SCÈNE PREMIÈRE GAROUSSE, pu» JEAN
GAROUSSE9 assis sur le banc de droite, en habits râpés, restes d'opuleace, avec une hotte neuve sur le dos, un crochet en main et une lanterne à ses pieds.
Chiffonnier 1 moi, duc Garousse! Assez de souffrance comme ça. (Avec amertume.) Si un ami me reconnaissait!... Cette misère, ce crochet, cette hotte, c'est immonde, infâme, impossible... Je ne peux m'y faire après la vie que j'ai menée. Non, je n'en veux pas. Mieux vaut la mort.
Il quitte hotte, crochet, pose sa lanterne et jette au loin son chapeau. JEAN, en dehors, chantant .
Vive le vin !
Vive ce jus divin!
Je veux jusqu'à la Un
En égayer ma vie...
[Entrant par la gauche* le long du parapet, avec un sac, coiffé d'un bonnet de police, crotté, mouillé, déchiré et trébuchant comme un homme ivre qu'il est.)
C'est drôle. On dit qu'un verre de vin soutient. En vlà plus de quinze que j'bôis et j'peux pas m'tenir. Un enfant m'abattrait. J'ai pas assez bu, c'est sûr... (i'est la
goutte d'eau-d'vie qui manque, (piquant le chapeau de Garousse.,
Bon, un castor pour mes dimanches.
GAROUSSE, qui s'est levé et approché du parapet.
Quelqu'un... finissons.
JIAN, arrivé jusqu'à lui, le prenant à bra»-le-corf« et l'arrétanl.
Eh bienl Tami, où vas-tu donc? c'est comme ça qu*tu liquides ? *
GAROUSSE.
Ça ne te regarde pas .
JEAN, avec bonhomie .
Mé si... t'es mon semblable.
GAROUSSE.
Ton semblable, sale bête !. . va-t'en !
JEAN, même bonhomie.
Comment? C'est toi qui es béte d'aller à l'eau. Cest pas not' élément. L'homme n*est pas un crapaud. Si j'étais pas un homme, j'te laisserais faire et j'te répéehewds vif pour vingt-cinq francs, ou mort pour cinquante. Que noce! hein!
GAROUSSE.
Allons, lâche-moi. J'ai assez de la vie. J'aime mieux mourir d'un coup que de faim chaque jour.
JEAN
De quoi? de quoi? on n'meurt que de soif. Viens boire la goutte, j 'régale.
GAROUSSE, se débattanU
Non, laisse-4noi> t^ dis*je. C'est mon idée. Je suis las de soufi^ir.
JEAN, le rateoani et l'entrahiant sur le derani de la «cèiM«
Là, là, voyons, conte-moi tes peines» Qu'est-ce qui l'géne? la misère? Si c'n'est qu'ça, j'vais t'guérir, moi; j'ai la recette. Mais c'est pas Teau, d'abord ; au contraire, c'est le vin.
Chantant.
A tous les maux c'est le remède...
Va, ya d'I'espoir encore... t'es pas enragé puisque t'aimes l'eau. Change seulement de boisson ; et si j'te sauve pas, foi de Jeanl nous plongerons ensemble et j'paie le pont.
GAROUSSE, de guerre lasse, s'asseyant à gauche. — A part.
Teigne d'ivrogne 1 ne Tobstinons pas. Attendons qu'il parte.
JEAN, s'asseyant près de loi.
Quand on a du chagrin, mon cher, faut délayer ça. . . faut boire... mais du bouillon de grappe, la tisane à Bacchus, potion calmante. Yoîs-tu, j'ai passé par là. J'm'y connais. Moi aussi, j'étais né pour être miïord, c'te