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CHAPITRE IV

Après les guerriers, après ceux qui par dévouement, par obéissance, par amour se font des combattants héroïques et aident leurs maîtres dans les batailles, nous plaçons au premier rang les chiens sauveteurs, ceux qui exposent sans hésiter leur vie pour nous venir en aide, qui disputent les hommes au danger et les arrachent à la mort.

Le chien, cet ami sans pareil que Lamartine appelait tin cœur, a mérité toujours notre reconnaissance et notre affection. Point de péril qu'il n'affronte pour accomplir ce qu'il considère comme un ilevoir, pour nous protéger au risque de périr.

« Tout ce qui a un sentiment, tout ce qui aime a le droit d'être aimé, » a écrit le poète des Méditations.

Le chien se fait tuer pour défendre la vie ou le bien de son maître.

Le vaillant Baby, de Terre-Neuve, dont on garde le souvenir au château royal de W'indsor; le glorieux Barry du Saint- Bernard, qui avait sauvé quarante personnes d'une mort imminente et portait à son col une médaille d'honneur, cent autres animaux dont nous dirons les actes, constituent à l'espèce canine la plus belle et la plus noble histoire.

Les deux espèces chez lesquelles le dévouement et l'esprit de sacrifice sont pour ainsi dire héréditaires, sont l'espèce des chiens de Terre-Neuve et celle du Mont Saint-Bernard.

Rappelons brièvement ce qu'ils ont fait, et ce qu'ils font encore.

L'île de Terre-Neuve fut découverte en 1497 par Cabot, qui en prit possession au nom du roi d'Angleterre Henri VII, lequel avait donné à Cabot et à ses fils « permission de naviguer avec cinq vaisseaux choisis, dans tous les pays, à la recherche de terres inconnues. »

Lorsque les premiers colons s'établirent à Terre-Neuve, ils y trouvèrent beaucoup d'animaux sauvages, dos ours et des loups, mais point de chiens.

D'où provient donc l'admirable race de chiens que produit Terre-Neuve aujourd'hui, et qui mieux que ses habitants ont rendu cette île célèbre? AVhitebourne prétend que cette race descend d'un dogue anglais et d'une louve indigène. C'est une conjecture invraisemblable ; il est bien difficile de croire que des parents aussi féroces aient donné naissance aux plus doux, aux meilleurs des chiens, aux plus tendres des colosses de l'espèce.

Les chiens de Terre-Neuve sont de haute taille, fortement musclés, mais av^ec des formes élancées; ils sont à la fois très vigoureux et très légers. Leur tète, assez semblable à

celle des épagnculs, est peu volumineuse, mais le développement du cerveau est relativement considérable. Le regard est plein d'intelligence et de douceur.

Les poils des chiens de Terre-Neuve sont généralement fins, touffus, moelleux. Ils portent la queue droite ; c'est leur seul point de ressemblance avec les loups, auxquels ils ont voué une haine éternelle.

Les terre-neuve vont à l'eau plus volontiers que les autres chiens; ils ont à cela une prédisposition évidenic. Leurs larges pattes, qui ressemblent à des pattes de canards, leur permettent de nager aisément.

En modifiant l'expression populaire qui qualifie le bonheur des poissons, on pourrait dire que nul n'est plus heureux qu'un terre-neuve dans l'eau, qui paraît être son élément principal et sur laquelle il se soutient en jouant. Les terre-neuve aiment l'eau comme un chien de chasse aime la chasse.

Cependant la passion qu'ils manifestent pour l'eau n'est point héréditaire ; s'il est impossible d'empêcher une loutre de se précipiter dans la première rivière qu'elle aperçoit ou de retenir au bord d'une mare un jeune canard couvé par une poule, il est certain que les terre-neuve ont besoin parfois d'un apprentissage.

On en cite plusieurs qu'il a fallu prendre par le cou afin de vaincre la répugnance qu'ils éprouvaient pour l'eau; mais leur éducation d'ordinaire ne demande qu'une seule séance, et aussitôt qu'ils ont tàté du bain ils s'échappent pour y courir ; quand on les gronde alors, a-t-on maintes fois remarqué, ils montrent combien l'obéissance leur est pénible; dans toutes les autres occasions ils semblent chercher à lire dans les yeux de leur maître, afin de prévenir ses désirs.

Mais ce en quoi le chien de Terre-Neuve se dislingue des autres, c'est qu'il n'aime pas seulement son maître, il mani-

feste en toulc occasion son affection cl son dévouement pour l'espèce humaine tout entière.

La liste de leurs martyrs est longue, et l'on a conservé en Europe et ailleurs les noms de plus d'un chien qui périt en cherchant à porter secours à des naufragés.

Chaque pays a ses histoires à conter.

En Hollande, a rapporté un historien digne de foi, un

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