‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 24 sur 83 · LE CHIEN PARVINT A LA NAGE JUSQU'AU RIVAGE, UNE AJIARRE A LA GUEULE · texte numérisé non relu

LE CHIEN PARVINT A LA NAGE JUSQU'AU RIVAGE, UNE AJIARRE A LA GUEULE

LES CHIENS DliFENSEURS ET SAUVEURS DE L'HOMME. 103

faire comprendre qu'il devait se mettre sur son dos et s'attacher à son cou. Il revint en triomphe dans la maison hospitalière avec son précieux fardeau. Ce chien, qui était à l'hospice au moment du passage de l'armée française en 1800, avait, dit-on, la singulière habitude d'obliger tous les soldats isolés qu'il rencontrait à mettre l'arme au bras ; il leur barrait la route jusqu'à ce qu'ils se fussent conformés à cette consigne.

Scheitlin a consacré à Barry une belle page dont nous citons un passage :

« Quel est le meilleur des chiens? ce n'est pas celui qui réveilla les défenseurs de Corinthe, ce n'est pas Berezilb qui a déchiré des centaines de Peaux-rouges, ni le chien du bourreau, qui, sur l'ordre de son maître, accompagna à travers la foret somljre et dangereuse un voyageur craintif; ni celui de Druyden attaquant quatre bandits et sauvant la vie de son maître; ni celui du meunier retirant de l'eau l'enfant qui y est tombé ; ni le chien de Varsovie se précipitant du haut du pont dans la Yistule et arrachant une jeune fille à la fureur des flots; ce n'est pas le chien de Montargis ni celui de Benvenuto Cellini, réveillant son maître au moment où on cherche à le voler ; non, le chien le meilleur que nous connaissions c'est Barry, le saint du

Saint-Bernard Barry, sauver quelqu'un c'était ta joie!...

tu n'attendais pas qu'on t'appelât; tu te rappelais toi-même ton devoir sacré comme un homme de bien.... Homme, qu'aurais-tu été? Un saint Vincent de Paul.... »

Barry est celui qui sauva le plus grand nombre de voyageurs égarés, quarante au moins; il les découvrait avec un rare bonheur, guidait doucement ceux qui pouvaient encore marcher et traînait, portait les autres n'importe comment. Il fut un héros parmi les héros.

Un soir, par un temps orageux, au milieu des brouillards, un voyageur voit s'élancer à sa rencontre un animal de

haute taille, la gueule béante; le voyageur se croit en danger, et à l'aide de son bâton ferré frappe de toutes ses forces la pauvre bête qui tombe à ses pieds en gémissant. C'était Barry. Les religieux vinrent le chercher et lui prodiguèrent tous leurs soins. On fit pour lui ce qu'on eût fait pour un homme, on le porta à l'hôpital de Berne; mais tout fut inutile : le cerveau était atteint et Barry mourut après de longues souffrances.

On lui rendit le seul honneur qu'on pût lui rendre : son corps fut conservé, empaillé, et il occupe une place spéciale dans le musée de Berne. Sa poitrine est couverte des nombreuses médailles (ju'il a si noblement gagnées.

Les chiens du Saint-Bernard sauvèrent au conunencement de ce siècle le trésor du couvent.

Trente brigands, arrivés par petits groupes et accueillis comme des voyageurs, se réunirent quand la nuit fut venue, et sommèrent le supérieur de leur remettre tout l'argent de la maison. Celui-ci ne perdit point la tête; il lit des remontrances douces dont les coquins ne tinrent aucun compte; alors, au lieu de les conduire à la caisse du monastère, il les mena à la loge des dogues, qui, excités par sa voix, se précipiti'rent sur les voleurs, en étranglèrent quelques-uns et mirent les autres en fuite.

Tous ces chiens, qui étaient d'une taille extraordinaire, périrent plus tard victimes de leur zèle et de leur courage, au milieu des tempêtes de neige.

Mille récits connus prouvent quelle réelle reconnaissance les voyageurs de ce pays doivent aux chiens; nous ne choisirons dans ces anecdotes que les plus intéressantes.

Le jeune enfant d'un bûcheron s'étant imprudemment éloigné de son père, s'égara dans la forêt. En vain on l'appela, on le chercha durant plusieurs jours, les recherches furent inutiles; le père infortuné s'imaginait ne jamais revoir on fils lorsqu'un matin il remarqua que son chien, à qui on

LE CUlEiN DU ftJuM' SAlM-IiEHAAllD.

venait de donner un morceau de pain, s'éloignait en toute hâte de la chaumière avec sa pitance à la gueule. Le lendemain, môme manège; le surlendemain aussi. Le bûcheron se décida à le suivre ; l'animal s'engagea dans la forêt, et

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LE GlIIEN BAKRY EMPAILLE (MUSEE DE BERNE]

après une heure de marche, s'arrêta dans une sorte de caverne; là l'enfant mangeait tranquillement la nourriture que lui apportait son fidèle serviteur.

L'amour des chiens pour les enfants se manifeste en toute occasion; les chiens sont pour les petits des pro-

lecteurs dévoués. A ce sujet nous empruntons une anecdote des plus touchantes à un livre de M. Xavier Marinier, livre écrit avec une émotion profonde, une siniplicilé charmante.

Une méchcinle femme de la campagne, une marâtre surnommée la Pierreuse, à cause de son cœur dur comme de la pierre, avait épousé un veuf dont un des petits enfants, Benoît, était sourd et muet. Cette belle-mère détestait l'enfant et l'accablait de mauvais traitements.

Le père de la Pierreuse étant venu voir sa tille, lui donna un petit chien provenant d'une forte race de chiens de berger. L'avaricieuse femme ne se souciait guère de recevoir un tel présent, dont elle ne pouvait tirer aucun profit et qui au contraire l'obligerait au sacrifice journalier de quelques morceaux de pain. Mais si elle faisait i)cur à son mari, en revanche elle avait encore plus peur de son père et elle lui promit de garder son chien.

Peu à peu l'animal grandit et devint agile et vigoureux. Sous ses pattes musculeuses, dans ses bonds impétueux, la terre résonnait comme un tambour. Do là le nom de Tambour qui lui fut donné en riant par un garçon du village et qui lui resta....

En grandissant il reconnut bionlôt avec son inlolligonce naturelle (pi'il était dans une mauvaise maison; il prit en haine la Pierreuse et s'attacha au petit Benoît.

Tout faible, marchant à peine, c'était près de Benoît qu'il allait chercher une consolation et un refuge quand la méchante maîtresse du logis le battait ou le menaçait. Plus tard les rôles changèrent: au lieu d'être soutenu ])ar Benoît, ce fut lui qui le soutint et le défendit vaillamment.

Dès que la Pierreuse s'avançait d'un air de colère vers le craintif enfant. Tambour se levait en face d'elle et par son regard farouche, par son sourd grognement l'arrêtait tout net.

Une fois elle voulut le braver: il se leva soudain de toute

sa hauteur et lui appliquant deux grosses pattes sur la poitrine, et lui montrant une double rangée de dénis formidables, il lui causa un Ici effroi qu'elle faillit tomber à la renverse.

Depuis ce jour la Pierreuse eut peur quand elle entendit aboyer Tambour et l'enfant fut soigné.

Quelle mère n'a, dans le chien de la maison, une entière confiance? Telle qui, non sans raison, n'ose abandonner ses enfants aux soins d'une servante ou d'un domestique, les laissera volontiers à la garde d'un de ces bons chiens des Pyrénées qui, si féroces pour les méchants et pour les étrangers, se font plus doux que des moutons pour jouer avec les j)elits et leschétifs qu'ils couvrent de leurs regards attendris.

De tout temps le chien et l'enfant se sont entendus.

En creusant les ruines de Pompéi on découvrit, il y a quelques années, le squelette d'un chien près du squelette d'un enfant de dix à douze ans, et bientôt après, la trouvaille d'un collier d'un travail curieux apprit l'histoire du chien. Sur ce collier, qui figura dans la galerie des antiques du grand-duc de Toscane, est gravée une inscription grecque disant que le chien se nommait Delta, et qu'il appartenait à Severinus, auquel il avait sauvé la vie à trois reprises différentes : il l'avait retiré des flots; une seconde fois il avait mis en fuite quatre brigands qui l'attaquaient; une troisième fois il avait arraché son maître aux étreintes furieuses d'une louve à qui Severinus venait de ravir ses louveteaux dans un bois consacré à Diane, près d'Herculanum. Enfin, ajoutait l'inscription, Delta s'était attaché à un des enfants de la maison et ne voulait prendre de nourriture que de la main de cet enfant.

Le chien ne se contente pas d'aimer son maître, il le venge. L'aventure d'Aubry de Montdidicr est fort connue, mais nous ne saurions cependant la passer ici sous silence.

Ce jeune gentilhomme fut attaqué dans la foret de Bondy

par des hommes qui le tuèrent et l'entraînèrent au pied d'un arbre.

Son chien, dogue de forte race, le défendit avec courage et resta pendant quelques jours sur la fosse de son maître, mais, comprenant sans doute qu'un semblable crime demandait vengeance, il se décida à quitter sa place pour courir à Paris dans une maison connue de lui, où demeurait un ami intime d'Aubry. A peine arrivé, il se mit à hurler d'une façon sinistre. On lui donna des aliments, il y toucha à peine et recommença ses cris lugubres, se précipitant contre la porte de sortie, saisissant l'ami de son maître par la manche de son habit, le suppliant, en son langage, de venir avec lui. A la fin, l'ami d'Aubry s'inquiéta. Qu'était devenu celui avec qui il avait l'habitude de vivre, celui qu'il avait toujours aimé? Il suivit le chien, accompagné de quelques personnes. L'animal les emmena dans la forêt, s'arrêta au pied de l'arbre de lui connu, et gratta furieusement la terre avec ses pattes. On se mit à la besogne, et bientôt on découvrit le cadavre de l'infortuné, qu'on ramena à Paris.

Pendant quelque temps le chien demeura calme, mais un jour, il rencontra par hasard dans une rue un homme qu'il reconnut pour l'assassin de son maître. C'était, si l'on en croit quelques historiens, le chevalier de Macaire. II lui sauta à la gorge, et sans l'intervention des passants, il l'eût étranglé. Plusieurs fois, à de courts intervalles, à chaque rencontre fortuite du chien et de Macaire, le même fait se produisit.

Les témoins s'émurent. Ce chien se montrait d'ordinaire d'une extrême douceur avec tout le monde. On se souvint que le chevalier avait maintes fois manifesté sa haine contre Aubry de Montdidier et tenu d'odieux propos sur son compte. Quelques gentilshommes racontèrent l'aventure au roi Charles V, qui se fit amener l'animal un jour où se trouvaient près de lui beaucoup de jeunes seigneurs, parmi les-

quels était le chevalier de Macaire. Le chien qui se laissait caresser par tout le monde, eut à peine aperçu cet homme qu'il s'élança sur lui et l'attaqua, furieux.

Charles V, frappé de cette circonstance, ordonna que le chevalier sur qui pesaient les soupçons comhattrait en champ clos contre le chien. C'était le jugement de Dieu, alors en usage. Le vainqueur était réputé avoir pour lui le bon droit, car la croyance populaire s'imaginait que la Providence eût fait un miracle plutôt que de laisser périr un innocent.

Le champ clos fut donc préparé dans l'Ile Notre-Dame. On y amena le chien, qu'on plaça dans un tonneau destiné à lui servir de retraite, et lorsque tout fut prêt le chevalier se présenta, armé d'un bâton. Le chien, apercevant son ennemi, s'élança sur lui sans hésiter, évitant adroitement ses coups et cherchant à le saisir; à un moment, serré de trop près, il se réfugia dans son tonneau, mais il ne tarda pas à en sortir et, faisant un bond prodigieux, saisit Macaire à la gorge. Le misérable avoua aussitôt son crime en présence du roi et de toute la cour.

Il fut décapité quelques jours après sur le lieu mémo du combat. Telle est la légende.

Il a été fait quelques réserves sur ce fait admis par la tradition.

Les savants, qui épluchent toute chose, affirment que le chien de Montargis n'a jamais existé et que son histoire est un conte imaginé par un trouvère du douzième siècle. Voici, paraît-il, la légende primitive, qui remonte àCharlemagnc : «Le puissant empereur, trompé par le traître Macaire de Lozane, a répudié la reine Blanchefleur et l'a envoyée en exil sous la conduite d'Aubry. Macaire veut enlever la reine; il tue Aubryqui la défend. Pendant le combat, Blanchefleur se sauve dans un bois où le meurtrier ne peut la retrouver. Le lévrier d'Aubry, après être resté trois jours sur le corps de son maître, est pressé par la faim, vient à Paris, voit Macaire

à table, le mord, puis prend un pain et s'enfuit. Il revient deux jours après, mais ne pouvant de nouveau mordre le meurlricr, prend un autre pain. Après sa troisième visite, Charlemagne le fait suivre et l'on retrouve le corps d'Aubry, à peu près dans les conditions de la légende connue.

Alors le duc Naisnes, le Nestor do tous les romans du cycle carlovingien, ordonne le duel.

En 1718, le chien d'un papetier de Marseille assassiné dans le bois de Coignon s'élança plusieurs fois contre le meurtrier, qu'il aperçut par hasard dans un jeu de paume.

La tradition nous a conservé de la sorte bien des légendes, qui ont certes un grand fond de vérité.

Ainsi en est-il pour saint Ganelon.

Le saint étrange qu'on vénérait aussi sous le nom de saint Guiguefort, n'est autre que le héros d'une célèbre histoire, celle d'un chien courageux qui défend d'un serpent, au péril de ses jours, un enfant au berceau, et qui, pris pour meurtrier de l'enfant qu'il a sauvé, est tué parle père.

Dès le treizième siècle Etienne de Bourbon parle du singulier culte que le peuple rendait à ce martyr.

Nous verrons plus loin que cette histoire se rapproche d'une autre qui vient de l'Inde, mais nous voulons citer d'abord, d'après Legrand d'Aussy, la jolie histoire du Chien et du Serpent, Cjui est contenue dans les Contes ou fahliaiiX du \\v et du xni° siècle, traduits ou extraits d'après divers manuscrits du temps.

«A Rome, jadis, vivait un homme fort riche qui était sénéchal de la ville et (|ui avait son palais et sa tour contigus aux murs. Son épouse, dame respectable d'ailleurs par sa naissance et par sa vertu, depuis neuf ans qu'ils étaient unis, ne lui avait pas encore donné d'héritier.... La dixième année enfin vint un beau garçon qui combla de joie et le père et toute la ville, car si le mari étaitaimé pour sa loyauté, pour sa justice et sa courtoisie, l'épouse ne Tétait pas

moins pour sa piété charitable et sa douceur. Ils ne s'occupèrent plus l'un et l'autre que de la conservation de cet enfant chéri. Tous les^soins' que sont capables d'imaginer des

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