IMPRIMERIE JULIEN LECERF
DISCOURS PRONONCÉ A LA SÉANCE DE RENTRÉE DES COURS d’enseignement SUPÉRIEUR DE LA VILLE DE ROUEN
le 1er décembre 1887.
Monsieur l’Inspecteur d’Académie,
Messieurs,
C’est une fonction honorable sans cloute, mais ce n’est certes pas une tâche exempte de difficultés, cpie de prononcer un discours dans une solennité de ce genre.
Que dire, en effet, qui n’ait, été déjà dit, et mieux que je ne saurais le faire? Ne sommes-nous pas encore sous le charme de la délicieuse page de littérature qui nous a été lue, l’an dernier, par le professeur Texcier ?
J’ai donc, prudemment, borné mon ambition à tenter d’être utile. Mais, quel sujet aborder?
Un souvenir de jeunesse me tira d’embarras.
Alors qu’en vue des examens, je fréquentais les collections du Musée Orfila, je fus vivement impres-
sionné à la vue de plusieurs préparations d’anatomie artificielle dues au chirurgien Laumonier, de Rouen. J’appris, dans la suite, que la Faculté de médecine de Montpellier possédait également quelques-unes de ses productions, et il en était de même du Muséum de Rouen. Je voulus donc savoir quel était ce Laumonier dont personne ne parlait plus, dont le nom ne figure même pas dans les biographies médicales1.
J’interrogeai les archives de la localité, je fouillai les bibliothèques, j’écrivis partout où je pus supposer qu’il avait laissé quelques traces de son passage, et je viens aujourd’hui, Messieurs, essayer de faire revivre devant vous cette personnalité qui fut douée, au plus haut degré, du génie artistique et chirurgical.
Laumonier naquit à Lisieux le 30 juillet 1749. Reçu, à l’âge de vingt-trois ans, maître ès-arts de la Faculté de Paris et maître en chirurgie de la ville de Lisieux, il épousa, peu de temps après, la sœur de Thouret2.
Nommé, en 1779, chirurgien-major en second de l’hôpital militaire de Metz, il remplit tout le service en l’absence de son chef qui était à l’armée du comte de Rochambeau, en Amérique; il devint membre de la Société royale de Metz, où il fit plusieurs communications sur la chirurgie, et, lors du décès de David, en 1784, il se mit sur les rangs pour lui succéder