‹ Le chiffonnier de Paris: drame en cinq actesChapitre 27 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CRires.) Oui, oui, j'ai faim, j'ai soif encore de cet amour, de ce bonheur dont les semblants n'ont pu me rassasier.

LOISEAU

Garçon, deux rosbifs pour un !

On rit.

LOUCHARD

Combien cette tirade-là pour mes journaux? on écrit ces belles choses, tout au plus, mon cher, on ne les parle pas, ici surtout, et aujourd'hui. L'amour pur, au restaurant, et le mardi-gras! Tu détonnes. Vide de cœur! Allons donc, d'estomac bien. Soif d'amour ! faim de bonheur ! Quel poète ! vite la prose ! La soupe et le bœuf du docteur Yéron, ça se calmera.

HENRI

Non ; je suis un homme mort, vous dis-je. Parblnu î je peux bien manger et boire encore et rire avec vous de nos sottises. Mais c'est du galvanisme; la mort est au cœur. La vie, la seule vraie vie, c'est l'amour et ce n'est plus pour nous, pervers. Voilà notre punition et sa vengeance. Comme Midas, nous changeons tout en or. Nous ne pouvons plus trouver une femme qui nous donne le bonheur au lieu de nous le vendre... Ce n'est pas au bal du moins que je trouverai cette femme-là ; et c'est pourquoi j'ai le bal triste.

LOUCHARD

Midas 1 Tantale! fabuleux... démodés, mon cher, un peu de positif!.. Fais comme moi. Quand j'entre au bal, je laisse mon cœur au bureau avec ma canne pour les reprendre en sortante

LOISEAU

Et moi je mets mon cœur dans mon verre. Les vieux vins avant les jeunes filles. Garçon, le madère!

FRIKLAIR.

L'un n'empêche pas j 'autre, comme l'amour pur n'empêche pas la grosse dot... Ça va bien de front, mais ça ne vaut pas le cheval. Point de sentiment qui résiste au grand trot! (a Henri arec intention.) Mais VOUS, mousiour le philosophe, est-ce que vous n'aimez pas au moins l'unique héritière du grand banquier baron, votre noble et iriehe fiancée, mademoiselle Claire Hofîmann?

HENRI

Je l'épouse.

FRINLÀIR.

Hé ! hé ! Voilà qui est réel autant qu'idéal.

HENRI

C'est, sans doute, un bel et bon parti pour ceux qui veulent, comme vous, comte Frinlair, les grands airs et les grosses dots... un million massif... etTespérance... Je conçois, sans Ip ressentir, l'amour parfait que vous inspire, dit-on, cette déesse millionnaire. Oh ! ne soyez pas jaloux. Pour moi c'est, comme dit l'agent de change Gripon, une affaire et sans plaisir... une fin. Oui, c'est pour en finir que je me marie; après le mardi-gras, les cendres. Désormais, je ne vivrai plus que pour l'argent. Un coffre mari d'une bourse ! j'épouse un capital. Je deviens Hoffmann et 0«; je serai la compagnie avec du ventre. Je serai comme ces louis d'or, une tête sans cœur, à deux mentons, décoré, député et satisfait... avec ime femme peu à moi, des enfants tout à elle et de l'argent à tout le monde... Guizot l'a dit: Enrichissons-nous! Frères, il faut mourir! Que Breda prenne le deuil! que lions et rats de la loge infernale portent un crêpe! Ci-gît le fils du banquier Berville, jeune viveur, mort avant l'âge, victime du mariage, ne valant pas mieux que les autres, n'ayant jamais fait le bien ni gagné le sien, regretté de personne et ne regrettant rien. Allons, mes garçons d'honneur, chers croque-morts, la prière des trépassés et le vin en guise d'eau lustrale. Enterrez-moi, mariez-moi, mangez-moi sous les espèces de ce dinde trUffé! Buvez-moi; ce Champagne glacé est mon sang... C'est la cène du diable. . . mon dernier souper de garçon. Buvons à ma mort î Je meurs zéro... pour ressusciter million!

TOUS, trinquant, moins Frinlair.

A sa résurrection ! . . . à la santé et multiplication du million !

SCËNE V

Les Mêmes, MAZAGRAN, puis MARIE, masquée,

Page 1