CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Quelle que soit l’époque de la végétation,les feuilles blanches des espèces panachées diffèrent profondément, par leur chimisme, des feuilles vertes prélevées sur la même plante.
Ces différences se révèlent clairement, que l’analyse porte sur la matière fraîche, sur la matière sèche ou sur les cendres.
1. Matière fraîche. — A l’état frais, les feuilles blanches se montrent toujours plus riches en eau, et souvent même plus riches en sels minéraux que les feuilles vertes. Corrélativement, elles sont toujours plus pauvres en substances organiques.
Le déficit des feuilles blanches en composés organiques résulte tout à la fois de leur pauvreté en hydrates de carbone, en matières protéiques et en sels d’acides organiques. Bien qu'il existe, en effet, plus de composés azotés solubles et sensiblement autant de glucosides dans les feuilles albinisées que dans les feuilles vertes, on trouve toujours chez les premières beaucoup moins de matières protéiques et de matières pectiques, moins d’acides organiques libres ou salifiés, moins de réducteur et de saccharose et jamais trace d’amidon.
Au cours de la végétation, aussi bien chez les feuilles privées de chlorophylle que chez les feuilles normales, les proportions respectives de la matière organique et des cendres augmentent régulièrement, mais de façon bien différente. Dans les feuilles blanches, le taux des cendres croît plus vite que celui des composés organiques, alors que, dans les feuilles vertes, l’accumulation des matières minérales et des matières organiques suit une marche sensiblement parallèle. Il en résulte que le rapport pondéral des cendres à la matière organique, qui varie à peine ou même diminue chez les feuilles vertes, augmente sans désemparer dans les feuilles blanches.
2. Matière sèche. — Si l’on considère la matière sèche des feuilles jaunes, on voit qu’elle se distingue de celle des feuilles vertes non seulement par sa pauvreté en substances protéiques mais encore par sa teneur élevée en composés azotés solubles et en sels minéraux.
La richesse en sels minéraux est due, en partie du moins, à l'abondance des phosphates et des sulfates.
Il y a, au cours de la végétation, chez les deux sortes de feuilles, diminution de la teneur en phosphore et en soufre organiques, diminution de la teneur en azote soluble et insoluble. Mais il est intéressant de remarquer que l’azote soluble diminue beaucoup moins rapidement dans la matière sèche des fouilles blanches ; aussi voit-on chez elles le rapport de l’azote soluble à l’azote total augmenter régulièrement, alors qu’il diminue chez les feuilles vertes.
Les sels minéraux demeurent en quantité sensiblement constante dans la matière sèche des feuilles vertes ; ils s’accumulent, au contraire, dans celle des feuilles jaunes à mesure que la végétation avance.
3. Cendres. —- A l’ouverture des bourgeons, la composition des cendres diffère peu d’une catégorie de feuilles à l’autre. A cette époque, les proportions de soufre, de phosphore et de magnésie sont à peu près égales de part et d'autre ; toutefois la potasse prédomine déjà dans les feuilles jaunes, tandis que la chaux est plus abondante chez les vertes. Mais, avec l’âge, les différences s’accentuent, et l’on trouve qu'en fin de végétation le phosphore et le soufre sont en excès chez les feuilles blanches. Quant à la chaux, qui demeure stationnaire dans les feuilles albinisées, nous la voyons s’aceumuler dans les feuilles vertes, la potasse suivant la marche inverse.
Si l’on calcule, à l’aide des données fournies par l’analyse des cendres, la teneur de la matière sèche en potasse et en chaux, il est aisé de constater que la matière sèche des feuilles jaunes, plus riche en potasse que celle des feuilles vertes, est, par contre, plus pauvre en chaux. Bien plus, on remarque que, si la chaux s’acecumule chez les feuilles vertes, la potasse, elle, augmente sans cesse chez les feuilles blanches.
L'analyse chimique nous amène donc à cette conclusion que la matière sèche des feuilles albinisées s’enrichit constamment en sels alcalins solubles, organiques ou minéraux : celle des feuilles vertes, au contraire, en sels de chaux insolubles.
Les mesures de conductibilité électrique que nous avons faites à partir des extraits aqueux de matière sèche ont pleinement confirmé ces résultats : la conductibilité électrique, en effet, plus grande, dès l’origine, chez les feuilles jaunes que chez les feuilles vertes, augmente régulièrement avec l’âge chez les premières, tandis qu’elle diminue chez les secondes.
La haute teneur des feuilles albinisées en sels solubles, organiques ou minéraux, jointe à l’excès des composés solubles azotés, permet de comprendre pourquoi la pression osmotique est plus élevée dans les feuilles jaunes que dans les feuilles -Aertes, bien que l’eau soit plus abondante dans les premières que dans les secondes.
En résumé, richesse en eau et en cendres, dans lesqueiles abondent le phosphore et la potasse, richesse en sels solubles, organiques et minéraux, richesse en composés solubles azotés, pauvreté par contre en hydrates de carbone, en matières protéiques, en acides organiques et en chaux, telles sont les caractéristiques des feuilles albinisées.
L'ensemble de ces caractères chimiques se retrouve presque intégralement chez les Phanérogames hétérotrophes privées de chlorophylle. Celles-ci sont, en effet, d’après les analyses de Grandeau, Church et Zellner, particulièrement riches en eau et en cendres, riches en potasse et en composés soluble: azotés, pauvres en chaux. Zellner estime même que l’abondance des sels de potasse et des composés azotés solubleï, présents dans les plantes parasites, suffit à entretenir l’équilibre de pression osmotique entre l’hôte et le parasite, quello que soit la richesse en eau de ce dernier.
Dans les autres types de chlorose : feuilles étiolées, feuille; jaunes d’automne, feuilles atteintes de chlorose maladive, on découvre aisément l’un ou l’autre des caractères chimique; propres aux feuilles albinisées et aux Phanérogames hétérotrophes, mais nulle part on ne retrouve l’ensemble de cts
caractères. La disparition du pigment vert n’entraine donc pas nécessairement, dans tous les cas, les mêmes modifications chimiques ; à cet égard, autre chose est la chlorose maladive, le jaunissement automnal, l’étiolement et l’albinisme.
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