LE CHIEN DE BERGER
le nez, il ne cessa d'aboyer jusqu'à ce que les moutons eussent renoncé à leur entreprise illégale.
Un autre fait cité par le même auteur qui en a été témoin est plus curieux encore.
Un berger habitant près de Chàtillon-sur-Loing tomba malade; son troupeau eût pu mourir de faim : il le confia aux soins de son petit garçon, âgé d'une dizaine d'années, en
lui recommandant expressément de ne point s'écarter des alentours de la maison, où il n'y avait que maigre pitance, mais où du moins le troupeau, sa seule fortune, ne courait aucun danger.
Mais le chien n'entendit pas que les choses se passassent de la sorte, et malgré les cris de l'enfant il emmena ses moutons comme d'habitude et se chargea de les bien garder. Le malade sortit de son lit pour voir ce qui se passait, et durant toute la journée demeura fort inquiet; mais le soir le chien ramena à la bergerie tous les animaux dont il avait pris la garde, et au bout de quelques jours le berger put s'assurer que la besogne était aussi bien faite que s'il avait été présent. De cela, peut-on tirer d'autre conclusion, d'autre certitude que celle du raisonnement du chien et de son intelligence?
Toutefois les qualités innées ont besoin de développement, et il faut affirmer, malgré Buffon, que l'éducation est indispensable pour 'obtenir du chien de berger tous les services qu'il doit rendre.
« Les bêtes sont, comme les dieux, ce que les hommes les font », a écrit Toussenel. Tous les animaux subissent notre influence; seuls nous les façonnons, leurs vices et leurs vertus dépendent de nous; grande est notre responsabilité vis-à-vis d'eux. Le bon berger fait le bon chien. Il perfectionne les aptitudes particulières à une race qui réellement est supérieure aux autres par son instinct.
Cet animal, a remarqué M. Magne, qui lui a consacré une intéressante étude, est plus utile qu'un aide. Il va, revient, fait le tour du troupeau, accélère ou ralentit la marche au moindre signe, au moindre mot; il préserve les récoltes, fait avancer les bêtes retardataires, tient le troupeau réuni, empêche les animaux de sortir des chemins et des pâturages, corrige les fuyards, ramène les vagabonds. Il évite à son maître presque toute fatigue.
LES TRAVAILLEURS
Mais il impolie que son éducation soit parfaite ; s'il est mal dressé, il mord les moutons, les fait courir trop vite, occasionne des accidents, est cause de l'avortement des brebis.
On en a vu qui, doués cependant d'une intelligence extraordinaire, se conduisaient comme des criminels, comme des assassins.
Citons à ce sujet un récit vrai et bien curieux :
Un berger qui avait à garder un troupeau considérable, possédait un chien hors ligne et que l'on citait à plusieurs lieues à la ronde pour sa vigilance, pour l'habileté avec laquelle il s'acquittait de ses fonctions. Cependant il arrivait fréquemment qu'un agneau disparaissait. Point de loups dans la contrée; d'autre part, le chien n'aurait pas laissé approcher du parc des voleurs. On se perdait en conjectures , lorsqu'un paysan s'avisa de soupçonner le chien, qui était énorme et ressemblait à un loup.
Le berger se récria : oser accuser un si fidèle animal !
« Veillez, » lui répondit le paysan.
Il veilla, et la seconde ou la troisième nuit il vit un spectacle