LE CHIEN DU LOUVRE
Passant, que ton front se découvre !
Là, plus d'un brave est endormi :
Des fleurs pour le martyr du Louvre, Un peu de pain pour son ami!
C'était le jour de la bataille, II s'élança sous la mitraille;
Son chien suivit.
Le plomb tous deux vint les atteindre.
Est-ce le maître qu'il faut plaindre?
Le chien survit.
Morne, vers le brave il se penche, L'appelle, et de sa tête blanche
Le caressant, Sur le corps de son frère d'armes Laisse couler de grosses larmes
Avec son sang.
Des morts voici le char qui roule.
Le chien, respecté par la foule,
A pris son rang, L'œil abattu, l'oreille basse, En tête du convoi qui passe,
Comme un parent.
Au bord de la fosse avec peine, Blessé de Juillet il se traîne
Tout en boitant; Et la Gloire y jette son maître.
Sans le nommer, sans le connaître,
Us étaient tant!
Au vent des nuits quand la couronne Sur la croix du tombeau frissonne,
Perdant l'espoir, Il veut que son maître l'entende; II gronde, il pleure et lui demande
L'adieu du soir.
C'est là qu'il attend d'heure en heure. Qu'il aime, qu'il souffre, qu'il pleure,
Et qu'il mourra.
Quel fut son nom? C'est un mystère; Jamais la voix qui lui fut chère
Ne le dira.
Après cette pièce pleine d'une sincère émotion, nous ne citerons pas d'autres poésies; nous rappellerons seulement, à cause du nom de son auteur, une chanson intitulée : Le chien du régiment. Elle est l'œuvre du grand Carnot, mais c'est une œuvre si faible qu'il se faut réjouir qu'elle soit tombée dans l'oubli et que son auteur ait abandonné les lettres pour le service de son pays.
Sur ce sujet du chien du régiment Horace Yernet a fait en 1819 pour le duc de Berry un de ses tableaux les plus célèbres; le sujet en est des plus simples et des plus intéressants : un vieux chien de régiment est blessé pendant la bataille; une balle l'a frappé à la tète, une autre lui a cassé la patte. Il s'est mis à l'écart près de deux tambours, ses camarades. Un des soldats vide son bidon pour laver la blessure, tandis que l'autre le caresse et le console.
Si les chiens marchent courageusement au combat, ils entendent, étant à la peine, être également à l'honneur. Il ne se passe point de revue sans qu'on ne voie à la suite des régiments quelques chiens à l'allure martiale, quelques-uns de ces bons compagnons à quatre pattes avec lesquels fraternisent si cordialement nos troupiers. Le regard brillant, le jarret tendu, la queue en trompette, ils défilent au pas avec le sang-froid de vieux soldats, et la foule applaudit à leur fière allure. Ils se tiennent à leur place, généralement en serre-file, et l'on s'aperçoit à la certitude de leur marche qu'ils connaissent bien la manœuvre et ne sont pas des conscrits.
Bons camarades, vous avez droit au défilé près du drapeau !