ACTE QUATRIÈME
JEAN
Bon!
LE COMMISSAIRE
Suivi de vol...
JEAN
Bon I bon I mon commissaire, je me justifierai, allez I Ne vous inquiétez pas de moi ; ce n'est pas pressé. . . C'est elle qui presse, qui attend, qu'il faut délivrer.
LE COMMISSAIRE, arec colère.
Vous m'impatientez, enfin... C'est vous, Jean, vous seul qui êtes en cause ici.
JEAN
Nous verrons ça plus tard, mon magistrat... Suivons, s'il vous plaît I On veut la perdre, je veux la sauver. On m'accuse maintenant pour me dérouter. Le vieux loup rompt les chiens... Connu, baron! Je ne perds pas la piste. D ne s'agit pas de moi, je vous dis, mais d'elle. Urec senument.) Sougcz douc, Mousicur, il y a déjà un jour, un siècle, qu'elle est en prison, que je ne l'ai vue, qu'on m'^empêche de la voir, parce qu'elle n'est pas ma fille. Ah ! si je n'ai pas l'honneur d'être son père, j'en ai le devoir. Les enfants du cœur valent bien les autres... On n'abandonne pas ceux-là. Monsieur.
LE COMMISSAIRE
Encore une Ibis, ce n'est pas la question^ et...
Pardon, mon magistrat, ne vous fâchez pas! Je ne voudrais pas vous manquer pour elle ni pour moi... Je rabâche, je radote, je sais bien... mais, tenez, je vous le dis tout net : je ne me défendrai qu'après elle. Si je ne sauvais pas d'abord ma fille, ma famille, tout ce qui reste de bien à ce pauvre vieux cœur de soixante ans, ça ne serait pas la peine de vivre, (atcc passion.) Si je ne la sauve pas. Monsieur, j'ai commis tous les meurtres, tous les vols, tous les crimes du Code. N'ayez pas peur, je suis coupable, j'ai tout fait, tué, pillé, tout ce qu'on voudra. Je me laisserai accuser, condamner, exécuter rien que pour ça, et je ne l'aurai pas volél... mais je me guillotinerais moi-même, si je ne la sauvais pas.
LE COMMISSAIRE, à part.
Ce diable d'homme a un ton qui me touche malgré moi. (Haut.) Mais enfin, comment pourrez-vous prouver son innocence, puisqu'elle a avoué?
JEAN, arec exclamation.
Avoué !
LE COMMISSAIRE, montrant nne lettre.
Oui, dans cette lettre écrite à son protecteur, M . Hoffmann, et saisie au greffe de la prison.
JEAN, voulant prendre la lettre vivement.
Ce n'est pas vrai.
LE COMMISSAIRE, sévèrement.
Que faites-vous, malheureux ?
Encore quelque ruse!... quelque sacrifice... quelque bêtise que je ne conaprends pas ! mais, c'est faux, mon magistrat. Son protecteur! lui! Oh! là, là!... C'est si faible, voyez-vous, si bon, si simple... un agneau. Ça n'a pas de défense. On l'a entortillée. Ils m'ont bien roulé, moi, le père Jean ! Si elle avoue, je n'avoue pas... Croyezmoi, écoutez-moi, aidez-moi, Monsieur. Les coupables, je les connais... La preuve, je l'avais, une vraie qu'ils m'ont prise, les monstres, un coup infernal. Je vous les nommerais sans preuve, vous ne me croiriez pas. J'en veux une... je l'aurai. •• (soudainement.) Je l'ail... je les tiens... Oui, ni une nî deux, j'ai le moyen.
LE COMMISSAIRE, avec intérêt et se levant.
Vraiment, voyons!
JEAN
Prêtez-moi trente mille francs.
LE COMMISSAIRE, ahuri.
Comment, trente mille francs! Êtes-vous fou?
JEAN
Pas encore. Pouvez-vous me les procurer?
LE COMMISSAIRE
Maïs, vous moquez- vous de moi ?
JEAN
Le Gouvernement peut bien disposer de trente mille francs pour elle.