SCÈNE IX
JEAN, chez Marie, pnis HENRI.
JEAN
Personne. . , Diable ! on ne fume pas ici. (n remet sa pipe
dans sa poche et regarde au grand escalier.) Quelqu'un,.. c'CSt elle...
non, c'est le moderne .
HENRI
Mademoiselle Marie n'est pas chez elle !
JEAN
Non, Monsieur, elle vient de sortir.
HENRI
Pour longtemps ?
JEAN
Je ne crois pas... (a part.) Allons, ça ne peut pas durer comme ça. Il faut que je lui parle, (naut) Et si vous voulez l'attendre, asseyez-vous, sinon je me chargerai de vos commissions.
HENRI
Merci I j'attendrai, on est si bien dans cette chambrette. J'y prends comme un bain de Jouvence. J'y respire je ne sais quel parfum de vertu qui calme les sens et retrempe le cœur. Je renais ici... Quel contraste avec notre inonde ! là-bas convenances et droits, ici nature et devoirs...
Ah ! c'est ici qu'est la vraie vie, celle qui donne la bonne conscience,., ici seulement je referais la mienne si j'en avais le courage... je trouverais enfin ce que je cherche, le repos dans Tordre, l'estime dans l'amour et la sûreté dans le bonheur. Mais en suis-je digne encore?. . Etpuisje être heureux? Tout me le dit là; sa voix, son geste, sa grâce virginale, une magie toute-puissante qui me renouvelle. Cette vie pure, si simple et si pleine, si utile aux autres et à soi, cette lampe de vestale, cette table d'ouvrage, ce dé luisant, celte petite aiguille vive et lisse comme sa main de fée. . . tout m'enchante et m'attire avec une force d'aimant, (n prend raiguuie sur la pelote.; Pauvre petite épée qui lui sert à vaincre ses deux grands ennemis : misère et tentation. Quelle vaillance ! Le sens moral s'accroît comme les autres par l'exercice. Si j'en crois l'apparence, voilà pourtant tout le gagne-pain de sa sobre et chaste vie ! Voilà les outils de son travail, les armes de sa lutte, les gages de sa victoire, les témoins de son honneur !
JEAN
Ah I dame, oui, je vous le garantis ... Ça travaille du matin au soir et souvent du soir au matin,., et dur, à user la chair des doigts.
HENRf.
Tant mieux î
JEAN
Vous riez I
Je ris et je pleure en même temps... vous me faites tant de joie et de peine à la fois... Le travail est l'ange gardien de son âge, père Jean... Il en faut... mais... pas trop ! Et elle a toujours vécu ainsi de son labeur?
JEAN
Et de quoi donc, s'il vous plaît ? On ne mange pas d'autre pain ici. C'est moi qui vous le dis.
HENRI
Sans doute. Mais si elle travaille toujours du matin au soir, comme vous dites, elle n'a pas toujours travaillé du soir au matin,., quand ce ne serait que la nuit du bal.