‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 30 sur 83 · LE CHIEN DES ESQUIMAUX · texte numérisé non relu

LE CHIEN DES ESQUIMAUX

trait, dit Steller, il est même le seul animal domestique lUi Kamtschatka, étant là aussi indispensal)le à l'homme que, ailleurs, le bœuf et le cheval.

La légende dit que ces chiens parlaient autrefois, mais (ju'un jour, apercevant des hommes en canot, ils leur de-

mandèrent où ils allaient. On ne leur répondit pas, et, froissés de ce mauvais procédé, ils jurèrent de ne plus parler à aucun homme. Ils tinrent parole, mais ils sont restés curieux, et c'est pour cela que lorsqu'un étranger approche, ils aboient pour s'informer de ses intentions.

Mais ils ne se contentent pas d'aboyer, ils travaillent avec une ardeur que rien ne rebute.

Les chiens des Esquimaux sont peut-être les animaux les plus malheureux de leur espèce : toujours soumis à de rudes travaux, ils ne reçoivent pendant la plus grande partie de l'année que la plus maigre pitance, et sont durement traités })ar leurs impitoyables maîtres. Aussi, alors que les chiens des Abruzzcs ressemblent aux honnêtes montagnards dont ils sont à la fois les serviteurs et les amis, les chiens des Esquimaux ont les allures des hommes infortunés auxquels le destin les a attachés. Le caractère de ces animaux s'en ressent; ils sont voleurs, voleurs incorrigibles : on a beau les battre, ils recommencent sans cesse leurs larcins, poussés par le besoin sans doute, mais excités aussi, nous le pensons du moins, par les mauvais exemples qu'ils ont sous les yeux.

Méchants, querelleurs entre eux, ils montrent les dents et grondent aux hommes. — Les femmes les traitent avec plus de douceur, prennent soin d'eux quand ils sont petits ou malades, et se font mieux obéir; — elles seules peuvent les atteler aux traîneaux quand ils souffrent cruellement de la faim. Ainsi la douceur fém.inine vient à bout d'animaux féroces; là où le sauvage recule épouvanté, la femme s'avance tranquille avec un sourire, calme d'une caresse les grognements furieux, ferme de sa main moins rude que celle du mâle la gueule formidable, aux crocs aiguisés par la faim. La bonté apparaît victorieuse alors que la force et la brutalité sont impuissantes.

C'est seulement à l'aide de leurs chiens que les Esqui-

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maux peuvent tirer parti, pour leur subsistance, de la terre ingrate où le destin les a fait naître.

Grâce à leurs chiens, les Esquimaux parviennent à tuer le renne sauvage qui les nourrit et dont la peau sert à les vêtir. Ce sont les chiens qui poursuivent le veau marin dans les retraites qu'il se ménage sous la glace, retraites qu'ils découvrent de loin avec une surprenante habileté; ce senties chiens qui bravement en face, vont combattre l'ours rôdant sur les côtes.

Ils mettent à attaquer cette bêle féroce, leur ennemi, une ardeur telle que lorsqu'ils sont attelés à un tranieau il suffit de prononcer le mot de newrouk, qui signifie ours dans la langue des Esquimaux, pour que tout l'attelage aussitôt parte au galop, emporté par un élan furieux, ne reculant devant aucun obstacle, au risque de briser mille fois le char qu'ils conduisent.

Cette passion pour la chasse en fait des coursiers difficiles à guider. S'ils sentent un renne, un ours ou un veau marin, tous s'emportent, méconnaissant la voix de leurs conducteurs, sourds aux menaces, menant la chasse d'un train infernal, ne songeant plus qu'à la poursuite du gibier.

Ils sont attelés à leurs traîneaux au moyen de bretelles assez semblables à celles que portaient autrefois les porteurs d'eau et les commissionnaires parisiens quand ils s'attelaient à de petites voitures.

L'attelage se compose d'un collier formé de deux bandes de cuir de renne ou de veau marin; les bandes passent autour du cou, sur la poilrinc et entre les jambes de devant, puis viennent se réunir sur les épaules, où elles s'attachent à une forte courroie dont l'autre extrémité est fixée au traîneau.

Quand on forme un attelage dans ce pays, l'important est de choisir un bon chef de file, c'est-à-dire le chien le plus

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intelligent et cr'lui qui a le meilleur nez. Si avec cela l'animal est le plus fort, il est sans prix.

Les autres chiens sont disposés d'après le même principe, c'est-à-dire qu'ils se trouvent d'autant plus en avant qu'ils ont plus d'intelligence et meilleur odorat. Le plus inhabile se trouve à trois mèlres seulement de l'extrémité antérieure du traîneau, le chef de file en est à six mètres au moins et un peu en avant de tout l'attelage. Quant aux autres, ils ne sont pas rangés exactement en ligne et il y en a toujours plusieurs qui tirent de front.

Le conducteur du traîneau s'assied à l'avant, jambe deçà, jambe delà, ses pieds touchant presque à la neige.

Il porte à la main un fouet long de vingt pieds.

Ce fouet est extrêmement difficile à manier, aussi s'y exerce-t-on dès l'enfance; mais quelles que soient l'habileté du conducteur et la justesse de son coup d'œil, l'usage de cette longue lanière ne produit pas toujours de bons effets; à mesure qu'arrivent les coups l'équipage se mord, les animaux furieux s'arrêtent pour se battre, le meilleur mode de conduite est la voix.

Le chef de file écoute attentivement les commandements; il obéit avec une docilité parfaite. Que l'on prononce son nom, aussitôt, tournant un peu la tête du côté du conducteur comme pour indiquer qu'il a comi)ris, il ralentit un peu le pas, et dans la nuit la plus noire, à travers les sentiers les plus étroits et les plus escarpés, courant le nez sur la piste, il dirige l'attelage avec une étonnante sagacité; au milieu même de la tempête, lorsque la neige a recouvert le chemin, il ne s'égare pas. Il sait que de son flair, de son habileté, dépend le salut de ses maîtres, et ceux-ci se peuvent fier à lui; il évitera les précipices, il ne s'égarera pas dans la forêt, et pourvu que le démon de la chasse ne lui fasse point faire de rencontres fâcheuses, il mènera l'équipage sain et sauf juscju'au terme du voyage.

LES TRAVAILLEURS

Dans l'clé, les chiens ne sont pas attelés aux traîneaux; ils deviennent à la fois chasseurs et bêtes de somme; pendant la chasse même on leur fait porter un fardeau de vingt à trente livres: ils sont alors un peu mieux nourris, avec des débris de baleine, de morse et de veau marin; mais pendant loulc la dure saison le maître, ayant à i)eine le nécessaire, laisse ses serviteurs jeûner et pâlir. Pauvres hôtes et pauvres gens!

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