ACTE DEUXIÈME
JEAN
Je vous en réponds !
MARIE
Madame Potard, vous dites? mais c'est une de mes pratiques... Je suis bien aise pour elle, (cherchant de noureau.) Où
donc ai-je mis cette montre?
JEAN
A présent, pour être content tout à fait, je voudrais aussi trouver la personne à Fenfant.
MARIE
Ahl par exemple, père Jean, ce n'est pas la même chose.
JEAN
Mais j'y pense, une sage-femme, ça pourrait bien nous renseigner. Qui sait? La chance est si grande, et dans ses connaissances... J'en parlerai. Oui, je voudrais vous voir débarrassée de l'enfant comme moi de l'argent.
MARIE
Pauvre petit!., au fait, il serait peut-être plus heureux... Mais non, père Jean, on ne l'a pas perdu par hasard; 'et si on l'a abandonné, c'est qu'on ne pouvait pas le garder, allez! 11 est encore mieux avec moi qu'avec ceux qui l'ont laissé.
JEAN, hochant la tète.
Tout ça, c'est bel et bien ; mais vous avez sans doute encore passé la nuit à travailler pour lui. . . ça vous tuera.
MARIE.'
Au contraire, père Jean, ça me fait vivre ; sans lui je serais morte, vous savez bien.
JEAN, avec brusquerie affectueuse.
Allons bon! c'est lui qui vous oblige... C'est lui qui se ruine pour vous. 11 n'y a pas de bon sens. Il vous coûte les yeux de la tête. Où est votre châle neuf? Tous vos pauvres effets y passeront. Vous v'ià encore en l'air pour lui, je suis sûr... asseyez-vous donc là que je vous parle un peu. . . je n'ai pas fini.
MARIE, ayant trouTé la montre.
Ah! la voilà!. . . Allons! père Jean, voyons, vite, qu'estce qu'O y a encore?
JEAN 9 s* asseyant aTeo Marie an miliea et sur le derant de la acène. — Ayec embarras.
Il y a que vous êtes trop bonne. Vrai, vous avez tort, Mam'zelle. Vous savez le proverbe : quand on est trop bon, le loup vous mange^. Eh bien, vous n'écoutez que votre cœur... Vous avez la rage de faire du bien aux autres; vous le faites en cachette comme une brave fille que vous êtes... et puis, quand ça se découvre, ça tourne contre vous. . . (Avec effort.) Oui, Mam'zclle, il faut que je vous le dise enfin : on jase sur cet enfant.
MARIE
Eh bien, laissez dire, père Jean, coûte que coûte... Il vaut encore mieux être honnête que d'en avoir Tair.
JEAN, arec embarras croissant.
Ce n*est pas tout, M'am'zelle... Je ne sais s'il faut finir... Je n'ai peut-être pas le droit... Ça ne me regarde pas, bien sûr... (Mourement de Marie.) Ah! ne VOUS fâchez pas! C'est dans votre intérêt tout pur. Avec ça que, depuis quelque temps, on vous trouve toute rêveuse et qu'on voit venir un jeune homme... un beau jeune honmie.,. sans doute bien honnête et bien retenu avec vous. . . mais aussi bien riche pour vous, Mam'zelle... Enfin, l'enfant d'un côté, le jeune homme de l'autre... On ne peut empêcher les mauvaises langues... et je voudrais voir le jeune homme et l'enfant à leur place comme les billets.
MARIE
Père Jean, je n'ai rien à craindre, rien à me reprocher. Je n'ai pas cru mal faire en recevant les excuses de ce jeune homme après l'accident de la robe... Si j'ai mal fait, je ne le reverrai plus... mais pour l'enfftnt, père Jean, c'est différent, j'y tiens... Allons, vous ne pensez pas ce que vous dites.
JEAN
Si fait, Mam'zelle, un enfant de malheur qui est de trop comme moi, conmie tous les gueux... Des gueux! il n'y a pas besoin d'en garder de la graine... il en poussera toujours assez. Songez donc plus à vous et moins aux autres ! Chacun pour soi !
MARIE
Ahl père Jean, pouvez-vous parler ainsi?.. Vous n'avez