‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 37 sur 83 · IL MENAÇA DE SA .MASSUE L ANLMAL · texte numérisé non relu

IL MENAÇA DE SA .MASSUE L ANLMAL

s'allume la prunelle de l'homme qui a pris trop de jus de raisin. Nembrod laissa tomber le lièvre, et une fois encore Noth se gorgea de sang chaud : alors il devint autre. Il oublia ses maîtres et ses troupeaux, et sa gravité et sa sagesse. Il tourna autour de Nembrod en aboyant et en regardant la montagne, et bientôt tous deux partirent.

A eux deux ils tuèrent le chacal, ils tuèrent le loup, ils tuèrent le lion; et le chasseur, velu de la peau du roi des animaux, revint triomphant ; son cœur orgueilleux se gonfla

quand son père et ses frères, heureux d'avoir un protecteur de leur nonchalance, le proclamèrent le plus vaillant des hommes.

Il ne dit point quelle part Noth avait eue dans ses triomphes, et il lui sembla que les yeux de la bête le lui reprochaient; alors, furieux, il la battit; il ne l'appela plus Noth, il l'appela chien. Celui-ci baissa humblement la tète, sachant que pour le punir de la faute qu'il avait commise en abandonnant le troupeau, le Seigneur le condamnait à devenir l'esclave de celui dont il avait consenti à servir les passions; maltraité tous les jours, il se résigna, courba la tète sous le châtiment et lécha la main qui le frappait.

Nous sommes les vrais fils de ce Nembrod ou Nemrod. On trouve dans la Vie privée des Français, de Le Grand d'Aussy, de précieux détails sur la passion qu'avaient nos ancêtres pour la chasse.

Les Gaulois l'aimaient passionnément. Chaque fois qu'ils prenaient une pièce de venaison, ils mettaient, par reconnaissance, une petite somme en réserve : deux oboles pour un lièvre, quatre dragmes pour une biche, etc., et avec cet argent, le jour de la naissance de Diane, ils achetaient une brebis, une chèvre ou un veau, et immolaient cette victime dans le temple de la déesse. Après le sacrifice, il y avait un grand festin auquel assistaient les chiens couronnés de fleurs.

Les chiens gaulois étaient renommés chez les Anciens pour leur vitesse et pour leur courage. Les poètes et les historiens latins en ont fait l'éloge. La Gaule en nourrissait beaucoup de différentes espèces, et, selon Gratins, un poète contemporain d'Auguste qui a laissé un poème intitulé Cynégéticon [art de chasser avec des chiens), toutes ces espèces avaient de la réputation.

La chasse, qui n'est plus aujourd'hui qu'une distraction, élait pour les Gaulois l'apprentissage de la valeur, apprcn-

tissage périlleux, car la première chasse qu'ils permettaient aux jeunes gens était celle de l'urus, sorte de taureau sauvage, un peu plus petit que l'éléphant, mais d'une force et d'une agilité incroyables , le plus féroce et le plus re^ doutable des animaux qui peuplaient les forêts.

La chasse tenait au courage de la

Page 1