‹ Le chiffonnier de Paris: drame en cinq actesChapitre 38 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

une perraqoe.) GaZOn! (une affiche et Usant.) «r Mandement pOUl* le Carême »... (prenant un aspergés.) GoUpUlon I (Autre affiche.)

« Ordonnance de police. Il est défendu aux chiffonniers d'enlever les affiches. » Pardon! (une lettre.) « Cher ange, mon sang, ma vie, mon âme, tout pour toi »... (sarrétant.) Ahl un pâté... et qui n'est pas d'encre. A la

hotte! A la hotte! (prenant un pamphlet et lisant:) a Mémoire sur la liste civile par Timon. . . (une couronne de relours fleur-

deiysée.) Voilà I ça valait douze millions, quand c'était de mode, que déchet! (L'essayant.) Le père Jean, roi de France! bon bonnet de nuit!.. Non! je rêverais sang... à la hotte! à la hotte! comme le reste! Et dire que tout ça refera du neuf, du beau papier glacé, timbré, billets de banque et billets doux, lettres de change et d'amour, de naissance et de mort, poulets et protêts, livres et journaux, tous les biblots de la civilisation... et que ça reviendra là encore et toujours jusqu'à extermination. défroque de feue Madame la Veille, ô superbes rogatons, c'est votre humiliation, c'est le rendez-vousgénéral, la fosse commune, la fin du monde, le jugement dernier! Et le chiffonnier grand juge... Jean, légataire universel de Paris... mais sous bénéfice d'inventaire... Et qu'est-ce qui reste à la succession? (prenant un os.) Ça, uu OS... commo c'cst uettoyé, disséqué!... C'était un jambon. Le maître y a passé, puis le valet, puis le chien... et moi après... aussi, plus rien. Eh bien, mangeons mon pain sec... Obéissance' au mandement. (Tirant du pain de sa poche.) Uu mOrCOaU de pain à

manger et un morceau de journal à lire; les deux nourritures... On ne vit pas que de pain. Repas et lecture comme au restaurant. Quoi de plus? Trop heureux chiffonnier qui trouve son pain dans le fumier et sa science dans l'ordure. Bon appétit? (u rompt son pain.) Garçon, le

journal! (ll prend un journal dans la poche de son tablier et mange, puis se verse de l'eau dans un bol et boit.) Une me manque pluS qUC

la serviette et le cure-dent, (n prend une paiUe et iit :) «^ Messieurs les souscripteurs dont Tabonnemeat expire, sont priés... » (s'arrétant.) Ils Commencent toujours par là. Mais ça ne me regarde pas ; je reçois mon journal gratis. Voyons les nouvelles !

II ht tout bas et dort.

MARIE, agenooiUée et d^à affaissée.

mon père, ma mère, je vous rejoins, recevez-moi! mon Dieu, pardonnez-moi! (Écoutant do cAté du cabineu) Qu'estce que cela? ma tête bourdonne... j'ai entendu crier là,

(Elle se relève, entre dans le cabinet et revient arec la corbeille.) Uu enfant! un enfant! un pauvre petit enfant, là chez moi, vivant ! ciel ! qui donc peut ainsi abandonner son enfant? Il a froid, pauvre petit I (EUe le recouTre.) Il souffre, il gémit. Ah! c'est le charbon... De l'air! de l'air! (EUe

casse un carreau de la fenêtre, éteint le réchaud avec son pot à l'eau.)

Qu'allais-je faire? le tuer avec moi. (atoc inspiration.) Oh 1 je n'avais pas la force de vivre pour moi seule; je vivrai, je vivrai pour lui. Mère, tu le veux, n'est-ce pas! Toi qui as tant travaillé pour moi ! je suivrai ton exemple; j'accepte ce devoir, ce bonheur. Oui, oui, j'accepte. Je ne serai donc plus seule maintenant. Ah ! cher enfant, je serai ta mère. Pour toi, je reprends mon cœur et ma force; pour toi, je n'ai plus ni désespoir, ni peine. Je passerai jour et nuit au travail, s'il le faut!... et si je meurs à la tâche, Dieu me pardonnera au moins ce suicide-là. Des langes ! Des langes. Mon meilleur linge pour les langes de mon enfant!

Elle tire de sa commode une chemise, la déchire et coud avec ardeur aupite de l'enfent.

JEAN, se réveillant en sursaut, fk)n journal à la main.

Ces farceurs de papiers, ça me fait toujours cet efifet-là* Dame, les journaux, c'est comme les huîtres, ça veut être mangé frais. Mais ne disons pas de mal des paperasses, c'est le plus clair de mon bien. Vive la liberté de

la presse, et de la hotte! (u rejette le joumal dansla hotte.) Me

voilà à la fin du tas... aux derniers les bons. J'ai piqué ce paquet-là en rentrant au faubourg, presque à la porte. (Prenant le paquet.) Qu'ost-ce quo c'ost quo ça?.. Dc quoi? De

quoi? J'ai la berlue. (Rapprochant sa chandelle et lisant :) Banque

de France... Mille francs. » (comptant:) Un... deux... trois... Ah! mon Dieu, une fortune! Dix billets... Dix mille francs... Pauvre diable qui les as perdus!... Pas si pauvre, quand on peut perdre comme ça dix mille francs a la fois... sont-ils bons?... Ils en ont l'air. Ils sont bien laids. Que trouvaille! la première de ma vie! S'il y a ré-

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