SCÈNE V
CLAIRE, LAURENT, LÉON, LOUCHARD, LOI- SEAU, GRIP0N,pui8 LES Invités, puis le Commissaire, l'Agent, deux Gardes, JEAN, MADAME POTARD, MARIE, HENRI, ROSINE, Soubrettes
ET Valets (en grande* Urrée, rubans et bouquet a). LAURENT, entrant, à Claire.
Mademoiselle, ou vous attend au salon.
La portière du fond retirée par Laurent laisse voir dans une enfilade de galons et de jardins éclairés et illuminés les Invités de la noce, yers lesquels Claire se dirige et fialue. Alors, grand mouvement au fond parmi les invités qui se «réparent àrec «ffroi, faisant place au commissaire et son agent suivis de Jean, madame Polard. ^arie, Henri. ma»iqnA*j j»ar les hottmes de police.
LE COMMISSAIRE, à l'agent.
Que personne ne sorte nî ne parle au maître, s'il rentre. Veillez !
l'agent.
Oui, Monsieur.
Il sort avec les gardes.
LE COMMISSAIRE, à Claire, atterrée.
Mademoiselle, un devoir pénible m'amène ici pour une confrontation nécessaire à la justice.
CLAIRE, éperdue, descendant la scène devant le commissaire tfui la suit: Jean, madame Potard, Marie, Henri, les invHAî* et valets restant d'abord sur le !éeuil du boudoir.
Qu'y a-t-il, monsieur ? •
JEAN, avançAntavec ea blouse, sa hotte et son crochet, suivi des autres.
Il y a que nous sommes invités à vos noces, au nom de la loi.
CLAIRE
Juste Ciel !
JEAN, terrible.
Vous ne nous attendiez plus, je vois bien ; la justice est si lente ! vous alliez partir sans nous... toute prête... bouquet, couronne et voile, il ne vous manquait plus rien... Dieu me pardonne, que le droit de les porter I Oui, monsieur le Commissaire.. . Cette dame qui porte ce bouquet de vierge a eu un enfant I . . Cette dame qui porte cette couronne nuptiale Ta fait tuer par cette sage-femme! Cette dame qui porte ce voile blanc d'innocence, la baronne Claire Hoffmann, a laissé accuser de tous ces
crimes cette pauvre et honnête fille, Marie Didier ! ( D'un
coup de crochet, il enlève le roile cte Claire et le jette dans sa hotte avec un
rire effrayant.) Ah I ah ! ah ! chiffon comme le reste. . . à 1^ hotte I
CLAIRE
Perdue!
JEAN, d*une voix tpnnanle.
Devant Dieu et devant les hommes, tu n'as pas le droit de porter ce voile... 11 servira de langes ou plutôt de suaire à ton enfant... mort... comme ton honneur.
CLAIRE
Grâce ! Grâce !
MARIE, se plaçant entre Claire et Jean.
Oh ! père Jean ! vous si bon !
JEAN
Eh bien! c*est ça. Défendez-la... drôle de fille!.. Elle ou vous !
CLAIRE, avec égarement.
OÙ fuir! où me cacher? dans la tombe... La mort plutôt que cette peine I., Je ne peux plus contenir le remords qui me tue... s'il devenait éternel! Ahl il faut avouer, expier î
LE COMMISSAIRE
Parlez !
GLAIRE, tombant à genoux, solennellement.
Mon Dieu I je reconnais ta justice... ma peine est encore moindre que mon crime... puisse mon aveu acheter ta
grâce! (se relevant. — Au commissaire.) MOUSlCUr, la COUpablC,
c'est moi!.. Oui, j'ai sacrifié mon enfant à mon honneur. . . et j'accusais celle qui sacrifiait son honneur à mon enfant. (D'une voix éteinte.) A elle, à elle donc cette couronne qui me déchire, ces parures qui me réprouvant, tous ces signes de pureté, d'amour et de bonheur ! (euc
détache les fleurs qui tombent aux pieds de Marie..) G^CSt jUStC ! à Cllc
ma place, à moi la sienne ! Et à nous deux de la récompenser, Henri ; moi, en mourant ; vous, en vivant pour elle I
MARIE, la soutenant et pleurant.
pauvre femme!... mon Dieu, pardon pour elle!
merci pour moi î