‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 23 sur 83 · UN SAUVETEUR · texte numérisé non relu

UN SAUVETEUR

rejoignit, il avait placé l'homme à terre sur le dos et lui léchait le visage pour le ranimer.

La race des chiens de Terre-Neuve est une des plus intéressantes ; elle se compose de nos compagnons les plus dévoués, les plus courageux. C'est par milliers qu'il faut compter les hommes qui par ces animaux ont été défendus contre des assassins, retirés du fond des eaux, ont échappé

aux plus grands périls.

Leurs principaux hauts faits doivent être rappelés. Le Durham, paquebot du Sunderland, avait fait naufrage sur les côtes de la province de Norfolk, près de Glay. L'équipage et les passagers ne pouvaient être sauvés qu'au moyen d'une amarre qu'il fallait relier à terre, mais la côte était trop éloignée pour qu'on pût lancer un cordage, et la tempête était si violente qu'on ne pouvait songer ni à se servir de canots, ni à gagner le rivage à la nage.

Mais il y avait à bord un chien de Terre-Neuve ; on lui mit dans la gueule le bout de la corde destinée au sauvetage, et le chien, les yeux brillants, fier de comprendre et la grandeur et la difficulté de la tâche, s'élança dans les flots en courroux; les lames se brisant les unes contre les autres se faisaient un jouet de la pauvre bête qui, les dents serrées, luttait contre les vagues avec une énergie désespérée. Déjà, redoublant d'efforts, il approchait de la rive, lorsque l'on s'aperçut qu'il allait être trahi par ses forces.

Alors deux marins qui du rivage assistaient à cette lutte émouvante sejetèrent dans les flots à leur tour et parvinrent à saisir le chien, à l'aider; grâce à ce triple dévouement l'équipage fut sauvé.

De tous les terre-neuve pour ainsi dire on pourrait citer un fait curieux.

Un jeune officier anglais excellent nageur avait appris à un chien de cette espèce à faire des passades, c'est-à-dire que, à la grande distraction des spectateurs, le maître et l'animal s'enfonçaient tour à tour dans l'eau.

Un jour l'officier plongea et ne reparut pas. Le chien inquiet regardait à droite et à gauche; soudain il comprit qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire : il plongea à son tour et fut assez heureux pour ramènera l'air le jeune homme évanouij qui allait infailliblement périr. Qu'on nie après cela l'intelligence et l'initiative de ces animaux!

Pendant d'affreuses tempêtes qui sévirent durant tout

l'hiver de 1789, un vaisseau anglais qui était, parti de Newcastle vint faire naufrage près de Yarmouth. Tout fut englouti dans les Ilots. Seul un chien de Terre-Neuve parvint à gagner le ri\ âge, où il arriva non sans peine, tenant à la gueule le portefeuille du capitaine. Les spectateurs accourus au bord de la mer essayèrent en vain de lui ravir son dépôt dont, grâce sans doute à la suprême recommandation de son maître, il connaissait la valeur. Après avoir quelque temps regardé les hommes au visage, il s'approche d'un vieillardd'aspcct vénérable et lui remit sans hésitation le portefeuille; après quoi il se rejeta à la mer et jusqu'à la nuit rapporta à tr'rre tous les débris du vaisseau qu'il put saisir.

Ce récit se trouve dans un sérieux ouvrage anglais sur l'histoire naturelle.

La chaîne de montagnes où se trouve le mont Saint-Bernard s'appelait autrefois les Alpes Pennines ou le mont Jupiter; par corruption le mont de Joux. Il y avait là jadis un temple du dieu dont on voit encore quelques vestiges, et on a découvert dans les fouilles des instruments pour les sacrifices, des médailles et des statuettes grandes et petites.

Là l'hiver règne pendant huit ou neuf mois consécutifs, durant lesquels le thermomètre descend souvent à 27°; et môme au milieu de l'été il gèle toutes les nuits. On ne compte pas chaque année plus de dix journées exemptes de tempêtes, de tourbillons ou d'épais brouillards.

Le vent amoncelle la neige et la glace réduite en poussière; il se forme alors des murailles de 20 à 30 pieds de haut qui deviennent des avalanches, et les sentiers disparaissent.

Incalculable est le nombre des voyageurs qui ont péri dans ce passage, victimes du froid ou de la faim.

Sur le mont Saint-Bernard se trouve un hospice célèbre

OÙ des religieux ont pour mission de venir en aide aux voyageurs surpris par les avalanches.

Le chien qui va ainsi que ces hommes à la découverte des voyageurs a une sagacité cl un instinct merveilleux; non seulement son flair évente les pauvres gens h une distance considérable, mais il les saisit par leurs vêtements sans leur faire aucun mal, les tire du côté de l'hospice, les aide à marcher et leur fait apercevoir qu'il a au cou de petites bouteilles d'eau-de-vie destinées à leur rendre un peu de vigueur.

Les chiens du mont Saint-Bernard parviennent à accomplir ces sauvetages au prix des fatigues les plus pénibles; ces courageuses bètes ont parfois les membres raidis par le froid; il faut les frictionner à leur tour avec de l'alcool pour rétablir la circulation; ils sont presque tous perclus de douleurs et ne vivent pas beaucoup plus de huit ans, à de rares exceptions près.

Encore bien souvent n'arrivent-ils point jusqu'à cet âge, car ils ne sont pas plus que les voyageurs épargnés par les avalanches, et une année tous 'périrent. Les religieux du Saint-Bernard furent obligés de se faire rendre deux petits chiens qu'ils avaient donnés et grâce auxquels ils purent perpétuer l'espèce. Les plus célèbres des chiens du Saint- Bernard furent Ju])itcr, Drapeau et Barry, dont nous avons déjà cité le nom.

Le zèle de ce dernier était véritablement extraordinaire, a écrit Tschudidans son ouvrage sur les Alpes; s'il s'annonçait de loin quelque orage ou quelque nuée neigeuse, rien ne pouvait le retenir au couvent, et on le voyait inquiet, aboyant, visiter et refouiller sans cesse les endroits les plus redoutés. Il trouva un jour dans une grotte de glace un enfant égaré, à moitié gelé, et engourdi déjà par ce sommeil qui amène la mort. Il se mit à le lécher, à le réchauffer jusqu'à ce qu'il l'eût éveillé, puis, par ses caresses, il sut lui

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