CHIENS D'ARRET OU CHIENS COUCHANTS
Toussenel, dans son remarquable ouvrage, YEsprit des Bétes, dit : « Le chien d'arrêt n'est qu'un produit de l'art, comme la prune de reine- Claude, comme la rose double; c'est un chien muet greffé sur un chien courant, et qui retourne au sauvageon comme la rose double, quand la greffe est mal conduite. Le chien d'arrêt est sans contredit la plus magnifique de toutes les créations de l'esprit humain. C'est ici que l'homme a vraiment créé après Dieu. Le chien d'arrêt a pour lui l'élé' gance des formes, la vigueur des muscles et la puissance de la pensée. Il est une création des temps modernes dont la date n'est pas bien fixée. Elle est née en Europe à la suite de la fauconnerie, le courre à Vair, institution qui date de la plus haute antiquité. Comme il fallait des chiens pour faire lever le gibier plume et le gibier poil devant les oiseaux de vol, on en a rencontré qui pohiiaienl naturellement la pièce de gibier avant de la faire partir; on a cultivé cette disposition en prolongeant le pointage jusqu'à Yarrêt solide. On a obtenu par ce moyen le chien couchant, c'est-à-dire qui se couche contre le gibier qu'il arrête pour se laisser couvrir avec celui-ci sous le filet {épervier). Le fusil venu, qui
permettait de tirer au vol, le chien couchant s'est transformé de luimême en simple chien d'arrêt. »
Le nomhre des races de chiens d'arrêt est considérable ; on a de plus, surtout en Angleterre, créé une quantité de variétés qui viennent en augmenter la liste.
Nous n'avons pas à revenir ici sur les différentes races d'épagneuls dont nous nous sommes déjà occupés, parce qu'ils formaient le type de cette grande division désignée sous l'appellation générique iVÊpaçiiieuls.
Outre ces précieuses races, il en existe d'autres désignées sous le nom de Braque.
Le Braque français {Canis familiaris aincularius). — Le Braque, dont l'origine ne paraît pas remonter au delà du quinzième siècle, a une têle forte, à extrémité carrée, les lèvres pendantes, la poitrine ample, la croupe arrondie, le cou allongé, les pattes fortes et le pied large. Sa hauteur varie de 50 à 65 et même 80 centimètres.
Il a le poil ras, sa couleur est variable. Mais l'ancien Braque avait surtout le pelage blanc, souvent mélangé de taches brunes, noires ou fauves.
Il a le caractère gai, vif, arrête haut le nez; il est parfait pour la chasse en plaine, où il arrête lièvre et gibier à plume. Il jouit d'un odorat remarquable.
On connaît la variété du Braque dit à deux nez, qui jouissait autrefois d'une grande réputation qu'elle semble avoir perdue ; on la croit originaire d'Espagne.
Parmi les variétés les plus connues nous citerons :
Le Braque Dupuy. — Créé en Poitou par M. Dupuy, il y a environ une cinquantaine d'années, blanc et marron, il est plus élancé que le Braque ordinaire français.
Le Braque sans queue du Bourbonnais.
Le Braque Picard. — Bruu OU lie-de-vîn.
Le Braque de Navarre. — Blanc maculé de lie-de-vin ; a souvent les yeux vairons.
Le Braque d'Anjou. — Blanc et orange ou gris souris.
Braque anglais ou Pointer. — Le Braque obtenu par suite de croise-
ments est un Leau chien, mais il est un peu haut sur jambes et un peu grêle. 11 arrête en galopant et haut le nez, ce qui le différencie au reste complètement du braque français. Il est blanc et orange; il se trouve bien représenté par notre race désignée sous le nom de Saint-Germain qui n'est au reste que la descendance de chiens braques anglais introduits en France vers 1820 par M. de Girardin.
Les Anglais, depuis quelques années, ont donné à leurs pointers des formes plus trapues, plus accentuées, analogues à celles qui caractérisent notre braque français à poitrine plus large et à tête plus carrée.
Ils ont de plus donné la préférence aux robes foncées, en particulier au marron tout en conservant à leurs chiens leur mode particulier de quêter.
Nous ne voulons pas terminer ce qui est relatif aux braques sans donner une bonne mention aux races suivantes :
Le Braque bleu d'Italie. — De grande taille, rappelant par ses formes notre chien de Saintonge.
Braque d'Espagne. — Marqué de feu, devenu très rare.
Braque d'Allemagne. — Épais, lourd et sans distinction.
Un chien qui semble marquer une sorte de transition entre le chien d'arrêt et l'épagneul est le Chien docile [Canis sequax) désigné par les Anglais sous le nom de Setter. Il a un poil fin, soyeux, dont la couleur est très variable; une variété dite de lord Gordon, noire et feu, est très estimée.
Il arrête bien et va facilement et avec plaisir à l'eau.
L'Ecosse et l'Irlande possèdent aussi de belles races de Setters dont le pelage est couleur brique. Elles sont presque aussi estimées que celle de Russie, qui a cependant joui pendant longtemps et ajuste titre d'une grande réputation.
Pour clore la liste des chiens de chasse et en particulier celle des chiens d'arrêt, nous devons dire un mot du Chien d'eau ou Rdriever, qui, dit-on, résulte du croisement du chien d'arrêt avec le terre-neuve, selon les uns ou avec l'épagneul d'eau et le griffon, selon les autres.
Son pelage long et frisé est noir et blanc, parfois marron ou brun et blanc. Sa tête est ronde et grosse, ses oreilles longues sont garnies de nombreux et longs poils.
Il est employé à la chasse du gibier d'eau et a pour mission spéciale de rapporter le gibier, qu'il ne respecte pas toujours d'une façon satisfaisante.
3° Dogues.
Nous avons donné les caractères zoologiqiies distinctifs de la race des Dogues en son lieu.
Molosse ou grand Dogue [Caràs Molossus). — Le Molosse dont l'Irlande parait être la patrie a une grosse têle, le front large et bombé, un museau gros, court et plat, le nez retroussé et les lèvres développées et pendantes, les oreilles longues dont l'extrémité est rabattue. Son poil est ras, de couleur fauve ou jaune brun; le museau, les lèvres et le bout des oreilles noirs.
Sa hauteur est d'environ 65 centimètres et la longueur de son corps de 80 centimètres.
Il est d'une force remarquable et d'un courage à toute épreuve; il ne craint pas et ne refuse jamais le combat avec les animaux féroces les plus terribles.
Il est cependant susceptible d'une grande affection pour son maître et est beaucoup plus intelligent que sa réputation le dit.
Il était autrefois très employé dans les combats d'animaux et pour la chasse du gros gibier. C'est un des meilleurs chiens de garde de l'habitation.
Une race de dogues élevée en Angleterre pour la chasse de la grosse bête est connue sous le nom de Chien de Corps,
Bouledogue (Canis familiaris fricator). — C'est un des chiens les plus anciens de l'Angleterre. Il est caractérisé (dit Brehm, qui en a donné une description tellement exacte, que nous ne pouvons résister à l'envie de la reproduire) par sa tête ronde, le crâne élevé, les yeux séparés par un creux très marqué, les lèvres pendantes ornées de verrues, recouvrant une mâchoire aux crocs acérés et terribles, la gueule large et bien fendue, les oreilles droites, petites et bien placées des deux côtés de la fête, mais presque au sommet, de telle sorte qu'on croirait qu'elles tendent à se rejoindre ; il a le museau noir et court, le nez complètement rejeté en arrière, de façon que l'animal, tenant sa proie, peut respirer à son aise sans la lâcher, la mâchoire inférieure projetée en avant, les reins écourtés et bien cambrés ; un certain nombre de bouledogues ont la queue tordue, on dirait que les vertèbres de cet appendice ont été brisées. Un bouledogue de race pure doit avoir la poitrine large, les jambes fines, les pieds étroits et bien fendus.
Son poil très lin et très serré est blanc, noir, bronzé, jaune fauve ; le museau, les oreilles et le bout des pattes sont toujours de couleur plus foncée que le fond de la robe.
Quoi qu'on ait dit de lui, il vaut mieux que sa réputation, qui du reste laisse beaucoup à désirer.
Il est caressant et attaché à son maître et ne manque pas d'une certaine intelligence.
C'est avant tout un animal de combat par excellence, et une fois excité, il ne connaît plus rien; sa colère n'a plus de bornes.
C'est un excellent gardien, et un grand destructeur d'animaux nuisibles.
Le Doguin. — Se rencontre surtout en Allemagne, résulte de l'alliance du Dogue avec le petit Danois. Il a les oreilles plus longues et les lèvres plus pendantes que le Dogue et est généralement isabelle clair.
Le Mastif anglais. — Introduit en Angleterre par les Celtes et les Romains, semble, si l'on en croit la plupart des auteurs, résulter du croisement du Dogue breton avec le chien Talbot. Il est généralement fauve rayé de noir.
Le Dogue de Bordeaux. — De grande taille, généralement à robe blanche parfois mélangée de noir. On en rencontre de fauves foncés.
Le Dogue espagnol. — Employé à la chasse au sanglier et dans les combats de taïu^aux pour les exciter et aider à l'œuvre des picadores et des banderilleros.
Le Chien Turc [Canis œgyplius). — De la taille d'un grand roquet ; originaire, ainsi que l'indique son nom, de la Tunpiie et de l'Afrique. 11 a le museau plus allongé que le dogue et les oreilles horizontales, la peau noire et presque complètement dénudée.
Une variété de Chien Turc porte une rangée de poils se dirigeant de la tête à la queue et qui a valu à cet animal le nom de Chien Turc à crinière.
Le Terrier-Bull. — Un des métis du Bouledogue qui a eu le plus de vogue et qui en somme rend de véritables services pour la destruction des rongeurs est le Terrier-Bull, qui résulte du croisement du Bouledogue avec le Terrier et qui, par le fait de divers croisements, présente de nom-
ZOOTECHNIE ET HYGIENE DU CHIEN. S^tS
breuses variétés se rapprochant tantôt davantage du Doguin et d'autres fois du Terrier.
Il est relativement de petite taille, court de corps ; il a la tête ronde et le poil ras ; il porte la queue en l'air.
Ce chien est très gai, très vif et fort intelligent, affectueux et de bonne garde.
Une variété, résultant du croisement du Bouledogue avec le petit Griffon, et qui offre des poils plus longs et raides, est excellente aussi pour la destruction des rats et souris, et se fait volontiers le compagnon du cheval à l'écurie.
Carlin ou Mopse [Canis familiaris mopsus). — Chien de très petite taille, véritable caricature du bouledogue ; très trapu, court, il a la tête complètement ronde, le museau à peine apparent; sa face représente complètement le masque d'Arlequin, dont il offre au reste jusqu'à la couleur noire (ce qui, entre parenthèses, lui a valu son nom, à cause de Carlino, qui avait coutume de se couvrir la figure dans ses rôles d'Arlequin du masque que nous voyons de nos jours sur le visage de ses successeurs).
Ce chien a les jambes courtes et porte la queue eu trompette.
Cet animal autrefois fort à la mode a perdu les sympathies du public. Il est du reste criard, peu intelligent et possède une haleine forte, très désagréable, qui l'a fait bannir de l'appartement, où il a longtemps régné en despote.
Un métis dégénéré du Dogue est cet affreux cliien minuscule à tête ronde, à yeux saillants et ronds, à oreilles pendantes et à poils ras, dont la couleur est fort variable, que l'on connaît sous le nom de Roquet. 11 est effronté, criard et hargneux.
Chîen du Mexique. — Grand Bouledogue employé par les Espagnols à la chasse de l'homme. Us s'en servaient contre les Indiens. 11 les aida dans la conquête du Mexique et de la Nouvelle-Grenade.
Le Chien de Cuba. — A été employé par les Anglais aux mêmes usages que le précédent.
Pour clore cette nomenclature déjà bien longue, quoique incomplète, des différentes races, sous-races ou variétés de chiens, il nous faut dire un mot de celui que l'on désigne sous le nom de Cliien de rue {Canis \v, familiaris hybridus). Quels caractères assigner à ce chienî quelles qualités, quels défauts ou quels vices lui attribuer ?
Rien de plus difficile.
3kti LE CHIEN.
Ce chien, né de l'accouplement hasard, a les caractères de toutes les races et d'aucune.
Aptitudes, qualités, attachement, fidélité, intelligence et vices : tout cela se rencontre chez lui.
Dans les villes, en véritable gavroche, il peut faire le bien ou le mal,
A la campagne, il peut être capable de tous les dévouements ou de toutes les peccadilles, il devient volontiers maraudeur et braconnier.