ACTE DEUXIÈME
rendu la vie, je puis dire. Je vous la dois, je vous la donne... Je veux vivre pour vous, avec vous... pourrais-je vivre sans vous? Nous ne sommes plus des enfants; nous n'avons plus vingt ans, moi du moins. . . De votre réponse, dépend tout notre avenir. Oui, je romprai tout lien pour vous seule, Marie... et si je vous aime trop pour vous épouser, pour être votre maître de par la loi, du moins je le jure, je n'en épouserai pas d'autre. . . Voilà mes intentions. Quelles sont les vôtres? Répondez.
Je ne pourrai jamais être à vous, monsieur Henri.
HENRI
Jamais!.. Et pourquoi?.. Est-ce' donc de Taversion que je vous inspire ?
MARIE
Vous ne le pensez pas.
HENRI
En aimez-vous un autre plus heureux que moi ?
MARIE
Oh 1 vous ne le croiriez pas.
HENRI, arec douleur.
Pourquoi donc, alors?
MARIE
Je serai franche comme vous, monsieur Berville. Restons-en là pour toujours. Vous êtes trop auniessus de moi... et je ne puis...
Jean sur le palier, fait un geste d'approbation. HENRI.
N'achevez pas... je comprends... (Arec amertume.) Allons! elle voudrait plus encore comme ce vieillard. .. Oui, je me trompe avec elle, en ne lui parlant qu'amour et bonheur* Ce n'est pas assez de lui sacrifier présent et avenir, de lui vouer toute ma vie, de renoncer à toute autre passion, à tout autre bien pour elle. . . Elle a une prétention plus haute. Je comprends, je comprends enfin. Tant de résistance n'est qu'intérêt et calcul... Tu refuses, parce que tu veux être ma femme.
MARIE, tressaillant.
Votre fenmie I moi I
HENRI
Oui, peu t'importe le cœur, pourvu que tu aies le nom... rhomme, pourvu que tu aies le rang ! Ah ! Marie, chère insensée, cette ambition satisfaite ne te vaudra ni plus d'estime ni plus d'amour.
MARIE
Ah I monsieur Henri, croyez-vous ce que vous dites ?
HENRI
Je le crois.
Vous le croyez ?
Oui, oui.
MARIE
HENRI
MARIE
Vous le croyez! Eh bien! je suis à vous, Henri!.. Et que votre conscience me juge comme la mienne! ni votre nom, ni votre rang, ni votre bien, Henri, rien de vous que vous-même.
Jean fait un geste de désespoir.
HENRI
Que dites-vous, Marie ?
MARIE, arec passion.
Je dis que je vous aime, cher défenseur, que je vous aime pour vous, pour vous seul... Pardonnez-moi, Monsieur, de préférer votre amour à mon honneur!
Elle tombe à genoux, la face couverte de ses nuilns. HENRI, la relerant avec enthousiasme.
Ah I c'est là ta pensée, noble fille ! Eh bien I non, Marie, il n'en sera pas ainsi... tu seras ma femme, ma femme légitime, entends-tu? En me donnant tous les droits, tu m'imposes tous les devoirs. Tu élèves mon coeur au niveau du tien ; tu me fais digne de toi . Je t'aimais pour ta beauté, je t'honore pour ta droiture. Je m'unis à toi, fille adorable de désintéressement; je te rends l'honneur que tu me sacrifies... moi aussi, je suis tout à toi maintenant. Bien de mon père, plus encore, le nom qu'a porté ma
mère, tout pour toi, ma fiancée. (Luî prenant la main.) Ta
main, pas une autre que toi n'aura cette bague, gage de mon amour et de mon serment. Pour toi donc les robes de noce que tu faisais pour l'autre ! Oui, pour vous. Ma-