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MÉCANISME DE LA MORT PAR L'AGARIC BULBEUX

J'arrive actuellement à l'un des points les plus délicats et les plus difficiles du problème dont j'ai cherché la solution : le mécanisme de la mort par l'agaric bulbeux.

Pour comprendre ce mécanisme et pour le voir nettement ressortir des expériences que je vais rapporter, il importe d'avoir présentes à l'esprit les lésions gastro-intestinales sur lesquelles j'ai longuement insisté (exp. 1). Ces lésions, qui occupent toute la longueur du tube gastrc-intestinal depuis le grand culde-sac de l'estomac jusqu'à l'anus, sont caractérisées : 1° par un épaississement notable des parois ; 2° par une hypérémie de la muqueuse offrant une teinte qui varie du rose au rouge brun, avec arborisations, plaques ecchymotiques rappelant le purpura, ulcérations nombreuses, gonflement et congestion des plaques de Peyer. Gomme je l'ai déjà dit, on comprend que les observateurs qui ont eu sous les yeux de pareilles lésions aient pu penser que le principe actif de l'agaric bulbeux devait être rangé dans la classe des poisons narcotico-acres ; qu'il contenait une substance irritante, caustique, produisant sur la muqueuse tous ces désordres, par suite d'une action directe résultant d'un contact immédiat avec cette membrane. Aussi, mon premier soin a-t-il été de me poser cette question et de chercher à la résoudre :

Les lésions gastro-intestinales occasionnées par l'agaric bulbeux sont-elles un effet direct de la présence de son principe toxique sur la membrane muqueuse, comme la brûlure d'une partie, par exemple, est le résultat de l'application immédiate du calorique sur cette région?

Je me hâte de dire que j'ai rejeté, à priori, cette manière de juger et que j'ai bien plutôt attribué ces

lésions si étendues et si profondes à un trouble apporté dans le fonctionnement des centres nerveux. Mais ce n'était là qu'une appréciation sans preuves, que l'expérience pouvait confirmer ou détruire. J'ai donc consulté l'expérimentation. Elle était d'autant plus diflicile à diriger qu'il était impossible d'atteindre tous les nerfs qui se distribuent à l'appareil digestif et d'interrompre leur continuité entre les organes et l'axe cérébro-spinal. Mais ce que je ne pouvais faire pour tout cet appareil, il était possible de l'essayer sur quelques points.

Voici donc comment j'ai procédé :

Quarante et unième expérience. — Agarics bulbeux administrés à un chien. — 1 h. i/2 après, section des deux pneumo- gastriques au cou. — Mort après 30 heures. — Autopsie.

Le 15 octobre 1876, à 10 h. du matin, je fis prendre à un chien de taille moyenne un mélange d'agarics frais et de pâté de foie. 1 h. 1^2 après, je pratique la section des deux pneumogastriques a la partie moyenne du cou II n'y a pas eu la moindre perte de sang pendant la section des deux nerfs. Tout s'est très bien passé.

9 h. du soir. L'animal a vomi une fois. Les vomissements sont caractéristiques. Pas de selles.

16 octobre, 10 h. du matin, c'est-à-dire 24 heures après l'ingestion des champignons, l'animal a encore vomi une fois depuis la veille au soir. Il n'y a pas eu de selles.

La respiration est très lente ; 8 inspirations à la minute.

2 h. de l'après-midi. L'animal a eu deux petites selles jaunâtres, dont l'une à moitié solide II est couché sur le flanc droit sans contracture des membres. La respiration continue à être îiussi lente.

A 3 h. 1/2, il succombe, après avoir poussé des cris pendant une demi-heure avant de mourir.

Néc-ropsie . — Cavité thoracique. Le cœur est complètement distendu par des caillots noirâtres qui occupent toutes ses cavités.

Les poumons offrent des lésions caractéristiques.

Poumon droit. L'un des lobes de ce poumon présente une teinte violacée générale ; les deux autres lobes offrent en quelques points leur coloration normale, mais clans d'autres, on rencontre des îlots congestifs qui présentent des colorations variées, depuis la teinte rosée jusqu'à la teinte rouge-brun la plus foncée.

Mêmes lésions quoique moins étendues dans le poumon gauche.

Voies digestives. L'estomac offre dans quelques parties limitées une rougeur assez prononcée, mais cette rougeur n'est pas comparable, pour l'étendue et l'intensilé, avec celle que l'on trouve quand les pneumogastriques n'ont pas été coupés. La muqueuse n'offre pas d'épaississement.

Quarante-deuxième expérience. — Même expérience. Elle ne diffère de la précédente que parce que la section des deux pncumo-gastrique a été faite immédiatement après l'ingestion des agarics bulbeux dans l'estomac. — Mort. — Nécropsie.

Le 16 octobre 1876, à 10 h. du matin, je fis prendre à un chien des agarics bulbeux frais dans une omelette. Dès que les champignons eurent été avalés, je pratiquai la section des deux pneumo- gastriques au cou.

L'animal n'a pas perdu de sang pendant l'expérience.

5 h du soir. Rien ne s'est encore produit. La respiration est lente (12) par minute.

17 octobre, 6 h. 1/2 du matin. Vomissements glaireux contenant des morceaux de champignons non digérés Pas de selles.

7 h. 1/2. Une selle jaunâtre et sanguinolente. Nouveaux vomissements glaireux avec des parcelles de champignons.

9 h. 1/2. Il n'y a plus ni selles ni diarrhée. Respiration calme et lente (12 par minute).

10 h. 25m. 11 a bu de l'eau en abondance, ce qui détermine des vomissements glaireux au milieu desquels on rencontre des champignons non digérés.

2 h. L'animal se plaint, il a des mouvements convulsifs qu deviennent de véritables crises tétaniques quand on le touche, i

11 meurt à 3 heures . Il a donc vécu 29 heures depuis le commencement de l'expérience.

Nécropsie. — Les organes Ihoraciques offrent les mêmes lésions que dans l'expérience précédente.

Voies digestives. L'estomac est exempt d'épaississement des parois; la muqueuse, que l'on peut facilement déplisser, offre une rougeur semblable à celle de l'expérience précédente.

L'intestin présente les lésions caractéristiques de l'empoisonnement par l'agaric bulbeux. Dans cette expérience comme dans la précédente, la lésion stomacale a été moins prononcée que d'habitude, après la section des deux nerfs pneumo -gastriques, et cependant le contact de l'agaric avec la muqueuse a été continu. Mais si les désordres de l'estomac ont été amoindris, il n'en a pas été de même du tube digestif, où ils se sont présentés avec leurs caractères habituels.

Bien que ces deux expériences semblent prouver que la section des deux pneumo-gastriques a paru modifier, au moins pour l'estomac, les troubles anatomiques, il n'en a pas été de même pour l'intestin. Il est vrai que, dans ce dernier, l'action directe peut encore être invoquée pour les expliquer. J'ai donc modifié ainsi l'expérimentation :

Quarante-troisième expérience. — Ligature du pylore et de l'œsophage après injection, dans l'estomac, d'eau vinaigrée dans laquelle ont macéré des agarics bulbeux. Section — des deux pneumo-gastriques au cou. — Mort. — Néeropsié.

Le 24 octobre 1876, à 10 heures du matin, je pratique à un chien de moyenne taille la ligature du pylore, puis je mets à nu les pneumo-gastriques vers la parlie moyenne du cou, après avoir passé un fil, sans le serrer, autour de l'œsophage.

A l'aide d'une sonde œsophagienne, j'injecte 125 grammes d'eau vinaigrée dans laquelle j'ai fait macérer des agaric^ bulbeux pendant 24 heures. Une fois l'injection terminée, j'enlève la sonde et je lie l'œsophage. L'eau vinaigrée se trouve ninsi emprisonnée dans la cavité de l'estomac, entre les deux ligatures. L'animal fait de vains efforts pour la rejeter par des vomissements ; il rend seulement, par la bouche, une grande quantité de mucosités.

Ces efforts de vomissements vont en diminuant. Ils ont cessé vers 5 heures du soir. Il a succombé le 25 octobre à 6 heures du matin.

Nécropsie. — Raideur absolument tétanique. Cœur congestionné rempli de caillots noirâtres.

Poumons sont d'un rouge foncé, fortement congestionnés.

Voies digestives. Les replis de la muqueuse de l'estom ac font parfaitement distincts les uns des autres et offrent Une teinte rosée, sans ulcération, sans piqueté. Elle n'offre aucune altération au niveau du pylore et du cardia.

Après avoir constaté que la ligature du pylore a absolument intercepté toute communication entre l'estomac et l'intestin, car l'eau mise dans le premier organe ne peut pas passer dans le second, j'ouvre le duodénum et j'y rencontre des lésions semblables à celles qui ont été déjà décrites.

Quarante-quatrième expérience. — Môme expérience que la précédente, sans section des pneumo-gastriques. — Mort. — Nécropsie.

Le 24 octobre, à la même heure, après avoir lié le pylore et placé une ligature d'attente autour de l'œsophage, j'introduis

dans l'estomac d'un chien de même taille que le précédent 1^.') grammes de la niêïïie eau vinaigrée, sans avoir préalablement sectionné les pneumogastriques. La sonde œsophagienne est alors enlevée et l'œsophage lié. Les symptômes qui suivent sont semblables chez les deux chiens.

Le c25 octobre, à 7 heures du matin, je sacrifie ce chien par la section du bulbe, peu d'instants après la mort de l'autre. II était intéressant de voir ce que la nécropsie révélerait.

Les poumons sont généralement congestionnés. Le lobe moyen droit l'est en totalité.

Voies digestives. L'estomac est distendu par des matières liquides, glaireuses, abondantes.

La muqueuse ne présente pas d'altérations bien marquées, si ce n'est près du cardia, où l'on trouve quelques plaques congestives. La teinte rosée est la même que chez le chien de la précédente expérience.

L'intestin duodénum, dans toute son étendue, offre un épais sissement considérable qui lui donne, tant pour le volume que pour l'aspect extérieur, l'aspect du gras-double. Sa surface muqueuse est rouge, offrant des teintes variées depuis le rose jusqu'au rouge brunâtre.

A mesure que l'on descend, l'épaississement semble diminuer, mais la rougeur en plaques disséminées existe jusqu'à la lin.

La vessie est considérablement distendue par une urine jaunâtre.

La communication ayee le pylore était parfaitement interrompue par la galiture.

Je pourrais déjà tirer certaines conclusions des faits précédents, quant à l'action directe du principe toxique de l'agaric bulbeux sur la muqueuse gastrointestinale. Mais ces conclusions deviendront bien plus évidentes encore après les expériences qui vont suivre. Je crois donc préférable de ne pas interrompre mon exposé.

Quarante-cinquième expérience. — Application d'une ligature autour du pylore et autour du duodénum à 20 centimètres l'une de l'autre. — Ponction de l'anse duodénale entre les deux ligatures avec un trocart très fin. — Injection dans cette anse de 75 grammes d'une macération d'eau vinaigrée et d'agaric bulbeux. — Mort. — Nécropsie.

Le 2 novembre 1876, à 9 heures du soir, j'ouvre la paroi abdominale à un chien, et j'attire au dehors une anse du duo-

dénum. Je place d'abord une ligature autour du pylore, puis à 20 centimètres au-dessous. Ces deux ligatures étant fortement serrées de manière à interrompre complètement, d'une part, la communication avec l'estomac, de l'autre, avec le reste du tube digestif, je ponctionne l'intestin entre les deux ligatures, et j'y fais pénétrer 75 grammes d'une macération d'eau vinaigrée et d'agaric bulbeux. Le tout est remis dans le ventre, et la suture pratiquée pour fermer la plaie faite à la paroi. L'animal a succombé le matin.

Nécropsie faite le S novembre à 9 heures du matin. — Raideur tétanique.

L'anse intestinale enserrée entre les deux ligatures est fortement congestionnée et distendue par du liquide. Une ouverture pratiquée sur cette anse laisse écouler un liquide noirâtre, sale. Une quantité considérable de bile est venue s'ajouter au liquide injecté.

A l'aide du stylet et d'injections faites dans l'anse avec une forte pression, j'ai constaté que les ligatures avaient absolument interrompu toute communication. La muqueuse intestinale examinée soit au niveau de l'anse duodénale, soit au-dessous, offre les lésions caractéristiques de l'empoisonnement par l'agaric bulbeux.

La muqueuse de l'estomac elle même présente aussi ces lésions avec une netteté qui ne laisse plus de doule sur l'influence qu'exerce le système nerveux sur toutes ces manifestations congestives et inflammatoires du tube digestif des animaux empoisonnés par ce champignon.

Quarante-sixième expérience. — Injection dans la cavité du péritoine et dans la plèvre de 75 grammes de macération d'eau vinaigrée et d'agarics bulbeux. — Mort. — Nécropsie.

Le 2 novembre, à 10 heures du soir, j'injecte dans la plèvre et dans le péritoine d'un chien loulou 75 grammes de macération d'eau vinaigrée et d'agarics bulbeux.

L'animal a succombé dans la nuit.

Nécropsie, 3 novembre. — Injection généralisée des deux plèvres, congestion des deux poumons. Le péritoine présente des lésions inflammatoires manifestes. Sur la séreuse intestinale, on trouve des arborisations vasculaires très marquées.

L'ouverture de l'estomac et de l'intestin m'a permis de constater sur la muqueuse et dans toute son étendue les lésions caractéristiques de l'empoisonnement par l'agaric bulbeux

Quarante-eeptième expérience. — Injection sou s -cutanée d'mie macération d'eau vinaigrée et d'agarics bulbeux. — Mort. — Nécropsie.

Le 5 novembre 1876, à 7 heures du matin, j'ai injecté dans

le tissu cellulaire de la paroi abdominale et des cuisses 75 grammes de la môme macération. L'animal a succombé à

10 heures du soir, c'est-à-dire après 15 heures. La nécropsie a été faite avec le plus grand soin.

Elle a révélé, du côté de l'appareil digestif, les lésions caractéristiques de l'empoisonnement par l'agaric bulbeux.

Réflexions. — J'ai insisté à dessein sur les lésions que le principe toxique de l'agaric bulbeux produit sur la muqueuse gastro-intestinale. Ces lésions, on le verra plus tard, ne sont pas, en effet, particulières à ce champignon; on les observe également à la suite de l'emploi de la strychnine et de l'acide arsénieux.

11 en résulte que si l'on arrive à expliquer comment elles se produisent, non-seulement on y trouvera la connaissance du mécanisme de la mort par cet agaric, mais encore on sera conduit, par l'analogie, à considérer toutes les substances qui amèneront les mêmes désordres anatomiques comme ayant, avec ce principe toxique, une parenté physiologique incontestable. Il sera, dès lors, permis d'espérer, qu'en se plaçant au point de vue thérapeutique, une médication unique sera susceptible de combattre avantageusement les effets funestes de toutes ces substances.

Il faut donc rechercher comment se produisent ces lésions.

Elles peuvent résulter : 1° d'une action directe exercée sur la muqueuse digestive par une matière irritante, caustique, contenue dans l'agaric bulbeux; 2° d'une action indirecte ou réflexe.

Les expériences rapportées dans la seconde partie de ce mémoire ne permettent pas d'adopter la première opinion. Peut-on admettre l'action directe, quand on voit la lésion se produire dans toute la longueur du tube digestif, alors que l'on emprisonne l'agaric bulbeux entre deux ligatures, dans telle ou telle partie de ce tube ?

S'il en était ainsi, la lésion no devrait exister que dans le point compris entre les deux ligatures et non au-dessus et au-dessous.

On objectera peut-être que, malgré toutes les précautions prises, les ligatures n'avaient pas été assez serrées pour empêcher la macération d'eau vinaigrée et d'agarics bulbeux de se répandre sur la membrane muqueuse. Mais cette objection ne tomberait-elle pas, si elle se produisait, devant, ces expériences, où la macération d'eau vinaigrée et d'agarics, injectée non plus dans les voies digestives mais dans la cavité du péritoine, ou dans le tissu cellulaire, a déterminé les mêmes désordres anatomiques?

Que penser de l'action indirecte ou réflexe?

L'action directe étant inadmissible, j'ai cru pouvoir rattacher, d'abord, les lésions gastro-intestinales à un effet indirect ou réflexe. J'ai dit précédemment que ni la transfusion médiate ou immédiate avec du sang pur ou défibriné, faite entre deux chiens dont l'un était empoisonné par l'agaric bulbeux, n'avait amené aucune influence délétère sur le chien bien portant; qu'il en avait été de même lorsque j'avais établi la communauté du sang dans des conditions identiques.

Cette innocuité du sang provenant de l'animal intoxiqué me fit penser que le principe délétère de l'agaric bulbeux n'était pas absorbé. Me rappelant alors que les spores ne sont dissoutes ni par la cuisson ni par les sucs digestifs, je crus un moment que c'était à elles qu'il fallait attribuer l'action si promptement fatale de ce champignon.

Cette hypothèse une fois admise, le mécanisme était facile à indiquer. Les spores exerçaient sur les extrémités terminales des nerfs de l'estomac et de l'intestin une irritation spéciale qui, transmise à la moelle, surexcitait son pouvoir réflexe. La moelle transmettait cette excitation aux vaso-moteurs qui, par le trouble apporté à leur fonctionnement, amenaient finalement les lésions observées sur la muqueuse gastro-intestinale. Pour mieux faire comprendre ma pensée, je comparai ce qui se passe pour l'agaric bulbeux avec ce qui arrive dans la production du

tétanos traumatique, à la suite d'une lésion faite à un nerf. L'irritation de ce nerf est transmise à la moelle dont le pouvoir réflexe surexcité amène des contractures qui se généralisent.

Je crus à un phénomène de même nature. Le principe toxique de l'agaric bulbeux pouvait donc, dans cette théorie, agir sur les centres nerveux sans avoir été introduit dans le sang par la voie de l'absorption.

Mais l'examen microscopique du vinaigre dans lequel les agarics bulbeux ont macéré ayant démontré Y absence de spores, alors qu'il en révèle, au contraire, l'existence dans les agarics, après leur macération, j'ai dû renoncer à cette deuxième opinion.

J'ai donc été conduit à donner l'explication suivante, qui me paraît seule admissible :

Le principe toxique, loin d'être solide et insoluble, comme je l'avais cru primitivement, est dissout ; absorbé dans l'intestin, il passe dans le sang par l'intermédiaire duquel il va impreigner directement les centres nerveux et surexciter le pouvoir réflexe de la moelle. Ce pouvoir surexcité réfléchit son excitation sur les vaso-moteurs dont le trouble fonctionnel occasionne, par une sorte de paralysie, ces désordres circulatoires que traduisent l'hypérémie à divers degrés, les hémorrhagies, les ulcérations, etc. , de la muqueuse gastro-intestinale.

C'est donc, en définitive, le système nerveux qui est atteint par l'agaric bulbeux, et c'est par suite de cette perturbation dans son fonctionnement que la mort arrive.

L'agent délétère de l'agaric bulbeux est donc un poison du système nerveux.

Tel est, je crois, le véritable mécanisme de la mort.

Avant d'arriver à formuler les conséquences qui découlent de ce mécanisme au point de vue de la thérapeutique de l'empoisonnement, je dois insister sur une particularité qui n'est pas sans importance.

Bien des physiologistes ont nié l'absorption par l'estomac. Schiff a dû entreprendre un assez grand

nombre d'expériences pour démontrer que cet organe n'était pas privé de cette faculté absorbante.

Les expériences dans lesquelles les champignons ont été emprisonnés dans l'estomac entre deux ligatures placées, l'une autour du pylore, l'autre autour de l'œsophage, mettent hors de doute la faculté absorbante de l'estomac, puisque ces animaux oui succombé en présentant, pendant la vie, tous les symptômes de l'empoisonnement, et, après la mort, les lésions qui servent à le caractériser.

Conséquences pratiques. — J'arrive aux conséquences pratiques qui découlent de ces recherches.

La première conséquence, c'est la nécessité de débarrasser l'estomac et l'intestin des agarics bulbeux qu'ils renferment. Toutes mes expériences tendent, en effet, à démontrer que ces champignons échappent presque complètement à l'action digestive, puisque ou les retrouve dans toute l'étendue de l'appareil digestif, et cela un très grand nombre d'heures après leur ingestion. On devra donc donner un vomitif et un purgatif. On comprend, en effet, que tant qu'il existera des parcelles de champignons en contact avec la muqueuse, elles y déposeront l'agent toxique qui s'en sépare.

La seconde conséquence, c'est l'inutilité de l'emploi de toutes les substances réputées antidotes, puisque non-seulement on ne connaît pas la nature chimique de l'agent toxique, mais que l'expérimentation démontre que c'est par un trouble de l'innervation que la mort arrive. C'est donc sur les centres nerveux qu'il faut agir.

Mais comment agira-t-on sur les centres nerveux?

Les convulsions observées pendant la vie, les crises tétaniques qui précèdent la mort, et l'analogie entre les symptômes produits par l'agaric bulbeux et la strychnine, démontrent que c'est le pouvoir excitonerveux de la moelle qui est exalté par le principe délétère de ce champignon ; il faudra donc lui opposer des substances qui exercent sur ce pouvoir

excito-moteur une action diamétralement opposée. Il faudra employer, en un mot, des agents qui affaiblissent et qui paralysent momentanément l'excitabilité médullaire. Parmi toutes ces substances, il en est une qui se présente d'abord à l'esprit, c'est le chlo-

Tel est le résultat auquel m'ont conduit mes recherches. Il m'a été impossible d'aller plus loin ; car, malgré toutes les précautions que j'avais prises, et les réserves d'agarics desséchés que j'avais faites, j'ai épuisé ma provision avant d'avoir pu expérimenter l'action du chloral. Force est donc de renvoyer à l'été prochain la continuation et la fin de ces études.

Mais ce que je n'ai pu faire au point de vue thérapeutique pour combattre l'empoisonnement par l'agaric bulbeux, je l'ai fait pour une substance, la strychnine, qui présente avec lui une parenté physiologique inconstestable, ainsi que je l'ai précédemment établi.

DES INJECTIONS INTRA-VEINEUSES DE CHLORAL DANS LE TRAITEMENT DE L'EMPOISONNEMENT PAR LA STRYCHNINE

J'ai démontré dans la première partie de cet ouvrage qu'il existait un antagonisme incontestable entre le chloral et la strychnine, que cet antagonisme ressortait aussi bien des expériences qui consistent à combattre, au moyen des injections intra-veineuses de chloral, la strychnine administrée par les voies souscutanée et digestive, que de celles où les deux substances étaient introduites simultanément, après leur mélange, dans le torrent circulatoire.

Mais il ne suffit pas d'avoir signalé cet antagonisme, il faut encore rechercher si, grâce à lui, il n'est pas possible de neutraliser la strychnine par le chloral et

d'arrêter les effets promptement mortels de cet alcaloïde.

C'est dans ce but que j'ai entrepris les expériences que je vais rapporter. On comprendra toute leur importance, si l'on se rappelle que, le principe actif de l'agaric bulbeux produisant, avant la mort,, des symptômes semblables à ceux de la strychnine et, après la mort, des lésions identiques, il est impossible de ne pas reconnaître qu'il existe entre eux une véritable parenté physiologique. Il en résulte que, si je parviens à démontrer que les injections intra-veineuses de chloral constituent l'antidote de la strychnine, on sera nécessairement conduit à admettre, par analogie, qu'elles pourront être également l'antidote de ce champignon vénéneux.

Expériences qui démontrent que le chloral est l'antidote de la strychnine.

Pour éviter toute cause d'erreur expérimentale, il fallait, avant tout, rechercher quelle est la quantité de strychnine nécessaire pour donner la mort ; étudier si le poids des animaux n'exerçait pas une influence sur le mode d'action et sur la dose de cet alcaloïde. On comprend, en effet, qu'avant d'arriver à cette dose où une substance devient fatalement toxique pour tous, il y a une série de doses intermédiaires qui sont mortelles pour les uns et ne le sont pas pour les autres.

Dosage de la strychnine.

Quarante-huitième expérience. — Injection sous-cutanée de 5 milligr. de strychnine ù un chien pesant 5,700 gv.

L'injection a été faite à 2 h. 50 m.

2'H. 53 m. Apparition des phénomènes tétaniques, qui n'ont pas cessé jusquà 2 h. 59 m., heure à laquelle l'animal a succombé.

Cette expérience semble confirmer l'opinion de M. Vulpian : « 5 miliigr. de strychnine en injection » sous-cutanée constituent une dose absolument mor- » telle pour un chien1. » Il est certain, en effet, que cette dose tue infailliblement un chien qui pèse moins de 5 kilogr., mais en est-il toujours ainsi?

Quarante- neuvième expérience. — Injectiou sous-cutanée de 5 miliigr. de strychnine à un jeune chien du poids de 9 kilogr. — Mouvements convulsifs lents à se produire, suivis de tétanos strychnique. — Guérison.

L'injection, faite à 3 h. 36 m., n'avait encore produit aucun phénomène convulsif à 3 h. 48 m.

4 h. Le chien devient triste. Son œil brillant est fixe. Quelques mouvements convulsifs dans les lèvres. S'il veut marcher, il est obligé de s'appuyer contre le mur pour se maintenir en équilibre. Le moindre choc, le plus léger bruit déterminent des convulsions passagères.

4 h. 12 m. Convulsions générales qui renversent l'animal. Il essaie de se relever, mais il ne peut y parvenir. Sa respiration est accélérée, intermittente. Son pouls extrêmement rapide.

4 li. 14 m. A la suite d'un effort violent, le chieu se relève sur ses quatre pattes, fait quelques pas mal assurés dans le laboratoire, en s'appuyant contre la porte et contre le mur. Ses yeux sont très brillants, ses pupilles extrêmement dilatées.

4 h. 20 m. Les mouvements convulsifs sont de courte durée. Les mouvements volontaires tendent, au contraire, à reparaître, à devenir plus faciles. Quoi qu'il en soit, le moindre bruit détermine encore des convulsions légères.

4 h. 39 m. Nouvelle convulsion générale qui dure environ une minute. Après la convulsion, l'animal se relève et marche avec difficulté.

Ces alternai ives de mouvements convulsifs et de relâchement musculaire durent jusqu'à 6 heures. A ce moment, l'animal marche, quoique avec difficulté. Les convulsions tendent à s'éloigner et à disparaître.

Cinquantième expérience. — Injection intra- veineuse de 5 milligrammes de strychnine ù un chien du poids de 10 kilogrammes. — Mort,

A 5 h. précises, injection de 5 milligrammes de strychnine dans la veine crurale droite. Dix secondes après, contraction

1 Progrès médical, p. 231 .

tétanique générale qui dure une minute, suivie d'une période de relâchement La mort arrive après deux minutes .

Ces trois expériences mettent en lumière l'influence : 1° du poids des animaux, 2° du mode d'introduction, sur les résultats de l'expérience. En effet, chez les deux premiers chiens, 5 milligrammes de strychnine ont été administrés parla voie sous-cutanée; le premier a succombé, le second a survécu. Or, le premier pesait 5,700 grammes, le deuxième 9 kilogrammes. N'est-il pas évident que la différence, dans l'issue de l'expérience, dépend de l'inégalité dans les poids?

Le troisième chien pesait 10 kilogrammes. Bien que la dose de strychnine ait été la même, il a succombé en dix minutes.

Non-seulement toutes ces expériences démontrent, d'une manière décisive, l'influence que le poids de l'animal et le mode d'absorption adopté exercent sur la strychnine, mais elles permettent encore de préciser à quelles doses cet alcaloïde est véritablement toxique.

Si l'on emploie la méthode intra-veineuse, il suffit de 5 milligrammes pour tuer un chien pesant 10 kilogrammes et au-dessous ; de 10 à 20 kilogrammes, il faudra une dose variant entre 6 milligrammes et 1 centigramme.

Si l'on emploie la méthode hypodermique , il faudra :

1° 5 milligrammes pour un chien pesant moins de 7 kilog.

2° 1 centigramme id. de 7 à 18 kilog.

3° 1 1/2 centigramme id. de 20 kilog.

Or, comme il très rare que Ton emploie dans les expériences des chiens qui pèsent 20 kilogrammes ; que, le plus souvent, le poids des animaux varie entre 8 et 12 kilogrammes, on arrive à cette conclusion :

Une injection sous-cutanée de 1 centigramme de strychnine suffit, habituellement, pour amener sûrement la mort des animaux.

S'il en est ainsi, on comprendra tout ce qu'il y a de défectueux dans des expériences où, sur des lapins du poids de 2 kilogrammes et des chiens de 8 à 10 kilogrammes, on a injecté 2, 3, 4 centigrammes de strychnine dans le tissu cellulaire sous-cutané.

On sait actuellement à quelle dose la strychnine devient toxique pour un chien d'un poids déterminé ; on sait aussi que le chioral administré en injection dans les veines arrête, momentanément, les effets promptement mortels de cet alcaloïde. Je me suis demandé si cette action momentanée ne pourrait pas devenir définitive, et si le chioral ne serait pas, dès lors, Yantidote de la strychnine.

Avant d'aborder la solution de ce problème, je crois utile de rapporter deux faits qui trouvent ici leur place.

J'ai démontré (37e expérience) que si l'on introduisait dans l'estomac d'un chien une forte dose de strychnine en solution, à l'aide de la sonde œsophagienne, l'animal était pris, quelques minutes après, de mouvements convulsifs qui entraînaient rapidement la mort.

J'ai montré que, dans ces conditions, on trouvait à la nécropsie la muqueuse gastro-intestinalé affectée de lésions profondes et généralisées qui rappelaient exactement les lésions produites par l'agaric bulbeux.

En faisant varier le mode d'expérimentation, on arrive à constater les mêmes désordres anatomiques, quand l'alcaloïde a été administré par la voie souscutanée.

Il en résulte que, pour la strychnine comme pour le principe toxique de l'agaric bulbeux, on ne pouvait songer à expliquer que par un trouble de l'innervation les désordres de la muqueuse digestive.

Les deux expériences suivantes vont le démontrer d'une manière péremptoire :

Cinquante et unième expérience. — Injection s0ùé t-ctitanéede i-ceàtigr. et demi de strychnine à un chien d'assez haute taille. — Apparition des phénomènes convulsifs treize minutes après la pénétration de l'alcaloïde. — Injection intra-veineuse de chloral a ce moment. — Mort. — Nécropsie (expérience faite le 25 janvier 1877).

Après avoir injecté par la voie sous-cutanée 1 centigr. 1/2 de si rychnine dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale d'un chien d'assez haute taille, j'attendis. les phénomènes convulsifs. L'injection de strychnine avait été faite à 2 h 4 m.

2 h. 17 m. Crise tétanique caractéristique qui dure près de 2 minutes. A ce moment, j'injecte lentement dons la veine crurale droite 1 gr. 50 centigr. de chloral.

2 h. 21 m. Nouvelle injection de 1 gr. 50 de chloral.

L'animal manifeste une tendance au sommeil. Les pupilles sont dilalées, les cornées ont perdu de leur sensibilité, mais le contact d'un stylet y provoque des mouvements réflexes.

2 h. 22 m. Nouvelle injection de 1 gr. de chloral. La sensibilité des cornées a notablement diminué, mais les mouvements réflexes persistent encore.

2 h. 24 m. Sommeil profond. Insensibilité complète des cornées. Mouvements réflexes abolis. Respiration calme.

2 h. 28 m. Nouvelle injection de 1 gr. de chloral. Le sommeil persiste ainsi que l'insensibilité et l'abolition des mouvements réflexes.

2 h. 35 m. Injection de 1 gr. de chloral. Mêmes phénomènes. La peau est froide. La température de l'animal est à 36 degrés .

2 h. 49 m. Injection de 1 gr. de chloral. Même état.

Depuis 3 h. 10 m. jusqu'à 3 h. 49, on injecte de nouveau 2 gr. de chloral.

De 3 h. 56 m. à 4 h. 15, on injecte encore par doses fraclionnées de 1 gr. chaque. Après la dernière injection, les mouvements respiratoires paraissent s'arrêter ainsi que le cœur. On pratique la respiration artificielle pendant un quart d'heure.

4 h. 40 m. L'animal paraît complètement revenu, les parois de la poitrine se dilatent régulièrement. Les mouvements du cœur sont très appréciables.

5 h. 15 m. Injection de 1 gr. de chloral. Sommeil. Immobilité. Pas le moindre mouvement convulsif. La température du corps a notablement baissé : 33°.

6 h. 20 m. Nouvelle injection de 1 gr. de chloral.

A la fuite de cette nouvelle injection l'animal paraît mort. On pratique de nouveau la respiration artificielle.

6h. 50 m. Les mouvements des parois abdominales reparaissent, mais ils sont faibles et lents. L'artère crurale bat avec

si peu de force que l'on a beaucoup de peine à en sentir les mouvements sous le doigt.

8 h . I /animal meurt.

La nécropsie a été faite avec le plus grand soin; elle a démontré, du côté des voies digestives, des lésions semblables à celles que produit l'agaric bulbeux.

Si nous analysons actuellement les faits saillants de cette çxgénençe, nous pouvons les résumer ainsi :

Un centigr. 1/2 de strychnine administrée à un chien par la méthode sous-cutanée a donné lieu, après 13 minutes, à une première crise convulsive qu'on a laissé se développer et finir, avant d'injecter du chloral dans les veines. 15 gr. de cette substance ont été introduits en4 h. 33m. dans le système veineux. Pendant toute la durée des injections fractionnées de chloral, l'animal n'a plus présenté un seul phénomène convulsif, si ce n'est, de loin en loin, quelques tressaillements tout à fait passagers. Le ralentissement de la respiration, des mouvements du cœur, l'abaissement de la température semblent démontrer qu'il a succombé à l'action du chloral. C'était là, du reste, le résultat que je voulais atteindre. La nécropsie a révélé tous les désordres anatomiques signalés déjà. (Voir pl. III, fig. 2).

Cinquante-deuxième expérience. — Mémo expérience que la précédente, avec cette différence que les injections intra- veineuses de chloral ont été faites en même temps que l'injection sous-cutanée de strychnine. — Mort. — Nécropsie.

Le 25 janvier 1877, c'est-à-dire le même jour, j'injecte 1 centigr. 1/2 de strychnine dans le tissu cellulaire sous-cutané de la paroi abdominale d'un chien de la même taille et du même poids que le précédent.

L'injection a été faite à 12 h. 59 m.

A 2 h. , je commence les injections intra-veineuses de chloral que je praiique, par doses de 1 gr., 1 gr. 50, 50 centigr., je les continue ainsi jusqu'à 5 h. 5 m., où je fais une dernière injection de 1 gr, 50.

J'ai injecté en tout 14 gr. 50 de chloral.

A 10 h. du soir. L'animal présente un ralentissement notable de la respiration. Le refroidissement est général. Les battements du cœur ne sont plus perceptibles. Un fait qui mérite d'être signalé c'est qu'il ne s'est jamais produit chez cet animal aucun phénomène indiquant l'action de la strychnine.

10 h. et demie. Mort.

Nécrojisir. — La muqueuse gastro-intestinale offre sa consistance habituelle et sa coloration normale. A peine distinguet-on de loin en loin quelques traînées d'un rose. sale qui indique des points de congestion très limités (Voir pl. III, fig.2)\\\

suflit de comparer ces deux figures pour reconnaître bien vite les différences notables qui existent dans les lésions gastrointestinales.

Ces deux expériences ont été faites en môme temps et chez des chiens du même poids, qui ont reçu la même quantité de strychnine, par la même méthode, et, à50centigr. près, la même quantité de chloral dans l'appareil circulatoire. Ils sont morts tous les deux en présentant des symptômes caractéristiques de l'action du chloral ; il semble que l'on devait trouver à la nécropsie des lésions identiques dans l'appareil digestif. Or, chez le premier, alors que l'on rencontre des désordres anatomiquesqui rappellent par leur étendue el leur profondeur ceux qui surviennent à la suite de l'emploi de l'agaric bulbeux, c'est à peine si l'on en observe chez le second.

A quoi tiennent ces différences?

Elles tiennent évidemment à ce que, chez le premier, l'injection intra-veineuse n'a été faite qu'après la première crise de tétanos strychnique, c'est-à-dire à ce moment où l'alcaloïde avait déjà produit son ce lion sur les centres nerveux. Chez le second, au contraire, les deux injections intra-veineuses de chloral et sous-cutanées de strychnine ayant été faites simultanément, la première a empêché l'action de l'autre sur ces mêmes centres nerveux. De là, l'absence à peu près complète de lésions gastro-intestinales, '-m

Ces deux chiens ont présenté, en outre, une particularité digne d'être notée. Chez le premier, c'est la disparition complète, jusqu'à la mort, des mouvements convulsifs, après la première crise tétanique. Chez l'autre, l'absence de toute manifestation du même genre, pendant toute la durée de l'expérience, comme s'il avait été exclusivement soumis à l'emploi du chloral.

Ces deux chiens n'ont donc pas succombé par la strychnine, mais bien par le chloral. Or, s'il a été

possible d'annihiler, grâce à l'injection de cette substance dans les veines, l'action de cet alcaloïde, n'étaitil pas permis d'espérer qu'on pouvait arriver à neutraliser Idi strychnine et démontrer, par suite, que le chloral introduit par la voie veineuse est l'antidote de la strychnine?

C'était donc à l'expérimentation seule qu'il fallait demander la solution du problème. •

Pour y arriver, j'ai fait deux sortës d'expériences :

1<> J'ai introduit directement et simultanément dans les veines la strychnine à close toxique et le chloral.

2° Je n'ai pratiqué l'injection intra-veineuse de chloral que lorsque les effets de la strychnine administrée à dose toxique ont commencé à se montrer, réalisant ainsi ce qui se passe chez l'homme, dans l'empoisonnement par cet alcaloïde.

Injection intra-veineuse simultanée de chloral et

de strychnine.

Cinquante-troisième expérience. — Chien pesant 8 kilogrammes. — Injection simultanée dans la veine crurale d'un mélange de chloral et de 5 milligrammes de strychnine. — Conservation de l'animal.

Heure de l'injection : 4 heures 14 minutes. Quinze secondes après, convulsions générales qui, d'abord intermittentes, sont devenues plus rapides et presque continues.

Après cinq minutes, j'injecte de nouveau 50 centigrammes de chloral. A partir de ce moment, le chien tombe dans un sommeil profond et bruyant. La langue, dont la muqueuse offre une teinte rosée, est pendante hors de la bouche. Tous les muscles de la face sont relâchés. Les muscles des membres antérieurs sont seuls dans la contracture ; cet état dure dix-sept minutes.

4 h. 36 m. Mouvements convulsifs dans les membres antérieurs.

Rien de semblable dans les postérieurs. Le chien dort, mais son sommeil est agité et plaintif.

Détaché de la planche à expériences, ilestmis à terre, il essaie de se lever; les efforts nécessaires pour cela déterminent des convulsions. La respiration est toujours accélérée et bruyante.

5 h. 3 m. Le chien essaie de se relever. Convulsions qui le

renversent immédiatement. Il regarde autour de lui d'une manière intelligente.

5 h. 5 m. 11 essaie de se relever.

5 h. 1 m. Mêmes tentatives sans convulsion. Le sommeil reparaît.

5 h. 15 m. L'animal s'est levé, a fait deux pas, puis il est retombé en convulsions très rapides. L'œil est bon. La rcspirntion facile.

5 h. 32 m. Le chien a fait le tour du laboratoire. Sa marche est convulsive.

6 h. Le chien n'a plus de convulsions; il a marché. A plusieurs reprises il s'est endormi d'un sommeil qui n'a pas duré.

6 h. 30 m. L'animal, couché sur le flanc, répond quand on l'appelle ; il a toujours le train postérieur paralysé. Il est dans un état de somnolence qui ressemble beaucoup à celui que produit le chloral. De loin en loin, quelques secousses convulsives.

6 h. 35 m. On présente à l'animal un vase contenant de l'eau, il boit avec avidité, mais d'une façon tout à fait convulsive.

7 h. 10 m. Calme. Des convulsions très rapides sont à peine appréciables à de rares intervalles.

10 h. Tous les mouvements convulsifs ont cessé. L'animal présente l'affaissement qui suit l'action habituelle du chloral L'intelligence est complètement revenue.

Le lendemain, on n'observe plus aucun phénomène convulsif

L'action du chloral persiste seule.

Cinquante-quatrième expérience — Injection intra-veineuse de 5 milligrammes de strychnine mélangés de 2 grammes de chloral. — Chien de 8 kilogrammes.

Heure de l'injection: 2 heures 33 minutes. Convulsions, 2 heures 34 minutes. Nouvelle injection de 50 centigrammes de chloral à 2 heures 47 minutes.

9 h. du soir. Tous les phénomènes strychniques ont disparu. Somnolence qui est due à l'action prolongée du chloral.

L'animal a survécu. Je n'ai pas cru devoir entrer dans plus de détails au sujet de celte expérience, ces phénomènes n'ayant élé que la reproduction exacte de ceux que j'ai rapportés dans la précédente.

L'action de la strychnine avait donc été vaincue pnr celle du chloral injecté dans les veines à doses fractionnées. On m'objectera, peut-être, que ces expériences pèchent par le côté pratique; on dira que, s'il est intéressant de voir ces substances, adrninis-

Irées simultanément, se neutraliser au point que l'une annihile les effets toxiques de l'autre, il est impossible de ne pas reconnaître que ces faits sont sans application à l'homme. Il devenait donc indispensable de se placer dans des conditions plus physiologiques ; de donner à un chien, par la méthode hypodermique, la quantité de strychnine nécessaire pour le tuer, et de combattre, dès leur apparition, les phénomènes convulsifs avec des injections intra-veineuses de chloral. Il est facile de comprendre que l'expérience, ainsi conduite, devait réaliser le type de l'empoisonnement par l'alcaloïde.

Injections répétées de chloral dans les veines pour combattre et neutraliser les effets produits par la strychnine introduite par la voie sous-cutancr.

Cinquante-cinquième expérience. — Chien pesant 10 kilogr. — Première injection sous-cutaùée de 5 1/2 milligrammes de strychnine. — Deuxième injection de 2 milligrammes. — Dès ï apparition des phénomènes convulsifs, injection de 5 gr. 50 de chloral faite en neuf injections successives. — Conservation de l'animal.

Heure de l'injection : 2 heures 32 minutes.

2 h. 50 m. Les effets de la strychnine n'étant pas encore bien accentués, je me décide à en injecter de nouveau 2 1/2 "milligrammes, ce qui porte à 1 centigramme la quantité de l'alcaloïde administrée à l'animal.

2 h. 52 m. Première crise tétanique bien accentuée. J'injecte aussitôt 2 gr. 50^ de chloral.

2 h. 59 m. L'ahimal s'endort. Sa respiration est calme et très ample. Le sommeil devient profond.

3 h. Contractions musculaires avec cris occasionnés par du bruit que l'on fait dans une salle voisine. Le sommeil n'est pas interrompu.

3 h. 2 m. Quelques contractions tétaniques occasionnées par la même cause. Le sommeil continue.

3 h. 3 m. Les contractions deviennent très violentes et générales et tendent à s'accentuer de plus en plus. Sommeil interrompu. L'animal fait entendre des cris aigus. Cet état se prolongeant pendant près de trois minutes, je me décide à faire une deuxième injection de 50 centigr. de chloral.

Aussitôt l'animal tombe clans un sommeil calme et profond.

3 h. 8 m. Contractions répétées et énergiques, puis l'animal

retombe dans le sommeil . Il ne fait plus entendre le moindre cri.

De 3 h. 8 m. à 3 h. 16 m., les contractions se font d'une manière à peu près continue.

3 h. 21 m. Nouvelle crise tétanique bien caractérisée. Troisième injection de 50 centigr. de chloral.

A la suite de l'injection, la respiration devient très accélérée. Contractions passagères. Sommeil. Quelques plaintes.

3 h. 26 m. Nouvelle crise tétanique très forte. Quatrième injection de 50 centigr. de chloral.

Relâchement musculaire subit. Respiration plus calme. Sommeil qui dure avec quelques soubresauts jusqu'à 4 heures 12 minutes.

4 h. 12 m. Convulsions générales avec trismus et opisthotonos. Cinquième injection de 50 centigr. de chloral.

Calme complet. Respiration régulière. Sommeil jusqu'à 4 heures 30 minutes ; à ce moment, des contractions violentes se manifestant, je fais une cinquième injection de 75 centigr. de chloral.

Calme pendant un quart d'heure. Les contractions musculaires ont une tendance à se reproduire au simple attouchement d'un point quelconque du corps.

Je fais une sep tième injection de 50 centigr. de chloral, suivie d'une huitième de la même dose, à 5 heures 9 minutes.

Jusqu'à 6 heures, alternatives de contraction et de relâchement musculaires. Sommeil presque continu et calme.

6 h. 5 m. Convulsion tétanique générale qui dure 2 minutes, suivie d'une suspension momentanée de la respiration. Puis la respiration se rétablit et l'animal continue à dormir et à respirer librement.

6 h. 15 m. L'animal s'est réveillé en sursaut, a relevé la tête. L'œil est intelligent. Je l'ai appelé, il a fait un mouvement pour venir à moi. Je l'ai alors mis à terre. Cette manœuvre lui a occasionné une crise qui n'a pas duré. La respiration est redevenue calme et facile. Le sommeil paraît momentanément suspendu.

6 h. 50 m. L'animal a eu une convulsion assez forte et assez longue, occasionnée par le bruit d'une porte. Après la convulsion, la respiration devient calme et longue.

7 h . 5 m . La présence de la strychnine ne se manifeste plus que par de légères contractions qui cessent presque aussitôt.

9 h. L'animal est parfaitement calme. Il marche dans le laboratoire sans éprouver le moindre mouvement convulsif . Le lendemain, il est à peu près revenu à son état normal.

En résumé, une injection sous-cutanée de un centigramme de strychnine (dose mortelle pour un chien de 10 kilogr.) a été neutralisée par 8 injections intraveineuses de chloral. La première était de 2 gr., les

7 autres de 50 centigr. chaque. Ces injections ont été faites au moment où les crises tétaniques paraissaient s'accentuer davantage, et où, par conséquent, l'action de l'alcaloïde semblait l'emporter sur celle du chloral. L'intervalle entre les injections a été, en moyenne, de 15 à 20 minutes, une fois seulement de 38 minutes. Je dois ajouter que la première injection de chloral n'a été faite que lorsque le tétanos strychnique a été parfaitement accentué.

Cinquante-sixième expérience. — Chien pesant 8,900 gr. — Injection sous-cutanée de 1 centigr. de strychnine. — Apparition des phénomènes tétaniques. Alors, injection intraveineuse de 2 gr. de chloral, suivie de six autres injections, dont la première de 1 gr.} les autres de 50 centigr.

Ces diverses injections ont été faites chaque fois que les phénomènes convulsifs avaient une tendance à s'accentuer de plus en plus. L'animal a survécu. La durée totale de l'expérience a été de 4 heures et demie.

La strychnine était neutralisée à ce moment.

L'importance de ce fait n'échappera à personne, si l'on songe qu'il avait été déclaré impossible par les auteurs qui ont écrit sur la question.

Que l'on se rappelle, en effet, cette citation déjà faite (p. 19) et empruntée au livre de MM. Horand et Puecli :

«L'hydrate de chloral retarde la marche de l'empoisonnement par la noix vomique, mais il ne s'oppose pas à la terminaison fatale que l'on cherche à conjurer quand on emploie un antidote. C'est assez dire que, pour nous, ce médicament ne peut être considéré comme l'antidote pratique de la strychnine ; en d'autres termes, étant donné chez un chien un empoisonnement bien manifeste par la strychnine, le chloral sera impuissant à le combattre. »

Et plus loin : « Si un animal est endormi par le chloral, il pourra être réveillé par la strychnine, dont

les effets domineront, tandis qu'un sujet soumis à l'action de ce poison résistera à l'influence du chloral. »

Telle est aussi l'opinion de M. Vulpiam Voici, du reste, comment il s'exprime à cet égard :

« Sur ce chien, nous venons d'injecter sous la peau la môme dose de chlorhydrate de strychnine; mais nous avons eu le soin d'injecter aussitôt après, dans la veine crurale, une dose de chloral suffisante pour amener l'anesthésie et l'abolition de l'excitabilité réflexe du centre nerveux bulbo-spinal. Vous voyez que l'on pratique l'injection intra-veineuse, peu à peu, très lentement, de façon à éviter toute espèce d'accidents. Voici le chien engourdi, insensible. On ne peut plus provoquer aucun mouvement réflexe. Ce chien va rester sous vos yeux jusqu'à la fin de la leçon, et vous verrez qu'il n'y aura aucune convulsion, aucun phénomène stry clinique, et il en sera de même tant que durera l'effet du chloral.

» Est-ce à dire que ce chien sera guéri de son empoisonnement? Non, Messieurs, il mourra probablement, et il mourra par la strychnine. Il ne mourra pas par suite de l'asphyxie, mais par suite d'épuisement nerveux.

» La strychnine produit bien certainement une modification matérielle des éléments de la substance grise du centre nerveux bulbo-spinal, et cette modification peut être assez considérable pour que ces éléments soient condamnés à perdre leurs aptitudes fonctionnelles, soit rapidement soit au bout d'un certain nombre d'heures ; » et plus loin M. Vulpian ajoute : « Ce que j'avance en me fondant sur un nombre déjà considérable d'expériences, c'est que, malgré la chloralisation, les chiens sur lesquels on a injecté, par la méthode hypodermique, cinq milligr. de chlorhydrate de strychnine sont à peu près irrévocablement condamnés à périr. »

Les résultats mentionnés par M. Vulpian sont parfaitement exacts, lorsqu'il s'agit de chiens de petite taille, dont le poids ne dépasse pas 5 kilogr.; dans

ces conditions, une injection sous-cutanée de 5 milligr. de strychnine est mortelle. Elle cesse de l'être, même sans qu'il soit nécessaire de recourir au chloral, lorsqu'il s'agit d'un chien du poids de 10 à 20 kilogr.

Chez des chiens de ce poids il faut une dose de 1 centigr. pour occasionner, la mort.

Ce qui explique encore la différence entre les résultats obtenus par M. Vulpian et les miens, c'est la différence dans le mode d'expérimentation.

Si un animal reçoit une dose toxique de strychnine, et qu'on lui injecte dans les veines une quantité de chloral suffisante pour arrêter les phénomènes tétaniques ou pour les empêcher de se manifester, l'animal, ainsi que M. Vulpian le fait observer avec beaucoup de justesse, ne présentera pas les moindres convulsions tant que le chloral ne sera pas éliminé. Mais ces dernières arriveront après l'élimination. Si on ne fait pas alors de nouvelles injections de chloral, de manière à combattre l'état tétanique chaque fois qu'il se manifestera, la mort n'aura été que retardée, mais elle arrivera. Il n'en sera pas ainsi si l'on procède comme je l'ai dit plus haut : c'est pour avoir suivi un mode d'expérimentation différent que je suis arrivé à des résultats qui diffèrent essentiellement de ceux qu'a signalés M. Vulpian1.

Mes expériences sur la neutralisation de la strychnine par les injections intra-veineuses de chloral remontent déjà à l'année 1872. Ramené sur le même sujet par mes recherches sur l'empoisonnement par l'agaric bulbeux, et conduit à reconnaître la parenté physiologique qui existe entre son principe délétère et la strychnine, j'ai voulu vérifier si les résultats que j'ai obtenus autrefois se renouvelleraient aujourd'hui. J'ai donc expérimenté de nouveau, en employant le même procédé opératoire.

l Loc. cit., p. 231.

Cinquante-septième expérience. — Injection Bous-cutanée de

1 centigramme do sulfate de strychnine à un chien do 15 kil. 600 gr. — Développôment dos phénomènes strychniques. — Injections intraveineuses de chloral — Gucrison.

Le 27 février 1877, à deux heures de l'après-midi, j'ai injecté 1 centigr. de sulfate de strychnine dans le, tissu cellulaire de la paroi abdominale d'un chien pesant 15 kil. 600 gr.

La veine crurale droite a été aussitôt mise à nu.

2 h. 24 m. Les convulsions commencent à se produire. Quand on frappe sur la table où l'animal est étendu, il éprouve des secousses convulsives générales.

2 h. 25 m. Véritable crise tétanique qui dure une minute. 2 h. 26 m. Injection lente de 3 gr. de chloral dans la fémorale.

2 h. 29 m. Nouvelle injection de 50 centigr. de chloral. L'animal dort et l'insensibilité des cornées est absolue. La respiration paraît un peu gênée.

2 h. 53 m. L'immobilité des cornées persiste toujours ; le sommeil est profond, le relâchement musculaire complet.

3 h. 50 m. Quelques mouvements convulsifs. La sensibilité des cornées tend à revenir.

4 h. 4 m. Quelques contractions un peu plus fréquentes, mais encore fort rares.

4 h. 8 m. Les convulsions tendent à s'accentuer davantage. L'animal fait entendre quelques cris. Le sommed a une tendance à cesser.

4 h. 12 m. Les phénomènes tendant à s'accentuer davantage, on fait une injection de 1 gr. 50 de chloral. 4 h. 27 m. Nouvelle injection de 1 gr. de chloral. 6 h. 3 m. Quelques convulsions. Injection de 1 gr. de chloral,

6 h. 30 m. Contractions nouvelles et assez fréquentes qui s'arrêtent sous l'influence de 1 gr. de chloral. Anesthésie profonde. Sommeil calme, température normale.

7 h. 30 m. Le calme continue.

8 h. 15 m. Quelques phénomènes convulsifs. Injection de 50 centigr. de chloral. Calme, sommeil; anesthésie des cornées.

9 h. On suspend les injections et l'on détache l'animal.

28 février.. — A part un peu d'abattement, le chien ne présente aucun phénomène que l'on puisse attribuer à la strychnine. Il boit avec avidité l'eau qu'on lui présente. Le soir il a mangé.

1er mars. — Pas moindre trace de phénomènes strychniques, l'animal boit et mange.

2, 3, 4 mars. — Même état. L'animal est revenu à son état normal.

En résumé, 8 gr. 50 de chloral injectés en 6 heures dans les veines d'un chien du poids de 15 kil. 600 gr. dès l'apparition des phénomènes stry cliniques ont suffi pour neutraliser un centigr. de strychnine administré par la voie sous-cutanée.

Cinquante-huitième expérience. — Injection sous-cutanée de 18 mïlïigr. de strychnine à un chien du poids de 18 kilocjr. 300 gr. — Apparition du tétanos strychnique. — Injections successives de chloral dans la veine fémorale. — Guérison.

Le 2 mars 1877, à 1 h. 50 m., j'injecte 13 milligr. de sulfale de strychine dans le tissu cellulaire d'un chien du poids de 18 Mogri 300 gr.

2 h. Grise tétanique qui dure 1 minute. Immédiatement après la crise, injection intra-veineuse de 2 gr. de chloral.

2 h. 3 m. Injection de 50 centigr.

2 h. 7 m. Injection de 1 gr.

Le chien dort profondément. Toutes les convulsions ont cessé et les cornées sont insensibles.

2 h. 25 m. Nouvelle injection de 1 gr. de chloral.

3 h. 15 m. Les convulsions ont une tendance à reparaître. Injection de 50 centigr. de chloral.

3 h. 45 m. Nouveaux mouvements convulsifs. Injection de 1 gr. de chloral.

L'animal devient calme. Sommeil profond. Insensibilité.

4 h. 56 m. Nouvelle injection de 1 gr. de chloral.

5 h. 3 m. Quelques secousses. Injection de 1 gr. de chloral. A 6 h. 20, on fait une dernière injection de 50 centigr. de

chloral, et on détache l'animal, qui est profondément endormi et insensible.

Jusqu'à 10 h. du soir, le chien a éprouvé de loin en loin quelques secousses convulsives légères. Mais les crises ont entièrement cessé.

Le 3 mars, on n'observe plus aucun phénomène que l'on puisse rattacher à l'action de la strychnine. L'animal paraît abattu ; il refuse de manger, mais il boit avec avidité.

4 mars. — L'état de l'animal s'est amélioré. Il boit et mange.

5 mars. — L'état est à peu près normal.

6 mars. — Le chien a repris toutes ses habitudes.

Ainsi, 10 gr. de. chloral injectés en 4 h. 20 m. à un chien de 18 kilogr. 300 gr., qui avait reçu

13 milligr. de sulfate de strychnine par la voie souscutanée, ont ennpêehe l'animal ée mourir.

( îes deux expériences viennent donc confirmer les résultats obtenus depuis 1872 et démontrer une fois de plus que le chloral administré parla voie veineuse neutralise l'action de la strychnine et empêche la mort, produite si rapidement par cet alcaloïde.

Il résulte de toutes les expériences qui précèdent que :

1° La strychnine a été administrée à dose toxique à tous les animaux ;

2° Que j'ai toujours attendu le développement bien caractérisé du tétanos strychnique pour injecter le chloral dans les veines ;

3° Que la quantité de cette substance employée pour combattre les effets de l'alcaloïde a varié entre 5, 0, 8 et 10 gr.;

4° Que c'est par doses fractionnées de 2 gr. d'abord, puis de 50 centigr., injectées à des intervalles de 15 à 20 minutes, que le chloral a été mis en contact direct avec le sang ;

5° Que, chaque fois que le chloral a pénétré clans le torrent circulatoire, il a amené, presque aussitôt, le relâchement musculaire et le sommeil ; et que la nécessité de recourir à de nouvelles injections a été la conséquence du retour des phénomènes couvulsifs ;

6° Qu'après quatre ou cinq heures d'expérimentation, les effets physiologiques de la strychnine se sont affaiblis au point de disparaître complètement ;

7° Que la mort a été ainsi évitée, par suite de la neutralisation de la strychnine, et que, dès lors, je suis conduit, contrairement à ce qui a été dit par MM. 0. Liebreich, Garnier, Gamboulives, Horand, Puech et Vulpian, à tirer cette dernière conclusion :

Le chloral est Yantidote de la strychnine.

Par quel mécanisme le chloral injecté dans les veines neutralise-t-il V action de la strychnine?

Etudions maintenant le mécanisme par lequel le

chloral neutralise la strychnine, au point d'annihiler ses effets, et, par suite de la rendre inoffensive.

Lorsqu'une substance toxique pénètre dans l'organisme, il existe différents moyens de la neutraliser, suivant qu'elle est encore dans l'estomac ou qu'elle est absorbée.

Si elle est encore dans l'estomac, on peut : 1° l'évacuer par un vomitif; 2° la mettre en contact avec une substance qui, en se combinant avec elle, donnera naissance à un corps inerte ou tout au moins sans action délétère ; 3° employer simultanément les deux méthodes.

Aucun de ces moyens ne pouvait être employé chez nos animaux, puisque c'est par la voie hypodermique que la strychnine a été le plus souvent introduite dans l'organisme.

Mais si la substance est déjà dans l'appareil circulatoire, on peut essayer de l'annihiler, en soumettant à l'absorption une autre substance qui, la rencontrant dans le sang, se combinera avec elle.

La belle expérience de M. Cl. Bernard, dans laquelle l'amygdaline et l'émulsine, absorbées séparément, se combinent dans le sang et tuent l'animal, prouve que cette rencontre est possible. Or, si, dans ce cas, il est résulté de la combinaison de deux subslances inoffensives un corps nouveau qui a des propriétés nuisibles, n'est-il pas permis de penser qu'un poison, même très actif, pourra perdre, au contraire, ses propriétés toxiques par un mécanisme semblable?

Etait-ce le cas du chloral et de la strychnine? Evidemment non ; car les nombreuses expériences que nous avons mentionnées, jusqu'à ce moment, démontrent de la manière la plus évidente qu'ils ne forment pas, en s'unissant, une combinaison, mais un simple mélange dans lequel chaque substance conserve ses propriétés.

Ce n'est donc pas par une combinaison chimique que le chloral neutralise la strychnine, mais bien par un

mécanisme tout à fait physiologique. Ce mécanisme le voici :

La strychnine, substance azotée, surexcite le pouvoir réflexe au point de donner naissance à un véritable tétanos. Le chloral, substance non azotée, a une action diamétralement opposée; il affaiblit cette faculté médullaire, la fait même disparaître momentanément. Il en résulte que, si on l'administre dès l'apparition des phénomènes convulsifs, ces derniers sont aussitôt atténués, arrêtés, remplacés par le relâchement musculaire et le sommeil. Mais, par cela même que le chloral ne contient pas d'azote, il doit être plus facilement et plus vite éliminé que la strychnine, de telle sorte que la sédation durera seulement pendant le temps qu'il mettra à s'éliminer. Les convulsions reparaîtront alors et occasionneront la mort, si on ne les combat pas par de nouvelles doses de chloral. On comprend qu'en prolongeant ainsi la durée de l'expérience, par des injections répétées de chloral, l'élimination de la strychnine, quoique lente, se fera néanmoins peu à peu ; il arrivera un moment où cette élimination étant complète, l'action de ce puissant alcaloïde sera vaincue et neutralisée L'animal ne présentera plus, alors, d'autres phénomènes que ceux du chloral.

En un mot, le problème peut se résumer ainsi : Une substance promptement toxique étant introduite dans l'organisme, suspendre à l'aide d'une autre substance son action délétère, afin de lui donner le temps d'être éliminé, de devenir, par suite, inoffensive.

L'ACIDE ARSÉNIEUX PRODUIT-IL DANS L'APPAREIL DIGESTIF DES LÉSIONS SEMRLABLES A CELLES QUE DÉTERMINENT L'AGARIC DULBEUX ET LA STRYCHNINE? EXPÉRIENCES QUI LE PROUVENT.

J'ai administré des solutions d'acide arsénieuxàdes chiens : 1° par la voie sous-cutanée ; 2° par la voie digestive ; 3° par la voie veineuse. Les résultats observés ont été les mômes dans les trois cas, ainsi que le démontrent les expériences suivantes :

Cinquante-neuvième expérience. — Injection sous- cutanée de

10 çentigr. d'acide arsénieux dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale. — Mort. — Nécropsie.

Le 22 décembre 1876, j'ai injecté, à 10 h. 53 m. du matin, 10 centigr. d'acide arsénieux dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale d'un chien de 16 kilogr.

Bientôt l'animal a présenté une accélération considérable dans les mouvements respiratoires. Vomissements jaunâtres de matières bilieuses. Diarrhée. Puis il est tombé dans un certain état d'affaissement.

11 h. 15 m. Le chien vomit encore des matières bilieuses d'une coloration plus foncée. La respiration est anxieuse, irrégulière. Abattement général, congestion très marquée de la conjonctive.

1 h 50. La respiration est moins fréquente; 22 inspirations par minute. Les vomissements ont cessé, mais l'animal présente de loin en loin, des secousses convulsives.

3 h. 20 m. La respiration s'est notablement affaiblie.Le chien ne fait plus que quelques inspirations saccadées.

4 h. 10 m. L'animal meurt.

Nécropsie. — Raideur cadavérique très prononcée ; les conjonctives présentent encore les traces de l'hypérémie que nous avions constatée pendant la vie.

Cavité abdominale. Les anses intestinales apparaissent pous la forme de gros cylindres rouges ; elles sont fortement dilatées par les gaz ; les vaisseaux artériels et veineux qui ram-

pent sur leur tunique externe forment des arborisations très apparentes et font déjà prévoir l'existence de lésions inflammatoires du côté de la muqueuse digestivc ( Voir pl. III, fia. 4.)

Lorsque j'ai ouvert l'estomac et le tube intestinal, j'ai constaté, en effet, dans toute l'étendue de ce dernier, des plaques rouges généralisées à toute l'étendue de la muqueuse. Celte dernière est fortement épaissie, surtout dans le duodénum.

Un examen plus attentif de ces plaques laisse apercevoir des points plus rouges, qui sont évidemment de petits foyers hémorrhagiques.

La rate est tuméfiée et presque doublée de volume. Les deux reins sont violacés ; une coupe divisée de la circonférence vers le hile permet de constater une congestion intense de la substance corticale.

La vessie est ratatinée et ne contient pas d'urine.

Le foie est congestionné ; la vésicule biliaire distendue contient une bile vert clair.

Les poumons sont rosés ; le lobe inférieur seul présente des deux côtés un petit foyer de pneumonie hypostalique.

Le cœur est volumineux, en diastole, rempli de caillots (pfist mortem) mous et friables.

Les deux veines caves et leurs affluents sont fortement dis tendus par du sang coagulé (pléthore veineuse).

En lisant les faits révélés par la nécropsie et en comparant surtout les lésions produites par l'acide arsénieuxet celles qu'amènent la strychnine et l'agaric bulbeux, il est impossible de .ne pas reconnaître que la plus grande analogie existe entre toutes ces lésions.

Soixantième expérience. — L'acide arsénieux administré soit par la voie digestive, soit par la voie veineuse, a produit les mêmes résultats et les mômes lésions.

L'analogie que présentent les lésions occasionnées par l'administration de ces trois corps : agaric bulbeux, strychnine, acide arsénieux, autorisait à penser que, pour le dernier, comme pour les deux autres, les désordres de l'appareil digestif étaient la conséquence d'un trouble de l'innervation. Il importait donc de constater ce qui arriverait si l'on combattait l'action de l'acide arsénieux par les injections intra-veineuses de chloral, ainsi que je l'avais déjà fait pour la strychnine.

Soixanteet unième expérience.— Injection intra- veineuse d'acide tménieux dans lu veine crurale droite d'un chien de 21 kilos. —Injection simultanée de chloral dans la veine crurale gauche. —Mort. — Aécropsie — La nécropsic révèle l'ahscncc presque complète de lésions du côté de l'appareil digestif.

Le 26 décembre 1876, j'ai fait à un chien de 21 kilos une injection d'acide arsénieux dans la veine crurale droite, en même temps que j'ai injecté, dans la veine crurale gauche, 2 gr. de chloral.

L'injection a été faite à 2 h. 43 m. Aussitôt la respiration est devenue anxieuse et précipitée.

2 h. 45 m. On injecte 50 centigr. de chloral ; l'anesthésie n'est pas complète ; 27 respirations par minute.

2 h. 48 m. On arrive à 3 gr. de chloral. Anesthésie et sommeil qui se sont prolongés jusqu'à 4 h . 20 m .

4 h. 20 m. L'animal a parfaitement dormi jusqu'à cette heure ; pas de vomissements.

4 h. 45 m. Injection de 50 centigr. de chloral.

5 h. 30 m. Nouvelle injection de chloral, 50 centigr. La respiration fait sentir l'odeur du chloral.

5 h. 50 m. Injection de 50 centigr. de chloral.

6 h. 10 m. Injection de chloral, 50 centigr., qui produit un sommeil très calme.

6 h. 33 m. L'animal pousse quelques cris ; une certaine raideur existe dans les mâchoires. Injection de 50 centigr. de chloral ; sommeil profond ; la raideur des mâchoires disparaît complètement. Respiration calme.

7 h. Injection de 50 centigr. de chloral.

7 h. 25 m. Injection de 50 centigr. de chloral.

7 h. 45 m. Injection de 50 centigr. de chloral.

8 h. 5 m. Injection de 50 centigr. de chloral.

8 h. 20 m. Le chien dort profondément; la respiration est calme et silencieuse ; les cornées sont insensibles ; pas de vomissements ; pas de selles; pas d'urines; température rectale, 36°.

8 h. 40 m. Injection de 50 centigr. de chloral. Sommeil profond.

9 h. L'animal paraît se réveiller. Injection de 50 centigr. de chloral. Aussitôt, sommeil profond.

9 h. 17 m. Injection de 50 centigr. de chloral.

9 h. 30 m. L'animal dort tranquillement; injection de 40 centigrammes de chloral; sommeil profond; aucun vomissement n'a eu lieu jusqu'ici ; aucun phénomène inquiétant à signaler.

10 h. 5 m. La respiration est calme; injection de 1 gr. de chloral.

10 h. 15 m. 18 inspirations ; sommeil calme, régulier ; respiration facile ; anesthésie complète.

11 h. 80 m. L'animal dort toujours d'un profond sommeil; il a eu une selle pendant la nuit ; ses membres sont souples.

L'animal est mort à 7 h. du matin.

Autopsie pratiquée le 28 à 10 h. du matin.

La cavité abdominale ayant été ouverte, l'estomac et les intestins paraissent normaux.

Je les ouvre pour constater l'état de la muqueuse. Cette membrane ne présente que des lésions inflammatoires fort légères. Çà et là une particule rouge ; aucune de ces larges plaques qui apparaissaient si nettement sur toute l'étendue de l'intestin, comme dans l'expérience précédente. (Voir pl. III, fuj. ô.)

Cœur en diastole rempli de caillots (post morte m) .

Poumons sains.

Rate normale.

Reins normaux.

Foie ne présente rien de particulier.

La vessie est vide d'urine .

L'action du chloral injecté dans les veines a donc été suffisante pour neutraliser l'influence que l'acide arsénieux exerce sur les centres nerveux et empêcher, par suite les lésions gastro-intestinales qui en sont la conséquence. Il est incontestable qu'il s'est produit, dans ce cas, des phénomènes semblables à ceux que l'on observe lorsqu'on cherche à combattre l'action de la strychnine par l'injection intra-veineuse de chloral. N'est-il donc pas permis d'espérer que, grâce à cette méthode, cette neutralisation deviendra possible? C'est ce que je chercherai à démontrer dans des recherches ultérieures.

Les nombreuses expériences que je viens de rapporter, faites avec l'agaric bulbeux, la strychnine, l'acide arsénieux, me conduisent à formuler des conséquences que je crois pouvoir poser en principes.

1° Toutes les fois qu'à la suite de l'administration de substances diverses, mais toxiques, quel que soit, du reste, le mode de pénétration (voie digestivc, voie sous-cutanée, voie intra-veineuse), on observera dans l'appareil digestif des lésions sembla! îles à celles qui

sont représentées dans les ûg. 1, 3, 4 (pl. III), on pourra conelure que toutes ces substances agissent, l>hysLologiquomont, de la môme manière.

2° Ces lésions de la muqueuse gastro-intestinale ne sont jamais le résultat d'une action directe, irritante ou caustique, produite par le contact immédiat de ces substances avec la membrane interne de l'appareil digestif; elles sont la conséquence d'un trouble profond de l'innervation.

3° Ce trouble de l'innervation, toujours le même, consistant dans une excitation du pouvoir réflexe de la moelle qui amène secondairement des troubles vaso-moteurs, devra être combattu par la môme méthode, et céder probablement à l'emploi des mêmes moyens, « les injections intra-veineuses de chloral. »

La parenté physiologique qui existe entre la strychnine et toutes ces autres substances, et les nombreuses expériences qui démontrent la possibilité de neutraliser l'influence délétère de cet alcaloïde à l'aide de ces injections, autorisent à penser que cette neutralisation devra être, pour tous ces agents toxiques, la conséquence de l'administration de chloral par la • voie veineuse.

Influence qu'exerce le chloral injecté dans les veines sur les mouvements du cœur et de la respiration, démontrée par les tracés cardiographiques.

Je ne puis terminer ce travail sans dire un mot de l'influence qu'exerce le chloral sur les grandes fonctions de la respiration et de la circulation.

Les solutions chloraliques, injectées lentement dans le système vasculaire, ralentissent manifestement les mouvements respiratoires ; cette vérité ressort de mes observations cliniques et de mes expériences sur les animaux. Chez les chiens que j'ai soumis à l'anesthésië chloralique, les inspirations sont constamment descendues de 25 ou 30 à 10 et même 6 par

minute. Quand j'ai injecté alors de nouvelles doses de chloral, les respirations sont devenues plus rares encore et ont fini par disparaître.

Quelle que soit l'atteinte portée à la fonction respiratoire, Je cœur n'en continue pas moins à se contracter, et à lancer dans les artères à chaque systole des ondées sanguines régulières. Cet organe est en effet le postremum woriens, comme l'a avancé Richardson.

Est-ce à dire que le chloral n'exerce sur cet organe aucune influence perturbatrice ? Non. Quand on injecte brusquement dans une veine une dose considérable de chloral, le cœur, examiné au cardiographe, donne pendant quelque temps des battements précipités et irréguliers ou même quelquefois s'arrête en diastole. Si l'injection, au contraire, est poussée dans le vaisseau lentement et graduellement, comme je le recommando, les battements du cœur ne subissent tout d'abord aucune atteinte; ils restent normaux et réguliers, bien que leur fréquence soit légèrement diminuée.

Dans la période d'anesthésie absolue, le pouls est régulier, ample et nettement frappé. Il bat chez l'homme de 60 à 70 fois par minute.

Lorsque, chez les animaux, on pousse l'administration du chloral jusqu'aux doses toxiques, les battements du cœur se ralentissent de plus en plus ; il survient des intermittences, des pulsations avortées, et finalement un arrêt complet de l'organe central de la circulation.

Je placerai, en terminant, sous les yeux du lecteur quelques spécimens des nombreux tracés cardiographiques qui se rapportent à l'anesthésie chloralique et que j'emprunte à mon registre d'expériences.

Le tracé n° 1 représente les pulsations de l'artère fémorale droite chez un chien de haute taille, prise au moyen du sphygmoscope de M. Marey.

Le tracé n° 2 nous donne les mêmes pulsations après l'administration de 1 gr. de chloral par la voie veineuse. Ces pulsations, tout en conservant leur ampleur et leur régularité, ont augmenté de fréquence.

Après Finjection d'une nouvelle dose de chloral (1 gr.) les battements artériels se ralentissent tout d'abord (tracé n° 3). Après l'injection du troisième

gramme, ils redeviennent plus fréquents (tracé n° 4) ; l'anesthésie est encore incomplète.

Le trace n° 5 représente les battemcnls artériels pendant la période d'aneslhésie absolue. Les puisalions, on le voit, sont moins fréquentés que dans le tracé précédent ; elles sont surtout moins puissantes.

• Les tracés nos 6 et 7 ont été obtenus 20 minutes après l'injection du troisième gramme de chloral, m moment où l'anesthésie commençait à disparaître ; lés battements sont moins réguliers et se ressentent très probablement de l'influence de la respiration qui renaît alors.

Si au lieu d'abandonner l'animal à lui-même dans la période d'anestbésie, on injecte de nouvelles doses de chloral, pour frapper encore plus profondément les foyers d'excitation bulbaires, le cœur subit enfin l'influence hypothénisante de la solution chloralique. Les battements diminuent toujours de fréquence : les

pulsations artérielles ne se traduisent plus sur les graphiques que par des courbes très peu élevées, presque arrondies, comme on l'observe dans le tracé suivant, n° 8, et finalement le tracé cardiographique

devient une ligne droite ; l'animal est sur le point de mourir. Il ne reste à l'expérimentateur pour le ramener à la vie, d'autre ressource que l'emploi de la respiration artificielle et des courants électriques.

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