouve, comme le galet, par sa rondeur et son poli, démontre qu’il a été roulé par les flots. Ce ne sont pas les misérables chasseurs que l'on connait qui ont pu trouver une si splendide manière d'exprimer leurs pensées.
Leur langage est tellement au-dessus de leur condition, Kalm, affirma de la Corne, qu’il est évident qu’ils descendent d’une race civilisée dont ils ont gaspillé l'héritage et perdu le souvenir.
Kalm reprit après un instant.
--L'Amérique est très ancienne, tout le proclame. Ses rochers apparaissaient, quand l’Europe dormait encore sous l'océan. Dernièrement, j’examinais avec étonnement et respect la vieille chaîne des Laurentides, à l’aspect décrépit; ces assises granitiques qui sont aux autres montagnes du globe, ce que sont les pyramides d'Egypte aux autres monuments de l’homme. Leur aspect vénérable révèle à l'esprit émerveillé une insondable antiquité. Là, nous trouvons, marqués par des côteaux sablonneux les véritables rivages que battirent les eaux de la mer dans les premiers âges du monde. Ces rives premières, les poètes n’ont pu les voir que dans. leurs rêves, telles qu’elles apparurent d’abord formant la limite des premières terres qui surgirentde l'Océan univer sel, au commandement du Créateur,
classe d’4 la terre, le fiat du —Vos vieilles.
sont des qui semb Il nous violent e Voyez ce forme pr rève terri doit être | intérieur!
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Lorsque Dieu dit: ‘Que les eaux se réunissent en un endroit et que la terre sèche apparaisse !” les Laurentides apparurent, et le reste de la terre demeura dans le secret du divin créateur. Un jour
eut-être, on retrouvera là, si jamais cela se trouve, es premières traces de la vie sur la terre.
—Et notre flore et notre faunv, interrogea de Beauharnois, ne sont-elles pas les pius antiques du monde ? Il me semble que c’est admis aujourd’hui.
—Certainement ! répondit Kalm.
Puis, se tournant vers le gouverneur, il ajouta:
—Vous vous en souvenez, comte ? Rudberg avait coutume de déclarer que le cheval, l'éléphant, le chameau et le bœuf ne sont pas des indigènes du nouveau monde; que le buffalo des prairies de l’ouest garde le type du mammoth; que le dindon, le condor et le lama portent le sceau d’une origine plus ancienne que n’importe quel animal de l’Europe ou de l’Asie.
Il y avait là quelques specimens de poissons et de coquillages ; Herr Kalm prit un poisson, un garpique du lac Ontario, la dernière espèce vivante d’une classe d’êtres qui peuplèrent les eaux primitives de la terre, avant que les autres êtres pussent entendre le fiat du Créateur.
—Vos eaux, dit-il, sont comme vos terres, les plus vieilles. Les plus rares antiquités de l'Ancien Monde sont des choses modernes, comparées à ce poisson qui semble venir des profondeurs de l'éternité.
Il nous apprend que le monde êtait peut-être plus violent et plus cruel encore alors qu'aujourd'hui. Voyez ces défenses, ces dents menaçantes, cette forme propre à l'attaque comme ‘à la fuite! Quel rêve terrible du passé! Combien ancienne, comte, doit être l'Amérique, qui garde encore dans ses mers intérieures ces reliques vivantes des premiers temps!
—Devons-nous en conclure, alors, demanda Beauharnois, que les indigènes de l'Amérique ne sont
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pas des hommes nouveaux, mais des descendants dégénérés de quelque race civilisée et aujourd’hui oubliée tout-à fait? Néanmoins bien des gens instruits les font venir de la Tartarie et du Japon.
—Non liquet! S'il en était ainsi, ils n’auraient pas manqué d'amener avec eux le cheval, la vache et le mouton, les contemporains de l’homme en Asie ; et cependant, sans le secours de ces animaux, l'Amérique primitive était arrivée à une grande civilisation.
—Vous aimez toujours, Kalm, à relire dans Platon, ce que des prêtres égyptiens avaient raconté à Solon au sujet de la mystérieuse Atlantide,
—Et j'y crois à ce récit des prêtres de l’Egypte, comte | Lu Pyramides ne s’élevaient pas encorc et l’Atlantide était connue. Mais les relations avec cette terre éloignée ne pouvaient qu'être accidentelles ; autrement il y aurait eu échange de produits. Colomb aurait vu sans doute des arbres fruitiers de l'Asie transplantés sur les rivages Américains quand il retrouva le Nouveau Monde. Je dis: retrouva, car ce sont les hommes du Nord qui ont découvert l'Amérique. Je réclame pour eux cet honneur ! Le soleil de la civilisation américaine s’est couché avant que l'aurore ait lui pour l'Asie. Il s’est couché, mais en projetant sur le Mexique et le Pérou, un magnifique reflet d’or qui s’est éteint, hélas! dans le sang versé par les Espagnols.
—Ïl a projeté ses reflets plus loin encore, reprit de la Corne. Dans mes voyages à l’intérieur, près des montagnes, j'ai contemplé les remparts et les restes de cités anciennes presque réduites en poussières et recouvertes de la forêt séculaire. Et sous les forêts des tropiques, comme je l’ai dit il y a un instant, quelles ruines étonnantes des temples de la prière ! quelles iñscriptions |! quelles images ! quelles sculptures !
—dJ’ai reçu, aujourd’hui même, reprit le gouver-
ça-i-1l, | lonies a prépara sage, ce lhospit:
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neur, une lettre du Sieur de La Vérendrie, qui m'informe que là-bas, sur les bords sauvages et âpres du lac Supérieur, il a trouvé des traces d’exploitation des mines de cuivre, de plomb et d'argent. Or, aucune des tribus qui hantent ces rivages ne se souvient d’avoir entendu parler de tels travaux.
—Il est possible que ces territoires aient formé un immense empire autrefois, repartit Kalm. Les Américains ont, comme les Chinois, une foule de dialectes, mais une écriture unique en hiéroglyphes, et ils se comprennent tous ainsi. Tous les indiens, comte, depuis la mer du Nord jusqu’au golfe du Mexique, sont capables de dire ce que signifient les signes dépeints sur les bandes d’écorce qui sont là devant vous.
Les savants discoureurs laissèrent un moment reoser leurs graves sujets de conversation, remplirent eurs coupes d’un vin délicieux, puis, après avoir bu,
dégustèrent un nouveau tabac, et la fumée se reprit à monter en vagues bleuâtres dans la pièce qui s’obscurcissait comme le ciel à l'approche d’un orage.
Rigaud de Vaudreuil n’avait point pris part à la discussion. Il était patriote et soldat, brave et honnête, mais il n’entendait rien en antiquités et détestait souverainement ces choses surannées,
Il aurait aimé, par exemple, à savoir l'opinion du philosophe sur la guerre et les signes du temps.
—Vous avez un passe-port, Herr Kalm, commença-it-1l, pour voyager en Angleterre et dans les colonies anglaises ; je ne veux pas vous demander quels préparatifs militaires vous avez vus sur votre passage, ce serait manquer aux lois de l'honneur et de l’hospitalité ; mais je puis bien vous demander ce
ue vous pensez de la politique anglaise à l’égard e l'Amérique.
—Certainement, Chevalier ! et voici ma réponse :
L’Angleterre veut conquérir la Nouvelle France, ni
plus, ni moins. Les colonies anglaises la pressent de le faire—elles ont peur de vous—et la mère. patrie est trop désireuse d’humilier la France, sa rivale, pour reculer devant les‘conséquences, quelles ques puissent être. Votre conquête, c'est la base
e leur politique.
—C'est ce que nous pensions tous, répliqua Riaud de Vaudreuil. C'est aussi ce qu’ils essaient de aire depuis un siècle Ils réussiront quand le der. nier Canadien digne de ce nom sera couché sur la frontiere, pas avant! Je vous remercie, Herr Kalm, d’avoir parlé si franchement, bien que vos paroles ne soient pas très encourageantes.
Il lui serra la main.
—Vous avez parlé des rit ag fit-il, un instant après. Quelles seraient-elles donc, dans votre opinion ?
—La France aura sa revanche, monsieur de Vaudreuil, J'ai assez vu, assez observé pour dire que c’est la peur de la France qui tient les colonies anglaises dans l’obéissance et la fidélité. Les hommes pou de la Nouvelle Angleterre semblent em-
rasés Je ce souffle de feu qui passa sur l'Angleterre, il yaunsiècle, Ils pourraient acclamer un Cromwell; un roi, jamais! Si ces colonies vous conquièrent, elles se lèveront dans leur orgueil pour secouer le joug de la mère-patrie, Ce sera une nouvelle lutte entre le peuple et le roi. La guerre éclatera, et alors la France pourra se venger. L’Angleterre verra tous ses ennemis se joindre aux rebelles pour la frapper au cœur et lui arracher ces belles colonies qui font sa grandeur et sa force!
—Pardieu! Herr Kalm, vous parlez comme un pe hète ! s’écria de Vaudreuil. Oui, ce serait une
lle vengeance, une vengeance aussi douce que la conquête aurait été amère !
Nous sommes au courant, ici, des secrètes manœu\res des partisans de l’idée républicaine, dans
la N avan gens notre terre de la roya elle e
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la Nouvelle Angleterre, Ils nous ont fait déjà des avances que nous avons repoussées, parce que ces gens sont les pires ennemis de notre Eglise et de notre roi.
—Ïls veulent d'abord, avec le secours de l’'Angleterre, renverser votre souverain, puis ensuite, aidés de la France, ils chasseront du Nouveau Monde la royauté anglaise, La guerre sera longue et sanglante : elle enfantera des inimitiés séculaires,
—Par St. Michel! Herr Kalm, vos paroles ont toutes les couleurs de la vérité, interrompit de La Corne St Luc ; mais la France ne trahira pas ses enfants ; elle sera fidèle à l'honneur et l'hostilité des provinces anglaises ne saurait l’effrayer,
-Puisse-t1l en être ainsi, chevalier! répondit Kalm en chargeant sa pipe de nouveau, I! faudrait, pour former une civilisation digne de ce grand continent, que la courtoisie et l’urbanité du peuple français pussent s'unir à la rude énergie de l'anglais, Heureux le pays où les qualités de ces deux grands peuples se fondront ensemble ! Il me semble l’entrevoir, ce pays, dans les ombres de l'avenir!
— Vous croyez l’entrevoir? reprit le gouverneur. Comment? Faites-nous part des secrets qui vous sont révélés! Nous sommes tous des philosophes, ce soir, et nous reconnaissons que le prophète est
roche de Dieu quand il contemple les choses du utur,
—Je vois venir un jour, repartit Kalm, où les colonies anglaises se révolteront et secoueront le joug de l'Angleterre ! Je vois venir un jour où les colonies anglaises voudront proclamer leur indépendance. Alors, elles tendront vers vous des mains suppliantes, car elles auront besoin d’amis et de secours! Et la Nouvelle-France! la Nouvelle- France devenue province anglaise ne les écoutera point et détournera la tête !... Elles: vous demanderont le secours de votre épée, de La Corne St. Luc ! le secours de votre épée, Rigaud de Vaudreuil ! et vous les repousserez ! Vous resterez fidèles à votre
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nouveau souverain! Et vienne un temps où l'An.
leterre, lâche et dégénérée, vous abandonne comme e fera bientôt la France, Je dernier coup de canon qui sera tiré pour la défense de son drapeau, le sera par un canadien français !
—Par tous les saints du paradis ! exclama de La Corne St. Luc, par tous les damnés de l'enfer ! s’écria de Vaudreuil, faisant flamme comme un volcan, cessez vos prédictions, Kalm, cessez ! Cassandre n’a jamais annoncé à Troie de pareilles choses ! C’est M ossible ce que vous dites-là, absolument impossible !
—AImpossible ou non, je le vois, et ce n'est pas éloigné, répondit Kalm fort tranquillement.
—Quelque chose qu’il arrive, jamais la loyale, la catholique Nouvelle-France ne s'unira aux puritains hérétiques de la Nouvelle-Angleterre !
S'il est vrai que nous aimions peu la vieille Angleterre, nous aimons encore moins la Nouvelle- Angleterre, continua de La Corne.
Nous ne prendrions certes ! jamais la part de cette dernière contre la première. Et puis, nous n'’oublierons jamais [a France ! jamais ! exclama:t-il.
—Mais la France vous abandonnera. Elle vous vendra pour un plat de lentilles.
—La France, la chevaleresque France! elle tombera l’épée au poing, si jamais elle tombe!
—La France, aujourd’hui, n’est plus la France des chevaliers, mais la France des courtisans! Elle est avide et troque son honneur pour de l'or! Mais, pardon ! je ferme les yeux devant cette sombre vision. Chevalier, votre main ! Vous sauverez votre pays, s’il peut être sauvé.
—Laissons reposer un peu cette malheureuse politique, proposa le gouverneur, et n’ajoutons pas aux tourments d'aujourd'hui les terreurs de demain.
avion nous, de l’u l'adm de Ola ouvrai la nat que ë il se se qu'il es que rat encore —Je la reco:
Â!etc maîtres ue not açon, Charles —Ou ce nom.
jours de ’appétit nous 80 formé | Nerva.
Le go réminis.
l'An.
omme canon e sera
de La s'écria olcan, re n’a | C'est impos-
st pas
ale, la ritains
lle Anuvelle-
Herr Kalm représente ici la vieille université d'Upsal, buvons un verre à sa santé, buvons un skal suédois en son honneur!
Les coupes furent remplies et le ska! fut bu avec enthousiasme.
Le comte se rejeta en arrière dans sa chaise et se prit à songer :
—Six lustres, trente ans, dit-il, ont passé sur nos têtes et blanchi nos cheveux, Kalm, depuis que nous avons terminé notre cours de botanique. Nous avions pour professeur un homme plus jeune que nous, un homme qui faisait la gloire et l'admiration de l’université, comme depuis, il a fait la gloire et l'admiration du monde. Linnée était encore élève de Olaf Celsius et de Gammal Rodbeck quand il ouvrait aux élèves et aux professeurs les trésors de la nature. Puisse-t-il longtemps porter la couronne que le monde lui a mise sur le front !
-—$’'il vous entendait, comte, répliqua Herr Kalm, il se sentirait tout honteux, car il est aussi humble qu'il est grand. Comme Newton, il dit qu’il n’a fait que ramasser quelques petits cailloux sur les rivages encore inexplorés du vaste océan de la vérité.
—Je le sais, mais nous ne devons pas faire taire la reconnaissance. Quel temps glorieux que ce tempslà ! et qu’il était doux d’avoir de tels hommes pour maîtres ! Gammal Rodbeck ne cessait de nous dire
ue nous avions l’honneur d’être traités de la même açon, absolument que son royal pupille, le brave Charles XIL
—Oui, repartit Kalm au souvenir que réveillait ce nom, cela faisait cesser nos murmures dans les pur de disette, quand la portion ne répondait pas à ‘appétit. Nous trouvions le gruau meilleur, quand nous songions que c'était cet humble mets qui avait formé les os et les muscles du vainqueur de la Nerva.
Le gouverneur se laissa emporter par le flot des
réminiscences.
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—Nos compagnons de classe ont vieilli comme nous, Kalm, dit-il, et comme nous, maintenant qu'ils ont la sagesse des cheveux blancs, ils s’aperçoivent qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil et que tout est vanité. Où est Crusenstolpe ?
—1l vit dans le château de ses ancêtres à Wermland, chassant le cerf, cultivant l'orge, élevant un essaim de jeunes Suédois qui porteront son nom et serviront leur roi et leur pays.
—Et Engelshem ?
—Dans l’armée. C’est un vaillant cuirassier Finlandaïis.
—C'est en effet un brave garçon, j'en suis sûr, observa le gouverneur. Et Stroembom, notre Waterbull, où est-il ?
—Dans la marine ; il garde les falaises de la Baltique.
Lt Sternberg ? continua le comte avec la curiosité d’une jeune fille qui rappelle ses compagnes de couvent.
—Conseiller d'état à la cour du roi Frédéric, comme il l'était à la cour de la reine Ulrique. Moi je suis un humble professeur de uhiloioihie à Abo. Maärkenshiold prêche le patriotisme et la religion aux Dalcarliens. C’est peine perdue. Mais les Dalcarliens aiment qu'on leur dise qu’ils remplissent bien leurs devoirs envers Dieu et le roi, etils ne priseraient guère un orateur qui négligerait cette précaution.
—Il y en a encore un autre de nos compagnons de classe, et c'était un prodige celui-là, Swedenborg, qu’est-il devenu ?
—Swedenborg ? il est à Stockholm... en corps. Son âme elle, en est rendue au septième ciel !
—Que voulez-vous dire, Kalm ? Swedenborg était le plus beau génie de l’Université.
—Et il ne l’a pas perdu son génie. Peu d’esprits peuvent le suivre dans son essor. Il a étudié la terre, maintenant il explore le ciel et l'enfer. Il r’est pas, comme le Dante, guidé à travers des régions imagi-
neu ticie natu nent qu'u sous rible dévas Le prou —J avec d’hive soule que n!:
ticism d'Odin borg ?
—Je justem Horns, de son vorite.
écrit le le mon —Vo posé qi a donc nouvel] est dev.
ont cett dans le:
naires par un Virgile ou une Béatrice, mais, par une permission divine, il converse avec les bons ages ou les esprits mauvais au séjour du bonheur ou de la désolation.