ACTE DEUXIÈME
JEAN
Ah 1 oui, une fois, une seule... mais la leçon a porté... Je ne vous dis que ça.
HENRI
Boni c'est une exception, cette fille-là, un trésor au grenier.
JEAN
Pourquoi pas ! J'en ai bien trouvé un dans ma hotte.- . Allez, Monsieur, il y a du bien et du mal partout, au grenier comme au premier.
HENRI
Oui, tout ce qui brille n'est pas or.
JEAN
Et tout ce qui est or ne brille pas, n'importe ! . • Pas mieux qu'elle nulle part. Bonne et belle, sans la vanter, faisant le bien, de nature, comme son rosi^ les roses. Ah ! son homme ne sera pas malheureux.
Père Jean, vous faites l'article.
JEAN
Pas besoin de sucrer le sucre. Et si j'étais jeune, beau et riche... (a part) Allons! au fait. (Haut.) Monsieur Henri Berville, ce matin même, je causais de vous avec mademoiselle Marie.
HENRI
Et Marie m'a souvent aussi parlé de vous, père Jean.
JEAN
Ah ! Elle vous a parlé de moi, chère enfant !
HENRI
Oui, et comme de son second père.
JEAN
Elle n'a pas menti. Monsieur, je vous en réponds... et tenez, c'est pour ça... que je prends la liberté... là... puisque nous sommes tous deux. . . de vous demander au juste ce que vous lui voulez.
HENRI
Et à ce titre respecté que je vous reconnais, père Jean, je vais vous répondre franchement. .. J'ai vu mademoiselle Marie au bal, je l'ai aimée, c'est tout simple; j'ai risqué la mort pour elle ; je ne peux plus vivre sans elle et je vais rompre mon mariage. . .
JEAN, TiToment.
Pour l'épouser?
HENRI
Oh I non, je l'aime.
JEAN
Ah I ah ! Et vous l'épouseriez, si vous ne l'aimiez pas ?
HENRI
Peut-être, père Jean. Le mariage est, dit-on, le tombeau de l'amour ; et je ne veux pas enterrer le mien.
JEAN
Allons I le monde à l'envers, . . le bon motif pour nous est le mauvais pour vous.
HENRI
Comme vous dites. . . Je suis prêt, d'ailleurs, à tous les sacrifices pour elle... Je suis homme d'honneur.. Comprenez-moi bien... Je veux lui faire un sort honorable, libre et heureux pour le reste de ses jours.
JEAN
Voilà qui est clair... Vous voulez. Le roi dit: nous voulons. . . Reste à savoir, maintenant ce que veut mademoiselle Marie.
HENRI
Sans doute, et c'est justement ce que je viens lui demander aujourd'hui, pour en finir. Ce que je sais jusqu'ici, c'est qu'elle a refusé toutes mes. offres, et que, depuis un mois que je lui fais ma cour, je ne suis pas plus avancé que le premier jour. Visites, promesses, présents, discours et lettres, j'ai tout usé et tout pour rien.
JEAN
Ça vous étonne... Je la reconnais bien là.
En voilà donc une enfin qui ne veut pas se vendre, à moins qu'elle ne s'estime plus qu'on ne lui ofire. Cela s'est vu, n'est-ce pas, vieux sage ?
JEAN
Ahl qu'est-ce que vous dites là?... Pardon, Monsieur, vous vous trompez du blanc au noir. . . Et tenez, ne faites pas pis! sans vous la jeter à la tête, elle vous vaut. . . et à votre place... (paose et lUence.) Mals, vous ne la voulez