‹ Le chloral et la médication intraveineuseChapitre 14 sur 29 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Des injections intra-veineuses de cliloral considérées

au point de vue de l’aucstliésie chirurgicale.

Si les injections intra-veineuses de chloral fournissent au chirurgien une arme puissante dans le traitement du tétanos traumatique, elles peuvent aussi lui offrir un précieux moyen d’amener l’insensibilité pendant les opérations.

Il ressort, en effet, de mes expériences sur les animaux, qu’au point de vue de la physiologie expérimentale l’injection de chloral dans les veines constitue le plus puissant de tous les anesthésiques.

M. Vulpian confirme ainsi la vérité de cette proposition : « On a discuté la question de savoir si l’a- » nesthésie amenée par le chloral était une anesthésie » complète ou s’il n’y avait qu’un narcotisme plus ou » moins profond. Demarquay nie l’anesthésie ; il ne » voit, dans cet état, qu’un hypnotisme, variant comme » degré suivant les doses auxquelles le médicament a » été administré. Pour ce qui a trait à l’ingestion sto- » macale, cette assertion est vraie dans la plupart des » cas ; si l’on pince un nerf, si l’on pratique une opé-

* ration, douloureuse, l’animal manifeste toujours un

* certain degré de sensibilité. Néanmoins, je crois » qu’avec des doses élevées, on pourrait obtenir l’a- » nesthésie véritable comme avec l’injection sous- » cutanée, Qi à fortiori avec l’injection intra-veineuse. » Par ces deux moyens, en effet, la physiologie peut » produire à volonté tous les degrés de diminution de

» la sensibilité; l’excitabilité réflexe peut même être » éteinte complètement. Sur des animaux ainsi en- » dormis, on peut pincer, détruire les nerfs, sans dé- » terminer la moindre marque de sensibilité. Poussez » même plus loin la rigueur de l’expérimentation ;

» placez dans la carotide un hémodynamomètre et » pincez ou électrisez le sciatique avec les plus forts » courants d’induction, pendant que le levier écrit sur » le cylindre indicateur le tracé des mouvements du » cœur, vous ne verrez pas la moindre modification ;

» tandis que si vous répétez cette expérience chez un )) animal non anesthésié, voire même curarisé, vous » aurez immédiatement une ascension du levier et, par » conséquent, du tracé, correspondant au moins à une » élévation de cinq à six centimètres de la tension » intra-artérielle.

» On peut donc incontestablement obtenir une anes- » thésie absolue à l’aide du chloral, surtout lorsqu’il » est introduit par la voie des injections intra-vei- » neuses. Si l’on n’a pas constaté cette anesthésie » dans certains cas, c’est que la dose de chloral in- » jectée était insuffisante h »

A coup sûr, l’importance de ce résultat ne saurait échapper à ceux qui se livrent à la pratique des vivisections. Posséder un moyen facile de produire chez les animaux une insensibilité comparable à celle du cadavre, se prolongeant pendant plusieurs heures; pouvoir, grâce à cette insensibilité, exécuter les expériences les plus longues, les plus difficiles, sans provoquer ces cris, ces mouvements convulsifs qui troublent si souvent l’opérateur ; c’est là évidemment un progrès incontestable.

Mais ce progrès n’aurait, à mes yeux, qu’une valeur secondaire, si les données expérimentales fournies par les animaux n’étaient pas applicables à l’homme. Je me trouve ainsi amené à faire l’histoire de ces applications à l’anesthésie chirurgicale.

1 Loc. eit., p. 215.

De l’anesthésie chez l’homme par l’injection de cliloral dans les veines

Après avoir constaté expérimentalement que le chloral injecté sous la peau de six grenouilles et de cinq lapins produisait le sommeil et une paralysie incomplète de la sensibilité, M. Ose. Liebreicli n’hésita pas à introduire cette substance dans la thérapeutique.

« Les expériences que je viens de décrire, dit-il,

» avaient montré l’action du chloral d’une manière si * précise, qu’il n’y avait aucune témérité à en faire » l’application à l’hommeh »

Quand j’ai cru devoir faire à l’homme l’application des injections intra-veineuses de chloral, je m’appuyais sur plus de 500 expériences exécutées sur de grands animaux avec tout le soin et toute l’attention désirables.

Et, cependant, alors que M. O. Liebreich était accepté sans réflexions malsonnantes avec son modeste bagage expérimental, je n’étais qu’un physiologiste audacieux et un chirurgien téméraire.

Et M. Lefort s’écriait à la Société de Chirurgie : ‘ Pour moi je m’élève avec indignation contre des » idées et une pratique qui ne peuvent prendre leur » source que dans un mépris profond de la vie hu- » maine. »

M. Duplay ajoutait : « Je demande qu’il soit inséré » au procès-verbal que la Société de Chirurgie s’associe, » à l’unanimité, aux paroles que vient de prononcer » M.Lefort.» (Marques unanimes d’approbation.)

La condamnation de l’anesthésie produite par les injections intra-veineuses de chloral a donc été prononcée à Vunanimité parla Société de Chirurgie, sans qu’aucune voix se soit élevée pour parler en sa faveur et recommander cette réserve prudente qui met à l’abri des mécomptes de l’avenir.

1 Loc. cit., p. 36.

Aussi n’ai-je pas été peu surpris d’entendre M. Maurice Perrin me répondre devant le congrès de Bruxelles, et écrire plus tard :

« Quant à la prétendue condamnation, prononcée » par la Société de Chirurgie sur la méthode de M. Oré,

» M. Perrin croit qu’elle n’a pas eu le caractère qui » lui a été attribué,

» A la Société de Chirurgie chaque membre donne » son opinion en respectant les personnes et en tenant » compte de la valeur scientifique de leurs commu- » nications h »

Cette citation des textes empruntés au compterendu officiel de la Société de Chirurgie, rend tout commentaire inutile.-

« Toutefois j’engage M. Lefort à mieux choisir, désormais, quand il voudra donner un cours plus légitime à son indignation. Outre que ces violences de langage ne prouvent rien, elles ménagent à celui qui s’y abandonne le regret d’être obligé, tôt ou tard, de se déjuger; elles lui ménagent surtout le déplaisir de voir l’Académie royale de Médecine de Belgique, mue par un sentiment autre que celui de findignation, couronner récemment, en séance publique, deux éminents professeurs de l’université de Gand, MM. Deneffe et Van Wetter, pour leurs travaux intitulés : « Nouvelle Etudes sur l’anesthésie chirurgicale par injection de chloral dans les veines. »

Une telle accusation lancée du haut de la tribune de la Société de Chirurgie contre un chirurgien français et un collègue a pu m’étonner, mais elle ne pouvait ni m’émouvoir ni m’atteindre. Je devais cependant la relever. Cela fait, je passe sans m’y arrêter davantage, bien décidé, à l’avenir, à ne répondre qu’aux objections sérieuses et à celles qui auront un caractère scientifique.

M. O. Liebreich commença par faire à des aliénés des injections sous-cutanées de 45 à 90 centigr. de

1 Congrès de Bruxelles, p. 200.

chloral, à la suite desquelles il ne se manifesta ni action locale ni action générale.

Renonçant bientôt aux injections sous-cutanées, il administra l’hydrate de chloral par les voies digestives, à des doses variées, depuis 1 gr. jusqu’à 3 et 4 gr., à des malades appartenant aux services de MM. Westphal, JosephMeyer, Bardeleben, Virhow,Langenbech, médecins de l’hôpital de la Charité à Berlin."

Chez tous ces malades, il constata que l’hydrate de chloral produisait, en peu de temps, l’état narcotique (p. 39) ; puis, comparant l’action calmante du chloral et de la morphine, il ajoute : « Chez aucun des ma- » lades qui avaient reçu du chloral ne s'est manifestée,

» ni au début, ni après coup, la période de l’excita- » tion. La morphine, au contraire, n’exerce le plus «souvent son action soporifique qu’après plusieurs » heures et amène souvent des troubles gastriques. » (P. 41.)

L’action hypnotique de l’hydrate de chloral était donc incontestablement démontrée. M. O. Liebreich n’a pas borné là ses recherches. Dans d’autres observations, les malades étant sous l’influence du chloral, il a cherché à apprécier la sensibilité à l’aide des piqûres. 11 a conclu qu’une dose de 6 grammes de chloral provoque un certain degré d’anesthésie, mais qui ne serait pas suffisant pour une grande opération (p. 53). Néanmoins il ajoute : « Quelque cir- » conspect que l’on doive être, quand il s’agit d’appli- » quer à l’homme des substances expérimentées » d’abord sur des animaux, je me crois néanmoins en » droit d’espérer que l’on pourra, avec des doses suf- » fisantes, produire aussi chez l’homme le degré » d’anesthésie nécessaire dans les grandes opérations. » Dans les petites opérations, son emploi me paraît » devoir être recommandé ; je crois qu’avec une dose » de 4 à 6 grammes on peut, mieux qu’avec le chlo- » reforme, faire des opérations d’yeux et de petites » opérations sur les extrémités. » (P. 63.)

M. O. Liebreich a donc entrevu les propriétés ânes-

thésiques du chloral, puisqu’il conseille son emploi dans les petites opérations. Toutefois, lorsqu’il se demande dans quel cas il faudra le préférer au chloroforme, il reconnaît que la pratique seule pourra le décider. « Cependant, ajoute-t-il, on peut prévoir,

» théoriquement, que cet agent est, à certains égards,

* inférieur au chloroforme ; la dose employée est intro- » duite peu à peu dans les poumons, et il est possible,

» chez tel ou tel sujet, de s’arrêter à n’importe quelle » période de l’état narcotique. Le chloral, au contraire,

» est introduit en une seule fois ; on ne peut pas tou- » jours, jusqu’à présent, du moins, calculer la dose » nécessaire aux différents individus; l’action est

• immédiate, et nous ne sommes pas en état de la sus- » pendre au moment qui nous convient. » (P. 65.)

Je reviendrai bientôt sur ce dernier point et je démontrerai que \'injection intra-veineuse de chloral peut, seule, résoudre cette dernière difficulté et permettre de doser la quantité de substance capable de produire l’anesthésie nécessaire pour pratiquer les grandes opérations chirurgicales.

Hâtons-nous de dire que déjà les propriétés anesthésiques du chloral avaient été utilisées par les chirurgiens. La Gazette des Hôpitaux (1869, n“ 149) rapporte l’observation d’un homme, âgé de soixantequatre ans, nerveux, très impressionnable, qui entra à l’hôpital de Brioude, pour un ostéosarcome très douloureux de la partie moyenne du tibia. M. le

Noir administra au malade, à 8 heures du matin, 5 grammes d hydrate de chloral dans 64 grammes de sirop simple. Le malade trouva la solution très mauvaise, éprouva des dégoûts, des envies de vomir, des ti’oubles de la vue, puis une surexcitation qui dura . heures. Le sommeil arriva alors avec une insensibilité profonde et dura jusqu’à dix heures du soir.

Témoin de cette anesthésie profonde, M. le D” Noir se décida à opérer le malade à l’aide du chloral. Il administra donc le lendemain la même dose qui produisit les mêmes effets. Dès que le sommeil fut arrivé.

il pratiqua l’amputation sans que le malade fît un seul mouvement ou poussât un seul cri.

Les suites de l’opération inspirèrent des craintes au chirurgien, parce que le malade présentait des symptômes qui se dissipèrent vers le soir. Le lendemain, il n’y avait plus aucune trace des effets produits par le chloral.

A propos de ce fait, Garnier fait remarquer avec juste raison « que la dose de chloral ingérée n’était » pas habituellement aussi dangereuse, puisque des » quantités plus considérables avaient été souvent » administrées sans accident. Il y avait ici une idio- » syncrasie, une impressionnabilité telle que la dose » était trop forte. C’est donc à essayer prudemment » celle qui convient, selon la remarque de MM. Ver- » gua et Valsain, qu’il faut s’appliquer dans les cas » graves i .»

M. Beau, chirurgien en chef de la marine à Brest, a mentionné, dans le Bulletin de thérapeutique (juillet 1871), une observation qui démontre qu’en tenant compte de ces idiosyncrasies, il est possible d’arriver à des données expérimentales précises. Appelé auprès d’un officier très pusillanime, porteur d’une fistule à l’anus, et qui était réfractaire au chloroforme, il l’habitua à des doses graduelles de chloral pendant plusieurs jours, en en surveillant rigoureusement l’action, et put ainsi, en la portant jusqu’à 10 grammes, déterminer une anesthésie assez complète pour pratiquer des incisions et des débridements sans douleur.

MM. Horand et Puech ont aussi étudié l’action anesthésique du chloral ; ♦ Au fur et à mesure que l’ab- " sorption de l’hydrate de chloral continue, la sen- » sibilité diminue et peut finir par disparaître, » surtout si la dose de chloral est élevée ; mais alors » la vie de l’animal est compromise et, comme on

(1) Bief, annuel du pronrès des sc. et înstit. médic., 7e année, 1870- 1871, p.154.

» l’a VU, la mort survient fréquemment dans ces cas^ »

Tel était sur Taction anesthésique du chloral l’état de la question, lorsque, faisant à l’homme l’application des données fournies par l’expérimentation sur les animaux, je songeai à produire l’anesthésie chirurgicale en injectant du chloral dans les veines.

Je suis donc amené à rapporter toutes les observations qui ont été publiées ou communiquées aux Sociétés savantes, en conservant l’ordre des dates, me réservant plus tard de les comparer, de les grouper et de formuler les conséquences qui en découlent.

Première observation.

Hôpital Saint-André. — Service de M. Oré

Contusion violente du médius gauche suivie de tétanos. Injection intra-veineuse de chloral. — Anesthésie complète. — Extirpation de Iongle.

Le sujet de cette observation est le malade dont j’ai communiqué l’histoire à l’Académie des Sciences dans la séance du 16 février 1874. Il s’agit d’un homme qui, à la suite d’une contusion violente du médius de la main gauche avec ecchymose sous-unguéale, fut pris de symptômes tétaniques, quatre jours après l’accident. Quand il se présenta dans mon service de chirurgie à l’Hôpital Saint-André de Bordeaux, la plus légère pression exercée sur ce point déterminait une exagération dans la raideur tétanique et des douleurs intolérables.

Je produisis l’anesthésie en injectant dans les veines de l’avantbras droit une solution de 10 gr, de chloral dans 10 gr. d’eau. -—L’insensibilité devint telle, que je pus pratiquer l’avulsion de l’ongle en faisant glisser sous lui, d’avant en arrière, une lame de ciseau, et en arrachant chaque moitié, après l’avoir divisée. Cette opération, ordinairement si douloureuse, fut exécutée sans que le malade fît entendre la moindre plainte ou exécutât le plus léger mouvement.

Ce fait souleva une objection.

On m’objecta qu’il s’agissait d’un malade dont le système nerveux était profondément exalté, et que si.

‘ Loc. cil., p, 38 .

dans ce cas particulier, l’injection intra-veineuse avait pu être faite et tolérée sans accident, il était permis de douter qu’il en fût de même chez un malade placé dans des conditions physiologiques.

Je répondis à cette observation par le fait suivant :

Denx^ième olmervation.

Hôpital Saint-André. — Servige de M. Oré

Résection partielle du calcanéum. — Anesthésie absolue produite par une injection intra-veineuse de chloral. — Cessation immédiate de l’anesthésie, après l’opération, par l’application des courants électriques.

Cette observation ayant été communiquée à l’Académie des Sciences par le professeur Bouillaud, dans la séance du 4 mai 1874, et publiée in-extenso dans les comptes-rendus, je me contente de la résumer :

Un jeune homme de dix-huit ans, porteur d’un séquestre du calcanéum, entra dans mon service, à l’Hôpital Saint-André. Le L’’ mai, je procédai à l’extraction de ce séquestre. L’opération devant ôlre longue, je résolus d’insensihiliser ce malade à l’aide d’une injection intra-veineuse. 10 gr. de chloral dissous dans 30 gr. d’eau furent injectés lentement par l’une des veines radiales droites. Le malade s’endormit tranquillement, sans présenter le moindre trouble dans la respiration, qui resta toujours calme et régulière. L’insensibilité étant aussi complète que possible, j’enlevai la portion d’os nécrosée. L’opération dura 25 minutes. Une fois achevée, je dirigeai un courant dans le pneumo-gastrique gauche qui lit cesser immédiatement l’anesthésie.

de n’hésite pas à penser que l’absence absolue de dyspnée observée chez ce malade, bien que la dose de chloral ait été la même (10 gr.), lient, d’une part, à ce que la solution, plus étendue, a mieux passé à travers les capillaires du poumon ; d’autre part, à l’obstacle apporté à 1 entrée de tout corps étranger dans le sang par un tamis métallique très tin que j’avais fait ajouter à ma seringue à injections.

Plus de deux ans après l’opération, j’ai revu ce malade qui est complètement guéri. Un examen très attentif de la veine piquée m’a permis de constater que

ce vaisseau est dans l’état le plus normal, qu’il n’offre aucune trace de phlébite et de caillot.

C’est à l’occasion de ce fait que la Société de Chirurgie et l’Académie de Médecine se prononcèrent contre la méthode de l’anesthésie par 1 injection intraveineuse de chloral.

Les jugements défavorables portés par ces deux Sociétés savantes auraient pu m’arrêter, m’empêcher même de poursuivre mes recherches, si je n’avais pas été soutenu par cette conviction profonde que tous les faits d’expérimentation bien et constamment observés chez les animaux sont légitimement applicables à l’homme.

N’est-ce pas la même conviction qui a fait dire à M. le professeur Vulpian :

. Etant donné les merveilleux résultats physiolo- » giques de l’introduction directe du chloral dans le » torrent circulatoire, on devait être amené à user » thérapeutiquement de ce procédé. On était, par ce » moyen, absolument sûr, je ne dis pas de guérir le » tétanos, mais de faire disparaître les accidents con- » vulsifs. M. Oré, le premier, proposa cette méthode » et en fit l’applicationh »

Mais une autre circonstance se produisit, qui vint encourager mes efforts et qui aurait dissipé toute défaillance, si j’avais été susceptible d’en éprouver.

Le 15 mai, un professeur de l’Université de Gand, que je ne connaissais pas alors, mais qui, on le comprendra sans peine en lisant ce travail, est devenu l’un de mes meilleurs amis, le professeur Deneffe, m’écrivit :

« Depuis plusieurs années je suis avec un vif inté- » rêt vos travaux sur les injections intra-veineuses et » je les ai vulgarisées par mon enseignement. Je viens

• de lire dans la Gazette des Hôpitaux (12 mai) la

• note que M. Bouillaud a présentée en votre nom à

• l’Académie des Sciences : Résection partielle du

Progrès mê lical, p. 198, 1874.

. calcanéum, etc. Décidé à vous suivre dans cette » voie, je me permets de m’adresser à vous pour vous

• prier de vouloir bien me faire envoyer par votre » fabricant l’instrument dont vous vous servez pour

• faire vos injections. Vous me pardonnerez, je l’es- » père, si je m’empresse de vous adresser quelques » questions à propos d’une opération si neuve, etc. »

Je m’empressai de répondre à toutes les questions qui me furent posées par mon confrère de Gand, et de lui envoyer la seringue dont je me sers.

L’opération devait avoir lieu le 31 mai. M. Deneffe fut obligé de l’ajourner, le malade ayant été pris deux jours avant d’un état bilieux grave, accompagné de frissons et de vomissements ; elle ne put être faite que le 4 juin.

Troisième oltservation.

Clinique de la. ville. — MM. Deneffe et Van Wetter

Anesthésie par injection intra-veineuse de chloral. — Ablation d’un cancer du rectum.

Cette observation ayant été, comme la précédente, communiquée à l’Académie des Sciences et de Médecine par M. le professeur Bouillaud, et imprimée dans les comptes-rendus et dans les bulletins, je me contente encore de la résumer :

Au mois de mai 1871, avec l’aide de MM. les D” de Lorge et Blondé, les professeurs Deneffe et Van Wetter enlevèrent à M. de W..., alors âgé de cinquante-quatre ans, une partie de son rectum devenu cancéreux. Pendant plus de trois ans, le malade put se livrer à tous ses travaux sans être incommodé par la terrible maladie dont il était atteint. Mais, depuis quelque temps, l’ampoule rectale s’emplissait de bourgeons cancéreux ; des hémorrhagies légères, mais fréquentes, une suppuration fétide, des douleurs souvent intenses, des rétentions de matières fécales, des trajets fistuleux dans l’épaisseur de la fesse gauche, — telles étaient les complications qui minaient la santé de M. de W... et menaçaient de l’emporter à bref délai. C’est alors qu’il se décida à consulter de nouveau ces éminents confrères et qu’il les supplia de venir à son secours et de le débarrasser une fois encore de son cancer.

C’est dans ces circonstances que M. Deneffe m’écrivit. Je lui fournis tous les renseignements les plus précis sur la méthode opératoire, en même temps que je lui envoyai l’instrument semblable à celui dont je me sers.

Le 4 juin 1874, accompagnés de MM. les Bouqué, chef de clinique chirurgicale de l’Université de Gand, Leboucq, chef des travaux anatomiques, et de Lorge, chirurgien distingué de la ville, les professeurs Deneffe et Van Wetter se rendirent auprès de M. de W.. ; on sait le reste. En 40 minutes, 8 gr de chloral furent injectés (10 gr. chloral, eau 30 gr.) par'l’une des veines radiales. — « Pendant 2 h. 1/4, disent MM. Deneffe et Van » Wetter, le patient resta plongé dans une anesthésie absolue ; » c’est le cas ou jamais de dire : Perinde ac cadaver. — Aucun » accident, aucune contrariété ne vint enrayer la marche de l’o- » pération. Nous ne pouvons assez insister sur son caractère » de simplicité et de facilité. »

L’anesthésie, absolue pendant 2 h., s’est prolongée, en s’amoindrissant peu à peu, pendant deux jours. Pendant deux jours, le patient a été enlevé à toute souffrance et, partant, soustrait aux moindres dangers du choc chirurgical.

Dix jours, ajoute M. Deneffe, se sont écoulés depuis l’opération, aucun accident ne s’est produit ; l’innocuité de l’injection intra-veineuse de chloral peut donc être affirmée avec d’autant ])lus de certitude que le patient qui a subi cette opération se trouve dans des conditions de santé fort déplorables. « La puis- » sance anesthésique de cette injection dépasse celle de tous les » agents employés jusqu’à ce jour, damais nous ne nous som- “ mes trouvés devant une insensibilité aussi profonde que celle » que produit l’injection intra-veineuse de chloral. » Sa durée, qui comprend plusieurs heures, sera d’un précieux secours dans les longues opérations, telles que l’ovariotomie, l’extirpation do certaines tumeurs, les fistules vésico-vaginales.

Quatrième observation.

IIÔPiTAL Saint-André. — Sehvice de M. Oré

Caucer do la tunique vaginale. —Injection intra-veineuse de cnloral. — Anesthésie complète pendant deux heures. — Ablation de la tumeur. — Tétanos le onzième jour. — Nécropsie.

Au mois d août 1873, un homme de quarante ans entra dans mon service (salle 10) à l’hôpital Saint-André. 11 était porteur d une tumeur du testicule gauche.

L’ablation ayant été décidée, le malade fut soumis aux inhalations de chloroforme qui produisirent les phénomènes les plus inquiétants du côté de la respiration pendant toute la durée de leur emploi. Cette action se continua longtemps encore après l’opération, car ce n’est guère que le quatrième ou cinquièmo jour que le malade revint à son état normal.

Un an après, il rentrait de nouveau dans mon service, portant dans la même région une nouvelle tumeur qui s’était développée dans l’épaisseur de la vaginale.

Le 5 août, en présence des élèves qui, un an auparavant, avaient été témoins des accidents occasionnés chez ce malade par l’emploi du chloroforme, je fis par la saphène interne gauche, à l’aide de mon appareil à transfusion, une injection (lo chloral (12 gr. chloral, 120 gr. eau). La durée de l’injection fut de sept minutes. L’insensibilité la plus absolue fut obtenue; elle se maintint depuis neu/heures du malin jusqu’à imM. L’opération dura trois quarts d’heure. Pendant tout ce temps, le malade ressemblait à un cadavre qui respire et chez lequel la circulation continue.

Je dois signaler comme particularité importante de l’opération la ligature en masse du cordon, dont l’extrémité, sectionnée lors de la première opération, s’était confondue avec la tumeur de la vaginale.

A midi, la sensibilité commença à reparaître, mais le malade resta plongé dans un sommeil calme qui se prolongea jusqu’au lendemain.

Le lendemain, toute trace de l’injection avait disparu, et les phénomènes consécutifs à l’opération ayant été annihilés par le sommeil chloralique, le malade se trouvait dans l’état le plus normal.

Ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Le dixième jour, j’exerçai quelques tractions sur la ligature en masse. Le malade ressentit à la suite de cette manœuvre des douleurs extrêmement aiguës. Des accidents tétaniques se montrèrent presque aussitôt ; ils suivirent une marche si rapide, que la mort arriva le lendemain.

L’examen de la veine saphène interne piquée pour l’injection fut fait devant M. le baron Larrey et M. Leconte, médecin principal de l’hôpital militaire, qui me faisaient l’honneur d’assister, ce jour-là, à ma visite.

Ces habiles chirurgiens ont constaté que la paroi interne de la saphène piquée n’offrait pas la moindre altération et que le sang y était absolument liquide.

Cherchant à me rendre compte des circonstances qui avaient pu amener le développement du tétanos chez un malade, qui, pendant les dix premiers jours, semblait marcher à une guérison rapide, M. Larrey me rappela que son père avait vu souvent cette complication terrible se montrer à la suite de la castration, lorsqu’au lieu de lier séparément certains éléments du cordon, on avait eu recours à la ligature en masse.

On verra plus loin que, chez un autre malade qui a subi la même opération, j’ai dû me féliciter d’avoir suivi les conseils qui me furent donnés dans cette circonstance.

Cinquième observation.

Clinique de la ville. — MM. Deneffe et Van Wetter

Tumeur cancéreuse du sein droit. — Injection intra-veineuse de chloral. — Anesthésie. — Extirpation. — Récidive.

Le samedi 8 août, avec l’aide de MM. les D” Van Steenberge, d’Hautein, Saint-Lievin et Dooreman, d’Oordeghem, nous opérâmes d’un cancer du sein droit, Sophie Van H..., de Schelde* windeke, âgée de quarante-six ans.

A 3 h. 45 m. de l’après-midi, Sophie se coucha sur la table d’opération, la poitrine et le ventre découverts, afin que le jeu de la respiration pût être facilement suivi. Tous les cordons et rubans qui pouvaient exercer une certaine compression furent dénoués. A 3h. 47 m., le trocart capillaire enveloppé de sa canule d’or est plongé dans la veine médiane basilique gauche Quand nous pensons être dans la veine, nous retirons le trocart, le sang jaillit aussitôt de la canule, la bande circulaire placée audessus du coude est enlevée et la seringue, chargée d’une solution de chloral au quart (10 gr de chloral pour 30 gr. d’eau), est adaptée à la canule etp’injection commence aussitôt.

A 3 h. 48 m., 50 cent, de chloral ont pénétré.

A 3 h 49 m., 1 gr.

A 3 h. 50 m. 15 s., 2 gr.

A 3 h. 50 m. 48’s.,|2 gr. 50 cent.

Rien de particulier ne se produit dans l’état de la patiente. Nous lui demandons : Que ressentez-vous? Il me semble, répondelle, que je vais m’évanouir. Au même instant, M. Van Steenberge, qui tenait le pouls, nous dit : Tout va bien, pouls régu-

lier, normal. L’expression de la figure de la malade était bonne. Nous poursuivons l’injection.

A 8 h. 51 m.,3gr.

A 3 h. 52 m. 50 s., 3 gr. 50 cent.

Nous demandons à la femme : Que sentez-vous ? Elle répond par un bredouillement inintelligible.

A 3 h. 53 m. 58 s , 4 gr.

Nous interrogeons la malade, elle ne répond plus, elle n’entend plus, elle gît là immobile comme un cadavre. L'insensibilité est complète sur toute la surface du corps, mais le globe oculaire perçoit encore très légèrement.

A 3 h. 54 m. 49 s., nous sommes à 4 gr. 50 cent.

Les globes oculaires sont insensibles, l’opération commence immédiatement.

Tout le sein, le grand pectoral et des ganglions axillaires sont emportés ; une hémorrhagie grave que nous devons arrêter par la cautérisation au fer rouge plusieurs fois répétée vient enrayer la marche de l’opération.

Il était 5 heures quand la malade complètement pansée fut remise au lit.

La manœuvre opératoire avait duré 1 heure à peu près. Pendant les quinze premières minutes, l’anesthésie fut complète ; on opérait comme sur un cadavre ; mais après survinrent des plaintes et des mouvements réflexes. Le sommeil restait pourtant très profond et il se continua jusque vers sept heures. A partir de ce moment, la patiente se réveillait de temps en temps pour demander à boire, sa soif paraissait très vive ; la malade ne reconnaissait personne, à peine avait-elle bu qu’elle retombait dans un sommeil de plomb.

Cette situation se prolongea jusque vers trois heures du matin ; à ce moment, l’opérée reprit possession d’elle-même.

La sensibilité se réveilla peu à peu, mais ce ne fut que le dimanche, dans l’après-midi, c’est-à-dire à peu près 24 heures après l’opération, qu’elle fut complète ; dès ce moment, la malade ressentit et accusa des douleurs dans la vaste plaie que l’opération avait produite.

La première urine expulsée par la malade était limpide. MM. Van Steenberge et Dooreman n’y découvrirent aucune trace de sang.

Pendant toute la durée de l’injection et pendant l’opération, la respiration et la circulation restèrent physiologiques, seulement le pouls avait faibli.

Pas la moindre trace d’irritation ne se produisit du côté de la veine piquée. Ni phlébite ni caillots.

Ainsi donc, en 8 minutes, une injection de 4 gr. 50 cent de chloral produit une anesthésie absolue qui a duré 15 minutes, puis la sensibilité s’est peu à peu réveillée, mais 24 heures se

sont écoulées avant que la patiente ait senti qu’elle avait une

^ Le sommeil s’est prolongé pendant 11 heures. — MM. Deneffe et Van Wetter espéraient la guérison de celte opérée; malheureusement, une lettre de M. le docteur Van Steenberge leur apprit que le cancer avait récidivé et marchait avec une effrayante rapidité.

Sixiciuc observation.

Gm:QUE DE LA VILLE. — MM. Deneffe et Van Wetter.

Tumeur cancéreuse du sein droit. — Anesthésie par injection intra-veineuse de chloral.

M"''veuve G..âgée de soixante et onze ans, est atteinte depuis plusieurs mois d’un cancer qui envahit la région externe du sein droit. Inquiète des douleurs lancinantes qu’elle ressent en ce point, elle nous demande une opération radicale, et le samedi 5 septembre, accompagné de nos honorables amis, MM. les docteurs Bouqué, chef de clinique chirurgicale; Leboucq, chef des travaux anatomiques, et de Lorge, nous nous rendîmes chez elle.

A5 h. 15 m. de l’après-midi, madame G... se plaça sur la table d’opération. Une bande circulaire est serrée au-dessus du coude droit. Nous aurions souhaité ponctionner une des grosses veines du bras, mais notre patiente était si chargée de graisse qu’il nous fut impossible de les distinguer, et force nous fut de plonger le trocart dans une des médianes, à trois travers de doigt au-dessus du poignet. La veine était bien petite ; à peine plus large que le trocart, elle était très superficielle, mais tout marcha bien, malgré ces conditions que nous avions un moment crues défavorables.

Il était 5 h. 18 m. quand le trocart fut retiré : un jet de sang qui s écoula par la canule, nous montra que nous étions bien dans la veine ; la bande circulaire est enlevée et la seringue, armee de la pièce intermédiaire, est appliquée sur la canule. Le ^ A I quart. L’injection commence aussitôt.

A 5 h. 19 m., 1 gr. de chloral injecté. Pouls 25

A 5 h. 19 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls, 25.

A 5 h. 20 m., 2gr. Pouls, 25.

A 5 h. 20 m. 30 s., 2.50 gr. Pouls, 23.

A 5 h. 21 m., 3 gr. Pouls,24.

A ^ t’ malade bâille. Pouls, 24.

rasseyes Pouls',24.Prolongé; réponses embar-

A 5 h. 22 in. 30 s., 4.50 gr. Pouls, 24.

A 5 h. 23 m., 5 gi*. Les yeux sont fermés, bâillements; la patiente ne répond plus aux questions Pouls, 25.

A 5 h. 23 m. 30 s., 5 50 gr. Pouls, 24.

A 5 h. 24 m., 5.75 gr. Pouls, 24.

A ce moment l’anesthésie est complète, les globes oculaires sont insensibles, le sommeil est profond. L’injection avait duré 6 minutes.

A5 h. 27 m., l’opération commence, nous combinons l’emploi de l’écraseur à celui du bistouri.

A 5 h. 50 m., les points de suture sont placés. A 6 h., le pansement est terminé et la malade est remise au lit.

L’anesthésie avait été absolue, et l’opération se pratiqua tout entière au milieu d’une insensibilité et d’un calme pareils à celui d’un cadavre.

Vers 5 h. 50 m., la patiente percevait quelque sensation quand on passait et fermait les points de sutures. Sensation très vague assurément.

Vers 6 h. la sensibilité était revenue et la vieille dame, sortie spontanément du sommeil chloralique, commençait à reconnaître les personnes qui l’entouraient.

La malade dormit paisiblement pendant toute la nuit, l’urine qu’elle rendit après l’opération était limpide.

La veine piquée ne fut le siège d’aucune irritation. Ni phlébite ni caillots.

Les suites de notre opération furent aussi heureuses que possible et amenèrent la guérison de notre vieille malade.

üi^eptième oliiscrvation.

Clinique de la ville. — MM. Deneffe et Van Wetter

Tumeurs adénoïdes du sein gauche. — Anesthésie par injection intra-veineuse de chloral.

Mademoiselle M..., âgée de vingt et un ans, porte depuis une année, à la partie externe du sein gauche, deux petites tumeurs dures, isoléés l’une de l’autre, ayant dans leur ensemble le volume d’un petit œuf de poule. Nous les considérons comme des sarcomes adénoïdes, l’examen microscopique fait par M. le D" Leboucq nous a fait connaître leur véritable nature. Celte jeune demoiselle, désirant être débarrassée d’une affection qui l’inquiète, nous nous rendons chez elle, le vendredi 11 septembre, accompagnés de nos amis MM. les D" de Lorge, Bouqué et Leboucq.

Nous tenons à remercier publiquement ces honorables con-

frères qui ont désiré partager avec nous la responsabilité de tentatives qui nous auraient été cruellement reprochées à tous, si le succès le plus complet ne les avait couronnées, à Gand comme à Bordeaux.

A 4 h. 57 m. de relevée, la demoisel'e se couche sur la table d’opération, une bande circulaire est serrée au-dessous du coude droit, le pouls bat à 27 au quart.

A 4 h. 59 m., ponction de la médiane céphalique ; un jet de sang s’échappe par la canule dès que le trocart est retiré, nous sommes donc bien dans la veine. La bande est enlevée; la seringue, armée de sa pièce intermédiaire et remplie d’une solution de chloral au quart, est articulée avec la canule restée dans la veine et l’injection commence.

A 5 h., injection de 0.50 centigr. de chloral. Pouls, 27.

A 5 h. 30 s., 1 gr. Pouls, 24.

A 5 h. 1 m., 1.50 gr. Pouls,26.

A 5 h. 1 ra. 30 s., 2 gr. Pouls,28.

A 5 h. 2 m., 2.50 gr. Pouls, 27.

A 5 h. 2 m. 30 s., 3 gr. Pouls, 26.

A 5 h. 3 m., 3.50 gr. Pouls, 26

A 5 h. 3 m. 25 s., 4 gr. Pouls, 25.

A 5 h 4 m , 4.50 gr. Pouls, 22.

La parole, jusque-là bien claire, s’embrouille et se ralentit.

A 5 h 4 m. 30 s., injection de 5 gr.. Pouls, 22.

A 5 h. 5 m., 5.50 gr. Pouls, 24.

La patiente ne répond plus aux questions qui lui sont adressées, toute la surface du corps est insensible, mais les cornées sentent encore le contact du doigt.

A 5 h. 5 m. 30 s , injection de 5.75 gr. Pouls, 25.

A 5 h. 6 m., 6 gr. Pouls,24.

La patiente dort profondément et paisiblement, la respiration est physiologique; bien que l’anesthésie existe à un haut degré sur toute la surface du corps, les cornées sentent encore, mais très faiblement, le contact du doigt.

A 5 h 8 m., nous avons injecté 6.25 gr. Pouls, 28.

L’anesthésie est absolue, les cornées sont insensibles, la canule est enlevée de la veine ; à 5 h. 9 m., l’opération commence. Nous combinons encore, pour extraire les tumeurs, l’emploi du bistouri à celui de l’écraseur. A 5 h. 12 m., le dernier fragment de la tumeur est emporté, les points de suture sont immédiatement placés, mais ne sont serrés qu’à 5 h 30 m , quand nous sommes assurés qu’il ne se produira plus d’hémorrhagie.

A 5 h. 45 m., la jeune fille est remise au lit, le pansement est termine. Le pouls est à 24.

La sensibilité revient doucement, la malade est réveillée et nous reconnaît.

Ainsi, en 8 minutes, une injection de 6.25 gr. de chloral a produit une anesthésie absolue qui a duré pendant 16 m., et nous a permis d’opérer comme sur le cadavre. Un peu d’irrégularité du pouls, une légère accélération de la respiration, tels sont les seuls phénomènes anormaux que nous remarquâmes pendant l’opération.

Remise au lit, la jeune fille s’endormit jusqu’au lendemain vers 3 h. du matin ; elle se réveilla alors, ayant pleine possession de son intelligence; sa sensibilité était parfaite. L’urine qu’elle rendit était limpide

La veine piquée ne fut le siège d’aucune irritation. Ni phlébite ni caillots.

La réunion de la plaie se fit par première intention et le 20 septembre, dix jours après l’opération, la demoiselle fit une promenade en ville et reprit quelques jours après ses occupations. Elle est complètement guérie.

Haitième obserTatloii.

Clinique de la ville. — MM. Deneffe et Van Wetter

Abcès du sinus ischio-rectal droit. — Décollement. — Trajets

fistuleux. — Suppuration longue. — Injection intra-veineuse.

— Anesthésie.

Madame G..., âgée de vingt-deux ans, atteinte d’un abcès du sinus ischio-rectal droit, s’était confiée aux soins d’un médecin fort habile, M. le D' Tysebaert. Notre honoré confrère, voyant échouer le traitement très rationnel qu’il avait établi, fit comprendre à madame C... que ftieure d’une opération radicale était arrivée. Ayant pris connaissance de tous les documents relatifs aux injections veineuses de chloral et appréciant à leur juste valeur les objections faites à la méthode de M. Oré, M. le D"' Tysebaert nous pria de venir l’aider dans l’opération qu'il avait décidée et d’anesthésier tout d’abord ta patiente, en lui injectant une solution de chloral dans les veines.

Heureux de conquérir à la nouvelle méthode le suffrage d’un con rère aussi bien éclairé que M. le D'' Tysebaert, nous déférâmes avec empressement à la demande qu’il nous adressait.

Le vendredi 25 septembre, accompagnés de MM. les D" Tysebaert et Bouqué, no’is nous rendons chez la malade à 5 h. de relevée.

A 5 h. 14 m., madame G... se plaça sur la table d’opération. Quelques moments auparavant le pouls battait à 27 au quart. Mais la malade, fort impressionnable, est très effrayée, et son pouls bat à 32. Une bande circulaire est placée au-dessus du coude gauche.

A 5 h. 15 m., ponction de la médiane céphalique. Le trocart étant retiré, un jet de sang s’échappe par la canule ; nous enlevons la bande et nous adaptons à la canule la seringue armée de la pièce intermédiaire et chargée d’une solution de chloral au quart, préparée, cette fois comme toutes les autres, par notre ami M. le pharmacien L. Begein.

L’injection commence aussitôt.

A 5 h. 16 m., 1 gr. de chloral. Pouls, 32.

A 5 h. 16 m. 30 s., 2 gr. Pouls, 32.

Un peu de toux spasmodique se produit.

A 5 h. 19 m., 2.50 gr. Pouls,31.

A 5 h. 19 m. 30 s., 3 gr. Pouls, 30.

A 5 h. 20 m., 3.50 gr. Pouls, 30.

A 5 h. 20 m. 30 s., 4 gr. Pouls, 30.

La toux reparaît plus intense.

A 5 h. 21 m., 4.50 gr. Pouls,30.

A 5 h. 22 m., 5 gr. Pouls, 28.

La toux diminue de violence. La malade dort, l’anesthésie commence à s’accentuer.

A 5 h. 23 m., 5.50 gr. Pouls, 28.

A 5 h. 24 m., 6 gr. Pouls, 28.

L’injection a duré 8 minutes et demie. Le sommeil est profond. La toux a disparu, le pouls a faibli, mais il est régulier, la respiration est normale. L’anesthésie est absolue, les cornées sont insensibles.

L’opération commence aussitôt.

A 5 h. 28 m., l’opération est terminée, l’abcès est largement ouvert, tous les trajets fistuleux sont mis à jour, tous les clapiers sont incisés. Le pansement commence aussitôt et la malade est remise au lit.

A 5 h. 48 m., le pouls est à 28, l’anesthésie est encore absolue, les cornées restent insensibles, la malade dort profondément.

A 5 h. 56 m., les cornées commencent à sentir le contact du doigt, quelques mouvements réflexes se produisent, la malade dort profondément.

A 7 h. et demie, madame G... reprend connaissance, elle reconnaît ceux qui l’entourent; elle a soif; après avoir bu, elle se rendort immédiatement. Jusqu’au lendemain, samedi, à midi, la patiente^ dort profondément, se réveillant de temps en temps pour boire. Ce n est qu’à partir de ce moment, dix-neuf heures après 1 opération, que madame G... déclare avoir repris possession complète d’elle-même, qu’elle dit se sentir bien éveillée. Ge n est qu’à partir de ce moment qu’elle sentit sa plaie

Ainsi l’injection veineuse de 6 gr. de chloral faite en 8 minutes et demie a produit une anesthésie absolue pendant 32 m. un sommeil profond et une insensibilité de la plaie pendant 19 h.

La pi ornière urine rendue par la patiente ne renfermait pas

de sang. Aucune irritation ne sVst manifestée du .côté de la veine piquée. Ni phlébite ni caillots.

L’opérée est en voie de guérison.

fVenvlème observation.

Hôpital Saint-André. — Service de M. Oré

Ablation d'un enehondrôme du deuxième orteil droit. — Anesthésie ehloralique.

Le 22 août 1874, je confiai à mon ami le Dr Poinsot, chef interne de l’hôpital Saint-André, le soin de débarrasser un homme de quarante-deux ans d’un enehondrôme qu’il portait au deuxième orteil droit.

Cet homme avait été placé dans mon service (salle 10, lit 13).

Prenant sous ma responsabilité toutes les conséquences de l’opération, M. Poinsot ponctionna une des veines radiales, et après s’être assuré que la canule était bien dans le vaisseau, il commença à injecter la solution de chloral (10 gr. chloral, eau, 50 — solution au 60 ) à 9 h. 45 m.

9 h. 48, c’est-à-dire trois minutes après, la moitié du liquide contenu dans la seringue est passée dans le sang.

9 h. 49 m. Le pouls monte à 100.

9 h. 50 m. Le malade accuse une tendance au sommeil; on finit de pousser le liquide contenu dans la seringue.

9 h. 51 m. La seringue étant de nouveau remplie, on recommence l’injection ; le pouls demeure fixe.

9 h. 51 m. et demie. Le malade déclare qu’il voit passer un brouillard devant ses yeux. La parole devient embarrassée.

On continue à pousser lentement l’injection. A 9 h. 53 m. et demie, la seconde seringue est vide.

9 h. 54 m. La seringue étant chargée de nouveau, on recommence l’injection. Le pouls est à 104 ; face congestionnée ; les paupières s’abaissent ; la sensibilité de la cornée, si elle n’a pas disparu complètement, est cependant très émoussée ; respiration régulière.

9 h. 56. La sensibilité de la cornée étant presque éteinte, on juge convenable d’arrêter l’injection.

On enlève alors la canule delà veine.

L’air expiré ne présente pas l’odeur du chloroforme ; la durée totale de l’injection a été de diAr minutes. L’anesthésie étant complète, on procède à l’opération. On pose d’abord l’appareil d’Esmarch.

L’opération a duré 5 minutes. 6 gr. de chloral ont produit «ne insensibilité complète qui a duré de 10 à 12 minutes ; le ma-

lade se réveilla spontanément, mais resta somnolent pendant toute la journée. . , . ■ -n

On ne constata après l’opération ni phlébite, ni caillots, ni hématurie. ^ ,

Si l’anesthésie n’a pas été de très longue durée (dix a douze minutes), c’est que la dose de chloral injectée (6 gr.) a été relativement faible, eu égard à la taille très élevée du malade.

Dixième observation.

Hôpital Saint-André. — Service de M. Oré

Ophthalmie sympathique de l’œil droit, provoquée par des lésions inttammatoires de l’œil gauche opéré de cataracte il y a trois ans. — Anesthésie chloralique. — Enucléation de l’œil gauche.

Le 5 septembre 1874, un homme de soixante-huit ans ptre dans mon service (salle des petits payants). Je constate à son arrivée à l’œil gauche une kérato-conjonctivite chronique, survenue à la suite d’une opération de cataracte faite, il y a trois ans, et qui n’a pas réussi.

Depuis deux ans, l’œil est devenu le siège d’une ophthalmie sympathique qui fatigue beaucoup le malade, et contre la ,uelle des traitements nombreux ont été vainement dirigés. Je me décide à proposer au malade de lui faire l’énucléation de l’œil gauche et je confie à M. le Poinsot le soin de pratiquer cette opération, après avoir anesthésié le malade à l’aide d’une injection de chloral.

En uey/minutes, 6 gr. de chloral furent injectés ; à la septième minute, l’anesthésie commença ; elle était complète à la neuvième.

L’opération fut rapidement faite. Une fois terminée, le sommeil dura vingt minutes ; le malade se réveilla alors pour retomber bientôt dans un sommeil paisible qui dura 3 heures.

Ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Onzième obiservatiou.

Hôpital Saint-André. — Service de M. OaÉ

Cataracte dure à l’œil droit. — Opération par la méthode de de Graeffe. — Bronchite chronique — Anesthésie par l’injection intra-veineuse.

Le sujet de cette observation est un vieillard de soixantequatorze ans, porteur d’une cataracte dure à l’œil droit. Il est

atteint, en outre, d’une bronchite chronique avec emphysème pulmonaire, s’accompagnant d'un peu de dyspnée habituelle, d’une expectoration abondante de-crachats muqueux, épais, jaunâtres. A la percussion, on trouve une sonorité généralement exagérée. L’auscultation révèle l’existence de râles muqueux dans presque toute l’étendue de la poitrine, surtout en arrière et à la base.

Le malade est couché au lit 23 de la salle 10.

Le 15 septembre, M. le D'' Poinsot, à qui j’avais confié le soin de pratiquer l’opération, se décida à la faire; mais afin de s’assurer de fimmobilité complète du malade, il lui pratiqua une injection de chloral dans les veines La solution, titrée au 6* (10 gr. sur 50 gr. d’eau), fut injectée par la médiane basilique gauche

A 8 h. 6 m., le pouls marque 74 pulsations ; la respiration est régulière ; injection de 50 cent, de chloral.

8 h. 7 m., 1 gr,

8 h. 8 m., 1 gr, 50 cent.

8 h 10 m., 3 gr.

8 h. 12 m , 4 gr.

A ce moment, le malade accuse un certain embarras dans la parole ; le pouls est à 84.

8 h. 13 m., 4 gr. 50 cent.

8 h 14 m., 5 gr. Pouls, 88.

8 h. 16m., 6 gr.

8 h. 17 m., 7 gr. 50 cent.

8 h. 21 m., 9 gr.

A la suite des dernières doses de chloral, le pouls a présenté quelques irrégularités, mais la respiration est toujours restée facile.

L’anesthésie absolue, complète, cadavérique, a duré vingt minutes au moins, suivie d’un retour lent à la sensibilité et, par suite, d’un état dans lequel la sensibilité, suffisamment émoussée, s’accompagnait d’un sommeil profond qui a duré jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Le malade a quitté l’hôpital huit jours après l’opération. La vision du côté opéré était aussi complète qu’il était possible de l’espérer ; du côté du bras, il ne restait aucune trace de f injection Ce malade offre un intérêt d’autant plus grand, qu’il était emphysémateux et que f état des voies respiratoires eût certainement contre-indiqué le chloroforme.

Cette observation renferme donc un double succès; r Succès pour la méthode d’anesthésie par l’injection intra-veineuse de chloral ;

2° Succès pour le malade, qui a retiré de l’opération, habilement faite, tout ce qu’il pouvait espérer. Ceci n’a pas empêché M. Fano de dire dans son Journal d'oculistique et de chirurgie : « Est-il rationnel, s’écrie M. Fano, de soumettre à de pareilles expérimentations un sujet auquel il s’agit^ de faire une opération de cataracte, comme cela a été exécuté à Bordeaux? Je lisais dernièrement dans un journal de médecine qu’un de nos confrères de Paris, ayant pratiqué dans les îles Britanniques une injection dans le système veineux d’un chien pour démontrer les effets pernicieux de l’absinthe, a été traduit devant un tribunal par la Société anglaise protectrice des animaux, et que, tout en échappant à une condamnation, le tribunal de Norwich avait blâmé sa conduite. S'il existait une Société protectrice des hommes,

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