CHIEN GARDANT UN TROUPEAU
étrange. Soiicliicn,qiii était attaché par un solide collier, s'en débarrassa sans l'ouvrir en le faisant glisser sur sa tête avec ses pattes; après quoi il saisit un agneau endormi, l'étrangla d'un coup de dents, sauta avec son fardeau par-dessus la palissade du parc et gagna en courant un bois voisin. Une heure plus tard, il revint et, chese stupéfiante, alla se laver soigneusement dans une mare placée près de la cabane de son maître; puis, quand il se fut assuré qu'il n'avait plus de taches de sang aux pattes, il se secoua, regagna tout doucement sa niche, passa non sans efforts sa tête dans son collier, et s'endormit du sommeil du juste.
Il fallut mettre à mort ce misérable qui, en vérité, avait une perversité aussi grande que celle de nos grands criminels.
D'ordinaire le chien de berger est peu caressant. Intimement lié à l'existence de l'homme, le chien s'est modelé sur lui. Il existe des classes canines comme il existe des classes sociales. N'est-ce point l'image du prolétaire que ce chien de berger, peu commode, mal nourri, maltraité et rendant à ceux qui ont affaire à lui les rudesses dont il est victime lui-môme, mais travaillant avec courage et ne se souciant point de la fatigue quand il a à faire sa besogne?
Outre les espèces que nous avons énumérées, il faut citer encore les chiens de la Crau, originaires de la vaste plaine rocailleuse qui, dans les Bouches-du-Rhône, s'étend entre Arles et Saint-Chamas; les chiens de la Camargue qui, dans le Rhône, conduisent les troupeaux et gardent les maisons ; les chiens de berger de Russie et de Sibérie, qui ressemblent à des loups; les anglais et les écossais, qui ressemblent à des renards; les allemands, qui sont de petite taille et se montrent d'ordinaire doux et affectueux.
Partout la nature produit à côté de l'homme le compagnon qui peut le bien servir et l'aider à vivre.
Les chiens toucheurs sont une variété des chiens de
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berger. On se sert d'eux pour conduire les bœufs dans presque tous les pays d'Europe, et ils ne commettent jamais de faute dans l'accomplissement de leurs difficiles fonctions.
Revoit en a suivi un, en Amérique, qui pendant douze lieues veilla seul sur un <,a'and nombre de bœufs, conduisit ces animaux jusqu'au marché, les fit ranger à biplace réservée à son maître qui, lui, avait pris une autre direction.
Ces cbiens touclieurs d'Amérique naissent généralement sans queue ; il est probable, disent quelques auteurs, que pendant longtemps on a coupé cet appendice chez leurs ancêtres et que peu à pou, par une transmission héréditaire ils s'en sont trouvés dépourvus. Mais de longues expériences faites par M. A. Landrin sur plusieurs générations de chiens ne lui ont pas prouvé la vérité de cette assertion.
Il n'est pas un pays où on ne retrouve le chien travaillant.
Dans bs Abruzzesoù les montagnes atteignent une grande élévation, oîi les neiges ne fondent jamais entièrement, dans cette contrée superbe et terrible, sur cette terre pleine de glaciers, do cascades et de précipices, les pâturages ne durent guère et l'herbe est vite couverte par la neige.
Aussi les bergers quittent les hautes et froides régions aux approches des frimas, ils poussent devant eux leurs troupeaux affamés et s'en vont à petites journées depuis les Abruzzes jusque dans la Fouille.
Ces bergers, renommés pour la douceur de leurs mœurs, pour la bonté de leur caractère, ne pourraient ni conduire leurs moutons ni les protéger, s'ils n'étaient aidés par leurs chiens.
Ceux-ci sont de forte race, parce que les loups abondent dans l'Apennin ; ils sont plus grands que ceux de Terre- Neuve. Jamais leur vigilance n'est en défaut; ils montent la garde autour des troupeaux avec autant de précautions que des sentinelles avancées placées à quelques pas de l'ennemi. Jamais ils ne reculent au moment du danger, mais ils se
montrent encore plus braves, si cela est possible, lorsque leurs maîtres courent quelque danger.
La beauté de ces animaux répond à leur vaillance. Ils sont blancs comme la neige de leurs montagnes; leur fourrure est longue et soyeuse, leur regard calme, fier, intelligent; ils courent aussi rapidement que les chiens de chasse; ils sont, en un mot, les dignes amis de ces montagnards épris de la liberté, dont l'air est sauvage et l'aspect farouche, mais qui cachent sous cette rude écorce l'humeur la plus joyeuse et le cœur le plus tendre.
Les uns et les autres sont d'honnêtes gens. Les chiens vivent en quelque sorte en famille avec leurs maîtres; pasteurs tous deux, ils mangent à la même table...
Et le chien, regardant le visage du père. Suit d'un œil confiant les miettes qu'il espère.
Ainsi d'un trait Lamartine a fixé leur physionomie quasi patriarcale.
Le poil du chien des Abruzzes est blanc, quelquefois mélangé de fauve.
Ces chiens ont joué, un rôle historique. Lorsque, vers le milieu du dix-huitième siècle, apparut dans la province de Gévaudan la bêle légendaire, on se servit d'eux pour en délivrer le pays.
Rappelons en passant cette histoire fameuse :
Sur les bords de la Lozère, en l'an 1765, un animal effroyable apparut, et soudain répandit la terreur dans toute la contrée. Bientôt il ne fut question dans toute la France que de ses exploits terribles, de ses méfaits, que l'on célébra en vers et en prose.
Dans les mémoires secrets de Bachaumont on trouve cité un poème intitulé la Bête monstrueuse et cruelle de Gévaudan, dans lequel est de la sorte tracé le portrait du monstre :
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De certaine distance alors, à quelques toises, Par derrière, à la gorge, ou bien par le côlé, Qu'il attaque sans cesse avec rapidité, Sur sa propre victime il va, court et s'élança : Par lui couper la gorge aussitôt il commence. (Monstre indéfinissable), il est d'ailleurs poltron. De grande et forte griffe il a la patte armée;
L'auteur de cette composition se faisait l'écho des superstitions populaires. Il racontait que la bête de Gévaudan avait été vomie par l'enfer, et il regrettait qu'elle ne fût point près d'Amiens, parce que l'évêque de cette ville
Eût pu l'en délivrer avec juste raison
Par le moyen du jeûne ainsi que l'oraison- ,
Sur le cou de la bête appliquant son étole^
11 la rendrait plus douce à l'instant et plus molle.
Par un signe de croix, qu'une simple brebis.
Ces vers étaient l'œuvre d'un gentilhomme picard qui traduisait dans une langue jusqu'alors inconnue à la poésie française, toutes les superstitions du vulgaire. Ce... poète?... a raconté à sa manière non seulement toutes les fureurs de la bête, mais encore ses exploits galants. Fréron, dans son Année Ullérairej insista sur ce point et fut accusé d'avoir eu dessein d'appliquer ses remarques à mademoiselle Clairon, ce qui causa une grande rumeur à la cour et à la ville; l'écrivain eut grand'peine à échapper à la prison.
hdibèle de Gévaudan, après avoir acquis, suivant l'expression de M. Walkenaer, « presque autant de renommée qu'un conquérant », fut traquée par ordre de Louis XV. Le chevalier Anthoine, porte-arquebuse du roi, fut chargé d'organiser cette chasse et ce furent des chiens des Abruzzes amenés par lui qui l'aidèrent à remporter la victoire.
L'animal terrible était tout simplement un lynx ou loupcervier, c'est-à-dire un des plus gros chats de nos climats.
Sur cette histoire, un de nos romanciers les plus justement
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célèbres, M. Élie Berthet, a écrit un roman d'un intérêt véritable, dans lequel on retrouve tous les détails relatifs au monstre.
Dans les contrées où le climat est doux, le chien se trouve, on le sait le plus utile serviteur; mais il est des zones où, sans lui, il serait véritablement impossible à l'homme de vivre.
On a dressé le chien à tourner la broche sans se préoccuper du rôti, à tirer de l'eau du puits, à fabriquer toutes sortes d'ustensiles, et cependant il est évident que la société actuelle n'a pas su tirer de l'intelligence du chien la moitié des profits qu'elle en pourrait. tirer.
Le chien se prête à tout. Il remplace le cheval de poste dans les steppes neigeux de la Sibérie, du Kamtschatka, du Labrador. Ces régions seraient tout à fait inhabitables sans le chien. L'homme n'y végète que par la grâce et le bon plaisir du chien.
Aussi a-t-on vu des femmes les nourrir de leur lait.
Fait loué par l'enthousiaste Toussenel, qui toujours plaida chaleureusement la cause des chiens.
Dans les pays voisins du cercle polaire la rigueur et la prolongation du froid opposent aux progrès de la végétation un obstacle tel, que l'habitant de ces climats, non seulement ne trouve point dans les progrès végétaux de l'agriculture la base de sa subsistance, mais même est réduit à se nourrir uniquement d'animaux. Sur les côtes septentrionales de la Sibérie, on ne peut songer à cultiver la terre, qu'un été de trois mois ne dégèle ({u'à la surface; on n'en peut tirer ni herbe ni blé. La colonie de Mshne Kolmysk ne peut même avoir aucun bétail. Il lui serait impossible de vivre sans les chiens.
Ces amis de l'homme dans toutes les contrées, sont « des chiens vigoureux qui résistent comme les rennes à la rigueur du froid, qui traînent comme les bœufs de lourdes
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charges cl (ju'on attollo aux narta><, aux traîneaux, comme
(les chevaux de poste à des calèches. C'est à l'aide de ces lidèles et vailhints auxiliaires que l'habitant de cette Sibérie
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charrie ses provisions, ciiUvprend ses voyages et ses parties de chasse*. «
Près du pôle nord, les rennes remplacent les brebis et le chien remplace en partie les chevaux. Il sert de bête de trait. Par bonheur pour lui sa chair n'est point excellente, on l'emploie rarement comme aliment. Je dis par bonheur; si le chien avait une chair aussi appétissante que celle du perdreau, il est, hélas! certain que la majorité de notre espèce, tout en reconnaissant, en louant les qualités de l'ami, mettrait l'ami à la broche en se contentant de verser quelques larmes hypocrites. Et pourtant d'après le spirituel ami des bêtes, l'écrivain ingénieux qui a écrit un livre traitant de leur esprit, il paraît que si on ne rencontre pas l'anthropophagie chez les peuples pasteurs, c'est parce que le lait et la chair des troupeaux, dont le chien lit don à ces peuples, les préservèrent toujours des tentations criminelles de la faim. Il est assez aisé d'être vertueux dans ces conditions ; d'autre part les pauvres habitants du Nord ne sont point tentés de manger du chien, qui n'est pas bon à manger.
Sa fourrure, \ms plus que sa chair, ne vaut grand'chose, aussi l'élève-t-on parce que ses qualités le rendent non seulement précieux, mais indispensable aux habitants de ces tristes climats. Là, sans le chien, l'homme en réalité ne pourrait point vivre, et cependant l'homme ne le traite pas comme un compagnon, mais comme un serviteur, comme un esclave, esclave fidèle et courageux qui sans se })laindre traîne les fardeaux, court, se fatigue, chasse; qui, plus que le renne, peut s'avancer vers le pôle, parce qu'il peut se passer entièrement de nourriture végétale.
Le chien est employé comme bête de trait par des peuples d'origines très différentes : dans l'ancien monde, par les Kamtchadales, les Tungouses, les Samoïèdes, les Koriaks,