‹ Le chloral et la médication intraveineuseChapitre 16 sur 29 · Respiration légèrement · texte numérisé non relu

Respiration légèrement

La sensibilité nous paraît suffisamment émoussée. Nous laissons écouler 6 minutes pour permettre au chloral de compléter ses effets.

8 h. 34 m. L’opération commence.

8 h. 50 m. Le dernier point de suture est placé ; l’opération est terminée. Température, 36® 1 /2.

Dans ce cas, nous n’avons pas cru devoir pousser l’anesthésie jusqu’à l’insensibilité absolue des cornées ; chez un homme aussi robuste que celui qui fait l’objet de cette observation, la dose de chloral aurait dû être plus considérable si l’on eût voulu atteindre le but, l’homme supportant beaucoup mieux le chloral que la femme.

Le malade divaguait pendant l’opération, mais il restait immobile; la face était agitée par des contractions l’éflexes. Il n’a pas complètement perdu connaissance. Remis au lit, il a dormi jusqu’à 2 h. de l’après-midi, se réveillant de temps en temps. A son réveil, il nous déclare avoir eu conscience de l’opération qu’il subissait; il se rendait compte des incisions que nous pratiquions, des points de suture que nous placions, mais ni ces incisions, ni ces points de suture ne réveillaient de souffrance.

Aucun accident n’a compliqué cette opération. Ni phlébite, ni caillots, ni hématurie. Le procédé de Dieffenbach a pleinement réussi, notre malade est guéri de son ectropion.

Qainzième oliflcrvatlon.

Clinique de l\ ville. — MM. Denefie et Van Wetter

Cataracte lenticulaire double. — Insuccès du chloroforme dans une première opération. — Anesthésie chloralique complète.

Il y a quatre ans, nous nous rendîmes à Zèle pour y opérer d’un cancer du sein droit M“« R..., âgée de soixante ans. Nous pratiquâmes cette opération avec nos honorables confrères, MM. Rubens, de Zèle, et Van Brabandt, d’Eecloo. Nous cherchâmes tout d’abord à anesthésier la patiente au moyen des inhalations de chloroforme ; nos tentatives échouèrent complètement : la malade resta absolument réfractaire à l’action de cet agent ; l’insensibilité ne se produisit à aucun degré : fait étrange et dont nous restions tous frappés. A quoi tenait-il? Le chloroforme dont nous nous sommes servis était-il altéré ? Mais il provenait de trois sources : nous en avions apporté de Gand, M. Van Brabandt en apportait d’Eecloo, et M. Rubens nous fournit celui de sa pharmacie. Quand le chloroforme de Gand fut épuisé, on employa celui d’Eecloo, puis celui de Zèle. Ces trois liquides ne nous ont paru rien laisser à désirer. Les inhalations ont-elles été continuées assez longtemps ? Nous les avons prolongées pendant 2 h. La ch'oroformisation a-t-elle été bien faite ? Nous l’avons pratiquée comme nous la faisons d’habitude, au moyen d’une éponge enveloppée dans un cornet de papier fort, ou dans une compresse. Ce procédé nous réussit toujours. Cette fois, il échoua complètement et la patiente dut être opérée alors qu’elle jouissait encore de toute sa sensibilité.

Quatre ans se sont passés. M”® R... nous est revenue ; elle est manifestement en proie à la diathèse cancéreuse, dont la cause réside dans quelque organe interne, nous le croyons bien. La bonne dame est aveugle, et c’est là ce qui l’amène auprès de nous. Elle voudrait voir encore. Elle est atteinte à chaque œil d’une cataracte lenticulaire dure, complète, dont nous lui proposons l’extraction. Une seule chose l’arrête dans la décision de se laisser opérer : elle craint de souffrir et elle sait par expérience qu’elle ne peut compter sur le chloroforme. Nous la rassurons en lui faisant entrevoir qu’un autre moyen pourra la rendre insensible. C’était une magnifique occasion d’établir, sur la même personne, un parallèle entre l’anesthésie par inhalation et l’anesthésie par injection intra-veineuse.

Nous allions constater sur le même sujet la puissance des deux méthodes.

Le lundi 23 novembre, nous nous rendîmes auprès de M™® R..., en ce moment à Gand, chez sa fille ; nous étions accompagnés de notre honorable ami, M. le D'' Van Wesemael.

A 11 h. 49 m. Ponction de la médiane basilique droite. Pouls, 24 au quart.

11 h. 49 m. 30 s., 0.50 centigr. de chloral ont pénétré.

11 h. 50 m., 1 gr. Pouls, 24.

11 h. 51 m., 1.50 gr. Pouls, 25.

11 h. 52 m. 15 s., 2 gr. Pouls, 25.

11 h. 53 m., 2.50 gr. Pouls, 25.

11 h. 53 m. 30 s., 3 gr. Pouls, 25.

11 h. 54 m. 15 s., 3.5^0 gr. Pouls, 24.

11 h. 55 m. 30 s., 4 gr. Langue s’embarrasse. Pouls, 24,

11 h. 56 m., 4.50 gr. Pools, 24.

11 h. 56 m. 30 s., 5 gr. Sommeil commence. Pouls, 24.

11 h 57 m., 5.50 gr Pouls, 24.

11 h. 58 m. 15 s., 6 gr. Dort profondément. Pouls, 24.

11 h. 58 m. 30 s., 6.50 gr. Anesthésie des cornées commence. Pouls, 24.

11 h. 59 m., 7 gr. Pouls, 24.

11 h. 59 m. 30 s , 7.50 gr. Anesthésie cornéenne presque complète. Pouls, 24.

12 h. 1 m., 7.75 gr. Anesthésie cornéenne complète. Pouls, 24.

12 h. 1 m. 45 s., 8 gr. Pouls, 24.

L’anesthésie est absolue, la respiration est physiologique, le sommeil calme, le pouls régulier.

A 12 h. 4 m., l’opération commence; nous extrayons les deux cristallins par la méthode de Von Graeffe. A12 h. 5 m. 30 s., l’opération est terminée.

12 h. 5 m. Pouls, 24 au quart.

12 h. 7 m. Pouls, 24.

12 h. 10 m. Pouls, 26.

12 h. 12 m. Pouls, 19.

Le pansement est fait : il consiste en un mince gâteau de charpie sur chaque œil, une légère couche d’ouate et une bande.

A midi 16 m., on pique le lobule de l’oreille gauche ; mouvements réflexes légers dans le bras correspondant La sensibilité renaît A 12 h. 40 m., la patiente est éveillée et parle; elle reste dans cet état pendant plus d’une heure, puis se rendort pendant une heure et demie ; le réveil est alors définitif.

A 4 h., nous visitons la malade : elle est parfaitement éveillée. Pouls à 20 au quart ; on nous montre les urines expulsées par M"”® R... ; elles sont limpides.

A 9 h. du soir, le pouls est à 20. Tout va bien. La malade passe une bonne nuit.

Ainsi donc, en 12 m. et 45 s., 8 gr. de chloral injectés dans les veines de cette dame, si rebelle à l’action du chloroforme.

ont produit une anesthésie absolue qui a duré 15 m. Tout commentaire nous paraît superflu.

L’insensibilité de l’œil était absolue : nous opérâmes comme sur un cadavre Le sommeil se produisit au milieu du calme le plus parfait; rien ne le troubla, ni nausées, ni vomissements, ni période d’excitation ; la respiration resta toujours normale.

Les suites de l’opération furent des plus heureuses : notre malade retrouvera ses deux yeux.

Le lendemain de l’extraction des cataractes, R... était levée quand nous vînmes la visiter ; la veine piquée ne fut le siège d’aucune irritation.

Pendant les 24 premières heures qui suivirent l’opération, la malade se trouvait dans un état de somnolence qui fut remarqué par toutes les personnes de sa famille.

treizième observation.

Clinique de la ville. — M.VI. Deneffe et Van Wetter.

Cataracte double. — Opération par la méthode de Van Graeffe modifiée. — Anesthésie par le chloral.

Le 4 décembre 1874, nous nous rendons au Refuge Notre-

Dame, où^nous trouvons M”"® Sophie C., de Deulémont

(France), âgée de soixante-six ans, accompagnée de son médecin, M. le D" Marhomme fils, de Warneton. Cette dame est atteinte aux deux yeux de cataracte lenticulaire dure, incomplète à gauche, à peu près complète à droite. L’opération étant sollicitée par la malade, nous opérons l’œil droit avec l’aide de M. le docteur Van Wesemael et en présence de MM. Soupart et Bouqué.

10 h. 87 m. Le pouls bat à 22 au quart.

10 h. 41 m. Ponction de la médiane céphalique droite.

10 h. 41 m. 30 s., 0.50 centigr. de chroral ont pénétré.

10 h- 42 m., 1 gr.

10 h. 42 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls, 18au”quart.

10 h. 43 m., 2 gr.

10 h. 43 m. 30 s., 2.50 gr. Pouls, 12.

10 h. 45 m., 2.50 gr. Pouls, 11. Paroles délirantes.

10 h. 46 m., 4 gr.

10 h. 46 m. 30 s., 4.50 gr. Pouls, 11. Toux.

10 h. 47 m., 5 gr. Pouls, 15.

10 h. 48 m. 5.25gr. Pouls, 15.

10 h. 48m. 30 s., 5.50 gr. Sommeil commence.

10 h. 49 m., 5.75 gr. Pouls, 18.

10 h. 50 m., 6 gr. Sommeil profond.

10 h. 51 m., 6.25 gr. Anesthésie cornéenne s’accentue.

10 h. 51 m. 30 s., 6.50 gr.

10 h. 52 m., 6.75 gr. Pouls, 18. L’anesthésie cornéenne est absolue.

A 10 h. 52 m. 30s., l’opération commence; elle est pratiquée par le procédé de Von Graeffe, mais modifié.

A 10 h. 54 m., l’opération était terminée, le pouls battait à 17 au quart.

10 h. 58 m. Pouls à 14.

11 h. 6 m. Pouls à 18.

11 h. 15 m. Pouls à 16 L’anesthésie est encore absolue.

^ 11 h. 25 m. M. le docteur Bouqué pique les tragus ; quelques légers mouvements réflexes se produisent.

Nous faisons immédiatement le pansement : nous remettons la malade au lit et nous nous retirons. Elle dormait profondément.

A midi, G... se réveille et adresse à M. le docteur Marhomme quelques paroles incohérentes, puis se rendort. Elle dort pendant toute l’après-midi.Nous la visitons à 7 heures du soir ; le pouls est à 20 au quart, le sommeil est profond. Nous interrogeons la patiente ; elle nous répond avec lucidité, mais se rendort immédiatement. Elle dort ainsi jusqu’à minuit. A ce moment, le réveil est déünitif.

Vers minuit, G... lâche pour la première fois des urines fort limpides.

Ainsi, donc, l’injection de 6. 75 gr. de chloral, faite en 11 minutes, produit une anesthésie absolue qui a duré 33 minutes et un sommeil profond accompagné d’une sensibilité très obtuse pendant 13 heures.

L’opération s’est faite comme sur le cadavre ; l’anesthésie de l’œil était absolue ; rien ne vint troubler la manœuvre opératoire, ni sensibilité, ni mouvements réflexes, ni nausées, ni vomissements, ni agitation.

Les suites de l’opération furent des plus heureuses ; ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Quant à l’extraction de la cataracte, ses résultats sont des plus beaux ; le succès est complet.

Dix-septième oliservation.

Hôpital civil de Gand. — MM. Deneffe et Van Wetter

Tumeur de la conjonctive droite. — Extirpation. — Anesthésie chloralique.

Le lundi 7 décembre, nous opérons, à la clinique ophthalmologique, la nommée Marie Van Overbeke, de Monscron, âgée de quarante ans. Cette personne nous est adiœssée par un de

nos anciens élèves, M. le docteur Vindevogel. Elle porte sur la partie supérieure de l’œil droit une tumeur de la grandeur d’une pièce d’un centime, partant du limbe cornéen de la conjonctive et s’étalant sur la moitié supérieure de la cornée, masquant la pupille d’une façon presque complète. Dure, bosselée, d’un aspect noirâtre, cette tumeur fait un relief de 2 a 3 milliinètres au-dessus de la conjonctive et de la cornée. Elle a débuté sans cau?e connue, depuis près de dix ans ; son développement a été très lent; elle ne fait pas souffrir la malade. L’aspect extérieur de la tumeur nous fait diagnostiquer un cancer mélanique de la conjonctive, sous la réserve toutefois de l’examen microscopique, qui sera confié aux soins de M. le docteur Leboucq. Il nous est impossible de fournir cette fois une description détaillée de l’opération ; l’injection n’a pas été faite avec la précision babituelle. Il y avait un peu de jour entre la pièce intermédiaire et la canule de la seringue sur l’extrémité de laquelle elle s’applique ; c’est là un résultat bien naturel de l’usure du métal assez tendre, l’argent, avec lequel ces pièces sont fabriquées. Cette altération de l’instrument nous avait échappé, et, tandis que nous pensions pousser goutte à goutte la solution de chloral dans la veine médiane basilique gauche, goutte à goutte le chloral tombait sous la table, filtrant, à notre insu, entre la pièce intermédiaire et la seringue. Nous avons employé toute Ja solution (hydrate de chloral, 10 gr. ; eau, 30 ; puis on ajoute quantité suffisante d’eau distillée pour faire 40 gr.).Mais il nous est difficile de dire ce qui s’en est perdu, ce qui a pénétré dans la veine. Nous croyons pourtant ne pas nous tromper de beaucoup en disant que nous avons injecté de 4 à 5 gr. de chloral. Au moment où l’injection se terminait, la patiente n’avait pas perdu connaissance, et nous pensions que l’anesthésie ne se produirait pas. Nous nous trompions. Pendant que nous préparions nos instruments, le chloral complétait ses effets, et la dissection de la tumeur, ainsi que la cautérisation par le perchlorure de fer de la portion conjonctivale et cornéenne sur laquelle elle s’insérait, se firent au milieu d’une anesthésie absolue. Pas une plainte, pas un mouvement réflexe ne se manifesta. L’opération fut rapidement terminée : rien ne vint enrayer sa marche. Les adhérences de la tumeur à la cornée et à la conjonctive n’étaient pas très solides ; après avoir emporté ce néoplasme par dissection, nous raclâmes, au moyen d’un petit couteau à tranchant très convexe, les points sur lesquels elle s’insérait, puis nous la cautérisâmes par le perchlorure de fer. L’anesthésie était complète, mais elle fut très courte ; elle ne dura pas dix minutes { à peine l’opération était-elle terminée que la malade se réveillait. On la remit au lit, elle se rendormit immédiatement pour se réveiller une heure après ; le réveil fut alors définitif.

Aucun accident ne suivit cette opération, ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

L’analyse de la tumeur fut faite par M. le docteur Leboucq. L’examen microscopique a démontré que nous nous trouvions en présence d’un sarcome, affection très dangereuse au point de vue de la récidive.

Les observations 13 et 14 offrent un grand intérêt ; d’abord parce qu’elles ont ajouté un double succès à l’anesthésie par la méthode des injections de chloral dans les veines, ensuite parce qu’elles ont été faites devant des chirurgiens habiles et devant un nombreux personnel d’élèves, à l’ouverture de la clinique oplithalmologique de FUniversité de Gand. C’est même la première fois que MM. les professeurs Deneffe et Van Wetter ont opéré à l’hôpital. Tous les autres malades soumis par eux à l’anesthésie chloralique appartenaient, ainsi que nous l’avons dit, à la clinique de la ville.

Parmi les chirurgiens qui voyaient pour la première fois produire l’anesthésie par l’injection de chloral dans les veines, se trouvaient MM. les professeurs Soupart et Burggraeve. Voici en quels termes M. Deneffe explique leur présence à cette opération ;

« Avant de suivre M. Oré dans son audacieuse ten- » taüve, nous avions consulté les maîtres éminents » qui nous ont guidé dans notre carrière chirurgicale » et aux conseils bienveillants desquels nous recourons » toujours avec bonheur quand l’enseignement ou la » pratique nous apportent leurs inévitables difficultés. » Cinq fois déjà la méthode du professeur français » avait réussi entre nos mains, et pourtant nous » n’avions pu rendre MM. Soupart et Burggraeve » témoins de ses magnifiques résultats. Le 14 octobre, » '.es cliniques universitaires se rouvrirent, nous les » conviâmes tous deux à l’opération que nous dési- » rions pratiquer sous leurs yeux. En 4 minutes » 25 secondes, la malade avait reçu dans les veines » 4 gr. de chloral et son insensibilité était absolue.» — (IS^ Observation.)

» La simplicité, la rapidité d’action de la nouvelle » méthode, son innocuité, sa supériorité sur l’anes- » thésie par inhalation frappèrent MM. Burggraeve et » Soupart. Assurément leur conviction n’était point » faite, mais ils en avaient assez vu pour croire que la » méthode de M. Oré était digne de l’attention des » chirurgiens et qu’elle méritait d’être soumise à l’ex- » périence clinique. Depuis ce moment ils ont bien » voulu nous charger d’anesthésier les malades qu’ils » allaient soumettre à quelque opération chirurgicale.

» Plus heureux que M. Oré, nous avons trouvé par- » tout un accueil sympathique, et nos études n’ont été » embarrassées ni par d’amères critiques, ni par une » surveillance haineuse.

» Nous avons trouvé le concours éclairé de nos » maîtres, les encouragements de nos confrères de » Gand, et, par-dessus tout, la bienveillante attention » d’une Académie qui a su placer la question sur son » véritable terrain : celui des faits.

» C’est au milieu de circonstances si favorables que », nous avons pu cinq fois encore, depuis votre dernière » réunion, expérimenter la méthode d’anesthésie de » M. Oré h »

C’est pour avoir été témoins de ces expériences et avoir constaté les effets produits par l’injection de chloral dans les veines que MM. les professeurs Soupart et Burggraeve n’ont pas hésité à y recourir, ainsi que le prouvent les observations suivantes :

Dix.-huitième observation.

Hôpital civil de Gand. — M. le professeur Süupart

Tumeur implantée sur la lèvre postérieure du col de l’utérus. — Anesthésie chloralique.

Pauline de Wilde, de Heusden, âgée de quarante ans, mariée et mère de deux enfants, porte sur la lèvre postérieure du col

1 Extrait du BuUclin de l'Académie royale de Médecine t. VIII 3rae série, no 1. • ’

de la matrice une voluniineuse excroissance en chou-fleur. Elle arrive à la clinique chirurgicale le 29 octobre, et M. le professeur Soupart se décide à enlever le col utérin par le cautère électrique.

Le 3 novembre, à 11 h. du matin, l’opération est pratiquée en présence de MM. les professeurs Burggraeve, Déchange, médecin en chef de l’armée. Van Wesemael, chirurgien en chef de l’hôpital, Cauterman, médecin à Saint-Gilles-Waes, Glibert, médecin de régiment, Bouqué, chef de clinique chirurgicale, Leboucq, chef des travaux anatomiques, Fabry, médecin adjoint a l’hôpital militaire, et des étudiants en médecine.

11 h. 1 m. Ponction de la médiane basilique gauche. Pouls, 29 au quart.

11 h. 2 m., 0.50 centigr. de chloral ont pénétré.

11 h. 3 m., 1 gr. Pouls, 30.

11 h. 4 m., 1.50 gr. Pouls, 30.

11 h. 5 m., 2 gr. Il lui semble qu’elle va s’évanouir.

11 h. 6 m., 2.5^0 gr.

11 h. 7 m., 3 gr. Ne répond plus aux questions. Le sommeil commence. Pouls, 30.

11 h. 8 m., 3.50 gr. Les cornées sont insensibles. Sommeil profond.

11 h. 9 m., 4 gr. Légère accélération de la respiration. Pouls, 30.

L’opération commence immédiatement; M. Soupart jette une anse en platine au-dessus du col de la matrice, en un instant le courant galvanique la rougit. L’honorable professeur serre l’anse brûlante, et une minute s’est à peine écoulée qu’il présente à l’assistance le col utérin et la tumeur qu’il porte. L’opération est terminée, pas une goutte de sang ne s’échappe. Il était impossible de conduire avec plus de rapidité et de dextérité une si délicate opération. La malade gisait là, insensible comme un cadavre.

11 h. 15 m. Pouls à 40 au quart. Respiration normale.

11 h. 22 m. Pouls à 26 »

11 h. 25 m. Pouls à 29 »

A 11 h. 30 m., M. Burggraeve pique le tragus et la joue gauche, l’insensibilité est absolue, pas le moindre mouvement réflexe ne se produit.

11 h. 55 m. Pouls à 90 à la minute.

12 h. Les cornées commencent à devenir sensibles, les pupilles sont dilatées.

12 h, 5 m. La malade est prise d’un frisson et d’un tremblement général. Nous l’attribuons au refroidissement qu’elle a pu éprouver pendant l’opération.

12 h. 11 m. La malade change spontanément de position.

12 h. 18 m. Elle entr’ouvre les paupières.

12 h. 22 m. Le frisson continue, le pouls est accéléré, la respiration un peu saccadée. La malade balbutie quelques mots inintelligibles.

12 h. 28 m. La pupille droite est plus dilatée que la pupille gauche. La malade répond aux questions qu’on lui pose, mais se rendort immédiatement,

12 h. 54 m. La respiration est calme. Pouls petit, 30 au quart. Elle n’éprouve aucune souffrance, elle demande si elle court quelque danger et se rendort.

La malade dort pendant toute l’après-midi, se réveillant de temps en temps, pour se rendormir aussitôt.

7 h. du soir. Bonne moiteur à la peau ; pouls à 25 au quart. Répond aux questions qu’on lui pose, n’éprouve aucune souffrance, est encore très somnolente.

Le réveil définitif de la malade peut être placé à 2 h. du matin.

Les suites de l’opération ont été heureuses à tous égards. Ai phlébite, ni caillots, ni hématurie. La malade est en pleine convalescence.

Ainsi en 6 m., 3 gr. 50 cent, de chloral ont produit l’anesthésie absolue des cornées. En 8 m., 4 gr. sont injectés, l’insensibilité complète dure 52 m., puis la patiente dort pendant 15 h., et pendant tout ce temps la sensibilité reste obtuse.

Analyse microscopique de la tumeur par M. le D’’ Leboucq. — Notre habile micrographe y rencontre les éléments typiques de l’épithélioma.

Dix-neuvième observation.

Hôpital civil de Gand. — M. le Professeur Soup art.

Arrachement de l’avant-bras droit. — Amputation immédiate.

— Anesthésie chlorahque.

Le 6 novembre, vers 10 h. du matin, on apportait dans le service de M. le professeur Burggraeve, un jeune homme de vingt et un ans, le nommé Polydore, de Paepe, dont l’avantbras droit, saisi dans l’engrenage d’une machine, venait d’être complètement arraché, à un ou deux travers de doigt au-dessous du pli du coude.

Désirant qu’un cas aussi remarquable servît à l’instruction des élèves, M. Burggraeve fit transporter le malade à la. clinique chirurgicale et décida avec M. Soiipart qu’une amputation destinée à régulariser cette plaie horrible serait faite immédiatement au-dessus du coude.

10 h. 52 m. Ponction de la médiane basilique gauche. Pouls, 17 au quart.

10 h. 5â m. 30 s, 0.50 cent, de chloral ont pénétré.

10 h. 53 m. 1 gr. l’ouls, 21.

lOh. 53 m. 30 s. 1.50 gr. » 20.

10 h. 54 m. 30 s. 2 gr. » 18.

10 h. 55 m. 2.50 gr. » 16.

10 h. 56 m. 30 s. 3 gr. » 15.

10 h. 57 m. 30 s. 4.50 gr. » 15.

10 h. 58 m. 30 s. 4 gr. » 16.

10 h. 59 m. 37 s. 4.50 gr. » 16.

11 h. 5 gr. » 17.

11 h. 1 m. 5.50 gr. » 20.

11 h. 2 m. 6 gr. » 21. Anesthésie absolue des

cornées.

11 h. 3 m. 30 s. 6.50 gr. » 23.

11 h. 4 m. 30 s. 7 gr. » 23.

Dès que l’anesthésie eut été obtenue, M. le docteur Bouqué, chef de clinique chirurgicale, appliqua avec beaucoup de soin et d’habileté l’appareil d’Esmarch sur le bras droit. Dès son apparition dans la science, M. Soupart avait compris les immenses avantages de cette méthode hémostatique et l’avait vulgarisée par sa pratique et son enseignement ; depuis lors, un grand nombre de chirurgiens de Gand, parmi lesquels nous nous rangeons, l’ont employée dans leurs opérations.

A 11. h. 7 rn., l’appareil d’Esmarch est en place; M. Soupart prend le couteau et taille, ai-je besoin de le dire ? par sa méthode elliptique, un lambeau externe ; la section du bras est pratiquée à quatre travers de doigt au-dessus de l’articulation ; à 11 h. 9 m. l’amputation est terminée.

11 h. 7 m. Pouls, 16.

M. Soupart, sans desserrer la corde de caoutchouc qui étreint le bras au niveau de l’aisselle, fait la ligature de l’artère humérale. On ne trouve aucune autre branche importante à lier. On enlève le lien de caoutchouc, une très légère hémorrhagie en nappe se produit, mais aucune artériole ne laisse échapper du sang.

11 h. 12 m. Pouls, 15. Il n’est plus plein,il est meilleur qu’au début de l’opération.

11 h. 13 m. Pouls, 13.

llh. 19 m. 30 s. » 34.

llh. 20 m. 30 s. » 27.

lih. 21 m. Toux spasmodique, mâchoires très serrées, llh. 22 m. 30 s. Pouls, 40 très fort llh. 23m. » 35.

11 h. 24 m. Pouls, 35. .

11 h. 25 m. 30 s. Toux. Mâchoires très serrees. frémissements fibrillaires dans les muscles.

11 h. 27 m. Pouls, 28.

11 h. 30 m. » 27. Le pouls est meilleur qu au début.

A ce moment, M. Soupart termine le pansement ouaté de üuérin.

11 h. 30 m. 80 s. Pouls, 25. Toux spasmodique.

11 h. 34 m. » 27. La sensibilité des cornées se

réveille, mais très faiblement.

A 11 h. 34 in. 30 s., M. Burggraeve pique le tragus, des mouvements réflexes se produisent.

Jusque-là le malade était resté insensible comme un cadavre.

A midi 45 m., le pouls est à 100 à la minute, de légers mouvements se produisent.

A 1 h. 10 m., le pouls est à 84 à la minute ; à 2 h., il est à 90.

A 2 h. 45 m., il est à 106.

A 3 h. 45 m., il est à 120. (Toujours à la minute.)

A 2 h. 45 m., le malade est complètement réveillé.

Pendant l’opération la respiration n’a guère été troublée ; les notes recueillies montrent qu’il y eut de 24 à 30 respirations par minute.

Ainsi, en dix minutes, l’anesthésie absolue fut obtenue par l’injection de 6 gr. de chloral. 7 gr. injectés en douze minutes et demie produisent une insensibilité complète des cornées penpendant une demi-heure. Puis le malade reste profondément endormi pendant 3 heures ; puis il atteint le lendemain matin, au milieu d’alternatives de sommeil et de réveil plus ou moins complets.

Les premières urines expulsées parle malade ne renfermaient pas de sang. Aucune trace de phlébite ou de caillots ne fut constatée du côté des veines.

La situation du malade est aujourd’hui aussi bonne que possible.

Tingtième observation.

Hôpital civil de Gand. — M. le Professeur Soupart

Déchirure complète du périnée et de la cloison recto-vaginale. —■ Autoplastie. — Anesthésie chloralique.

Marie de Vogelaere, âgée de vingt-huit ans, atteinte d’une déchirure complète du périnée et de la cloison recto-vaginale, se trouve à la clinique chirurgicale. Cette lésion s’étendant

jusqu’à une hauteur de 6 centimètres dans le vagin devait nécessiter une opération autoplastique longue et laborieuse. Prévoyant toutes les difficultés de l’opération qu’il allait entreprendre, M. Soupart nous prie d’anesthésier, par injection veineuse de chloral, cette malade que le moindre examen, que la moindre manœuvre chirurgicale épouvantait.

Le lundi 9 novembre, à 9 h. 57 m., le pouls battait à 23 au quart.

9 h. 50 m. Ponction de la médiane basilique gauche.

9 h. 55 m. L’injection commence.

9 h. 59 m., 30 s., 50 cent, de chloral ont pénétré.

10 h., 1 gr.

10 h. 1 m., 1.50 gr.

10 h. 1 m. 15 s., 2 gr.

10 h. 2 m., 2.50 gr. Pouls à 27 au quart

10 h. 2 m. 30 s., 3 gr. Respiration bonne, la patiente dit qu’elle éprouve un malaise dans la tête. Pouls, 20.

10 h. 3 m., 3.50 gr. Pouls, 15.

10 h. 3 m. 30 s., 4 gr. Pouls, 14.

10 h. 4 m 15 s., 4.50 gr. Pouls, 14. Bâillement.

10 h. 5 m., 5 gr. Pouls, 14.

10 h. 5 m. 30 s., 5.50 gr. Pouls, 13. Cornées peu sensibles.

10 h. 6 m., 6 gr. Pouls, 13. Anesthésie des cornées.

M. Soupart commence immédiatement son opération.

10 b. 9 m. Pouls, 18 au quart. Un peu d’irrégularité dans la respiration.

10 h. 12 m. Pouls, 48 au quart.

10 h. 13 m. Pouls, 42 au quart.

10 h. 15 m. Pouls, 38. Pupilles contractées, respiration normale.

10 h. 19 m. Pouls, 24.

10 h. 20 m. Pouls, 26.

10 h. 24 m. Pouls, 27.

10 h. 26 m. Pouls, 27. L’avivement est terminé M. Soupart commence la suture.

10h. 30 m. Pouls, 25.

10 h. 36 m. Pouls, 22.

10 h. 40 m. Pouls, 2t. Très faible sensibilité des cornées, dont l’anesthésie avait été complète jusqu’alors.

A partir de 10 h. 40 m., le pouls ne présente plus rien de particulier; il était faible pendant l’injection et toute la durée de l’opération, mais il l’était également auparavant.

A partir de 10 h. 40 m., la sensibilité renaît peu à peu, on voit quelques mouvements réflexes se produire; vers il h. un 1/4, la malade se réveille. La partie la plus douloureuse de l’opération était terminée. Ainsi, en 7 minutes, l’injection de

— no -

6 grammes de chloral a produit une anesthésie dé plus d’une heure.

Les premières urines retirées de la vessie au moyen de la sonde renfermaient du sang. Nous nous sommes demandé si nous nous trouvions bien devant un de ces cas d’hématurie rénale signalés par M, Vulpian, ou si ce sang ne provenait peut-être pas de la vessie elle-même.

■ La femme se trouvait encore dans l’époque menstruelle la veille de l’opération, sa vessie était donc encore congestionnée; or, pendant 2 heures à peu près, elle avait été pressée par un spéculum de Sims, relevant, pour la facilité de la manœuvre opératoire, la paroi supérieure du vagin. Evidemment ce traumatisme pouvait avoir déterminé l’hémorrhagie vésicale.

L’observation ne nous permet peut-être plus d’accepter, au moins d’une façon complète, cette interprétation.

La malade va très bien aucun accident ne s’est produit du côté de la veine piquée, ni phlébite, ni caillots.

Vingt et unième obiservatiou.

Hôpital Saint-André. — M. le Professeur Oré

Carie du tibia. — Séquestre volumineux. — Anesthésie chlo-

ralique. — Evidement du tibia. — Avulsion du séquestre.

Un homme âgé de trente-huit ans, fort, vigoureux, athlétique, est atteint d’une carie du tibia qui nécessite l’évidement par la gouge et le maillet. Je confie l’opération et l’anesthésie par injection veineuse de chloral à M. le D' Poinsot.

Le 23 septembre, à 8 b. 3 m. du matin. Ponction de la médiane basilique gauche. Pouls, 19 au quart.

8 h. 4 m. On a injecté 1 gr. 50. Pouls, 19.

8 h. 6 m. » 2 gr. 50. Pouls, 19.

8 h. 7 m. » 3 gr. Pouls, 21.

8 h. 9 m. » 4 gr. Sensation de sommeil. La

langue s’embarrasse.

8 h. 10 m. On a injecté 5 gr. 50. L’embarras de la parole augmente. Le malade devient hébété.

8 h. 11 m. On a injecté 6 gr.

8 h. 13 m. . 7 gr. Pouls, 30.

8 h. ^ » '^gr. 50. Pouls, 30. Le sommeil

commence. Gornees encore sensibles.

8 h. 15 m. On a injecté 8 gr. L’insensibilité est absolue,

8 h. 16 m. » 9 gr.

A 8 h. 17 m., 1 opération commence, on a préalablement entoure le membre de l’appareil d’Esmarch.

- ni —

A 8 h. 22., quelques mouvements réflexes se produisent dans le membre opéré, mais sans que le malade pousse le moindre cri, ou manifeste la moindre douleur.

A 8 h. 80 m., l’opération est terminée. Le malade se réveille, il n’a rien senti. Après quelques minutes, il se rendort.

A 8 h. 40 m., il se réveille encore; on l’emporte dans son lit, où il dort pendant 24 heures d’un sommeil, de temps en temps interrompu pendant quelques minutes.

La veine piquée ne fut le siège d’aucune induration. Comme toujours, on ne constata ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

'Vingt-deux.lèiiie observation.

Hôpital Saint-And ré. — M. le Professeur Oré

Testicule tuberculeux. — Anesthésie chloralique. — Castration. — Succès.

Un jeune homme de vingt-quatre ans, d’un tempérament lymphatique, atteint d’un testicule tuberculeux, entre dans mon service (petits payants) le 8 octobre 1874.. Le malade ayant résisté à tous les traitements, je me décide à extirper l’organe malade et à insensibiliser le patient à l’aide de l’injection intraveineuse de chloral.

Le 9 octobre, à 8 h. 43 m. Ponction de la médiane basilique droite.

8 h. 44 m. 2 gr. de chloral ont pénétré ; le malade dit que sa langue s’embarrasse.

8 h. 45 m. Il sent venir le sommeil. Pouls, 112 à la minute.

8 h. 45 m. 30 s., 3 gr. de chloral. Les paupières se ferment.

8 h. 46 m. Pouls, 58 à la minute.

8 h. 47 m., 4 gr. de chloral. La sensibilité des cornées a notablement diminué. Respiration calme et régulière. Pouls à 68.

8 h. 47 m. 80 s., 4 gr. 50 cent, de chloral.

8 h. 48 m., 5 gr. Le pouls est à 76 à la minute ; la sensibilité est presque entièrement émoussée.

8 h. 49 m., 6 gr. Toux spasmodique, tout à fait passagère.

8 h. 50 m., 6 gr. 50 cent. Insensibilité complète; sommeil profond ; respiration calme et régulière.

8 h. 51 m. L’opération commence et dure environ 17 ininutes.

8 h. 59 m. L’affaissement de la langue et son application sur la partie postérieure de la cavité buccale semble gêner un peu la respiration. On relève alors l’os hyoïde, puis on fait passer un simple courant sur le trajet du pneumo-gastrique gauche ; à l’instant même tout rentre dans l’ordre ; le sommeil calme et

l’insensibilité absolue continuent. Pouls régulier, à 60 par minute.

10 h. 1/2. L’anesthésie était encore si profonde qu’on déterminait à peine quelques légers mouvements réflexes en pinçant fortement les jambes et les pieds du patient,

11 h Le malade est remis au lit, il dort toujours et la sensibilité est encore fortement émoussée. A midi, il se réveille, boit du bouillon et demande à l’infirmier « pourquoi on ne l’opère pas ».

4 h. Le sommeil dure encore, le pouls est à 76. Le malade dort jusqu’à 11 h. 1/2 du soir, après s’être réveillé quelques instants à 5 h.

Le lendemain matin le pouls est à 80. Le malade va très bien.

Ainsi donc, 6.50 gr. de chloral, injectés en 7 minutes, ont produit une anesthésie qui a duré une heure à peu près ; puis le malade reste plongé dans un sommeil profond pendant 14 heures 1/2. Pendant tout ce temps, la sensibilité a été très obtuse.

La respiration fut toujours calme et régulière ; il n’y eut ni vomissement, ni période d’excitation. La première urine expulsée parle malade était limpide. On ne constata aucune irritation du côté de la veine ponctionnée.

Vingt-troisième observation.

Clinique de l\ ville. — MM. Deneffe et Van Wetter

Polype fibreux de l’utérus. — Anesthésie chloralique. — Guérison.

M"“ Pélagie C. ..., âgée de trente-cinq ans, est atteinte d’un polype fibreux qui s’insère sur la paroi latérale gauche de 1 utérus un peu au-dessus de l’orifice interne du col.

Le 16 novembre 1874, accompagnés deM. le D^Bouqué nous ^.’ Notre-Dame.

A 11 h. 40 m., ponction de la veine médiane basilique droite.

La patiente, d’un tempérament très nerveux, est fort effravée • le pouls bat a 30 au quart. ’’ ’

lî S' 0-50centigr. de chloral ont pénétré. Pouls, 27.

11 h. 42 m., 1 gr. Pouls, 27.

11 h. 42 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls, 27.

11 h. 43 m., 2 gr. Pouls, 24.

11 h. 43 m. 30 s., 2.50 gr. Sommeil commence, parole embarrassée. Pouls, 17. ’ ^

Il h. 41 m., 3 gr. Pouls, 16.

11 h. 45 m., 3.50 gr. Pouls, 16.

11 h. 47 m., 4 gr. La peau devient insensible. Pouls, 19.

11 h. 48 m., 4.50 gr. Cornées presque insensibles. Pouls, ^1.

11 h. 49 m , 4.75 gr. Cornées insensibles. Pouls, 19.

11 h. 50 m., 5 gr. Pouls, 21.

A 11 h. 49 m., l’anesthésie des cornées était absolue ; à 11 h. 52 m., l’opération commence ; l’anse métallique de l’écraseur de Mendows est poussée jusqu’au pédicule de la tumeur ; peu à peu on la resserre et elle étrangle bientôt le pédicule, et, à midi, la tumeur tombe. Pas la moindre quantité de sang ne s’écoule. L’opération est terminée.

11 h. 54 m. Pouls, 26.

11 h. 55 m. Pouls, 26.

11 h. 56 m. Pouls, 24.

11 h. 58 m. Pouls, 28.

12 h. 2 m. Pouls, 21.

12 h. 15 m. Pouls, 24

12 h. 29 m. Pouls, 24. Les cornées commencent a sentir.

A 11 h. 30 m., nous sondons la patiente; les urines sont limpides.

L’opérée dormit profondément jusqu'à 3 heures de l’aprèsmidi ; elle se réveille alors pour se rendormir bientôt. De temps en temps, ce sommeil s’interrompt pour quelques minutes, puis reprend. A 7 heures du soir, nous visitons Mlle C... Elle est encore très somnolente et n’a pas repris complètement connaissance. Le pouls est à 24 au quart. Ce ne fut que 86 heures après l’opération que la malade revint complètement à elle, que le réveil fut absolu et que toute influence chloralique eut disparu.

Ainsi donc, par 5 gr. de chloral injectés en 10 minutes, on obtint une anesthésie absolue qui dura 39 minutes. Cette insensibilité fut suivie pendant 36 heures d’un sommeil de temps en temps interrompu ; pendant toute cette période, la sensibilité était assez obtuse.

Pendant toute la durée de l’opération, la respiration était normale, physiologique. Les urines restèrent toujours limpides; aucune irritation ne se produisit du côté de la veine piquée. Ainsi donc : ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

La patiente peut être considérée comme guérie. Elle se promène dans les jardins du Refuge Notre-Dame.

Analyse microscopique de la tumeur par M. le D*" Leboucq. On y trouve les éléments du fibro-myôme.

Vingt-qnntrième observation.

Hôpital civil de G and. — M. le Professeur Soupart

Tumeur osseuse du creux de Taisselîe. — Anesthésie chloralique.

Il y a quelques jours, un jeune homme de dix-sept ans se présentait à la clinique chirurgicale ; il portait à la partie interne et supérieure du bras droit, à deux travers de doigt au-dessous de l’aisselle, une tumeur de la grosseur d’un œuf de poule, dure et résistante comme de l’os. Ce garçon venait demander à M. Soupart de le délivrer d’une affection qui le gênait et l’inquiétait beaucoup. L’honorable professeur diagnostique une tumeur osseuse et se prépare à l’enlever malgré les difficultés qu’il s’attendait à rencontrer. La tumeur se trouvait sous le plexus nerveux et vasculaire du bras ; c’était la présence de ces organes importants, qu’il fallait ménager à tout prix, qui rendait l’opération si délicate. M. Soupart ayant pris toutes ses dispositions, nous pria d’anesthésier le malade au moyen d’une injection intra-veineuse de chloral. MM. les professeurs Burggraeve et du Moulin, ainsi que MM. les docteurs Leboucq et Terlinck, assistent à l’opération.

Le 26 novembre, à 10 h. 15 m. du matin, le pouls bat à 19 au quart.

10 h. 26 m., ponction de la médiane basilique gauche. Pouls, 21.

10 h. 26 m. 80 s., 0.50 centig. de chloral ont pénétré.

lOh. 27 m., 1 gr.

10 h. 28 m., 1.50 gr. Pouls, 24.

10 h. 29 m., 2 gr.

10 h. 29 m. 30 s., 2.50 gr. Pouls, 24.

10 h. 30 m. 3 gr. Pouls, 22.

10 h. 31 m., 3.50 gr.

10 h. 31 m. 30 s., 4 gr. Pouls, 26.

10 h. 32 m., 4.50 gr. Pouls, 26.

10 h. 33 m., 5 gr. Les yeux sont fermés. Pouls, 26.

10 h. 34 m. 30 s., 5.50 gr.

^ Sommeil profond. Pouls, 22.

10 b. 37 m., 6.50 gr.

V?' on Un peu d’agitation. Pouls, 28.

în L / d’agitation. Pouls, 28

In f? L’anesthésie des cornées commence.

10 b. 41 in. 30 s., 8.50 gr. Pouls, 42.

10 h. 42 m., 9 gr. Anesthésie des cornées presque absolue.

10 h. 43 m., 9.50 gr.

10 h. 44 m., 10 gr. L’anesthésie des cornées est complète. Pouls, 33.

M. le professeur du Moulin a vérifié la température du patient pendant la durée de l’injection et une grande partie de l’opération. A 10 h. 15 m., elle était à 36“ ; à 10 h. 34 m. 30 s., elle était à 36“3 ; à 10 h. 43 m., à 36“1 ; à 10 h. 25 m., à 36“2.

M. le D” Souqué, chef de clinique chirurgicale, applique l’appareil d’Esmarch sur le bras droit du patient, et à 10 h. 52 m., M. Soupart commence son opération. Toutes les difficultés prévues par l’honorable professeur se présentèrent : il dut disséquer les nerfs et l’artère qui recouvraient la tumeur, afin de dénuder celle-ci, manœuvre dangereuse s’il en fût ; mais la dextérité du maître sut la rendre inoffensive, et quelques minutes ne s’étaient point écoulées, que M. Soupart montrait à la nombreuse assistance la tumeur complètement dégagée de toutes les parties voisines. Le diagnostic était exact : c’était une tumeur osseuse. M. Soupart en enlève la plus grande partie au moyen dé la scie à chaîne, détruit le reste par la gouge et le maillet et cautérise au moyen du fer rouge la portion de l’humérus qu’elle recouvrait.

A 11 h. 23 m., l’opération est terminée. Quel avait été pendant tout le temps l’état de l’opéré ? Le sommeil et l’anesthésie étaient profonds, mais l’insensibilité n’était pas toujours identique ; à certains moments elle était absolue et les cornées ne sentaient plus ; à d’autres moments, et pendant des intervalles variables dans leur durée, le malade était agité par des mouvements réflexes. Mais qu’on veuille remarquer la richesse en nerfs de la région qui était le siège de la manœuvre opératoire. Qu’on se représente cette dissection du médian, du cubital, du radial, des cutanés, les tiraillements, les pressions qu’on leur fit subir pendant une demi-heure afin de dénuder, d’isoler complètement cette tumeur qu’on allait enlever par la scie et la gouge, et l’on comprendra que, si profonde que ffit l’anesthésie, des mouvements réflexes devaient invariablement se produire. A 11 h. 27 m., on enlève l’appareil d’Esmarch; une veine et une artériole donnent seules du sang; M. Soupart en fait la ligatu-e. A 11 h. 33 m., le pansement est terminé.

Les cornées sont insensibles, le malade dort profondément, la respiration est normale, comme elle l’avait été pendant tout le cours de l’injection et de l’opération.

A 12 h. 15 m., la température est à 36“6, le pouls à 88 à la minute ; les cornées sont sensibles, le malade pousse de temps en temps un gémissement.

A 12 h. 30 m., il dort paisiblemènt. Température, 36“8. Pouls, 92 à la minute.

A 12 h. 45 m., agitation. A1 h., sommeil paisible. Pouls, 96.

— ne —

A 1 h. 1/2, pouls, 84 à la minute, vomissements de matières bilieuses.

Ce n’est que vers 2 heures que le malade s’éveilla et répondit aux questions qu’on lui posait. Pendant toute l’après-dîner et la soirée, il se plaignit vivement de son bras opéré ; il souffrait, et ses douleurs l’agitaient. A 7 heures du soir,^ l’appareil qui entourait le bras fut enlevé et replacé plus lâchement. Le malade fut soulagé et redevint calme ; on lui fit prendre 2 cent. d’acétate de morphine, il goûta pendant une grande partie de la nuit un sommeil calme. Vers minuit, le patient urina pour la première fois ; l’urine renfermait un peu de sang. A 7 h. du matin, le malade urina une seconde fois ; cette fois le liquide était parfaitement limpide ; il l’est resté depuis.

Le lendemain, la situation du patient est satisfaisante, la respiration est bonne, le pouls est à 100 par minute, faible, mais régulier. Le malade souffre beaucoup dans le bras opéré ; M. Soupart prescrit une potion au chloral, et le calme et le sommeil se produisent aussitôt.

Dans la soirée du 27, nous visitons le patient, il se réveille un instant pour nous dire qu’il est bien, qu’il ne souffre plus ; le pouls est à 110.

Le traumatisme, que les nerfs importants du plexus brachial ont éprouvé, pendant une assez longue opération, explique et les mouvements réflexes dont le malade était agité pendant qu’on énucléait sa tumeur, et les souffrances et l’agitation qui ont suivi cette manœuvre.

Nous ferons remarquer la haute dose de chloral que ce jeune homme de dix-sept ans, d’une petite taille, maigre et d’une constitution qu’on ne saurait dire robuste, a pu recevoir impunément dans ses veines.

Pour la troisième fois, sur 22 opérations pratiquées sur l’homme, nous avons constaté du sang dans les premières urines expulsées. Pour la troisième fois, ce phénomène, sans gravité d’ailleurs, se produit à l’hôpital civil de^ Gand. Singulier rapprochement ! Jamais M. Oré ne l’a constaté chez ses opérés, jamais nous ne l’avons rencontré chez les malades que nous avons traités dans notre clientèle particulière. Mais si M. Oré opère sous le chaud climat du Midi, nous, nous avons opéré pendant l’été, et depuis que la température s’est refroidie, nous avons toujours pris la précaution de faire chauffer la chambre de nos malades. Or, dans ces conditions de température, pas d’hématurie, k

l’hôpital civil de Gand, au contraire, les patients sont opérés dans des salles froides, mal chauffées ; là, nous les avons vus pris de frissons que nous n’avons pas rencontrés chez nos malades de la ville ; or, quand, dans de telles conditions, l’hématurie se produit, ne pourrait-on pas l’expliquer par le refroidissement de la peau?

En résumé, un jeune homme de dix-sept ans a reçu, en 17 minutes, 10 gr. de chloral dans les veines ; l’anesthésie absolue a duré plus d’une heure, aucun accident n’a suivi cette injection : ni phlébite, ni caillots i .

Ytngt cinquième observation.

Hôpital civil de Gand — M. le PiiOFESSEUfi Soupart

Résection de l’extrémité fémorale droite pour une carie de l’os

survenue après une amputation de la cuisse. — Anesthésie

cliloralique.

Le 12 mai 1874, M. le professeur Soupart ampute la cuisse du nommé Auguste de Roosé, âgé de vingt-neuf ans, atteint de tumeur blanche du genou. Bien que la portion cariée du fémur eût été complètement enlevée, cet os ne tarda pas à s’altérer dans le moignon, la carie l’attaqua de nouveau. Cette lésion ne cédant ni au traitement général, ni au traitement local qui furent institués, M. Soupart se décide à réséquer l’exirémilé fémorale malade. L’opération se pratique le 8 décembre. M. Soupart nous charge d’anesthésier le patient.

M. le professeur du Moulin, MM. les docteurs Bouqué et Van Wesemael assistent à l’opération.

A 10 h. 40 m. Ponction de la radiale gauche. Pouls, 30 au quart. Température, 85“8.

10 h. 40 m. 30 s , 0 50 cent, de chloral ont pénétré.

10 h. 41 m., 1 gr. Pouls, 30.

10 h. 41 m. 30 s., 1.50 gr.

10 h. 42 m. 20 s., 2 gr. Pouls, 30. Température, 36".

10 h. 42 m. 50 g., 2.50 gr. Pouls, 30. Température, 36».

10 h. 43 m. 10 s., 3gr.

1 Un petit accident survenu à notre seringue a ralenti la marche de l’injectioa et prolongé sa durée.

10 h. 43 m. 30 s., 3.50 gr. Pouls, 30. Température, 2Q°2.

10 h. 44 m., 4 gr.

10 h. 44 m. 35 s., 4. 50 gr. Pouls, 26 Le malade parle, demande à voir un élève, se plaint de ce qu’un étudiant rit.

10 h. 45 m. 5 s., 5gr.

10 h. 45. 35 s., 5.50 gr. Température, 36'’4.

Un peu de subdélire.

10 h. 46 m. 4 s., 6 gr. Pouls, 25. Langue s’embarrassa.

10 h. 47 m. 5 s., 6.50 gr. Pouls, 27. Sommeil.

10 h. 47 m. 30 s., 7 gr.

10 h. 47 m. 58 s., 7.50. Anesthésie cornéenne commence.

10 h. 48 m. 28 s., 8 gr. Pouls, 28.

10 b. 49 m. 8.25. Anesthésie cornéenne est complète.

10 h. 49 m. 30 s., 8.50. Pouls, 41.

A 10 h. 52 m., M. Soupart commence son opération par une longue incision, il met à nu toute la portion malade du fémur, la sépare de ses attaches musculaires et la résèque.

10 h. 52 m. Pupilles contractées.

10 h. 53 m. Pouls, 32.

Nous constatons en ce moment un phénomène qui ne s’était pas encore présenté jusqu’ici : c’est une abondante transpiration ; la peau était chaude et ruisselait de sueur.

10 h. 55 m. Pouls, 37.

10 h. 57 m. Pouls, 48. Température,

10 h. 59 m. Pouls, 28. La transpiration reste abondante.

11 h. 2 m. Température, 35®8. Le malade ronflé.

11 h. 4 m. Température, 32.

11 h. 6 m. Température, 86"2.

11 h. 6 m. 30 s. Température, 36o4.

La transpiration diminue, la face est rouge.

11 h. 9 m. Les cornées sont absolument insensibles.

11. h. 10 m. Toux. M. du Moulin fait remarquer qu’une grande quantité de salive remplit la cavité buccale ; la toux que nous avons quelquefois remarquée sur d’autres sujets ne proviendrait-elle pas de ce qu’un peu de salive s’est introduite dans les voies respiratoires ?

11 h. 13 m. Toux. La salivation reste abondante.

11 h. 15 m. Pouls, 40 au quart. Température, 36»4. Transpiration a cessé.

11 h. 17 m. L’opération est terminée. M. Soupart commence le pansement. Cornées absolument insensibles.

il h. 19 m. Les pupilles sont toujours contractées. Température, 35<>8.

11 h. 24 m. La salivation reste abondante. Température, 36“.

11 h. 26 m. Les cornées commencent à sentir le contact du doigt. Léger mouvement de l’avant-bras gauche.

11 h. 28 m. Température, 36o4. Pouls, 82. ün arrête

l’hémorrhagie en couvrant la plaie de perchlorure de fer. Le malade reste absolument insensible.

Il h. 32 m. Température, 36o2. Pouls, 40. La contraction des pupilles diminue.

11 h. 38 m. Température, 36“.

11 h, 40 m. La sensibilité renaît. Le malade avale une cuillerée de vin.

12 h. Température, 35<>8. Pouls, 45 au quart.

12 h. 15 m. Le malade donne des signes d’intelligence, répond par oui ou par non aux questions qui lui sont posées.

12 h. 30 m. Température, 36“6. Pouls, 48 au quart. Le malade, quoique très somnolent, reconnaît les assistants.

1 h. 30 m. Température, 36“6 Pouls, 30 au quart. Tendance au sommeil.

2 h. Pouls, 25 au quart. Le malade dort paisiblement. Vers 4 heures, le patient est complètement réveillé. Nous le visitons à 6 heures du soir, sa situation est des plus satisfaisantes, la circulation est normale, le pouls est à 20 au quart, l’intelligence est très lucide, le malade ne souffre pas.

Ainsi, en 9 minutes, on a injecté 8.50 gr. de chloral. Quand 6 gr. ont pénétré, le malade s’endort profondément; à 8 gr., les cornées sont insensibles. L’anesthésie absolue a duré 38 minutes et l’influence chloralique, se traduisant par le sommeil ou la somnolence, a duré 5 heures.

La respiration n’a rien présenté de particulier ; parfois, elle était un peu plus fréquente, parfois un peu plus profonde.

M. du Moulin a cherché, à diverses reprises, si l’air expiré ou la transpiration exhalait l’odeur du chloral ; ses recherches ont été négatives.

Aucun incident ne se présenta du côté de la veine piquée ; les urines furent toujours limpides. Ainsi donc, ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Tlngt-slxlèine observation.

Hôpital Saint-André. — M. le Professeur Oré

Le 23 septembre 1874, mon élève et ami le docteur Poinsot avait évidé un tibia carié après avoir anesthésié le malade par une injection de chloral dans les veines (11“ Observation).

Cette opération n’ayant pas procuré une guérison complète, il devint nécessaire de pratiquer un nouvel évidement de l’os malade.

Le 17 novembre, M. Poinsot fit de nouveau une injection intra-veineuse par la médiane basilique droite (10 gr. chloral, 50 gr. eau). A peine la solution commença-t-ede à pénétrer.

que le malade accusa une douleur aiguë, comme une brûlure, le long de h veine piquée, douleur qui persista pendant toute la durée de l’injection. Aussi ne put-il s’empêcher de dire « que cela ne ressemblait en rien à la première fois ». L’anesthésie se produisit néanmoins, car l’opération, qui dura 40 minutes, put se faire au milieu de l’insensibilité ta plus complète ; mais le sommeil qui suivit fut agité, interrompu. Quant à la veine piquée, si elle ne présente pas le moindre symptôme de phlébite, elle me parut cependant indurée dans le point correspondant à la piqûre. Trois mois après, 23 décembre, le malade était très bien.

La différence notable entre les phénomènes observés pendant la première et la deuxième injection, chez le même individu, me parut devoir être attribuée à la qualité du chloral lui-même. Appliquée sur la peau, la solution y exerça, en effet, une constriction plus forte que d’habitude ; mise sur la langue, elle donnait une saveur aigre. Je pense que ce chloral, que j’employai pour la première fois était trop acide. Mes prévisions se trouvèrent fondées, car cette solution à un sixième rougissait fortement le papier de tournesol. Or, l’acidité légère du chloral, sans inconvénient lorsqu’elle est normale, augmentée ici par le mode de préparation, pouvait entraîner la coagulation du sang. Il devenait urgent de parer à cet inconvénient en neutralisant cette acidité sans décomposer la substance elle-même.

Je suis arrivé à obtenir ce résultat à l’aide d’une solution de carbonate de soude. Si on fait dissoudre 1 gr. de carbonate de soude dahs 10 gr. d’eau dis^ tillée, il suffit d’ajouter 2 ou 3 gouttes de cette solution à celle de 1 gr. de chloral dissous dans 4 gr. d’eau (solution au cinquième) pour neutraliser son acidité.

J’ai essayé le carbonate de soude avec du chloral provenant de quatre sources diverses, le résultat a été constamment le même ; mais le chloral, ainsi neutralisé, conserve-t-il ses propriétés physiologiques? L’expérience seule pouvait juger la question.

Expérience. — J’ai injecté dans la veine crurale gauche d’un grand chien de montagne 7 gr. de chloral dissous dans 20 gr, d’eau, additionnés de vingt gouttes de carbonate de soude. L’animal s’est endormi presque aussitôt; il était insensible comme un cadavre. Profitant de l’anesthésie dans laquelle il se trouvait, j’ai mis à nu la veine piquée, et j’ai disséqué tout te système veineux abdominal jusqu’à la veine cave inférieure. Ces vaisseaux ont été alors largement ouverts. Le sang qu’ils renfermaient, recueilli dans un vase, offrait alors la coloration la plus normale, sans aucune trace de coagulation.

A côté de cette expérience, trouve naturellement sa place le fait suivant, qui m’a été communiqué par mon confrère et ami le doctèur Lande ;

Vlngft’Septtcme oliservatiou.

Clinique de la ville. — M. le D* Lande

Kyste multiloculaire de l’ovaire droit. — Ovariotomie. — Mort

par hémorrhagie. — Anesthésie par l’injection intra-veineuse d’une solution de chloral neutralisée par le carbonate

de soude.

Une jeune femme de trente-cinq ans est atteinte d’un kyste multiloculaire de l’ovaire droit, à contenu colloïde et hématique. Le 9 décembre, M. le docteur Durodié, de Sauveterre, pratique l’ovai'iotomie avec l’aide de MM. les docteurs Durodié père, de Sauveterre ; Delille, de la Réole, Dudon et Lande. M. le docteur Lande pratique l’anesthésie par injection intra-veineuse de chloral (20 gr. de chloral pour 80 gr. d’eau).

12 h. 20 m. Pouls, 120. Respiration, 28-30.

12 h. 20 m. 30 s., 30 centigr. de chloral ont pénétré.

12 h. 21 m., 60 centigr.

12 h. 21 m. 30 s , 90 centigr. La malade dit qu’elle voit passer un léger brouillard devant ses yeux.

12 h. 22 m., 1.20 gr. Le brouillard augmente.

12 h. 22 m. 30 s., 1,50 gr. Les yeux se ferment. Somnolence .

12 h. 23 m, 30 s., 1.80 gr. Si on parle à la malade, elle ouvre les yeux. La somnolence s’accentue.

12 h. 24 m., 2.40 gr.

12h. 24 m. 30 s., 2.70 gr.

12 h. 25 m., 3 gr. La malade dort ; elle n’a pas fait le moindre mouvement, elle n’a accusé aucune douleur, aucune sensation désagréable. Pouls et respiration physiologiques.

12 h. 28 m., 3.60 gr. Sommeil profond. La cornée n’est pas complètement anesthésiée.

12 h. 29 m., 3,90 gr.

12 h. 30 m., 4.20 gr.

12 h. 31 m., 4.80 gr.

12 h. 32 m., 4.90 gr.

12 h. 33 m., 5 gr. Sommeil profond ; insensibilité absolue de la cornée ; pouls à 100; respiration à 25; calme parfait. Nos confrères, qui voient pour la première fois le sommeil produit par l’injection intra-veineuse de chloral, ainsi que les personnes qui assistent à l’opération, sont émerveillés.

L’opération est commencée à 12 h. 36 m. Le kyste ayant été ouvert, M. le D” Durodié le vida en grande partie (20 kilog. environ de substance colloïde), en rompant avec la main les cloisons qui le divisaient en nombre extrêmement co nsidérable de loges. Les adhérences du kyste aux organes voisins s’opposaient à un autre procédé opératoire. Cette partie de l’opération dura jusqu’à 1 heure 10 minutes. A ce moment, la malade, qui n’avait pas fait le moindre mouvement, était un peu pâle. Malgré cette perte de sang le pouls était toujours à 100, mais un peu faible. La respiration calme et régulière à 25 par minute. On rapproche les lèvres de l’incision faite au kyste de façon à la fermer et à l’attirer peu à peu au dehors en évitant de répandre son contenu dans la cavité péritonéale. A 1 h. 15 m., par suite de l’hémorrhagie qui continue, la respiration semble se ralentir, le pouls faiblit. A ce moment, M. le D" Lande essaie de réveiller par les courants l’action du cœur, dont les mouvements se ralentissent et faiblissent; mais c’est en vain. Malgré l’électricité, la respiration et la circulation s’éteignent à 1 h. 48 m. La femme est morte.

L’autopsie démontre qu’il n’y a pas de caillots dans le sang. Pour tous ceux qui ont assisté à l’opération, la mort de l’opérée est évidemment due à la perte de sang, perte relativement considérable pour une malade anémiée et épuisée par le développement rapide d’un kyste des plus volumineux.

Telle n est pas la pensée de M. Willielme, deMons, qui, malgré l’opinion formelle de l’opérateur et de ceux qui 1 assistaient, n’hésite pas à mettre ce cas de mort sur le compte de la nouvelle méthode anesthésique,

«Nous ne pouvions, en effet, dit-il, exonérer le » chloral de la mort de la femme opérée par M. le “ D' Durodié, et anesthésiée au moyen d’une injection

» intra-veineuse .de chloral par M. le D' Lande. Tous » les cas de ce genre ont été, jusqu’ici, portés au passif » des autres anesthésiques ; il serait donc souverai- » nement injuste d’établir la comparaison entre eux,

» si des unités d’un certain ordre étaient comptées en » faveur des uns et pas des autres^ . »

Il est facile de répondre à ces réflexions de M. le D" Willielme, de Mons, et d’exonérer le chloral de la mort de cette opérée.

Tous les expérimentateurs qui Font injecté dans les veines, pour produire l’anesthésie, savent très bien que la mort arrive toujours brusquement, instantanément^ si la dose est trop forte et n’a pas. été bien calculée; ils savent, au contraire, qu’elle n’arrive jamais, si, l’insensibilité une fois obtenue, on ne continue pas à faire pénétrer de nouvelles doses de chloral dans le sang.

Or, chez la malade de M. Durodié, on a employé seulement 5 gr. de chloral .(dose faible) ; ils ont subi pour produire l’insensibilité, le sommeil ; la respiration est tombée de 28 à 25, le calme a été parfait. « Nos confrères, ditM. Lande, qui voient pour la pre- » mière fois le sommeil produit par l’injection intra- » veineuse de chloral, ainsi que les personnes qui » assistent à l’opération, sont émerveillés. »

On cesse l’injection à 12 h. 32 m. L’opération commence 4 minutes après. La malade succombe à 1 h. 48 m., c’est-à-dire 1 heure 12 minutes après la pénétration de la dernière dose de chloral. Or, admettre que c’est le chloral qui, dans ce cas, a occasionné la mort, c’est admettre un fait absolument contraire à toutes les données expérimentales.

Une fois seulement la mort a été la conséquence de l’injection intra-veineuse de chloral. L’obseivation est rapportée plus loin {30^ obs.) On verra, en la

1 Congrès international des sciences médicales. — Biuxellef, 1875, p. 121.

lisant, que, quand cette terminaison doit arriver, elle se produit d’une autre façon.

Et puis, lorsque cinq médecins, parmi lesquels s’en trouvait un, mon confrère et ami le D" Dudon, adversaire des injections intra-veineuses de chloral, déclarent tous que la malade a succombé à l’hémorrhagie, pourquoi vouloir quand même accuser le chloral et le rendre responsable du résultat? Parce que, dit-on, tous les cas de ce genre ont été jusqu’ici portés au passif des anesthésiques, et qu’il serait injuste de faire pour les uns ce que l’on ne ferait pas pour les autres. Au lieu de cette affirmation, M. Willielme, de Mons, aurait dû citer ces cas semblables. J’avoue, quant à moi, n’en connaître aucun qui offre avec celui-ci la moindre ressemblance.

Le chloral est donc innocent d’une mort que l’hémorrhagie seule a occasionnée.

Une circonstance qui mérite d’être signalée, c’est l’absence de caillot dans la veine piquée dont l’examen a été fait avec le plus grand soin par M. Lande.

La solution employée avait été préparée par moi. J’avais eu le soin de la neutraliser par l’addition de quelques gouttes de sous-carbonate de soude dissous dans l’eau. Ce chloral, devenu ainsi alcalin, se trouvait dans les conditions les plus favorables pour empêcher la coagulation du sang. C’est ce qui m’a amené à formuler la proposition suivante :

« Toutes les fois que l’on devra faire une injection » intra -veineuse de chloral pour produire l’anesthésie, » on devra toujours faire, au préalable, disparaître » l’acidité de la solution chloralique, en ajoutant deux » ou trois gouttes par gramme de chloral d’une solu- » tion de carbonate de soude titrée au dixième (1 gr. » pour 10). Non-seulement cette addition ne trouble » pas les effets physiologiques du chloral, mais, dans » les deux cas que je viens de signaler, elle a paru » avoir une influence heureuse sur la régularité et le » calme de la respiration et de la circulation. »

Je m’empressai de communiquer ces faits nouveaux

à MM. les professeurs Deneffe et Van Welter qui, à partir de ce moment, ont toujours neutralisé les solutions de chloral dont ils se sont servis à l’aide du carbonate de soude. C’est ainsi que tous les malades opérés depuis ont reçu, dans les veines, des injections de chloral carbonaté.

Vingt-buUièmc observation.

Glixique de la ville. — MM. Deneffe et Van Wetter.

Tumeur du sein. — Amputation. — Anesthésie chloralique.

M”® Arnélia W..., âgée de soixante-quatre ans, est atteinte d’un cancer du sein gauche ; plusieurs des ganglions axillaires correspondants sont envahis par cette affection, dont le siège se trouve surtout dans le tiers moyen de la région externe de la glande. Cédant au désir de la malade et de sa famille, nous nous décidons à extraire la tumeur et les ganglions dégénérés.

L’opération est pratiquée le 16 décembre avec l’aide de nos honorables amis, MM. les D"’ Bouqué et Leboucq.

Un instant avant l’opération, M™® W... est émue, et son pouls bat à 29 au quart.

A 11 h. 56 m. 30 s. Ponction de la veine médiane droite.

11 h. 57 m., 0,50 centigr.de chloral ont pénétré Pouls, 25 au quart.

11 h. 58 m., 1 gr.

11 h. 58 m. 30 s., 1,50 gr. Pouls, 25.

11 h, 59 m., 2 gr.

11 h. 59 m. 30 s., 2,50 gr. Pouls, 24.

12 h. 3 gr. Pouls, 24. Somnolence.

12 h. 1 m., 3,50 gr.

12 h. 1 m. 30 s., 4 gr. Sommeil.

12 h. 2 m., 4,50 gr. Pouls, 18. Toux.

12 h. 3 m., 5 gr. Sommeil profond, calme. Anesthésie des cornées presque complété.

12 h. 4 m., 5,50 gr. Toux.

12 h. 5 m., 6 gr. Anesthésie absolue des cornées.

A 12 h et 6 m., l’opération commence.

Pendant toute sa durée, le pouls se maintient à 15 au quart ;

11 est régulier ; la respiration est physiologique.

A 12 h. 23 m., la sensibilité apparaît très faiblement aux cornées, mais le reste du corps est absolument insensible. A

12 h. 35 m., l’hémorrhagie ne se produisant pas, nous fermons les points de suture et faisons le pansement. A 1 h., nçus

quittons la malade, les cornées sont légèrement sensibles; et l’on produit quelques faibles mouvements réflexes dans les muscles du visage quand on pique les tragus.

La malade dormit profondément jusqu’à 2 h. ; alors elle s’éveilla ; 10 minutes après, elle se rendormit. Quand nous vînmes la visiter, à 5 h. 1/2 du soir, elle dormait toujours : nous la réveillâmes un instant, mais, en notre présence, elle se rendormit. Le pouls battait 21 au quart. M““ W... dormit jusqu’à 2 h. du matin, puis s’éveilla ; un quart d’heure après, elle dormait de nouveau.

Le 17 décemlDre, nous la visitons à 10 h, 1/2 du matin ; l’état de somnolence est des plus manifestes encore ; la malade dort plutôt qu’elle ne veille. Le pouls est à 24 au quart.

A partir de midi, d’après les personnes qui entourent la patiente, M”*® W... reprit pleinement connaissance, mais l’état de somnolence persista ; il existait encore à notre visite du soir, vers 7 h. A ce moment, le pouls était à 22 au quart, la face était inerte, les yeux à demi clos, l’intelligence paresseuse encore ; vers 11 h. de la nuit, l’état chloralique cessa, l’intelligence était dans l’état normal, la somnolence avait disparu.

Ainsi donc, 6 gr. de chloral injectés en 8 minutes ont produit une anesthésie absolue des cornées qui dura 18 minutes ; le corps resta insensible pendant près de 45 minutes ; le sommeil dura 24 h. ; il fut suivi d’un état de somnolence qui se prolongea encore pendant 12 h.

La première urine expulsée renfermait un peu de sang et une certaine quantité d’albumine ; elle a été soumise à l’examen de M. le professeur du Moulin. Ni phlébite caillots.

Ylngt-ueiivlème observation:

Hôpital civil de Gand. — MM. Deneffe et Van Wetter

Restauration de la paupière supérieure gauche, à la suite d’une cicatrice vicieuse. — Anesthésie chloralique.

Il y a quelques semaines, Bleys (Emile), âgé de dix-sept ans, fut frappe a la face par les éclats d’une chaudière faisant explosion. Notre venere maître, M. le professeur Burggraeve, reçut ce malheureux enfant dans son service, combattit les accidents pneraux qui menaçaient de prendre une gravité extrême, res-

jeune malade à la

clinique phthalmologique, nous chargeant de réparer le délapempt de la paupière supérieure gauche. Bleys (Emile), est un est à peine perceptible. Nous 1 opérons le 21 .décembre, avec le concours de M. Van Wese-

mael. en présence de M. le professeur Van Gauwenberghe, de MM. les docteurs Bouqué et Leboucq et des étudiants.

A 8 h. 25 m., lé pouls bat 25 au quart.

8 h. 46 ni. Ponction de la veine médiane basilique droite.

8 h. 46 m. 80 s. L’injection commence.

8 h. 47 m,, 0.50 cent, de chloral ont pénétré. Pouls, 32 au quart.

8 h. 47 m. 30 s., 1 gr.

. 8 h. 48 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls, 20.

8 b. 49 m. 30 s., 2 gr. Pouls, 24.

8 b. 50 m.'30 s., S gr. Pouls, 28. Bâillement.

8 h. 51 m. 30 s., 3.50 gr. Pouls, 30. Bâillement.

' 8 h. 52 m , 3.75 gr. Pouls, 29. Bâillement.

. 8 h. 52 m. 30 s., 4 gr. Pouls, 29. Ronflement. Sommeil.

8 h. 53 m., 4.25 gr. Pouls, 83. Anesthésie cornéenne commence.

' 8 h. 53 m. 30 s., 4.50 gr. Pouls, 32.

8 h. 54 m., 4.75 gr. Pouls, 82. Anesthésie cornéenne absolue.

L’opération commence immédiatement. Les adhérences anormales de la paupière avec le globe oculaire sont détruites ; des traînées cicatricielles qui altèrent la direction du bord palpébral sont enlevées à coups de ciseaux, puis six points de suture réunissent les lambeaux avivés de la paupière.

A 9 heures 7 minutes, l’opération est complètement terminée.

Pendant l’opération, la respiration reste normale, mais la circulation s’accélère vivement; en 13 minutes, le pouls oscille entre 30 et 32 battements au quart. La tension artérielle, pendant tout ce temps, est beaucoup plus forte qu’au éébut.

La salivation est abondante ; nous enlevons le liquide qui remplit la bouche au moyen d’une éponge promenée de temps en temps dans la cavité buccale. Nous évitons ainsi que la salive ne s’introduise dans les voies respiratoires et ne provoque la toux que nous avons rencontrée à différentes reprises dans les mêmes circonstances.

A 9 heures 10 minutes, la sensibilité des cornées commence à se réveiller.

Ainsi donc, en 7 minutes 30 secondes, l’injection de4.75 gr. de chloral produit une anesthésie absolue des cornées qui dure pendant 16 minutes ; jusqu’à 1 heure de relevée, le malade dort profondémen' ; de 1 heure à 4 heures, son sommeil est agité, depuis 4 heures jusqu’au lendemain matin, le malade dort paisiblement ; pendant toute la journée du lendemain, le malade est somnolent.

La première urine expulsée est limpide ; il n’y a ni hématurie, ni phlébite, ni caillots.

Trentième observation.

Hôpital civil de Gand. — M. Burggkaeve

Amputation de la cuisse. — Anesthésie chloralique.

Auguste Timmerman, vingt-huit ans. La jambe droite, broyée à la suite d’un accident de chemin de fer, s’est gangrenée dans toute son étendue et, malgré tous les soins dont M. Burggraeve avait entouré ce malheureux, l’honorable professeur dut se résigner à faire l’amputation de la cuisse au-dessus du genou. L’opération fut pratiquée, le 28 décembre 1874, par M. Lucien Golson, élève interne du service, en présence de MM. les professeurs Burggraeve, Soupart et Kluyskens, de MM. les docteurs Brémont (de Paris), Lesseliers, Van Wesemael et des élèves attachés à l’hôpital et aux cliniques universitaires.

M. Burggraeve nous avait prié d’anesthésier le patient au. moyen d’une injection veineuse de chloral; M. le docteur Bouqué nous assistait.

A 9 h. 30 m. Ponction de la veine médiane basilique gauche. Pouls à 30 au quart.

9 11. 30 m. 15 s., 0.50 centigrammes de chloral ont pénétré. Pouls à 30.

9 h. 31 m., 1 gr. Pouls à 30.

9 h. 31 m. 15 s., 1.50 gr. Pouls à 30.

9 h. 31 m. 30 s., 2 gr. Pouls à 30.

9 h. 32 m. 30 s., 2.50 gr. Pouls à 30.

9 h. 33 m , 3 gr. Pouls à 30.

9 h 33 m. 30 s., 3.50 gr. Le sommeil commence.

9 h. 34 m., 4 gr.

9 h. 35 m , 4.50 gr. Pouls à 33.

9 h. 36 m., 5 gr. Sommeil profond.

9 h. 36 m. 30 s., 5.50 gr. L’anesthésie des cornées est incomplète.

9 h. 37 m., 6 gr. Pouls à 36.

9 h. 38 m., 6.25 gr. Pouls à 34. L’anesthésie cornéenne est complété.

9 h. 41 m. 30 s. Application de l’appareil d’Esmarch. Pouls a 37.

9 h. 43 m., M. Golson commence l’opération.

9 h. 46 m. Pouls à 30.

9 h. 53 m. L’opération est terminée. Pouls à 31.

La gangrène de la jambe n’a pas permis d’appliquer la bande élastique depuis les doigts du pied jusque sur la cuisse ; la compression n a pu commencer qu’au-dessus du genou, aussi le

malade a-1-il perdu un peu de sang. L’amputalion a été faite par la méthode circulaire, avec conservation d’une manchette de périoste.

L’anesthésie cornéenne resta absolue pendant 20 m. environ, puis l’œil reprit peu à peu sa sensibilité, mais le reste du corps ne sentait pas et le sommeil était profond. M. Van Wesemael observa que les pupilles ne perdirent pas leur contractilité.

A 10 h. 45 m., le pouls est à 40 au quart

11 h., le pouls est à 35.

11 h. 15 m., le pouls est à 40.

11 h. 45 m., le pouls est à 86.

1 h., le pouls est à 37.

2 h , le pouls est à 30

A partir de midi, le malade reprend connaissance ; il répond avec intelligence aux questions qui lui sont posées par M. Golson ; il boit avec avidité, et se rendort immédiatement.

Les premières urines expulsées dans la soirée sont limpides : pas la moindre trace hématurie.

A 5 b. du soir, nous visitons le malade : il sommeille paisiblement; il répond aux questions que nous lui posons, mais se rendort immédiatement. Le pouls est à 28 au quart; le patient ne se plaint pas. Le sommeil, de temps en temps interrompu, se prolongea jusqu’au lendemain matin.

Ainsi l’injection de 6.25 gr. de chloral faite en 8 m. produisit une anesthésie absolue de la cornée, qui dura 20 m. ; le sommeil se prolongea pendant 2 heures et demie; le malade reprit alors connaissance, puis se rendormit jusqu’au lendemain, se réveillant de temps en temps, ayant retrouvé sa lucidité d’esprit, répondant nettement aux questions, mais somnolent et peu sensible.

Aucun accident ne fut la suite de cette injection : ni caillots, ni phlébite, ni hématurie.

Trente et unième oligervatlon.

Hôpital civil de Gand. — MM. Deneffe et Vax Wetteii.

Cataracte lenticulaire double. — Anesthésie chloralique. — Mort .

François-Pierre Verhaegen, âgé de quarante-cinq ans, se présente à la clinique ophthalmologique. Il est atteint d’une cataracte lenticulaire double.

Nous nous préparons à l’opérer. Le 30 décembre 1874, nous l’examinons soigneusement : le pouls est normal, la respiration

est bonne, l’auscultation ne nous révèle aucun désordre du côté du cœur ou de la poitrine. C’est un homme de taille moyenne, mais au teint pâle, ne paraissant pas doué d’une grande énergie vitale.

A 8 h. et demie du malin, le pouls bat à 22 au quart.

8 h. 48 m., ponction de la médiane basilique gauche.

8 h. 48 m. 30 s., 0.50 centigrammes de chloral ont pénétré. Pouls à 17.

8 h. 49ra , 1 gr. Pouls, 20.

8 h. 50 m., 1.50 gr. Pouls, 22,

8 h. 50 m. 30 s., 2 gr. Pouls, 25.

8 h. 51 m., 2.50 gr. Pouls, 22.

8 h. 51 m. 30 s., 3 gr. Pouls, 25.

8 h. 52 m., 3.50 gr. Pouls, 25.

8 h. 52m. 30 s., 4 gr. Pouls, 25.

8 h. 52m. 45 s., 4.50 gr. Pouls, 25,

8 h. 53 m., 5 gr. Somnolence. Pouls, 28.

8h..53m. 45 s., 5.50 gr. Sommeil, ronflement; sensibilité disparaît. Pouls, 28. ,

8 h. 54 m. 15 s., 6 gr. Cornées insensibles. Pouls, 28.

8 h. 55 m. Pouls, 33.

M. le docteur Van Wesemael opère l’œil droit par le procédé; de Von Graeffe; à 8 h. 57 m. l’opération est terminée, le pouls bat à 40 au quart. Jusque-là, la respiration n’a rien présenté departiculier. Au moment où notre honorable confrère va opérer l’œil gauche, MM. Bouqué et Leboucq, qui nous assistaient et-, surveillaient attentivement la circulation et la respiration, nous disent (8 h. 58 m.) que ces deux fonctions viennent de s’arrêter. Immédiatement nous faisons approcher l’appareil électrique de l’hôpital et un des réophores est appliqué sur l’épigastre, l’autre sur le trajet des pneumogastrique et phrénique, Aussitôt le pouls reparaît le malade respire, la figure se colore; nous croyons que l’accident est conjuré, mais le courant électrique faiblit tout à coup, il devient à peu près nul et-la syncope reparaît. Le pouls redevient filiforme, puis n’est plus perçu, la respiration cesse et la pâleur envahit de nouveau le visage de l’opéré La machine électrique ne fonctionnant plus, nous nous sentons désarmés, et nous comprenons que tout est perdu. Cependant, l’insufflation d’air, bouche à bouche, est pratiquée, les parties génitales sont flagellées avec une compresse trempée dans l’eau froide, le fer rougi à blanc est appliqué en différents points de la base de la poitrine, la langue est attirée en avant, de l’ammoniaque est introduit dans les narines. Tout reste inutile. L’homme est mort.

Autopsie. — Vingt-quatre heures après le décès, MM. les docteurs Bouqué et Leboucq font l’autopsie en présence de M. le docteur Van Wesemael. I

Poumon droit. — Adhérences en arrière. Congestion très accentuée.

Poumon gauche — Fortes adhérences.

Le tissu■ pulmonaire est congestionné des deux côtés; les ramifications de l'artère pulmonaire sont gorgées de sang; le sang est noirâtre, il présente sa fluidité ordinaire; pas le moindre caillot.

Cœur droit. — Gorgé de sang fluide; pas de trace de caillots, pas de lésions organiques.

Cœur gauche. — Les cavités sont pleines de sang; pas de caillots, pas de lésions organiques

Organes abdominaux. — Congestion veineuse partout. Les veines mésentériques sont gorgées de sang. Il en est de même du tronc de la veine-porte et de tout son système ; foie assez congestionné. La veine splénique et la rate sont pleines de sang. Les reins sont congestionnés. Vessie modérément distendue par une urine claire.

Centre nerveux. — Congestion de l’aponévrose péricrânienne, de la dure mère; arborisation forte dans la pie-mère. Injection du cerveau, de la moelle et de la pie-mère médullaire.

Veine médiane basilique. — Cette veine, comme toutes celles du bras, est vide de sang jusqu’à l’axillaire Nulle part on trouve trace de caillots.

Ce fait malheureux confirme les données expérimentales sur lesquelles j’ai établi la méthode de l’anesthésie par les injections intra-veineuses de chloral.

Dès mes premières expériences, lorsqu’il me fut permis de constater l’action vraiment merveilleuse de cette substance, je compris tout le parti que l’on pourrait en tirer.

Le chloral injecté dans les veines produisant une insensibilité absolue qui dure plusieurs heures, sans déterminer de troubles respiratoires, j’ai pensé qu’il pourrait remplacer avantageusement le chloroforme. Toutefois, dans le fait d’une insensibilité si complète, et surtout si longue, il m’a semblé qu’il y avait un inconvénient, peut-être même un obstacle, à l’introduction de cet anesthésique dans la pratique chirurgicale. Aussi, ai-je cherché le moyen de la diminuer, de la faire même disparaître assez rapidement. Me rappelant d’anciennes expériences dans lesquelles des animaux qui paraissaient morts sous l’influence du

chloroforme avaient été ranimés presque instantanément par l’électricité, je songeai à employer l’action des courants contre l’anesthésie chloralique. Voici ce que l’expérience m’a appris ;

Expérience. — Un chien ayant été soumis à une injection intra-veineuse de 2 gr. de chloral est tombé dans l'insensibilité caractéristique déjà signalée.

Après avoir constaté que ni les piqûres, ni les cautérisations avec le fer rougi à blanc, appliquées sur la langue et sur les diverses surfaces du corps, ni les incisions, ni les déchirures des parties molles n’étaient capables de le réveiller, j’ai appliqué sur deux points opposés du corps les deux conducteurs de l’appareil Legendre et Morin. L’animal s’est aussitôt réveillé, a relevé la tête, a poussé des cris qui ont cessé avec l’application des courants, pour recommencer avec une application nouvelle. En continuant l’action du courant, les phénomènes chlorali [ues ont fini par disparaître. Aussi, ai-je été conduit à formuler cette conclusion :

« Les courants électriques constituent le meilleur moyen de combattre l’anesthésie produite parle chloral. Ils la font cesser rapidement, en ramenant la sensibilité et les mouvements. » Toutefois, il est bon de faire remarquer qu’après le retour de ces deux propriétés perdues, les animaux conservent une certaine hésitation dans la marche, qui rappelle celle de l’ivresse.

A cette conclusion, basée sur les expériences de laboratoire, il manquait une sanction. Il manquait l’application faite à l’homme.

Cette application, je l’ai faite chez le malade sujet de la deuxième observation, auquel j’ai réséqué le calcanéum. Voici en quels termes je m’exprimais dans la Note que j’ai communiquée à l’Académie des Sciences (mai 1874) :

« Tout était fini, et le malade aurait dormi encore » de longues heures dans cet état d’immobilité, si » l’occasion de vérifier un autre fait, que mes expé- • riences avaient démontré, ne s’était pas offerte à » moi. J’ai prouvé, en effet, que, sur les animaux in-

» sensibilisés par l’injection intra-veineuse de chloral,

» un seul agent, le courant électrique, faisait cesser » rapidement l’anesthésie.

» J’ai voulu vérifier, chez l’homme, celle vérité » expérimentalement démontrée, par moi, chez les ani- » maux ; un des conducteurs a donc été placé sur la » partie latérale gauche du cou, l’autre sur l’épigas- » tre ; dès le passage du courant à intermittences rapi- » des et fortes, la respiration est devenue plus ample,

» le malade s’est réveillé, s’est assis sur son lit et s’est » mis à parler ; il était dans un véritable état d’é- » briété. »

L’opération terminée, on pourra donc, à l’aide de courants électriques, faire cesser l’immolDilité et l’insensibilité. Aussi, dès le commencement de l’opération, le chirurgien devra-t-il avoir à sa disposition, sous la main, un appareil électrique fonctionnant bien.

C’est une sécurité que l’on ne saurait serefuser, lorsque l’on songe aux effets si rapides de l’électricité pour faire cesser l’anesthésie chloralique.

L’observation de MM, Deneffe et Van Wetter vient confirmer l’importance du rôle que l’électricité doit jouer dans l’anesthésie chloralique, aussi bien que dans celle par inhalation.

La durée de l’injection a été de huit minutes, c’està dire le temps normal nécessaire pour obtenir l’insensibilité. La dose n’a pas dépassé 6 gr., dose au-dessous de la moyenne.

On a pu opérer l’œil droit sans aucune entrave ; ce n’est qu’au moment où l’on allait opérer le gauche que MM. Bouqué et Leboucq se sont aperçus que la respiration et la circulation s’arrêtaient. « Immédiate- » ment, dit M. Deneffe, nous appliquons l’appareil » électrique de l’hôpital, l’un des réophores, à l’épi- » gastre, l’autre sur le trajet des nerfs phrénique et » pneumo-gastrique. Aussitôt, le pouls reparaît, le » malade respire, la figure se colore ; les accidents » semblent conjurés. Malheureusement, le courant

» électrique de la machine, mal entretenu, faiblît tout » à coup et devient à peu près nul ; dès lors, la syn- » cope reparaît, etc., etc.

» On s’accoutume si vite aux succès, et nous avions » été jusqu’ici si particulièrement heureux, continuent » MM. Deneffe et Van Wetter, la voie que nous par- » courions était si douce et si facile, que nous ne » redoutions plus rien. Le moindre accident n’avait » jamais paru, jamais nous n’avions songé à nous » servir de la machine électrique, qui pourtant était » toujours là à notre portée. Nous l’avions essayée, il » y a deux mois, elle marchait à merveille, et ne son- » géant pas à l’usure des acides qui l’animent, nous » la pensions toujours aussi puissante. Ceux qui s'en » servaient chaque jour ne nous prévinrent pas que son » courant était devenu presque nul. L’accident qu’il » devait conjurer se produisit; nous étions absolu- » ment désarmés. La syncope, que l’électricité aurait » dissipée, devint mortelle. L’anesthésie par injection » intra-veineuse de chloral compte donc une première » victime. Mais si quelqu'un connaît un anesthési- » que qui n’a pas tué, qu’il nous jette la première » pierre. »

L'eftet instantané, immédiat, salutaire du courant n’autorise-t-il pas à penser que si l’appareil électrique avait bien fonctionné, la mort aurait été probablement évitée?

Il semble que ce fait malheureux aurait pu décourager nos habiles confrères ; il n’en a rien été.

» Ce fait regrettable, m’écrivait le 28 avril M. le pro- » fesseur Soupart, était de nature à produire le plus » fâcheux effet et à décourager les expérimentateurs. » Pour moi, il ne changeait rien à mes convictions, » basées sur l’observation attentive des phénomènes » produits. Il confirmait mes prévisions ; il justifiait » mes recommandations à la prudence et à certaines » réserves fondées sur la puissance même de l’agent » employé ; il démontrait que l’emploi de cet agent » si puissant exigeait d’autres précautions que celles

» basées sur les doses, et d’autres conditions que celles » fondées sur les apparences extérieures et sur lé . poids des sujets. Mais, dans mon esprit, ce fait ne » pouvait porter atteinte à la méthode elle-même. —

» C’est ce qui me décida à engager M. Deneffe à » reprendre ses expériences dans les limites d'un . programme que nous arrêtâmes ensemble ; dans ces » conditions nous pratiquâmes successivement, comme » vous le savez, trois opérations graves et laborieuses • (resection du genou — extirpation d’une tumeur ^ du sternum, — resection du pied) avec le plus » grand succès, de même que celle dont il vient d’être » question (amputation de cuisse au tiers supérieur).

' Ces résultats, dans les circonstances signalées, » seront sans contredit d’une haute portée et contri- » hueront, j’ose le croire, à assurer, dans l’avenir, le » sort de votre méthode qui, employée avec les pré- » cautions et les soins quelle réclame, comme toute » autre, présente des avantages et une supériorité » incontestables. »

Les quatre observations auxquelles M. le professeur Soupart fait allusion dans sa lettre seront publiées dans ce Mémoire. Il suffira de les lire, sans prévention, pour se convaincre, ainsi que le proclame l’éminent chirurgien belge, des avantages et de la supériorité incontestables de l’anesthésie chloralique.

Une circonstance qui mérite une mention spéciale c’est l’absence complète de lésion constatée à l’autopsie faite par MM. Bouqué et Leboucq.

En effet, les ramifications de l’artère pulmonaire étaient gorgées d’un sang noir ayant sa fluidité ordinaire, sans aucun caillot.

Le cœur droit gorgé de sang fluide n’offre pas non plus de caillots.

La veine médiane basilique (celle par laquelle l’injection avait été faite) était vide de sang ; comme toutes les autres, jusqu’à l’axillaire, elle ne présentait pas la moindre trace de caillots.

C’est le résultat de l’autopsie qui a fait dire à MM. Deneffe et Van Wetter : ^

» L’accident qui nous est arrivé ne saurait être mis à » charge de l’injection veineuse : la manière dont la » mort s’est produite et l’autopsie faite par MM. Bouqué et Leboucq démontrent à toute évidence que » le chloral a tué parce qu’il a été introduit dans » l’économie, mais non parce qu’il a été injecté dans » les veines. La veine piquée était intacte, aucun gaz » n’y a pénétré, aucun gaz n’y a été rencontré, pas le » moindre caillot n’a été trouvé dans aucun organe,

» dans aucun point du système circulatoire ; partout » un sang fluide et noirâtre.

» Qu’on lise les relations des autopsies pratiquées » sur les personnes mortes pendant l’anesthésie par » inhalation et l’on verra les mêmes caractères, les » mêmes altérations que ceux qui ont été signalés par » MM. Bouqué et Leboucq. La mort s’est produite » au milieu des phénomènes ordinaires de la syn- » cope ; n’est-ce pas toujours ainsi que cela se passe » dans l’anesthésie par inhalation?

» Donc l’injection intra-veineuse doit être mise » hors de cause. Le chloral a tué, non pas parce qu’il » a pénétré directement dans le sang, mais parce qu’il

• a été mis dans un organisme qui n’a pas présenté

• une résistance suffisante; avons-nous besoin de » rappeler que le chloral, introduit à trop haute dose » dans festomac, a déjà fait plusieurs victimes »

Trente-deuxième observation.

Hôpital civil de Gand. — M. le Professeur Soupart

Tumeur blanche de ïarticulation du genou droit. — Trajets ilstuleux. — Resection. — Anesthésie chloraligne.

Liévin Diest, âgé de quarante ans, est atteint d’une carie de l’articulation fémoro-tibiale droite. Son genou a été contusionné, il y a quatre ans, et c’est depuis ce moment que l’arthrite a débuté. Il est amené à la clinique chirurgicale.

1 Anesthésie par injection intra-veineuse de chloral, p. 183.

Après avoir soigneusement examine ce patient pendant quelques jours, M. le professeur Soupart se décide à faire la resection des extrémités articulaires malades. Le brillant succès qui avait récemment couronné une autre resection du genou, pratiquée par M. Soupart, engageait aussi l’honorable professeur à préférer cette opération à l’amputation de la cuisse. La résection fut pratiquée à la clinique chirurgicale, le 2 février, en présence de MM. le professeur Burggraeve, Déchange, médecin principal de la garnison ; Van Wesemael, chirurgien de l’hôpital ; Leboucq et Teyrlinck. Tous les élèves sont présents.

A 10 h. 22. m. Température, 37o5. Pouls, 20 au quart. Ponction de la veine médiane céphalique gauche.

10 h. 23 m. 0.50 cent, de chloral ont pénétré. Pouls, 23 au quart.

10 h. 23 m. 30 s., 1 gr. Température, 37“ 7. Pouls, 28.

10 h. 24 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls, 28.

10 h. 25 m., 2 gr. Pouls, 27,

10 h. 25 m. 30 s., 2.50 gr. Température, 37“9. Pouls, 21.

10 h. 26 m. 15 s., 3 gr.

10 h. 27 m,, 3.50 gr. Pouls, 24.

10 h. 27 m. 30 s,, 3.75 gr. Température, 38“.

10 h. 28 m. 30 s., 4 gr. Température, 38“, Pouls, 22,

10 h. 29 m. 30 s., 4^50 gr. Pouls, 24.

lOh. 30 m., 4.75 gr.

10 h. 30 m. 30 s., 5 gr. Température, 37“9. Pouls, 22.

10 h. 31 m. 30 s., 5.25 gr.

10 h. 32 m., 5.50 gr. Pouls, 28.

10 h. 33 m., 5.75 gr.

10h. 33 m. 30s., 6 gr. Température, 38“. Pouls, 25,

10 h. 34 m. 30 s,, 6.25. Température, 38“.

10 h. 35 m. Pouls, 28.

10 h. 35 m. 30 s., 6.50 gr.

10 h. 36 m. 30 s., 6.75 gr. Pouls, 28.

10 h. 37 m., 7 gr. Température, 28“.

10 h. 38 m. 7.25 gr. Température, 38». Pouls, 26.

10 h. 38 m. 30 s., 7.50 gr. Température, 38“. Pouls, 18.

10 h. 40 m. 7.75 gr. Température, 38“. Pouls, 15.

10 h. 40 m. 15 s., 8 gr. Température, 38°. Pouls, 18.

^ A ce moment, le sommeil est profond, la respiration est calme, régulière, la cornée n’est pas insensible, mais toute la surface du corps jouit d’une anesthésie absolue. On peut mouvoir sans la moindre précaution cette jambe droite, qu’on ne pouvait remuer autrefois sans faire crier le malade; il ne la sent plus. M. le professeur Soupart entoure la racine du membre avec la corde en caoutchouc de l’appareil d’Esmarch et commence, à 10 heures 42 minutes, la resection du genou. Aidé par M. le

D'Bouqué, chef de clinique chirurgicale, M. Soupart conduit cette délicate opération avec une grande rapidité ; en 13 minutes, tout est terminé ; la rotule, la partie inférieure du fémur, la supérieure du tibia sont emportées.

Quelle était pendant ce temps la situation du patient ?

10 h. 44 m. Température, SS^O. Pouls, 21. ]

10 h. 50 m. Température, 38“0. Pouls, 21. rRespiration

10 h. 50 m. 30 s. Température, 37»9. Pouls, 21. ( normale.

10 h. 55 m. Température, 37°9. Pouls, 21. )

M. Soupart s’occupe alors d’arrêter l’hémorrhagie, qui se produit en nappe, et d’appliquer un pansement et un appareil qui immobilisent les os après les avoir rapprochés.

11 h. 15 m. Température, 38°. Pouls, 15.

11 h. 28 m. Température, 38ol.

11 h. 29 m. 30 s. Température, 38°2.

11 h. 30 m. 30 s. Température, 38°3.

11 h. 32 m. 30 s. Température, 38o4.

11 h. 35 m. Température, 38°3.

11 h. 40 m. Température, 38°8.

11 h. 41 m. Température, 39°0,

11 h. 43 m. Température, 39ol.

11 h. 44 m. Température, 39»2.

Ail heures 44 minutes, le pansement est complètement terminé, l’opération est absolument achevée. La situation du malade est bonne, le pouls bat à 21 ou 22 au quart, il est faible, régulier; la x’espiration est normale. La cornée est un peu plus sensible qu’au début de l’opération, mais le corps est encore profondément anesthésié. . L’insensibilité est encore presque absolue.

Le malade est transporté dans son lit ; peu à peu la sensibilité renaît, mais le sommeil reste profond ; ce n’est qu’à 7 heures du soir que le patient s’éveille : jusque-là, la sensibilité était restée très obtuse.

Pendant toute la durée de l’opération, les sécrétions n’ont pas augmenté ; à diverses reprises, nous avons constaté l’augmentation de la sécrétion salivaire, plusieurs fois une sécrétion très abondante de larmes, une fois une forte transpiration. Rien de semblable ne s’est produit dans ce cas.

Vers la fin du pansement, alors que la température de l’aisselle était à 38“ et 39“, que toute la surface cutanée était bien chaude, le malade fut pris d’un frisson très prononcé et qui persista pendant plusieurs minutes.

Ainsi donc, une injection de 8 gr. de chloral, faite en dixhuit minutes, a produit une anesthésie absolue qui a duré plus de 1 heure, suivie pendant 9 heures d’un sommeil profond, pendant lequel la sensibilité était très obtuse.

Pendant la nuit qui suivit l’opération, le malade dormit peu.

|Le pouls est de temps en temps irrégulier, faible, mais j généralement lent.

iLe pouls devient rc- > gulier, il bat à 21 j au quart.

Lo lendemain, nous accompagnâmes M. Soupart, à la première visite qu’il rendit à son opéré. La situalion du patient était bonne, la température normale, le pouls à 23 au quart.

Il n’y eut ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Trente-troisième observation.

Hôpital civil de Gand. — M. le Phofesseur Soupaut Tumeur sternale. — Resection. — Anesthésie chloralique.

Jules de Hoose, de Heusden, âgé de dix-huit ans, porte, depuis le commencement de l’été dernier, une tumeur à la région sternale. Elle s’est développée spontanément, sans cause connue ; elle adhère au sternum, elle a le volume du poing ; elle est semi-fluctuante. Une ponction exploratrice, suivie de l’aspiration au moyen de l’appareil de Dieulafoy, montre que la tumeur est solide. M. le professeur Soupart en fait l’extirpation à la clinique chirurgicale, le 4 février 1875.

10 h. 25 m. 30 s. Température, 37“, Pouls, 27 au quarl. Ponction de la médiane basilique droite.

10 h. 24 m., 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. Température, 37o4. Pouls, 27 au quart.

10 h. 25 m. 1 gr. Température, 37®5. Pouls, 27 au quart.

10 h. 26 m 1.50 gr. Température, 37o5. Pouls, 25 au quart.

10 h. 27 m. 2 gr. Température, 37°6. Pouls, 30 au quart.

10 h. 27 m. 30 s. 2.50 gr. Température, 37o6 1/2. Pouls, 26 au quart.

10 h. 28 m. 30 s. 3 gr. Température, 37“7. Pouls, 26 au quart.

10 h. 29 m. 3.50 gr. Température, 37o7 Pouls, 21 au quart.

10 h. 30 m. 4 gr. Température, 37»8. Pouls, 25.

10 h. 31 m. 30 s. Température, 37o8 1/2. Pouls, 25

10 h. 32 m. 4.25 gr. La vue se trouble. Température, 37“81/2. Pouls, 26.

10 h. 32 m. 30 s.4.50 gr. Température, 37<>8 1/2. Pouls, 29.

10 h. 33 m. 4.75 gr. Température, 37®. Pouls, 27.

10 h. 33 m. 30 s. 5 gr. Température, 37®. Pouls, 27.

10 h. 34 m. 5.25 gr. Température, 37®. Pouls, 27.

10 h. 34 m. 30 s. 5.50 gr. Température, 37®. Pouls, 27.

10 11. 35 m. 5.75 gr. Température, 37°. Pouls, 27.

10 h 36 m. 6 gr. Somnolence. Température, 37o8 1/2. Pouls, 29.

10 h. 37 m. 30. s. 6.50 gr. Température, 37°8 1/2. Pouls, 25.

10 h. 38 m. 6.75 gr. La langue s’embarrasse. Température, 87® 1/2. Pouls, 26.

10 h. 38 m. 30 s. 7 gr. Température, 37®8 1/2. Pouls, 27.

10 h. 40 m. 30 s. 7.25 gr. Sommeil. Température,1/2. Pouls, 31.

10 h. 41 m. 7.50 gr. Température, 37«8 1/2. Pouls, 34.

10 h. 42 m. 7.75 gr. Température, 370 . Pouls, 35.

10 h. 42 m. 30 s. 8 gr. Température, 37<’. Pouls, 33.

10 h. 43 m. Température, 37°. -Pouls, 31.

10 h. 44 m. 8.25 gr. Température, 37». Pouls, 31.

10 h. 45 m. 8.50 gr. Température, 37*^. Pouls, 32.

A ce moment, l’insensibilité du malade est absolue ; mais les cornées sentent encore ; leur anesthésie n’est pas complète. M. Soupart ne juge pas qu’il soit nécessaire d’aller jusque-là et commence immédiatement son opération. La peau qui recouvre la tumeur est incisée crucialement ; le tissu morbide apparaît alors à nu. M. Soupart croit y reconnaître les éléments du sarcome, et l’extirpe complètement au moyen du bistouri.

L’éminent professeur reconnaît aussitôt que la tumeur pénètre profondément dans l’épaisseur du sternum et qu’il faut la poursuivre jusque bien près du médiastin. Dans la remarquable leçon clinique faite quelques jours auparavant sur ce cas, M. Soupart avait exprimé ses craintes sur la nature de la tumeur et fait entrevoir qu’il serait peut-être amené à resequer une portion du sternum pour atteindre les dernières racines du mal. Ces appréhensions n’étaient que trop fondées. Au moyen d’un fort bistouri, M. Soupart évida le sternum dans toute l’étendue de son tiers moyen, ne laissant intacte qu’une mince pellicule osseuse au-devant du médiastin antérieur. Manœuvre délicate et dangereuse. On craignait à chaque instant de voir le bistouri pénétrer dans le médiastin; il n’en fut rien, et, à 11 h. 7 m., l’extirpation de la tumeur et la resection du sternum étaient terminées. Quel avait été pendant ce temps l’état du malade ?

10 h. 47 m Température, 37° 9. Pouls, 35 au quart.

10 h. 48 m. Température, 37». Pouls, 40 au quart.

10 h. 48 m. 30 s, Température, 37° 9. Pouls, 42 au quart.

10 h. 49 m. 30 s. Température, 37o Pouls, 30 au quart.

10 h. 51 m. Température, 37o. Pouls, 46 au quart.

10 h. 51 m. 30 s. Température, 37». Pouls, 42 au quart.

10 h. 56 m. Température, 37». Pouls, 43 au quart.

11 h. Température, 37». Pouls, 40 au quart.

11 h. 1 m. Température, 37» 8. Pouls, 35 au quart.

11 h. 3 m. 30 s. Température, 37». Pouls, 34 au quart.

11 h. 6 m. Température, 37». Pouls, 26 au quart.

La respiration a toujours été calme et régulière ; le pouls est faible, quelquefois un peu irrégulier. Les sécrétions n’ont pas été augmentées.

Désirant détruire les racines du sarcome, M. Soupart éteint une série de cautères électriques dans cette plaie profonde et anfractueuse. Puis on fait le pansement. Pendant toute la durée

de l’opération, c’est-à-dire de 10 heures 45 minutes à 11 heures 6 minutes, l’insensihilité du malade fut absolue ; mais quelquefois, quand le cautère électrique était plongé dans la plaie, quelques mouvements réflexes se manifestaient légèrement.

Le malade dormit profondément jusqu’à une heure de relevée, puis, pendant le reste de la journée et de la nuit, il resta fort somnolent : tantôt il était endormi, tantôt plus ou moins éveillé.

Les urines excrétées par le malade ne renfermaient aucune trace de sang. Ainsi donc, m phlébite, xâ caillots, ni hématurie.

8 gr. 50 cent, de chloral injectés en 21 minutes ont donc produit une anesthésie absolue, qui a duré 21 minutes (10 heures 45 minutes à 11 heures 6 minutes); un sommeil profond avec sensibilité très obtuse, qui se prolongea pendant 2 heures et plus, et l’état chloralique persista jusqu’au lendemain.

La tumeur ayant été soumise à l’examen de M. le docteur Leboucq, l’habile micrographe n’y découvrit que les éléments de l’ostéo-sarcome.

Treutc-quatrième oliservation.

Hôpital civil de Gand. — M. le Professeur Soupart Carie du pied.— Resection.— Anesthésie chloralique.

Van Peteghem, Charles, âgé de trente ans, est atteint d’une carie des os du pied gauche. Cette affection date d’une année : une entorse a été son point de départ. Le traitement institué à la clinique chirurgicale par M. Soupart n’ayant pas donné de résultats satisfaisants, l’honorable professeur se propose de resequer les os cariés. Malgré des recherches très attentives, les limites de la carie ne sont pas connues ; il est donc impossible d’établir d’avance ce quil faudra sacrifier de ce pied malade et ce que l’on pourra en conserver.

M. Soupart, inventeur de remarquables procédés, aujourd’hui classiques, d’amputations partielles du pied (modes losangiques et en Y), désire n’enlever que les os absolument cariés et garder de ce pied la plus grande étendue possible. Il prévoit qu’une série d’incisions destinées à mettre successivement à nu de plus larges surfaces osseuses devront sans doute être pratiquées. Il importe donc que le patient soit plongé dans une anesthésie profonde et prolongée ; aussi l’honorable professeur nous invite-t-il à produire l’insensibilité au moyen de l’injection veineuse de chloral. L’opération est pratiquée, le 11 février 1875, devant un grand nombre de médecins et d’étudiants.

10 h. 22 m. Température, 37° 9. Pouls, 25 au quart faible.

10 h. 25 m. Ponction de la médiane céphalique droite.

10 h. 26 m. 0.50 cenfigr. de chloral ont pénétré. Temperarature, 38®. Pouls, 27 au quart.

10 h. 26 m. 30 s. 1 gr. Température, 38®. Pouls, 28.

10 h. 27 m. 1.50 gr. Température, 38»2. Pouls, 28.

10 h. 27 m. 30 s."2 gr. Température, 38®. Pouls, 28.

10 h. 28 m. 2.50 gr. Température, 38®. Pouls, 26.

10 h. 29 m. 3 gr. Température, 38®. Pouls, 26.

10 h. 29 m. 30 s. 3.50 gr. Température, 38®. Pouls, 26.

10 h. 30 m. 4 î^r. Température, 38®. Pouls, 26.

10 h. 31 m. 4.50 gr. Température, 38®. Pouls, 20.

10 h. 31 m. 30 s. 5 gr. Température, 38°. Pouls, 21. Le sommeil commence.

10 h. 32 m. 30 s. 5.50 gr. Température, 38®. Pouls, 20. La langue s’embarrasse.

10 h. 34 m. 6 gr. Température, 38®. Pouls, 23.

10 h. 35 m. 6.50 gr. Température, 38®. Pouls, 23.

10 h. 36 m. 7 gr. Température, 38®. Pouls, 26.

10 h. 37 m. 7.50 gr.

10 h. 38 m. 7.75 gr.

10 h. 39 m. 8 gr,

10 h. 40 m. 8.50 gr. Température, 38®. Pouls, 27.

10 h. 41 m. 8.75 gr.

10 h. 42 m. 9 gr. Température, 38®, Pouls, 29.

10 h. 42 m. 80 s. 9.25 gr.

10 h. 43 m. 9.50 gr.

10 h. 45 m. 9.75 gr. Température, 38®3.

10 h. 46 m. 10 gr. Température, 38°. Pouls, 30.

10 h. 48 m. 10.25 gr. Température, 30®. Pouls, 30.

10 h. 49 m. 10.50 gr. Température, 30®. Pouls, 30.

10 h, 49 m. 80 s., 11 gr. Température, 30®. Pouls, 30.

10 h. 50 m, 11.25 gr. Température, 30°. Pouls, 30. L’anesthésie du corps est absolue, les cornées sentent encore, mais très faiblement ; trois minutes après, l’œil est complètement insensible.

M. le docteur Bouqué applique l’appareil d’Esmarch. A 10 h. 52 minutes, M. Soupart commence l’opération.

Une première incision fut faite dans le sens longitudinal entre les deux métatarsiens, comme pour désarticuler le premier métatarsien ; puis le second étant trouvé malade, une seconde incision fut faite dans le second espace intermétalarsien. Une incision horizontale pratiquée au niveau de l’articulation cunéométatarsienne avait rejoint la première.(En somme, mode losangique pour l’amputation des deux premiers métatarsiens.) Les deux cunéiformes et les deux métatarsiens sont alors extraits. L/articulation du troisième métatarsien avec le troisième cunéiforme étant malade, on prolonge l’incision horizontale pratiquée

au niveau de l’articulation tarso-métatarsienne, on faille le lambeau plantaire de l’amputation de Lisfranc, et l’on emporte le troisième métatarsien avec le troisième cunéiforme. Mais l’articulation du cuboïde avec les deux derniers métatarsiens est malade, le cuboïde et le scaphoïde sont ramollis ; M. Soupart les emporte, et, de sacrifice en sacrifice, on en arrive ainsi à une amputation médio-tarsienne de Ghopart.

Opération remarquable s’il en fût ; à la faveur d’une hémostase absolue et d’une anesthésie profonde, M. Soupart, agissant comme sur un cadavre, mit successivement à nu tous les os, toutes les articulations du pied, les examina à son aise et ne livrant rien au hasard, fidèle au programme qu’il s’était tracé, enleva ce qui était malade, tout ce qui était malade et rien que ce qui était malade. Il était 10 h. 60 m. ; l’opération avait donc duré 8 minutes. On enleva l’appareil d’Esmarch.

Quelle était pendant ce temps la situation du patient?

La respiration était calme, physiologique ; le pouls battait de 30 à 33 au quart. La température restait à 38°2.

L’hémorrhagie fut difficile à arrêter. Il fallut lier une série d’artérioles qui se dérobaient aux recherches ; il fallut arrêter une hémorrhagie en nappe assez abondante. L’opéré perdit une certaine quantité de sang, et nous vîmes la circulation s’accélé rer, faiblir.

A 11 h. 10 m. Pouls, 27 au quart. Température, 38“1.

11 h. 15 m. Pouls, 27 au quart. Température, 88®1.

11 h. 32 m. Pouls, 45 au quart.

Nous faisons prendre au malade quelques cuillerées devin de Porto ; mais ce qui est mieux, c’est que l’hémorrhagie est arrêtée, M. Soupart s’en est rendu maître.

Aussitôt, le pouls se relève, la face se colore, la respiration, un moment accélérée, reprend son rhythme normal.

A 11 h. 42 m., M. Soupart procède au pansement. Le pouls bat à 27 au quart ; il est irrégulier, faible ; la respiration est bonne.

L’anesthésie absolue des cornées a duré environ 15 minutes ; puis, peu à peu, la sensibilité de l’œil s’est réveillée. L’insensibilité du corps a été absolue jusqu’à 11 h. 30 m. ; à partir de cet instant, on voyait, à certains moments, de légers mouvements réflexes agiter les muscles de la face.‘A midi, la sensibilité se réveillait doucement sur toute la surface du corps.

Le patient dormit profondément jusqu’à 8 h. du soir et resta somnolent pendant toute la nuit et toute la matinée du lendemain.

Ainsi donc, en 24 minutes, 11 gr. 25 centigr. de chloral ont pu être injectés dans le torrent circulatoire. Cette injection a produit une anesthésie complète des cornées pendant 15 minutes, une insensibilité absolue du corps pendant 40 minutes, un

sommeil profond pendant 9 h. et une somnolence très marquée pendant 16 h.

Il n’y eut ni caillots, ni phlébite, ni hématurie. La première urine expulsée par le malade ayant été soumise à l’examen de M. le professeur du Moulin, notre honorable collègue l’a trouvée légèrement albumineuse.

Trcnte-cînquîcinc observation.

Hôpital civil de Gand. — M. le professeur Soupart

Amputation de cuisse consécutive à une resection du genou. — Anesthésie chloraligne.

Le 2 février, M. le professeur Soupart faisait la resection de l’articulation fémoro-tibiale droite du nommé Lievin Diest (32^ observation). Pendant quelques semaines, les résultats de cette brillante opération furent des plus heureux. L’état local et général du patient étaient des meilleurs, et tout portait à espérer une guérison prochaine. Mais, vers la fin du mois de mars, la situation du malade s’empira, l’état local et général devinrent chaque jour plus mauvais, et bientôt il fallut renoncer aux espérances que l’on avait conçues. Dans une consultation qui eut lieu le 12 avril entre MM. les professeurs Burggraeve et Sou- [lart, il fut décidé qu’on tenterait, par l’amputation de la cuisse, de sauver les jours du malade.

Le lendemain (3 avril 1875), l’opération fut pratiquée par M. Soupart, en présence de MM. Burggraeve, Déchange, du Moulin, Van Wesemael, Poirier, Glibert, Teyrlinck et des élèves de la Faculté.

Bien que le malade se trouvât dans un état de débilité extrême, l’anesthésie fut pratiquée au moyen de l’injection intra-veineuse de chloral.

A 10 h. 36 m. Pouls, 21 au quart. Température, 37«4. Ponction de la médiane basilique gauche.

10 h. 37 m., 0,50 centigr. de chloral ont pénétré.

10 h. 38 m. 30 s., 1 gr. Pouls, 28. Température, 37"4.

10 h. 39 m., 1,50 gr. Pouls, 26. Température, 37«4.

10 h. 40 m., 2 gr. Pouls, 24. Température, 3704 .

10 h. 40 m. 30 s., 2.50 gr. Pouls, 24. Température, 37“5.

10 h. 41 m., 3 gr. Pouls, 24. Température, 37°6.

10 h. 41 m. 30 s., 3.50 gr. Pouls, 24. Température, 3 77.

10 h. 42 m., 4 gr. Pouls, 24. Paroles délirantes.

10 h. 44 m., 4.50 gr. Pouls, 26. Température, 37®8. Paroles délirantes.

10 h. 45 m., 5 gr. Pouls, 28. Température, 37'’8. Paroles délirantes.

10 h. 46 m. 30 s., 5.50 gr. Pouls, 28. Température, 37“7. Les pupilles se contractent.

10 h. 50 m., 6 gr. Pouls, 30. Le malade ne parle plus, il dort. L’insensibilité est très grande, mais incomplète encore.

10 h. 51m. 30 s., 6.25 gr. Pouls, 28. Température, 37“7. Légère congestion de la face.

10 h. 52 m., 6.50 gr. Insensibilité presque comp'èle.

10 h. 53 ra., 6.75 gr. Pouls, 29. Insensibilité complète.

A ce moment, l’insensibilité du corps est absolue, les piqûres ou les pincements de la peau ne réveillent plus de mouvements réflexes. La cornée n’est pas encore complètement insensible. D’accord avec MM. Soupart et Burggraeve, nous trouvons l’anesthésie suffisante.

M. Soupart, aidé par M. Bouqué, chef de clinique chirurgicale, commence l’opération. L’extrême faiblesse du malade ne permettant pas la moindre perte de sang, M. Soupart fait tout d’abord la ligature de l’artère fémorale au sommet du triangle de Scarpa, puis, après avoir taillé un lambeau externe par la méthode elliptique, il abat la cuisse au tiers supérieur. L’opération, commencée à 10 heures 57 minutes 30 secondes, est terminée à 11 heures 10 minutes. Pendant ce temps, la respiration est restée physiologique, comme elle l’avait été pendant la durée de l’injection. Le pouls a oscillé entre 25 et 30 pulsations au quart. La température n’a pas varié ; elle reste à 37°7. Aucune sécrétion n’a augmenté.

L’hémostase dure 20 minutes ; pendant ce temps, sous l’influence de la perte de sang, le pouls faiblit et augmente de fré quence ; mais à mesure que la perte de sang diminue, il se relève et son rhythme devient plus normal.

A 11 h. 30 m., il bat à 22 au quart ; il est bon. Respiration normale. Pendant la période de l’hémostase, la température s’élève de 1 degré. La contraction des pupilles a persisté.

Vers 11 h. 40 m., tout est terminé. L’insensibilité du malade est restée complète, le sommeil a toujours été très profond. Vers midi moins un quart, le malade ouvre les yeux quand on l’interpelle, mais il n’a pas conscience de ce qui se passe, et se rendort aussitôt.

A 1 h., le malade s’éveille., divague et se rendort. Une fois ou deux, pendant l’après-dîner, Lievin Diest s’éveille pour se rendormir immédiatement. Un moment, la transpiration fut abondante. A 2 h. 1/2, le pouls bat à 22 au quart. A 6 h. 1/2, même nombre de pulsations ; le pouls est bon, la respiration

normale, le sommeil très profond. A 2 h. et demie de la nuit, le patient s’éveille, il a repris connaissance ; bientôt il se rendort jusqu’au matin. Le lendemain, 4 avril, nous visitons le malade à 9 h. 1/2 : sa situation est bonne, le pouls bat à 25 au quart, la respiration est physiologique. L’influence chloralique ne s’est pas encore dissipée, la somnolence est très marquée, elle persiste toute la journée.

Ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Au 23 avril, la situation du malade était satisfaisante.

Ainsi donc, 6.75 gr. de chloral injectés en 16 minutes ont produit une insensibilité absolue qui a duré 50 minutes, un sommeil profond pendant quinze heures ; l’influence chloralique s’est prolongée pendant 36 heures.

Trentc-siucme oliservatlon.

Clinique de la ville. —MM. Deneffe et Van Wetteu

Tumeur fongueuse de la fesse. — Anesthésie chloralique.

Une dame de soixante-trois ans porte sur la fesse droite un (diampignon fongueux de la grosseur du poing, déjà extirpé deux fois et récidivant toujours. C’est une femme d’une forte constitution. Nous l’opérons aujourd’hui, 4 juin, avec VanWetler, Df Loyre et le Df D. Kéghel. Au moment de notre arrivée, elle est violemment agitée, très émue. Son pouls bat à 112 à la minute.

5 h. 53 m. Ponction de la médiane céphalique droite.

5 h. 54 m., 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls, 106.

5 h. 54 m. 30 s., 1 gr. de chloral a pénétré. Pouls, 104.

5 h. 56 m., 1 50 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 96.

5 h 58 m., 2 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 96.

5 h. 59 m., 2 50 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 96.

6 h 30 s , 3 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 96

6 h. 1 m. 30 s , 3.50 gr de chloral ont pénétré Pouls, 92.

6 h 2 m. 30 s., 4 gr. Sensibilité diminue; la somnolence est très accentuée.

6 h 5 m 30 s Le pouls bat à 90 à la minute.

6 h. 6 m. 30 s , 4 25 gr Pouls, 88.

6 h. 11 ra. 30 s., 4.75 gr. Pouls, 88.

6 h. 12 m. 30 s. Les pupilles se resserrent.

6 h. 14 m., 5.25 gr. Pouls, 76,

6 h. 16 m., 5.50 gr. Pouls, 76.

6 h. 17 m. 20 s., 5.75 gr. Pouls, 76.

Le pouls est à 76 à la minute, respiration normale : tout dans l'ensemble de la patiente est satisfaisant ; le sommeil est calme, l’immobilité absolue, la cornée peu sensible, le corps insensible.

A 6 h. 22 m., on fait l’opération par écrasement linéaire. Deux écraseurs fonctionnent en même temps; à 6 h. 30 m., elle est terminée. Faible hémorrhagie.

La sensibilité a été faible, quelques mouvements réflexes; pendant le pansement, l’opérée se rendort d’un profend sommeil.

Elle dormait encore de ce sommeil de plomb à 7 h. et demie quand nous quittions la maison.

La respiration a toujours été normale, la circulation régulière; mais, l’opération faite, nous avons vu se produire ces mêmes frissons.que nous avons vus si souvent dans nos injections veineuses. En même temps le pouls faiblit et devient irrégulier, une demi-heure après le pouls se relève et devient régulier ; quand nous quittons la patiente, le pouls bat à 22 au quart.

La malade a dormi profondément jusqu’à 8 h., puis s’est éveillée un instant pour se rendormir jusqu’au matin.

Pas ÿhématurie.

Trente-septième observation.

Hôpital Saint-André. — M. Oré

Névralgie épileptiforme de la face. —Section des doux nerfs nasal interne et nasal externe. — Anesthésie par injection intra-veineuse de chloral. — Succès.

Marie Mothe, âgée de cinquante ans, admise à l’hôpital Saint- André le 5 juillet 1875, est placée dans le service de M. le professeur Gintrac (salle 6, lit 12).

Cette femme est déjà venue deux fois à l’hôpital pour une névralgie épileptiforme dont le début remonte à neuf ans et qui a son siège sur le trijumeau. Malgré des moyens médicaux nombreux et énergiques, les crises devinrent si violentes et si rapprochées que la malade n’osait ni parler ni manger dans la crainte de les rendre plus fortes encore.

En 1872, M. le D' Lande, professeur suppléant de clinique médicale, se décida à lui faire la resection du nerf sus-orbitaire, puis du nerf sous-orbitaire, à la sortie du trou de ce nom. Le calme qui suivit fut de courte durée ; les douleurs reparurent bientôt, avec une telle intensité qu’il devint encore nécessaire de pratiquer la resection du nerf au fond de la gouttière sous-

orbitaire, en enlevant la lamelle osseuse qui le recouvre à ce niveau.

Sous l’influence de ces diverses resections, la malade resta huit mois sans souffrir. Mais alors les crises reparurent au niveau de la lèvre supérieure, dans la branche du nerf dentaire antérieur. M. Lande, ne pouvant atteindre sûrement le nerf à l’aide d’une simple incision, rugina une partie du maxillaire supérieur de manière à comprendre le nerf dans la portion d’os enlevée.

Cette opération amena un calme qui ne fut que momentané ; les douleurs ayant reparu plus vives, la malade se décida à entrer de nouveau, le 5 juillet, dans le service de M. Gintrac A son arrivée, elle se plaint d’une douleur partant de l’angle interne de l’œil et s’irradiant en bas jusqu’à la lèvre supérieure. Cette douleur est permanente, mais deux fois par jour il y a des exacerbations, pendant lesquelles la malade porte violemment la main à la figure et comprime avec force le nerf au niveau des points douloureux, en balançant sa tête entre les mains ; cela dure de 15 à 20 secondes, une minute au plus. La crise passée, l’œil est rouge, congestionné, larmoyant ; les douleurs violentes ont cessé ; mais il reste toujours une douleur profonde et fixe.

Pour combattre ces symptômes, on prescrit une potion dans laquelle on associe l’hydrate de chloral au bromure de potassium dans les proportions de 4 et 6 gr. par jour.

Cette potion administrée pendant quinze jours n’ayant produit aucun résultat avantageux, M. Gintrac se décide à faire resequer par M. Lande les nerfs nasal interne et externe ; il décide, en outre que fanesthésie sera produite à faide d’une injection intra-veineuse de chloral.

Convoqué auprès de la malade par mon collègue et ami, je procédai le 23 juillet, à 9 h. 25 m. du matin, à l’injection de chloral dans les veines. Le bruit qui s’était fait autour de cette opération par laquelle M. Gintrac devait terminer, cette année, son enseignement clinique, avait attiré une nombreuse assistance, désireuse d’être témoin d’un fait qu’elle n’avait jamais vu, et de juger de visu ce que l’on doit penser de toutes ces objections faites à la méthode ; objections sans portée, que l’en répète constamment sans changement aucun ni dans le fond ni dans la forme ; objections que M. Maurice Perrin venait de formuler dans le dernier numéro du Bulletin thérapeutique L

Je procédai donc à l’injection en présence de MM. les D » Mabit et Micé, professeurs à l’Ecole de médecine ; Levieux, président du Conseil d’hygiène; Mauriac, Verdalle, Mandillon, Durodié, Berruyer, Solles, Vergely, médecins des hôpitaux ; Pomsot, chef interne de l’hôpital de Béribetzia, de Chappelle ;

1 Bulletin thévapeutique , 30 juillet.

les internes assistent à l’opération ainsi qu’un très grand nombre d’étudiants en médecine.

M. le D" Poinsot examine le pouls ; M. le D'’ Solles, la respiration ; M. le Dr Ghappelle note toutes les particularités do l’opération.

Une pile au bichromate en communication avec une forte bobine fonctionnant bien est placée près de moi afin d’être utilisée, s’il y a lieu.

L’injection, titrée au sixième (10 gr. de chloral sur 50 gr. d’eau), a été neutralisée par l’addition de 20 gouttes d’une solution (au dixième) de carbonate de soude.

9 h. 25 m., le pouls est à 116. 28 inspirations par minute. Après avoir fait constater que chaque division de la seringue contient 80 centigr. de chloral, je ponctionne d’emblée la veine médiane basilique droite Aussitôt le sang s’écoule par la canule dont j’ai enlevé le trocart, ce qui démontre que je suis bien dans le vaisseau.

9 h. 28 m., l’injection commence.

9 h. 28 m., dose, 40 centigr. Pouls, 104. Respiration, 28.

9 h. 29 m., dose, 80 centigr. Pouls, 104. Respiration, 28,

9 h. 30 m , 1 gr. 40 cent. Pouls, 124. Respiration, 28.

9h. 31m.,2gr. 98. — 28.

9 h. 31 1/2,2 gr. 40 — — 84. — 24.

9h. 82 m., 2 gr. 80 — — 72. — 24.

L’insensibilité commence.

9h. 35 m., 3gr. 60 — — 76. — 24.

Insensibilité presque complète.

9 h. 35 m., 4 gr. Pouls, 72. Respiration, 20.

L’insensibilité est absolue.

9 h. 36 m., l’opération commence.

M. le D*-Lande pratique successivement la section du nerf nasal interne et nasal externe.

A 9 h. 45 m., l’opération est achevée.

Pendant la durée de l’opération, la respiration et le pouls l)résenlent l’état suivant :

9 h. 37 m., Pouls, 60. Respiration, 16.

L’opération est terminée.

Pendant l’opération, l’insensibilité a été absolue ; elle s’est prolongée longtemps après, mais à un degré moindre, ainsi que le sommeil, qui a duré jusqu’au soir. De temps en temps, la malade s’est réveillée. On en a profité pour lui faire prendre du bouillon et du vin sucré.

Le lendemain, tous les phénomènes propres au chloral avaient disparu, et, au moment où j’écris, il ne reste plus aucune trace de l’injection ; il n’y a eu ni phlébite, ni caillots, ni hématurie. La malade a quitté l’hôpital le 5 août. M. le professeur Gintrac a constaté et fait constater à ceux qui suivent sa visite que la veine piquée ne présentait pas la plus légère altération.

Réflexions. — C’est donc la trente-septième fois que l’injection intra-veineuse de chloral a été employée pour produire l’anesthésie chirurgicale ; trentesix fois elle a réussi, comme dans le cas actuel. Une fois seulement le malade a succombé ; mais certaines particularités de ce fait malheureux, signalées par MM. les professeurs Deneffe et Van Wetter, prouvent que s’ils avaient eu à leur disposition un appareil électrique, fonctionnant bien, la mort aurait été certainement évitée.

Mes expériences sur l’influence des courants dans l’anesthésie chloralique ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. Toutefois, je crois devoir poser en principe que s’il faut s’en servir énergiquement quand il s’agit de conjurer un danger immédiat, on ne doit jamais y recourir pour faire cesser le sommeil qui suit Tinjection. Ce sommeil, en évitant les douleurs consécutives à toute opération, constitue l’un des avantages les plus incontestables de la méthode, l’un de ceux, entr’autres, qui établit sa supériorité sur le chloroforme.

C’est ainsi qu’ayant fait disposer près de cette malade une forte bobine mise en action par une pile au hichroniate de potasse, j’ai respecté son sommeil, bien qu’il parût troubler un peu certains confrères qui voyaient, pour la première fois, l’anesthésie par l’injection intra-veineuse de chloral.

La malade n’a pas eu à le regretter.

Trente-huitième observation.

Hôpital Saint-André — Service de M. Lanelongue

Tumeur encéphaloïde du testicule .—Extirpation. —Anesthésie chloralique. — Caillots dans la veine piquée qui n’amènent aucun accident. — Généralisation cancéreuse. — Mort. — A l’autopsie, on trouve la veine piquée transformée en un cordon tibreux, — Anesthésie complète pendant l’opération.

Il s’agit d’un homme de 37 ans, porteur d’une tumeur encé phaloïde du testicule gauche ; cette tumeur atteint le volume d’une tête d’adulte. Le cordon paraît sain. Le malade sortait d’une salle de médecine où il était entré pour des coliques saturnines et est enfin placé à l’Hôpital Saint-André, salle 17, dans le service de M. le D*' Lanelongue, qui décide l’opération et l’injection intra-veineuse de chloral pour provoquer l’anesthésie, naéthode préconisée par M. le Oré.

A cet effet, le malade étant placé sur le dos, une ligature fut appliquée au-dessus du pli du coude du côté droit : le trocart de la seringue fut introduit dans la veine médiane basilique, cette veine étant préalablement fixée par le pouce gauche do l’opérateur; la ligature fut ensuite enlevée. La solution employée était une solution au sixième.

Hydrate de chloral. 10 gr.

Eau distillée. 50 »

Cette solution avait été rendue chimiquement neutre par l’addition de quelques gouttes d’une solution de sous-carbonate de sonde.

En huit minutes furent injectés 6 gr. 80 de chloral qui suffirent à amener un sommeil complet. Le sommeil arriva progressivement et d’une manière assez prompte. Lorsque 3 gr. de chloral furent lancés dans le torrent circulatoire, les paupières du malade se mirent à battre, puis se fermèrent, et fanesthésie fut complète. Rien d’inquiétant n’était observé soit du côté du pouls, soit du côté de la respiration.

M. Lanelongue attendit 2 minutes environ avant de donner le premier coup de bistouri. Malgré cette précaution, le malade tressaillit à la première incision, mais celle-là seulement parut ressentie. Obligé de disséquer la verge et le canal de l’urètre.

l’opération fut laborieuse et dura plus de 20 à 25 minutes ; l’o pération terminée, on secoue le malade. Il se réveille un peu ; interrogé, il répond d’une manière assez nette, et cependant, les épingles à suture sont enfoncées dans le fond de la plaie sans que cet homme en accuse la moindre douleur. Placé sur son lit, il s’endort jusqu’à 2 h. ; à 2 h., il prend du bouillon, du vin, et il ne survient pas de vomissements ; le reste de la journée et la nuit se passent dans un demi-sommeil. La respiration et le pouls n’ont rien présenté de particulier. Après l’opération, la manche du malade fut cousue au-dessus du poignet pour éviter tout frottement et tout accès de curiosité prématurée. Cette manche ne fut décousue qu’au quatrième jour acompli. A ce moment, on ne constatait aucune trace d’inflammation, mais la veine contenait un caillot. Ce caillot, prenant son origine au niveau de la ponction, est fragmenté, divisé en deux. On trouve d’abord un petit caillot, long de 1 1/2 centim. enviviron, puis un espace vide au-dessus duquel le caillot recommence.

Ce malade n’a pas eu d’hématurie.

Aucun accident n’a été la suite de l’existence du caillot dans les veines. Aujourd’hui le malade est en pleine généralisation cancéreuse.

Le malade est mort depuis. M. Lanelongue en a fait l’autopsie et il a constaté que la veine était transformée en un cordon fibreux au point où elle avait été piquée ; sa paroi était parfaitement saine au-dessus et au-dessous de ce point’,

Trcntc'ucnvlèmc oltiservation.

Hôpital Saint-Andhé — Service de M. Lanelongue

Extirpation du globe de l’œil pour remédier à une ophthalmie sympathicpie.^ — Anesthésie chloralique faite chez un alcoolique. — Caillot dans la veine piquée qui ne détermine aucun accident. — Guérison. — Succès de f anesthésie.

X..., âgé de cinquante-huit ans, est ivrogne de profession. Cet homme a perdu l’œil gauche à la suite d’un traumatisme par éclat de bois. Le moignon oculaire est resté douloureux, puis enfin s’est déclarée une ophthalmie sympathique pour laquelle

1 Communication orale.

l’extirpation de l’œil fut décidée. L’injection de chloral fut pratiquée de la môme manière que chez le malade précédent : même solution neutre, même position du malade, même mode d’application. C’est, dans une des veines radiales superficielles qu’est poussée l’injection, mais à mesure qu’elle pénètre, survient de l’excitation intellectuelle : cet homme devient bavard, remuant ; on est obligé de maintenir fortement les membres supérieurs : les membres abdominaux ne participent pas à ces mouvements. Cette excitation n’a rien d’étonnant si on se rappelle que cet homme est un alcoolique, et même on constate certainement que l’excitation qu’il présente n’atteint pas, tant s’en faut, le degré d’excitation produit dans les cas de ce genre par le chloroforme.

7 gr. 50 de chloral furent progressivement injectés dans la veine. Pendant l’injection, le malade accuse de la douleur, un sentiment de brûlure dans toute l’étendue du bras jusqu’à l’aisselle. Cette douleur persiste jusqu’au sommeil ; celui-ci arrive au bout de 10 minutes ; l’anesthésie est complète, le malade ronfle. Après quelques minutes d’attente l’opération commence. L’extirpation du moignon oculaire fut simple et rapide ; le pansement put être fait pendant le sommeil. Ce n’est qu’à la fin que le malade se réveille incomplètement, restant comme en état d’ivresse : paroles incohérentes, exaltation, etc. Porté sur son lit, cet homme ne tombe pas dans un sommeil profond comme le premier ; il présente le tableau complet de l’excitation alcoolique ; il a si peu conscience de ce qui s’est passé autour de lui, qu’habitué à plonger dans la Garonne, en surveillant les endroits de la rivière où l’on a coutume de se baigner, il se jette, croyant plonger, de son lit sur le plancher de la salle. On fut obligé de lui mettre la camisole de force. Enfin, le sommeil arrive, le calme se fait, et cet homme, à son réveil, ne se rappelle rien de ce qui s’est passé.

La manche de sa chemise décousue à la même époque que pour le précédent, on remarque qu’à trois ou quatre travers de doigt au-dessus de l’endroit où a été faite la piqûre, dont on ne retrouve pas la trace, le malade accuse de la douleur spontanée ; cette douleur est exagérée par la pression, mais ne s’étend pas le long du bras ; il se plaint aussi d’engourdissement de la main. Depuis le siège de la piqûre jusqu’à 3 centimètres plus haut, la veine est dure et résistante ; elle roule sous le doigt, mais ne présente pas de douleur. 11 y a là un caillot. Ce malade n’a pas eu d’hématurie ; il a uriné quelques heures après l’injection .

Ce dernier malade, comme le précédent, a été opéré par M. Lanelongue, au mois d’août 1875. 11 est guéri depuis longtemps, il a quitté l’hôpital et a

repris sa profession de plongeur. Aujourd’hui, c’està-dire vingt mois après l’opération qu’il a subie, il ne conserve plus aucune trace de l’injection.

Ces deux observations de M. Lanelongue sont très intéressantes au point de vue clinique b Elles prouvent que si un caillot a pu se produire après l’injection intra-veineuse de chloral (ce qui constitue un fait très exceptionnel), ce caillot, est le plus souvent, sans conséquence. Chez le premier malade, en effet, la veine piquée était transformée en un cordon fibreux ; chez le second, il n’a été suivi d’aucun accident et n’a laissé aucune trace. Je suis, du reste, très convaincu que ce qui s’est passé chez ces deux malades arrive très souvent après une simple saignée du bras.

Mais ce qui est très remarquable et ce qu’il est bon de noter, de faire ressortir, c’est que le deuxième malade, ivrogne de profession, a eu un peu d’excitation sous l’influence du chloral, mais qu’il n’en a pas moins été anesthésié et endormi. « Cette excitation, dit » M. Lanelongue, n’a rien d’étonnant, si l’on se rap- » pelle que cet homme est alcoolique ; et même on » constate certainement que l’excitation qu’il présente » n’atteint pas, tant s’en faut, le degré d’excitation » produit dans les cas de ce genre par le chloro- » forme. »

C’est là une particularité qui mérite d’être signalée, car on sait à quels dangers expose l’emploi du chloroforme chez les alcooliques. La mort en a été si souvent la conséquence, que beaucoup de chirurgiens évitent de s’en servir en pareil cas.

En résumé, chez ces deux malades, l’anesthésie chloralique, et le sommeil consécutif ont été complets; il n’y a pas eu d’hématurie, pas de phlébite, et si l’on a constaté l’existence de deux caillots, ils ont été sans influence aucune sur l’état des malades.

Bordeaux médical 1875, p. 384.

Qnaranticinc obstcriation.

Hôpital Saint-André. — Service de M. le D‘‘ Dudon

Squirrhe du sein gauche. — Amputation. — Anesthésie par injection intra-veineuse de chloral. — Phlébite suppurée. — Mort.

Catherine Lafon, née à Sallebœuf (Gironde), cinquante-deux ans, cultivatrice, entre à l’Hôpital Saint-André, salle 3, lit 15, le 24 août 1875.

Cette femme est porteur d’un squirrhe du sein gauche. Mais l’élat général est satisfaisant. La peau est un peu jaune, mais il n’y a ni amaigrissement ni perte des forces ; la malade mange avec appétit ; la digestion se fait bien.

L’opération résolue est pratiquée le 28 août.

Injection de 8 gr. de chloral en 22 minutes dont suit le détail relevé par M. le D'' Testut.

Solution :

Chloral de Dorvault. 10 gr.

Eau distillée. 50 »

neutralisée par quelques gouttes de sous-carbonate de soude en solution.

9 h 23 m. Piqûre de la veine médiane basilique. Le sang s’écoule par l’extrémité libre de la canule qui est introduite d’emblée sans tâtonnement.

9 h. 24 m. L’injection commence ; 80 centigr. sont injectés d’emblée. Respiration, 32. Pouls, 92,

9 h. 24 m. 1/2, 1 gr. 20.

9 h. 25 m., 1,60 gr.

9 h. 27 m., 2,40 gr. La malade accuse une sensation douloureuse de brûlure au niveau de la piqûre.

9 h. 27 m. 1/2, 2,80 gr.

9 h. 28 m., 3,20 gr.

9 h. 29 m., 3,60 gr.

9 h 29 m. 1/2, 4 gr.

Deuxième seringue»

9 h. 31 m. 1/2, 4,40 gr. Pouls à 80.

9 h. 32 m., 4,80 gr. Paupières lourdes ; parole s embarrasse.

9 h. 32 m. 1/2, 5 gr.

9 h. 33 m., 5,20 gr. La malade pleure.

9 h. 34 rn., 5,40 gr.

9 h. 34 m. 1/2, 5,60 gr.

9 h. 35 m., 5,80 gr.

9 h. 35 m. 1/2, 6 gr. Malade dort ; la sensibdité existe toujours au membre supérieur et sur le sein malade. M. Dudon continue l’injection.

9 h. 37 m., 6,20gr.

9 h. 38 m., 6,40 gr.

9 h. 40 m., 7 gr. La malade dort toujours. Anesthésie incomplète. Excitabilité réflexe des cornées.

9 h. 40 m. 1/2, 7,20 gr.

9 h. 41 ra., 7,40 gr.

9 h. 43 m., 7,60 gr. Pouls, 22 au quart.

9 h. 46 m., 8 gr. L’anesthésie n’est pas complète. La malade retire le bras quand on la pince. Enlèvement de la canule. Pansement,

2 minutes après, l’opération commence.

La malade qui, durant l’opération, s’est un peu agitée, paraît être plus profondément anesthésiée au moment du pansement.

3 h. soir, la malade est encore sous l’influence de l’agent anesthésique; elle est dans une sorte de torpeur ; elle répond avec lenteur aux questions qii’on lui adresse ; elle se plaint d'une sensation pénible de chaleur à l’estomac ; elle a vomi un peu de bouillon qu’elle avait pris. Pouls régulier, 80. Température, 35‘’3.

A 7 h, du soir, la malade sort de sa torpeur ; elle ne se sou vient pas d’avoir souffert pendant l’opération ; elle a pris et conservé un peu de bouillon; elle éprouve toujours un sentiment pénible de chaleur à l’épigastre et accuse une vive douleur dans la région des reins. Les urines ne contiennent pas de sang ; le pli du bras sur lequel l’injection a été pratiquée est aussi douloureux, mais la douleur est très limitée ; elle ne s’irradie pas le long du bras.

Le 29, nuit bonne ; sommeil. La malade se sent très bien ; cependant elle dit toujours qu’elle ressent des douleurs dans les reins et dans le pli du coude. La pression, très modérée au niveau de la veine piquée, augmente la douleur et on sent manifestement sous la pulpe du doigt un petit cordon dur de 3 ou 4 centimèt. de longueur sur le trajet de la médiane basilique. Pas de rougeur des téguments.

Pouls, 84. Température, 38® 2.

Soir. Etat satisfaisant; les douleurs dans les reins continuent. Pas de modifications des urines.

Pouls, 104. Température, 40®.

30 août. — Les épingles qui réunissaient les bords de la plaie du sein sont enlevées. La réunion par première intention étant obtenue, la suppuration est établie ; le pus est crémeux, bien lié, de bonne nature. Tout, en un mot, va bien de ce côté. Le cordon dur qui a pris naissance dans la médiane basilique se prolonge dans une étendue de 12 à 15 centimètres environ, le long du bord interne du biceps. La douleur est moindre que les jours précédents.

lef septembre. — La malade se plaint de . douleurs très vives au pli du coude sur lequel l’injection a été pratiquée ; on voit directement sur le trajet de^ la médiane basilique une rougeur occupant une longueur de 4 à5 centimètres; le pli du coude est dans son ensemble légèrement tuméfié. La plaie du sein va très bien.

(Onguent napolitain et cataplasmes sur le bras. Continuation de l’alcoolat d’aconit.)

3 h. La malade a beaucoup de fièvre. Peau chaude, humide; langue rouge; soif vive; pouls, 120; température, 41® 2.

Le gonflement a envahi tout le bras; la rougeur du pli du coude s’est étendue et a gagné toute la face interne du bras : la peau, à ce niveau, est chaude et tendue; la pression est douloureuse; il y a comme une menace de phlegmon.

2 septembre. — L’état de la malade semble s’être un peu amélioré. Même traitement.

3 septembre. — Hier au soir, vers 6 h. et demie, la malade a été prise d’un violent frisson qui a duré environ une 1/2 heure, et s’est terminé par des sueurs abondantes. Elle a cependant bien reposé celte nuit, et, ce matin, son état général est satisfaisant. Le pouls est à 88 ; température, 38® 8. Le gonflement du bras a diminué, mais la rougeur et l’induration le long du biceps existent encore.

Même traitement.

3 h. La malade a eu un petit frisson de 10 minutes environ ; son corps est baigné de sueur. Température, 42® 2; pouls, 134.

4 h. Vomissements verdâtres.

4 septembre. — Nuit agitée, la malade est pâle, ses traits sont crispés; sa voix est affaiblie; elle se plaint de douleurs dans les diverses articulations, particulièrement les genoux et le poignet gauche ; du reste ces articulations sont manifestement tuméfiées.

5 septembre. — Le faciès de la malade est très altéré traits amaigris, tirés; pâleur des téguments : regard presque éteint. La langue est sèche ; la voix est sourde, chevrotante ; on sent

toujours le long du bras un cordon dur jusque dans l’aisselle; sur son trajet la peau est rouge dans une longueur de 3 à 4 centimètres. Rien à noter du côté du sein.

Pouls petit, dépressible, 120. Température, 41° 2.

Continuation du sulfate de quinine, 1 gr.

Soir. Prostration ; il n’y a pas eu de frisson; peau très chaude, baignée de sueur.

Pouls, 134. Température, 42° 2.

Mort dans la nuit suivante, à 3 h. du matin, c’est-à-dire avant l’expiration du neuvième jour.

Néeropsie. — Faite 30 heures après la mort.

La plaie du sein est en bonne voie de cicatrisation. L’examen de la veine dans laquelle l’injection de chloral a été faite montre que le tissu plériphérique est infiltré, mais il n’y a pas de pus dans les mailles du tissu cellulaire. Les parois veineuses sont elles-mêmes épaissies et infiltrées ; dans la médiane basilique, au niveau de la piqûre, existe un petit caillot de 2 centimètres de longueur peu adhérent à la paroi interne de la veine Au-dessus de ce caillot, le calibre du vaisseau (veine basilique, jusque dans la sous-clavière) renferme du pus rougeâtre; la tunique interne est rouge.

Organes thoraciques sains : foie, rate, intestins, sains. Les reins sont fortement hypérémiés et comme parsemés d’ecchymoses.

Les articulations des deux genoux et du poignet gauche sont pleines de pus.

A la suite de cette observation, que j’ai reproduite presque textuellement, M. Dudon ajoute :

Mon opérée a bien succombé à une phlébite suppurée con- » sécutive à une injection intra-veineuse de chloral.

» Mais mon observation présente un côté faible, et les acci- » dents de phlébite pourront être rattachés à la durée de l’in- » jection, au séjour de la canule dans la veine pendant 22 mi- » nutes au lieu de 10, et au contact trop prolongé du chloral » avec la séreuse de la veine. J’accepte que ce séjour pendant » 22 minutes d’un corps étranger dans une veine a dû jouer un » rôle dans le développement des accidents, mais je ne crois » pas que tout le mal doive être mis sur le compte de la durée » de 1 injection ; je suis porté à en attribuer une part à la nature » même de l’agent employé, surtout lorsque je pense que le » chloral, en solution bien plus faible que celle que j’ai employée, » produit sur la muqueuse de l’estomac, si tolérante, des ulcé- » rations et des ecchymoses, comme le prouvent des expérien- » ces recentes L »

1 Bordeaux médical 1S75, p. 373

Je ne ferai qu’une simple réflexion au sujet de l’observation de mon confrère et ami le D'' Dudon ; je crois, comme lui, que la présence de la canule dans la veine pendant 22 minutes a pu avoir quelque influence sur le développement de la phlébite. Mais ce n’est pas tant par le séjour prolongé que par le défaut à!immobilité que les accidents ont été produits.

MM. Deneffe et Van Wetter ont plusieurs fois, en effet, laissé la canule plus longtemps encore que M. Dudon, sans avoir vu se développer de phlébite. Il est vrai que, lorsque la canule est dans le vaisseau, l’un des opérateurs l'immobilise dans la veine en la saisissant à travers la peau, entre le pouce et l’index. Si cette précaution n’est pas prise, le chirurgien s’expose à imprimer, malgré lui, à la canule, des mouvements d’oscillation, par suite desquels la membrane interne de la veine peut être déchirée. De là le point de départ d’une phlébite. Je regrette que M. Dudon n’ait pas, en faisant la nécropsie, examiné à ce point de vue la paroi du vaisseau. Il y aurait peutêtre trouvé la cause de la phlébite suppurée à laquelle sa malade a succombé,

U immobilisation de la canule dans les veines est une des conditions essentielles de la réussite des injections intra-veineuses de chloral.

M. Dudon croit que la nature irritante du chloral doit être invoquée pour expliquer la production des accidents que la nécropsie a révélés. « Je suis porté, » dit-il, à attribuer une part à la nature même de » l’agent, puisque le chloral, en solution bien plus » faible que celle que j’ai employée, produit sur la » muqueuse de l’estomac, si tolérante, des ulcérations » et des ecchymoses, comme le prouvent des expé- » riences récentes. »

Je répondrai plus tard à cette réflexion de rnon honorable confrère et ami ; je me contente de dire, pour le moment, que les conditions physiologiques de l’injection intra-veineuse de chloral ne ressemblent

en aucune façon à ce qui se passe dans l’administra-

tion du chloral par l’estomac. — Dans le premier cas, le chloral, après s’être mêlé au sang, est emporté immédiatement avec lui dans tout l’appareil vasculaire ; dans l’autre, il reste un temps plus ou moins long en contact avec le même point de la muqueuse gastrique. Si le chloral était cantonné dans une partie limitée de l’appareil vasculaire aussi longtemps que dans l’estomac, il y produirait des désordres semblables. Ce qui fait qu’il en est autrement, c’est que, une fois mélangé avec le sang, il se répand partout dans le cercle circulatoire. Je le répète, c’est le contact prolongé avec une même surface qui amène seul la différence dans les deux actions.

J’emprunte au nouvel ouvrage de MM. les professeurs Deneffe et Van Wetter les observations suivantes qui complètent la série des faits dans lesquels l’anesthésie a été produite par l’injection de chloral dans les veines.

Quarante et unième oliservation.

Hôpital de la Marine de Pola (Istrie). — D’’ Linhart

Luxation intra-glénoMale do Thumôrus droit datant de cinq jours. — Anesthésie chloralique. — Succès.

Au mois d’octobre 1875, M. le docteur Maurice Linhart, médecin de vaisseau de la marine autrichienne, chirurgien en chef de rhôpital maritime de Pola (Istrie), lit une anesthésie par injection intra-veineuse de chloral. Nous allons rapporter dans quelles circonstances.

M. le docteur Linhart se trouvait en présence d’une luxation intra-glénoïdale de l’humérus droit, le malade était assez musculeux et fort sensible, la luxation datait déjà de cinq jours. Notre honorable confrère prévoyait de grandes difficultés et crut devoir simplifier l’opération qu’il allait entreprendre en anesthésiant le patient. M. Linhart n’avait jamais vu pratiquer d’injections veineuses, et en cela nous lui ressemblions complé-

tement quand, pour la première fois, nous avons suivi M. Oré ; mais notre honorable confrère en avait suffisamment étudié le manuel opératoire, et il décida que l’anesthésie serait produite par une infusion intra-veineuse de chloral. M. Linhart présida lui-même à la préparation de la solution chloralique. Il en p’ossédait trois qualités : une anglaise, un peu trouble ; une française, trop acide ; une allemande, qui lui parut la meilleure ; cependant, il jugea convenable de neutraliser absolument son acidité par l’adjonction de quelques gouttes d’une solution de carbonate de soude au dixième.

Le malade ayant été bien examiné et M Linhart ne trouvant aucune contre-indication à l’anesthésie, notre honorable confrère fit la ponction de la médiane basilique gauche au moyen d’une aiguille creuse de Pravaz. M. Linhart n’avait pas à sa disposition l’appareil d’Oré, mais il possédait une seringue bien calibrée, laquelle n’était pas munie à la vérité du tamis métallique que l’on trouve dans celle d’Oré et qui est destiné à empêcher les petits corps étrangers de pénéti’er dans le torrent circulatoire ; mais notre confrère remplaça bien ingénieusement ce tamis par celui de Linhart. Il interposa entre l’extrémité de la seringue et l’aiguille, un morceau de fine mousseline. Le but était parfaitement atteint, le tissu de la mousseline, aussi serré que celui du tamis métallique, était infranchissable pour les petits corps étrangers que la solution chloralique aurait pu tenir en suspension.

li’aiguille pénétra dans le vaisseau parallèlement à sa direction. « En agissant ainsi, dit M. Linhart, j’étais certain de ne » pas blesser et de ne pas traverser la paroi opposée de la » veine. »

« Je ne décrirai pas, nous écrit M. Linhart, minute par mi- » nute, la marche de l’opération et l’état du patient : cette des- » cription me paraît d’autant plus inutile qu’elle ressemble » absolument à celles que vous avez publiées ; qu’il me suffise » de vous en signaler les points principaux.

* En 13 minutes, j’injectai 6 grammes de chloral ; à ce mo- » ment finsensibilité était absolue sur toute l’étendue du corps; » pourtant les cornées ressentaient encore un peu le contact du » doigt. Je crus devoir pousser l’anesthésie un peu plus loin » encore, et à 9 h, 14 m., j’avais injecté le septième gramme de » chloral. L’insensibilité cornéenne étant complète, le moment » d’opérer était venu ; en moins de cinq minutes et sans diffi- » culté la réduction de l’humérus déplacé fut obtenue.

» A 9 h., le pouls était à 80 par minute.

» A 9 h. 6 m., le sommeil commence et le malade parle avec » difficulté.

» A 9 h. 10 m. congestion delà face,le sommeil est profond;

nous élevons le bras droit : il retombe aussitôt sans résistance.

» L’anesthésie dure une demi-heure ; le malade se réveille alors, demande à boire et se rendort pendant plusieurs heures. Il expulsa presque uq litre d’une urine fort limpide ayunt tous les caractères habituels.

. Ce qui me frappa dans cette anesthésie, c’est que le patient s’endormit et devint insensible sans opposer la moindre résistance à l’action de l’anesthésique ; or il m’avait raconté que deux fois déjà il avait été soumis à l’anesthésie par inhalation, et que chaque fois les médecins s’étalent plaints de la difficulté qu’ils avaient éprouvée pour le rendre insensible, et de la résistance qu’il opposait à l’action de l’anesthésique. Dans les deux anesthésies par inhalation, le malade avait vomi plusieurs fois ; or l’injection de chloral ne provoqua pas ce désagrément ; le môme jour le patient put manger quelque chose, tandis qu’après les anesthésies par inhalation, il demeurait deux jours sans pouvoir rien prendre.

» Il n’y eut ni hématurie, ni phlébite, ni thrombose. »

9aarante-denx.lcmc observation.

Clinique de la Ville. — MM. Dkneffe et Van Weiter,

Tumeur du sein. — Anesthésie chloralique, précédée de ïadministration du chloral par la voie stomacale dans le but d’interrompre l’impressionnabilité de la malade relativement au chloral. — Guérison.

Madame Rosalie V..., d’Ertvelde, âgée de quarante-deux ans, porte au sein droit une tumeur dont elle a constaté la présence dès les premiers jours de l’année 1875. Son médecin, M. le docteur Muyshondt, jugeant que l’heure d’une opération radicale était arrivée, voulut bien nous adresser sa malade au mois de décembre 1875.

Madame V... est d’une constitution assez chétive; le pouls est faible et bat avec une grande fréquence sous l’influence de la moindre émotion ; c’est ainsi que, quand nous visitâmes ensemble la malade pour la première fois, son pouls était à 33 au 1/4. Toutes les fonctions sont normales ; la mamelle droite toute entière est envahie par une tumeur dure, résistante, adhérente à la peau qu’elle amincit déjà en plusieurs points. Nous trouvons dans l'aisselle plusieurs ganglions engorgés. Les fonctions respiratoire et circulatoire s’accomplissent régulièrement ; la malade n’ayant jamais souffert d’aucune affection.

soit du côté des plèvres, soit du côté des poumons, nous nous proposons de l’anesthésier par injection intra-veineuse de chloral. Mais avant d’introduire cet agent dans les veines, nous désirons, afin de nous mettre à l’abri de toute surprise, voir quelle est l’action du chloral sur cet organisme. C’est un conseil que donna M. le professeur Crocq dans une discussion à la Société royale des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles, dans sa séance du 4 octobre 1875, au sujet des infusions intra-veineuses de chloral. L’honorable professeur disait . qu’il n’acceptait l’injection intra-veineuse de chloral que dans » les cas exceptionnels où l’on pourrait avoir certaines garan- » ties relativement à la tolérance de l’organisme. Tel serait,

» par exemple, le cas où un individu aurait déjà auparavant » ingéré impunément une forte dose de chloral, ce qui aurait » démontré son immunité. »

11 y avait dans le conseil de M. Crocq quelque chose de fort rationnel. Tout le monde sait qu’il existe des idiosyncrasies spéciales en vertu desquelles certains agents ne sont pas tolérés ou produisent chez divers individus des effets fort différents par leur durée, leurs formes, leur intensité. Or, il peut arriver ([ue certaines natures ne supportent pas le chloral ou soient trop violemment influencées par lui. Comment le savoir ? Comment, avant de pratiquer l’injection intra-veineuse de chloral, connaître s’il n’existe pas chez le malade une idiosyncrasie qui contre-indique cette opération ?

M. Crocq nous le dit, c’est d’en faire ingérer au patient une certaine dose, de le surveiller alors, et de voir comment l’organisme, placé sous l’influence de ce médicament, va se comporter.

Nous fîmes, un soir, avaler à notre malade, en une fois, 2 gram. de chloral dans une solution aqueuse de 60 gram ; 58 minutes après l’ingestion de ce médicament, ses effets se firent' sentir et la malade dormit pendant cinq heures d’un profond sommeil.

Deux jours après, nous lui fîmes avaler d’un coup 3 gram. de chloral dans une solution de 60 grammes d’eau. Au bout de 36 minutes la malade s’endormit et le sommeil persista pendant six heures trois quarts.

Dans ces deux cas la solution de chloral avait été ingérée trois heures après un souper léger.

La sœur, qui avait soigneusement surveillé la malade pendant qu’elle se trouvait sous finfluence du chloral, n’avait remarqué aucun phénomène fâcheux ; tout était physiologique. Le chloral étant bien supporté par Mme V..., nous ne vîmes plus d’inconvénient à la soumettre à f infusion veineuse de cet agent.

Le 13 décembre 1875 l’opération fut pratiquée au couvent des sœurs noiiœs, rue du Chantier, avec le concours de MM. Soupart et Bouqué.

Quelques moments avant l’opéralion la malade est très émue, le pouls est à 33 au 1/4.

11 h. 40 m. Ponction de la veine médiane basilique gauche. Pouls, 30 au 1/4.

11 h. 41 m. 30 s. L’injection commence.

11 h. 42 m., 0,50 centig. de chloral ont pénétré. Pouls, 28 au 1/4.

11 h. 43 m., 1 gr. de chloral. Pouls, 27 au 1/4.

11 h. 44 m., 1,5^0 gr. de chloral. Pouls, 26 au 1/4.

11 h. 45 m., 2 gr. La malade accuse une sensation de chaleur dans la tête. Pouls, 25 au 1/4.

11 h 45 m. 30 s., 2,50 gr. La chaleur augmente. Pouls, 24 au 1/4.

11 h. 46 m., 3 gr. La figure s’injecte. Pouls, 24 au 1/4.

11 h. 47 m., 3,50 gr. Le pouls devient plus fort. Pouls, 26 à 27.

11 h. 47 m. 30 s., 4 gr. Pouls, 26 au 1/4.

11 h. 48 m. 30 s., 4,50 gr. La malade radote. Pouls, 28 au 1/4.

11 h. 50 m., 5 gr. Pouls, 25 au 1/4.

11 h. 50 m. 30 s., 5,50 gr. La malade ne sait plus articuler les mots. Pouls, 28 au 1/4.

11 h. 52 m. 6 gr.

A ce moment le sommeil est très profond, la malade ne répond plus aux questions qu’on lui pose, elle ne perçoit plus les interpellations qu’on lui adresse, la peau est insensible. Les cornées sentent encore le contact du doigt. L’anesthésie nous paraît suffisante, la canule est retirée de la veine. Nous laissons s’écouler quatre minutes afin que le chloral ait le temps de développer tous ses effets.

A 11 h. 56 m., le pouls est à 25 au quart. L’opération commence .

Le sein est enlevé au moyen de deux écraseurs linéaires fonctionnant en même temps.

En six minutes la glande est emportée, les ganglions axillaires engorgés sont arrachés au moyen des doigts. Pas d’hémorrhagie. A 12 h. et 15 m., le pansement est terminé et la malade remise au lit.

Pendant toute la durée de l’opération, elle est restée immobile, rien en elle n’a trahi la moindre souffrance. Elle balbutiait une prière de temps en temps, et la chaîne des écraseurs lui broyait le sein, sans que sa voix s’altérât le moins du monde.

A 12 h. 30 m., le pouls était à 20 au quart. L’opérée se réveille, nous reconnaît, parle un peu, mais paraît fort engourdie. Bientôt elle se rendort, mais s’éveille de temps en temps ; dans l’après-midi l’influence du chloral semble avoir tout à fait dispai’u.

Ainsi donc, en 10 m. 30 s , 6 gr. de chloral ont été injectés, et l’anesthésie absolue a duré vingt minutes.

Notre opération ne comportait une anesthésie ni plus profonde ni plus longue, aussi notre injection s’est-elle arrêtée au sixième gramme. Cette observation montre qu’avec un peu do tact et d’habitude, le chirurgien peut graduer l’anesthésie et ta proportionner à la durée et à la gravité de l’opération qu’il va entreprendre.

Pendant la durée de l’injection et de l’opération, les pupilles sont restées invariables et contractées.

Il n’y eut ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

La malade a guéri.

Analyse microscopique de la tumeur par M. le D'' Leboucq. — Squirrhe bien caractérisé. — Rien de particulier.

C’est la première fois qu’avant de pratiquer l’anesthésie chloralique, on a essayé d’interroger la susceptibilité du malade par le chloral en l’administrant par la voie stomacale.

Ce conseil, donné par M. le professeur Grocq, me paraît avoir une haute portée pratique. Il est bien certain que le chloral, même donné par l’estomac, est un médicament assez énergique pour que, si la dose est élevée, il produise des phénomènes capables de fixer le chirurgien sur le degré de tolérance de l’organisme.

Ce point établi, on procédera avec une sécurité bien plus grande à l’injection intra-veineuse. MM. Deneffe et Van Wetter n’ont pas à eu regretter d’avoir suivi ce conseil.

Quarante-troisième observation.

Clinique de la Ville. — MM. Deneffe et Van Wetter

Ostréosarcome du pied droit. — Amputation de la jambe. — Anesthésie chloralique. — Guérison.

M"*® de M..., âgée de vingt-neuf ans. Ostéosarcome du pied droit. Amputation de la jambe.

11 y a dix ans, M""® de M... était enceinte, quand son cordonnier lui fit remarquer que la cheville du pied droit était un peu plus volumineuse que celle du pied gauche,

A partir de ce moment l’attention de la malade fut fixée sur ce point. Elle ne souffrait pas du pied; elle remarqua pourtant que, chaque soir, ce membre était le^ siège d’uiic grande fatigue et d’un certain malaise, mais peu à peu les douleurs se produisirent ; elle souffrait surtout depuis cinq ans ; cependant, depuis trois ans, le mal était devenu très intense. Pendant plusieurs années, elle a marché avec des béquilles, mais depuis seize mois elle a dû renoncer à ce mode de loco ■ motion ; elle se traîne comme elle peut, et, depuis trois mois elle ne peut plus faire le moindre mouvement sans tenir son pied avec les deux mains.

Depuis deux ans la tumeur a beaucoup grossi; elle n’a jamais été le siège d’hémorrhagies ; jusque dans ces derniers mois la suppuration a été faible, mais depuis deux mois elle a beaucoup augmenté. Jusque l’an dernier l’articulation tibio-tarsienne est restée mobile. Il y avait des périodes où la douleur était vive, d’autres où elle était presque nulle. Depuis un an et demi la malade ne dormait plus et ne mangeait presque pas. M™ de M... a été enceinte sept fois, et, à chaque grossesse, les souffrances augmentaient ainsi que le développement, de la tumeur. Un des médecins qui nous avait précédé auprès de la malade avait, quelques mois auparavant, ponctionné un des points fluctuants de la tumeur. C’est à partir de ce moment que l’ulcération naissant de celte plaie s’était étendue dans la profondeur et à la surface de l’ostéosarcome.

L’état de M™* de M... était déplorable quand nous fûmes appelé à lui donner nos soins. Elle ne mangeait et ne dormait plus depuis des mois ; elle était sans cesse en pleurs, sa maigreur était extrême, son découragement profond. Tous nos efforts pour relever ses forces furent sans résultat, et c’est dans les circonstances les plus critiques que nous tentâmes l’amputation du membre malade.

^Suivant le conseil de M. le professeur Grocq, nous avons tâté la susceptibilité de la patiente pour le chloral ; mais nos essais ne nous ont guère éclairé. Quand nous faisions boire à M”® de M... un gramme et demi de chloral à la fois, elle s’endormait un quart d’heure après et ne se réveillait qu’au bout de 2 heures 3/4. Voulions-nous donner une dose de chloral plus élevée, la patiente la vomissait immédiatement. La dose d’un gramme et demi étant bien tolérée et le sommeil chloralique étant absolument physiologique chez M'oe de M..., nous crûmes pouvoir la soumettre à l’anesthésie par injection intraveineuse de chloral.

Le 5 avril 1876, accompagné de notre honorable ami, M. lo docteur Bouqué, nous nous rendons chez la malade.

A 5 h. 7 m., le pouls est à 35 au 1/4.

A O h, 15 m. ponction de la veine médiane céphalique gauche.

A 5 h. 16 m., 0,50 centigrammes de chloral ont pénétré; pouls à 33.

A 5 h. 17 m. 1 gr. ; elle accuse une sensation de chaleur s’étendant de la piqûre à l’aisselle ; pouls à 36.

A 5 h. 18 m., 1 gr. 50, pouls, 36.

A 5 h. 19 m., 2 gr., pouls, 30.

A 5 h. 20 m., 2,50 gr., pouls,25.

A 5 h. 21 m., 3 gr., somnolence, pouls, 23.

A 5 h. 22 m., 3 gr. 50 c., le visage se couvre de sueur ; pouls, 23.

A 5 h. 23 m., 4 gr , pouls, 26.

A5 h. 24 m., 4,50, pouls, 27.

A 5 h. 25 m., 5 gr. ; elle dit qu’elle se sent comme ivre ; pouls, 29.

A 5 h. 26 m., 5,50 gr. ; elle radote ; pouls, 29.

A 5 h. 27 m , 5,75 gr. ; elle dort; pouls, 28. '*

A 5 h. 28 m., 6 gr. ; l’anesthésie se développe ; pouls, 30.

A 5 h. 28 m. 30 s., 6.25 gr.; l’anesthésie cutanée existe déjà; pouls, 31.

Nous attendons 4 minutes, laissant au chloral injecté le temps de développer tous ses effets. A 5 h. 32 m., l’anesthésie cula née est absolue, les cornées sentent encore, mais faiblement, le contact du doigt. L’insensibilité est suffisante. L’opération commence.

Pendant toute la durée de l’opération, l’insensibilité de la patiente a été absolue.

Le sommeil se prolongea pendant trois heures après l’opération, puis la malade se réveilla, reprit connaissance et se rendormit paisiblement Jusqu’au matin.

Il n’y eut ni phlébite, ni caillots, ni hématurie.

Quarante-quatrième oliscrvation.

Clinique de la Ville. — MM. Deneffe et Van Weiteu

Tumeur du sein droit. — Anesthésie chloralique. — Légère hématurie. — Guérison.

Madame Pauline Van der S..., âgée de soixante ans, d’une constitution assez robuste, nous est adressée par notre honorable ami, M. le Df Gustave d’Hollander, de Wetteren.

Elle est atteinte d’un cancer du sein droit, envahissant toute la glande, ainsi que plusieurs ganglions de l’aisselle et même des ganglions situés sous le grand pectoral jusqu’auprès de la

clavicule. La tumeur date de six mois ; elle est venue spontanément. , ,

Le mercredi 1,2 avril, l’opération est pratiquée au Refuge. M. le D*' Bouqué nous prêle son bienveillant concours.

A 4 h. 56 m., le pouls est à 26 au quart.

A 4 h. 57 m., ponction de la veine médiane basilique.

A 4 h. 58 m., l’injection de chloral commence.

A 4 h. 58 m. 30 s., 0,50 centigr. de chloral ont pénétré.

A 4 h. 59 m , 1 gr., pouls, 26 au quart.

A 5 h., 1.50 gr., pouls, 28 au quart.

A 5 b. 1 m., 2 gr., pouls, 26 au quart.

A 5 h. 2 m., 2.25 gr., pouls, 25 au quart.

A 5 h. 3 m., 2.50 gr., pouls, 24 au quart.

A 5 h. 4 m , 3 gr., pouls, 25 au quart.

A5 h. 5 m., 3.50 gr., pouls, 26 au quart.

A 5 h. 6 ra., 4 gr., pouls, 25 au quart.

A 5 h. 7 m., 4.50g., pouls, 24 au quart.

A 5 h. 7 m. 30 s., 5 gr., pouls, 25 au quart.

A 5 h. 8 m., 5.50 gr., pouls, 24 au quart.

A 5 h. 9 m., 6 gr., pouls, 25 au quart.

A 5 h. 10 m., 6.25 gr., pouls, 26 au quart.

l es bâillements se produisent et se répètent ; le sommeil se développe, les réponses aux questions posées ne sont plus qu’un bredouillement inintelligible.

A 5 h. 11 m , 6.50 gr., pouls, 26 au quart.

Le sommeil est plus complet, l’anesthésie commence.

A 5 h. 12 m., 6.75 gr.; l’anesthésie se développe, pouls, 26 au quart.

A 5 h. 13 m., 7 gr., pouls, 26 au quart.

Le sommeil est profond, l’anesthésie cutanée est presque absolue.

A 5 h. 16 m., l’anesthésie cutanée est parfaite ; un bistouri est enfoncé dans le sein malade; aucune douleur n’est perçue; léger mouvement réflexe dans la jambe gauche. La cornée et les conjonctives sont à peu près insensibles. La respiration et la circulation sont normales. Le pouls est à 24 au quart.

A 5 h. 17 m., l’opération commence. Le sein est complètement enlevé au moyen du bistouri. Les ganglions axillaires et souspectoraux sont arrachés au moyen des doigts. Réunion par première intention au moyen de sutures métalliques.

A 6 heures, la malade est pansée et l’emise au lit; le pouls est à 19 au quart.

Pendant toute la durée de l’opération l’anesthésie est restée absolue ; quand nous arrachâmes les derniers ganglions, quelques mouvements réflexes se produisirent. Mais nous devons dire que celte partie de l’opération fut longue et difficile. Celte manœuvre, exécutée autour du plexus axillaire, devait

provoquer une énorme douleur. Mais il nous a toujours paru qu’elle met plus sûrement à l’abri de l’ouverture des vaisseaux que celle que l’on pratiquerait au moyen de l’instrument tranchant. Or, déchirer la veine axillaire sous la clavicule ou dans l’aisselle serait une grave complication. M, le professeur Soupart énuclée toujours par l’arrachement digital les ganglions altérés, et nous n’avons jamais eu qu’à nous louer en l’imitant.

La malade dormit jusqu’au lendemain matin ; elle resta somnolente et peu sensible pendant deux jours.

Il n’y eut aucun trouble, ni du côté de la respiration, ni de la circulation. Vers la fin de l’opération, les pupilles étaient plus contractées qu’au début. Pendant le pansement la malade, dont toute la partie supérieure du corps était découverte, fut prise d’un frisson. Etait-ce le froid qui se faisait sentir ? C’est possible : la température de la salle où nous nous trouvions était assez basse C’est peut-être à ce refroidissement qu’il faut attribuer la légère hématurie qui se produisit. La première urine expulsée renfermait un peu de sang. Déjà nous avons signalé à plus d’une reprise la coïncidence de l’hématurie avec le refroidissement de l’opéré.

Il n’y eut ni caillots, ni phlébite, ni aucun accident.

En 15 minutes nous avons donc injecté 7 grammes de chloral ; l’anesthésie absolue a duré plus d’une demi-heure.

Analyse microscopique de la tumeur par M. le docteur Leboucq. — C’est un carcinome de nature squirrheuse. La production néoplasique est peu avancée et nettement limitée au tissu de la glande. L’extirpation a été complète. Les ganglions lymphatiques joints à la pièce sont hypertrophiés, mais il n’y a pas encore de tissu cancéreux dans leur intérieur.

Quarante-ciuquième observatloa.

Clinique de la ville. — M. le Dr Lande

Tumeur volumineuse du tibia gauche. — Amputation de la Jambe. — Anesthésie chloraligne. — Guérison.

(Celle observation emprunte un intérêt particulier à l’examen qui fut fait, immédiatement après l’opération, de la veine par laquelle on avait lancé l’injection de chloral.)

Raoul M..., âgé de seize ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin, d’une constitution robuste, était employé dans un grand atelier de construction de machines. Le 4 octobre 1875, en vaquant à ses occupations habituelles, il se heurta très violemment contre une pièce de fer.

is

Le coup avait porté à quelques centimètres au-dessous du genou droit, sur la partie antérieure du tibia. Il occasionna une très vive douleur, et cette douleur persista, avec une assez grande intensité, pendant plus de huit jours, durant lesquels le jeune Raoul M... n’inlerrompit pas son travail

Il avait presque oublié ce petit accident quand, vers le commencement du mois de novembre, des douleurs intenses envahirent toute la jambe qui devint en même temps le siège d’un gonfle • ment général assez marqué. La partie supérieure 'du membre, au niveau même des points contus, était spécialement douloureuse. M. le docteur De Chappelle, médecin ordinaire du malade, ordonna des cataplasmes émollients et le repos. Tout rentra bientôt dans l’ordre.

Vers le milieu de décembre, les douleurs apparaissent plus vives que jamais. M. le docteur De Chappelle constate, le 20 décembre, que la jambe, dans son ensemble, n’est plus le siège d’aucun gonflement ; mais il reconnaît, sur la face antérieure du tibia, au niveau du point contus, une tuméfaction encore légère, bien circonscrite et douloureuse à la pression.

Malgré le repos, des badigeonnages de teinture d’iode et l’application de vésicatoires volants, la tumeur augmenta.

Le 25 février 1876, MM. les docteurs De Chappelle et Mirigoyen, réunis en consultation, décident que cinq larges cautères seront appliqués sur la tumeur. Le 28 mars, on applique au centre de cette tumeur, qui n’a cessé de se développer, un bouton de feu qui agit largement et profondément. Ce traitement échouant, avant d’en venir à une mesure radicale, MM. De Chappelle et Hirigoyen appellent en consultation M. le docteur Lande.

C’était le 6 mai. L’état général du malade est mauvais, la imtrition insuffisante, le pouls est à 120.

La partie supérieure de la jambe gauche est le siège d’une lumeur volumineuse, siégeant sur le tibia qu’elle entoure complètement. Elle remonte jusqu’à un centimètre du plateau du tibia et descend jusqu’au niveau du tiers moyen de cet os ; en dedans, la saillie de la tumeur est moins considérable qu’en avant ; mais, en arrière, elle fait une saillie notable et, par la flexion de la jambe sur la cuisse, on sent facilement un prolongement qui se dirige vers le creux poplité. Le péroné est indépendant de la tumeur.

La partie supérieure de la jambe gauche mesure dix centimètres de plus de circonférence que la partie supérieure de la jambe droite, prise au même niveau. La peau de la région a sa couleur normale, mais elle est sillonnée par un réseau de veines volumineuses.

Nulle part de crépitation osseuse ; pas de mouvement d’expansion ; pas de bruit de souffle.

Nos,honorables confrères diagnostiquent une tumeur à myéloplaxes du tibia et décident qu’il y a lieu de pratiquer une amputation de la cuisse.

Nous laisserons maintenant la parole à M. le Lande.

« Je pratique l’opération le 11 mai en présence et avec le concours de MM. les docteurs De Chappelle et Hirigoyen, de M. Léo Testut, préparateur de physiologie à l’Ecole de Médecine et de MM. De Chappelle fils, Vaucher, Fourgeaud etFage, aides au même laboratoire.

» L’anesthésie fut poduite par une injection intra-veineuse de chloral. Je me suis servi d’une solution de chloral au 5*, préalablement neutralisée avec du carbonate de soude, et j’ai pratiqué cette petite opération avec l’appareil de mon excellent maître et ami, le professeur Oré.

» Avant l’injection ; Respiration, 40; pouls, 144.

» A 9 h. 12 m., ponction d’une veine volumineuse siluée autour de la tumeur.

» A 9h. 12 m. 30 s., 1 gr, de chloral a pénétré ; pouls, 144.

» A 9 h. 13 m., 1,50 gr. ; pouls, 144.

» A9 h. 14 m., 2 gr. ; pouls, 144.

» A 9 h. 14 m. 30 s., 2,50 gr. ; pouls, 120.

» A 9 h. 15m., 3gr. ; pouls, 120.

» A 9 h. 16 m., 3,50gr. ; pouls, 132.

» A 9 h. n m., 4 gr. ; pouls, 120.

» A 9 h. 17 m., 30 s., 4,50 gr. ; pouls, 120.

» A 9 h. 18 m., 5 gr., léger sommeil; pouls, 120.

» A 9 h. 19 m., 5,50 gr. ; pouls, 120.

» A 9 h. 20 m., 6 gr. ; pouls, 120.

» A 9 h. 20 m. 30 s., 6,50 gr. ; pouls, 120.

» L’anesthésie est absolue. Elle a été produite, en 8 1/2 minutes, par 6 gr. de chloral.

» Avant l’injection et au début de cette opération, le malade était dans une agitation extrême ; à peine avions-nous injecté 4 gr. qu’il était déjà tranquille ; à 5 gr., il se laissait aller au sommeil ; à 6 1/2 gr., il était anesthésié.

» Cette transition d’un état d’excitation extrême à un état de résolution complète s’était faite progressivement, insensiblement, comme si le malade avait été pris naturellement d’un invincible besoin de sommeil.

» A 9 h. 30 m., je fais l’amputation, par la méthode à deux lambeaux ; grand lambeau antérieur et petit lambeau postérieur, et je sectionne le fémur un peu au-dessus des condyles. Cinq ligatures arrêtent tout écoulement de sang artériel. Un fort cordonnet est placé au fond de la plaie en guise de drain ; les ligatures sont ramenées aux angles de cette plaie que dixhuit points de suture entortillée ferment presque complètement.

un petit orifice étant seul maintenu à la partie externe. Pansement simple avec de la charpie sèche.

» A 9 h. 48 m., quelques légers mouvements réflexes.

»A9h. 45., fin du pansement. Les cornées sont encore insensibles. .....

» A 9 h. 52 m., commencement du retour de la sensibilité des cornées.

» A 9 h. 55 m., le malade est remis au lit; le pouls est a 108. La respiration, calme et régulière, est à 32.

» A 10 h., les mouvements réflexes que provoque le toucher de la cornée sont revenus.

» Le malade dort jusqu’à midi. Il se réveille alors, s’enquiert de ce qui s’est passé et du résultat de l’opération qu’il a subie, puis, au bout de 4 ou 5 minutes, retombe dans un sommeil paisible qui dure jusqu’à 5 heures du soir. A ce moment, réveil et retour complet de l’intelligence.

» J’avais eu le soin, pour pratiquer l’injection intra-veineuse, de choisir l’une des veines volumineuses qui sillonnaient la peau autour de la tumeur. Au moment de l’injection, le malade avait accusé, ainsi que cela arrive souvent, une sensation de brûlure le long de la veine piquée.

» J’ai tenu à examiner ce vaisseau. J’ai donc disséqué cette veine avec le plus grand soin ; elle ne renfermait aucun caillot. Je l’ai incisée suivant sa longueur, sur sa face profonde, et j’ai cherché la trace de la piqûre ; je n’ai pu la retrouver qu’en me guidant d’après une légère suffusion sanguine siégeant dans le tissu cellulaire périphérique ; sur la face interne elle aurait passé complètement inaperçue. Enfin, j’ai constaté que, dans toute l’étendue de ce vaisseau, il n’y avait pas la moindre rougeur, rien qui indiquât le passage d’une substance irritante. 11 m’a paru intéressant, en présence des préventions qui s’élèvent encore contre les injections intra-veineuses de chloral, de faire avec le plus grand soin ces diverses constatations et de les publier ; car c’est, si je ne me trompe, la première fois que l’occasion s’est présentée de faire, peu de temps après l’opération, la nécropsie de la veine dans laquelle une semblable injection a été pratiquée.

» Analyse microscopique de la tumeur. - C’est une tumeur à médullocèles, présentant un début de ramollissement, tendant par conséquent à dégénérer en une de ces tumeurs qui, pendant longtemps, ont été désignées sous la dénomination impropre d’anévrisme des os. »

Parmi ceux qui assistaient à cette opération, un seul voyait, pour la première fois, produire l’anesthésie par l’injection intra-veineuse de chloral, c’est mon excellent maître et ami le D'Hirigoyen.

Personne n’était plus à même que lui de juger la nouvelle méthode : chirurgien en chef de l’hôpital Saint-André de Bordeaux pendant de longues années, il avait assisté aux débuts de l’anesthésie chirurgicale par l’éther et le chloroforme, et les avait successivement employés l’un et l’autre. Son opinion devait donc avoir, dans le cas présent, cette valeur exceptionnelle que donne, en toute chose, la double autorité du talent et du caractère.

Voici en quels termes cet éminent confrère a traduit, dans une lettre qu’il m’a adressée, l’impression que l’anesthésie chloralique a faite sur lui :

« Cher confrère et ami,

» Je n’ai été qu’un simple témoin, mais, comme devant le tri- » bunal, je vous dirai la vérité et rien que la vérité.

» J’ai vu naître, et j’ai pratiqué l’éthérisation et lachlorofor- » mation ; j’en ai compris les avantages et reconnu les dangers ; » inutile d’insister, sur les uns et les autres. Ce fut pour la pre- » mière fois qu’au mois de septembre 1876, je vis le D'’ Lande » injecter du chloral dans les veines d’un garçon de seize ans, » auquel il allait faire l’amputation de la cuisse. En quelques » minutes, sept ou huit, sans convulsions, sans mouvements » spasmodiques qui eussent dénoncé une souffrance quelconque, » le jeune homme tomba dans le sommeil le plus calme et le » plus profond qui se puisse imaginer. Pas un muscle delà face » ne bougea, ni avant, ni pendant, ni après l’opération ; et ce » sommeil dura depuis 9 heures du matin jusqu’à 4 heures de » l’après-midi, toujours avec la même quiétude et la même placi- « dité. Le malade se réveilla alors, demanda si son amputation » était faite. Vous savez combien les suites ont été heureuses. » 11 n’est pas besoin d’ajouter que la piqûre nécessitée par l’injec- » tion de chloral était une blessure insignifiante, dont la trace » avait bientôt disparu. Je dois confesser qu’un pareil résultat » est bien au-dessus des effets produits par l’éther ou le chlorc- » forme. Le sujet soumis à l’anesthésie par le chloral est momen- » tanérnent réduit à l’état de plante : il ne paraît jouir que de la » vie organique.

» Telles sont, mon cher confrère, les impressions que j’ai » ressenties et conservées en présence de l’opération si habile- » ment pratiquée par notre confrère Lande.

» Je vous témoigne toutes mes sympathies.

» D'' Hirigoyen »

Quarante-slx^lème observation.

Clinique de la ville , — MM. Deneffe et Van Wetter

Tumeur du sein. — Injection intra-veineuse de chloral. — Anesthésie. — Guérison.

Le 11 mai 1876, notre honorable ami, M. le docteur Sioen, devant faire l’extirpation d’un sein cancéreux, nous prie d’anesihésier la malade par injection intra-veineuse de chloral. L’opération eut lieu au Refuge.

Mme S... est âgée de soixante-huit ans, d’un tempérament sanguin, assez robuste. Le sein droit est envahi par une tumeur dure et résistante, dont le début remonte à quatorze mois ; la malade attribue son développement à un coup de coude reçu pendant une danse.

A 5 h., le pouls est à 30 au quart.

A 5 h. 7 m., ponction de la veine médiane du bras gauche. A 5 h. 7 m. 30s., 50 centigr. de chloral ont pénétré.

A 5 h. 8 m., 1 gr. Pouls, 25 au quart.

A 5 h. 8 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls, 24 au quart.

A 5 h. 9 m. 30 s., 2 gr. Pouls, 23 au quart.

A 5 h, 10 m. 2,50 gr. Pouls, 23 au quart.

5 h. 11 m. 80 s., 3 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 22 au quart.

5 h. 12 m. Pouls, 20 au quart.

5h. 12 m. 80 s., 3,50 gr. La malade dit qu’elle se sent ivre. Pouls, 21 au quart.

5 h. 13 m. La face s’injecte. Pouls, 23 au quart.

5 h. 14 m., 4 gr. Le pouls faiblit. Le sommeil s’établit, la malade ne répond plus aux questions. Inouïs, 21 au quart,

5 h. 15 m., 4,50 gr. Pouls, 21 au quart.

5 h. 16 m., 4,75 gr. Le sommeil est profond, le corps est insensible.

5 h. 16 m. 30 s., 5 gr. Pouls, 19 au quart.

L’anesthésie cutanée est absolue, les cornées perçoivent encore le contact du doigt, l’insensibilité nous paraît suffisante. Nous laissons s’écouler quatre minutes pour donner au chloral injecté le temps de produire tout son effet.

A 5 h. 20 m. M. le docteur Sioen commence son opération. A 5 h. 23, le sein est emporté par l’insti’ument tranchant, et à 5 h. 26, les ganglions axillaires sont arrachés au moyen des doigts, A 5 h. 28 m., six points de suture métalliques sont passés, mais on ne les ferme pas afin de voir si tout danger d’hémorrhagie a disparu. Aucun écoulement de sang ne s’étant produità5h.40, les sutures sont fermées et le pansement à l’acide

salioylique (1 gr. pour 100 d’eau) est terminé à 5 h. 45. La malade est remise au lit.

A 5 h. 18 rn., le pouls est à 19 au 1/4.

A 5 h. 23 m., le pouls est à 21 au 1/4.

A 5 h. 28 m., le pouls est à 18 au 1/4.

A 5 h. 45 m., le pouls est à 18 au 1/4.

A la fin de l’opération, nous remarquons que les pupilles sont un peu plus dilatées qu’elles ne l’étaient au moment de l’injection ; elles sont pourtant contractiles.

L’injection terminée, il se produisit pendant le pansement un phénomène que nous n’avions jamais remarqué. On aurait dit, d’après les mouvements de la gorge et de la face, que la malade éprouvait le besoin de vomir. Mais cela ne dura qu’un instant et le vomissement n’eut pas lieu. La sœur nous déclara qu’avant l’opération, afin de donner du cœur à M""® S..., elle lui avait fait prendre un peu de vin. Or, la malade nous dit ultérieurement qu’elle ne prenait jamais de vin, dans aucune circonstance, parce qu’il la dérangeait. Mal toléré, même dans les cas ordinaires, ce liquide, dont n’usait d’ailleurs pas M”® S..., aura provoqué cette tentative de soulèvement de l’estomac, tentative qui resta sans effet.

Vers 6 h., la malade s’éveilla; elle n’avait aucune connaissance de ce qui se passait autour d’elle ; elle but et se rendormit. La nuit fut fort calme, la malade s’éveillait de loin en loin et se rendormait. Elle reprit connaissance le lendemain matin vers 7 h., mais resta somnolente environ 36 heures. Il n’a fallu que 5 gr. de chloral injectés en 9 minutes pour produire cette belle anesthésie qui a été absolue pendant 14 minutes.

Pendant la durée de l’injection et de l’opération la respiration était physiologique ; le pouls faiblit un moment quand nous fûmes arrivés à 4 gr.,mais pendant fopération il était relevé et normal. Il n’y eut ni phlébite, ni caillots, ni hématurie. La malade a guéri.

Analyse microscopique de la tumeur par M. le D'' Leboucq. —Squirrhe parfaitement caractérisé, les ganglions lymphatiques sont hyperémiés, les cellules lymphoïdes sont en prolifération. Pas de cellules cancéreuses dans les ganglions.

Quarante-septième observation.

Clinique de la ville. — MM. Deneffe et Van Wetter

Squirrhe du sein. — Anesthésie chloralique. — Légère hématurie. — Guérison.

Le 16 mai 1876, notre honorable ami, M. le docteur Sioen, devant encore faire l’extirpation d’un sein cancéreux, nous prie

d’anesthésier la malade au moyen d’une injection intra-veineuse de chloral.

M'‘« S... de B.. âgée de trente-quatre ans, est une per¬

sonne de taille moyenne, robuste et très forteinent inusclée. Un enfant lui a donné un coup de tête sur le sein droit, il y a deux ans environ ; à partir de ce moment, une tumeur dure et résistante s’est développée et a envahi les deux tiers externes de la glande ; plusieurs ganglions axillaires se sont engorgés. L’opération est pratiquée au Refuge.

A 5 h. 8 m. le pouls est à 25 au quart.

5 h. 13 ra. Ponction d’une veine cubitale à peine visible.

Pourtant, la ponction ne présente aucune difficulté. Pouls, 20.

5 h. 14 m., 0,50 centig. de chloral ont pénétré. Pouls, 20.

5 h. 15 m., 1 gr. Pouls, 20.

5 h. 16 m., 1,50 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 20.

5 h. 17 m., 2 gr. Pouls, 20.

5 h. 18 m., 2,50 gr. Pouls, 20.

5 h. 19 m., 3 gr. Pouls, 21

5 h. 20 m., 3,50 gr. Légère somnolence. Pouls, 22.

5 h. 21 m , 4 gr. Paroles délirantes. Pouls, 22.

5 h. 21 m. 30 s. 4,50 gr. Pouls, 19.

5 h. 22 m.; 5 gr. Paroles délirantes. Pouls, 19.

5 h. 23 m., 5,50 gr. Le pouls faiblit. Pouls, 19.

5 h. 24 m., 6 gr. Le sommeil est établi. Pouls, 21.

5 h. 25 m., 6,25 gr. Pouls, 21.

5 h. 26 m., 6,50 gr. Pouls, 21.

5 h. 27 m., 7 gr. L’anesthésie cutanée commence. Pouls, 24.

5 h. 28 m., 7,50 gr. Pouls, 22.

5 h. 29 m., 8 gr. L’anesthésie cutanée s’accentue. Pouls, 22.

5 h. 30 m., 8,50 gr. Pouls, 22.

5 h. 82 m., 9 gr. Pouls, 27.

5 h. 33 m., 9,50 gr. Pouls, 27.

5 h. 34 m., 10. gr. L’anesthésie cutanée est complète. Pouls, 27. ^

L’opération commence à 5 h. 36, le sein est emporté au moyen du bistouri et les ganglions axillaires sont arrachés avec les doigts. A 6 h., la malade est pansée et remise au lit. Le pouls est à 18 au quart. L’anesthésie cutanée complète a duré environ un quart d’heure; les moments douloureux de l’opération sont alors passés ; pendant l’application des points de suture et du pansement la sensibilité se réveillait peu à peu. Pendant toute la durée de l’opération les pupilles sont restées resserrées et invariables dans leurs dimensions.

Malgré la haute dose de chloral que nous avons injectée, 1 anesthésie n’a été ni très profonde ni très longue. Les cornées sont restées sensibles, et pourtant dix grammes de chloral avaient passé dans le sang. C’est la plus haute dose qui ait été

injectée jusqu’à ce jour chez une femme. Sans doute, c’était une femme robuste ; mais nous avons anesthésié des femmes non moins robustes qu’elle avec des doses plus faibles, et nous obtenions chez elles une insensibilité plus longue et plus profonde ; ce qui prouve une fois de plus que chaque sujet présente au chloral une résistance spéciale, que l’on ne peut apprécier que pendant l’injection. L’aspect extérieur du patient, ses apparences de force ou de faiblesse ne sont à nos yeux que des guides infidèles. Nos points de repère sont : 1» le sommeil; 2® l’anesthésie cutanée. Voilà nos guides, et nous croyons fermement qu’ils ne nous égareront pas.

Chez cette femme nous aurions pu pousser l’anesthésie un peu plus loin que nous ne l’avons fait ; mais nous n’avions apporté avec nous que dix grammes de chloral, persuadés que nous n’emploierions pas cette dose qui n’a jamais été nécessaire chez la femme. Nous nous étions trompés ; la patiente eût certainement supporté un gramme encore pour le moins. Règle générale, nous emportons avec nous une solution de 15 gr. de chloral dans 60 gr. d’eau. Exceptionnellement. 10 gr. sont nécessaires chez l’homme. Le fait que nous rapportons démontre que le chirurgien devra se munir de la dose que nous emportons habituellement (15 gr. de chloral pour 60 gr. d’eau).

Après l’opération la malade ne dormit que pendant 3 heures. Il n’y eut ni phlébite ni caillots, mais un peu hématurie.

Analyse microscopique de la tumeur par M. le docteur Leboucq. — C’est un squirrhe nettement caractérisé. On ne trouve pas dans les ganglions lymphatiques d’éléments cancéreux, mais les cellules lymphoïdes sont en prolifération. Ces ganglions sont hyperémiés.

M. le docteur Sioen nous rapporte qu’il a traité un cancéreux parmi les ascendants de cette jeune femme.

Quarante-huitième observation.

Hôpital civil de Gand. — M. le professeur Soupart

Tumeur du sein, — Anesthésie chloralique. — Légère hématurie. — Séjour prolongé de la canule dans la veine. — Guérison.

Le jeudi l'f juin 1876, M. le professeur Soupart devait opérer à sa clinique la nommée de Wachter, Mélanie, de Seveneecken, âgée de cinquante-sept ans. Elle porte au sein droit, depuis huit mois, une tumeur dure et résistante ayant envahi toute la glande et ulcéré la peau en plusieurs points. Il existe une masse de ganglions axillaires engorgés.

C’est une femme délicate, d’une constitution assez chétive.

M. Soupart nous prie de l’anesthésier au moyen d’une injection intra-veineuse de chloral.

MM. les docteurs Van Wesemael, Bouqué, Verstraeten, Vercauteren et tous les élèves de la Faculté assistent à l’opération.

10 h. 25 m. Le pouls est à 25 au quart.

10 h. 26 m. Ponction de la veine médiane basilique gauche.

10 h. 27 m., 50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls, 28.

10 h. 28 m. 1 centigr. de chloral a pénétré. Pouls, 27.

10 h. 28 m. 30 s. 1,50 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 30.

10 h. 29 m. 2 gr. de chloral ont pénétre. Pouls, 26.

10 h. 30 m. 2,50 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 26.

10 h. 30 m. 30 s. 3 gr. de chloral ont pénétré Pouls, 27.

10 h. 31 m. 3,50 gr. L’anesthésie commence. Pouls, 25.

10 h. 31 m. 30 s. 4 gr. Pouls, 25.

Le sommeil est profond, la malade ne répond plus aux questions qu’on lui pose ; l’anesthésie est déjà fort accentuée.

10 h. 34 m. 4,25 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 26.

10 h. 34 m. 30 s. 4,50 gr. de chloral ont pénétré. Pouls, 25.

L’anesthésie cutanée est absolue, mais les cornées ressen -

tent encore le contact du doigt.

M. Soupart commence son opération : il circonscrit tout le sein par deux incisions semi-elliptiques ; la patiente ne trahit pas la moindre impression douloureuse ; l’anesthésie est donc bien complète.

Mais la dose de chloral injectée n’étant pas considérable, nous craignons qu’elle ne mette pas suffisamment la malade à l’abri de la douleur, quand M. Soupart terminera l’opération par l’arrachement des ganglions axillaires engorgés. Nous maintenons donc la canule dans la veine et la seringue en place pendant que M. Soupart emporte le sein. Quand la glande est enlevée et la plaie régularisée, l’honorable professeur introduit les doigts dans l’aisselle ; c’est le moment le plus douloureux qui va commencer.

11 est 10 heures 37 minutes ; nous injectons 25 centigr. de chloral et nous arrivons à 4,75 gr.

Le pouls est à 26 au quart.

A 10 h. 37 m. 30 s., 5 grammes.

Les cornées sont insensibles et l’arrachement des ganglions n’a produit aucune souffrance.

L’opération est terminée. L’hémostase commence.

A 10 h. 40 m. le pouls est à 18 au quart. — La circulation et la respiration n’ont rien présenté d’anormal.

A 10 h. 52 m., au moment où l’on passe les points de suture, la patiente tousse deux fois. Cette toux, nous l’avions signalée dans nos premières injections, mais depuis que nous neutralisons

le chloral, souvent acide, par la solution de carbonate de soude au 10®, et que la solution chloralique est un peu plus étendue, nous n’avions plus constaté ce phénomène.

Cette fois, à la vérité, notre solution de chloral était restée légèrement acide, bien que nous y eussions ajouté 60 gouttes de la solution de carbonate de soude (1),

Rien de plus variable que l’acidité du chloral. Celui dont nous nous servons vient toujours de la même maison, il est de provenance allemande ; mais il suffit que le flacon qui le renferme ait été fréquemment débouché et qu’il contienne de l’air pour que l’acidité de cet anesthésique aille en augmentant. Aussi, ne manquons-nous jamais, quand notre solution est terminée, de l’essayer au papier de tournesol et de neutraliser son acidité. Nous avons constaté qu’une solution neutralisée redevient acide au bout de quelques jours ; aussi, ne nous servons-nous jamais que d’une solution préparée 24 h. au plus avant l’opération. Est-ce la légère acidité que présentait encore notre solution qui a provoqué ces deux accès de toux ? Nous ne l’affirmons pas : ce phénomène peut s’expliquer autrement. Plongé dans un sommeil profond, le malade ne déglutit pas régulièrement la salive dont la sécrétion est parfois augmentée. Quelques gouttes de ce liquide peuvent pénétrer dans les voies aériennes et provoquer la toux.

Pour la première fois, nous avons laissé la canule dans la veine et la seringue en place, alors que l’opération était commencée, et nous avons continué l’injection et complété l’anesthésie pendant le cours de 1 opération. Cette pratique répond à une idée que, depuis l’an ■ dernier, nous avons discutée avec MM. Soupart, Oré et Bouqué. Nous avons proposé à nos honorables collègues de ne pas pousser l’anesthésie au delà de ce qui était nécessaire pour commencer l’opération sans provoquer de souffrance. Ce degré d’insepsibilité obtenu, l’opération commence. L’appareil à injections reste en place. Si la sensibilité se réveille, on fait pénétrer le chloral dans le sang. Par ce procédé on ne ferait pas d’emblée une anesthésie assez profonde pour se prolonger pendant toute la durée de l’opération; on provoquerait un degré suffisant d’insensibilité et on le maintiendrait aussi longtemps que-de nécessité. M. Oré objecte à ce qui n’est encore qu’une proposition que le séjour prolongé d’une canule dans une veine pourrait entraîner la phlébite ou des caillots.

Mais que faut-il entendre par séjour prolongé ? Nous avons

(1) Nos solutions sont ainsi composées :

10 Chloral 15 grammes, eau distillée, 45 ; puis on ajoute, après avoir filtré, la quantité d’eau suffisante pour faire 6J grammes ;

La quantité qu’on doit surajouter varie de 5 à 10 grammes;

2» Carbonate de soude chimiquement pur, 1 gramme ; eau distillée lO grammes.

parfois maintenu la canule fôrt longtemps dans la veine : une fois 40 minutes (observ. II), une fois 24 minutes (observation XXXIII), une fois 23 minutes (observ. XXXV), une fois 21 minutes (observ. XXXII), une fois ISminutes ( observ. XXXI), et pourtant la veine, minutieusement examinée, n’a été le siège d’aucune irritation.

Si la canule est maintenue immobile dans la veine, si son extrémité, imprudemment agitée, ne blesse pas les parois du vaisseau, il n’y a pas de phlébite à craindre.

En poussant de temps en temps quelques gouttes de la solution chloralique à travers la canule, on empêchera le sang d’y stagner, et, partant, de s’y coaguler.

Si notre proposition, telle que nous la formulons, n’est pas acceptée, nous la présenterons d’une façon moins radicale. Etant donné que l’anesthésie ne sera pas poussée jusqu’à son maximum, se caractérisant par l’insensibilité des cornées, ne pourrait-on pas laisser l’appareil en place, au moins pendant une partie de l’opération ?

Dans le cas que nous exposons en ce moment, la canule n’a séjourné dans la veine que pendant 10 minutes : ce n’est pas un séjour prolongé ; pendant ce temps, nous avons injecté 5 gr. de chloral, et l’anesthésie la plus absolue a duré pendant une demiheure.

Quoique plongée dans un sommeil profond, la malade poussait des plaintes vers la lin du pansement.

La patiente dormit jusque bien avant dans la soirée, se réveillant de temps en temps pour boire ; le sommeil fut pourtant un peu agité. Mais le sommeil de la nuit fut paisible : il se prolongea jusqu’au matin ; à ce moment, la femme avait repris toute sa connaissance.

Il n’y eut ni phlébite, ni caillots ; mais l’urine examinée par M. de Visschere présenta sous le champ du microscope quelques globules rouges.

Analyse microscopique^ de la tumeur par M. le D*' Leboucq. — Squirrhe en voie de dégénérescence graisseuse.

Quarante-neuvième oliservation.

CUMQUE DE LA VILLE. — MM. DenEFFE ET VaN WeTTER

Sarcome de la malléole droite. — Amputation de la jambe. — Anesthésie chloralique. ■— Succès.

M“® D... V... G..., de Nederswalm, âgée de cinquante-quatre ans, a vu se développer, il y a trois ans, une petite tumeur dure et ré^^sistante un peu au-dessous du mollet droit ; elle se soumit à 1 examen de M. le D” Walton, son médecin, qui l’engagea

à la laisser extirper. Mais la malade ne souffrait pas, sa tumeur ne la gênait guère, et elle ne crut pas devoir suivre Tavis de l’honorable M. Walton. Dans les deux premières années de son existence, la tumeur se développa très lentement et resta indolore ; ce ne fut que dans les six derniers mois de la troisième année qu’elle grossit considérablement et gêna la marche ; dans les dernières semaines surtout, l’accroissement fut rapide et les douleurs si vives, que la patiente dut garder le lit. M. le D" Wallon, qui avait traité le père de cette demoiselle, mort d’un cancer de la langue à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, ainsi que son frère, mort à cinquante-huit ans d’un cancer à l’estomac, ne se faisait aucune illusion sur la nature de cette tumeur quand il nous réunit en consultation avec M. le D'' Bouqué. Nous avions affaire à un sarcome, et l’amputation était notre seule ressource. Nous étions unanimes sur ces deux points, et la malade se résigna à son sort. Le vendredi 7 juillet 1876, avec le concours de MM. Wallon et Bouqué, nous pratiquâmes l’opération au Refuge, à Gand.

A 4 h. 50, le pouls bat à 36 au quart, sous l’influence de l’émotion qu’éprouve la malade.

4 h. 51 m. Ponction delà médiane basilique gauche. Pouls, 80 au quart,

4 h. 51 m. 30 s. L’injection commence.

4 h. 52 m. 50 cent, de chloral ont pénétré. Pouls, 30.

4 h. 52 m. 30 s. 1 gr. Pouls, 28.

4 h. 53 m. 1.50 gr. Pouls, 32.

4 h. 53 m. 30 s. 2 gr. Pouls, 26.

4 h. 54 m. 30 s. 2 50 gr. Pouls, 27.

4 h. 55 m. 3 gr. La malade se plaint de la soif. Pouls, 25.

4 h. 55 m. 30 s. 3.50 gr. Pouls, 29.

4 h. 56 m. 4 gr. Somnolence marquée, parole plus lente, plus diftlcile. Pouls, 28.

4 h. 56 m. 30 s. 4.50 gr. La malade s’endort en radotant un peu. Légère irrégularité dans le pouls. Pouls, 28.

4 h. 58 m. 30 s. 4.75 gr. Somiueil. Ne répond plus. Pouls, 27.

4 h. 59 m. 30 s. 5 gr. Forte diminution de la sensibilité cutanée. Pouls, 27.

5 h. 5.25 gr. Pouls, 26.

5 h. 1 m. 5.50 gr. L’anesthésie cutanée existe partout, excepté au niveau de la tumeur qui se trouve dans un état de subinflammation, Pouls, 27,

5 h. 2 m. 30 s. 5.75 gr. M. le D'’ Bouqué applique l’appareil d’Esmarch, laissant la tumeur découverte entre les jets de bande Pouls, 29.

5 h. 3 m. 30 s. 6 gr. L’anesthésie cutanée est complète. M. Bouqué enfonce un bistouri dans la tumeur sans éveiller de douleurs ni de mouvements réflexes. Pouls, 27.

5 h. 4 m. 6.25 gr. La cornée est fort peu sensible. Pouls, 20.

L’anesthésie est suffisante, l’injection est terminée. La respiration et la circulation sont régulières. Les pupilles sont un peu plus dilatées qu’elles no l’étaient au début de l’injection.

A 5 h. 10 m., l’amputation est pratiquée à cinq travers de doigt au-dessus de la rotule. Le lambeau antérieur, unique, est taillé selon les règles de la méthode elliptique (Soupart) ; à 5 h. 13 m., l’amputation est terminée, l’hémostase commence. Nous lions au moyen du catgut le tronc tibio-péronier et la tibiale antérieure. M. le D-- Walton relâche peu à peu la corde de caoutchouc qui comprime la cuisse à son tiers moyen et nous lions successivement quelques artérioles et quelques veines. A 5 h. 25, l’hémostase est terminée. Nous tentons la réunion immédiate de la plaie en suturant le lambeau au moyen de fils métalliques. A 5 h. 40, tout est terminé, la malade est remise au lit.

Pendant toute la durée de l’opération, la patiente est restée absolument insensible. Le pouls oscillait entre 24 et 25 battements au quart. La respiration était physiologique. Vers 6 h., la malade se réveilla un instant, mais se rendormit de suite. Elle ne reprit réellement connaissance que vers le matin. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’elle se souvient de ce qui s’est passé. L’anesthésie absolue a duré au delà de 20 minutes, mais la malade est restée dans l’état chloralique pendant quarantehuit heures.

Voici ce que nous entendons par l’état chloralique :

A l’apogée de son action, l’infusion veineuse de chloral produit un sommeil profond dont rien ne peut tirer le patient, et une anesthésie absolue qui peut aller jusqu’à l’abolition des mouvements réflexes. La durée de cet état varie avec la dose injectée et la susceptibilité des sujets. Mais la transition entre l’état que nous venons de décrire et le retour à l’état normal n’est pas brusque; elle est graduelle. Pour un observateur non prévenu ou inattenlif, il semble que peu d’heures après l’opération, tout soit rentré dans l’ordre. Il n’en est rien. Le malade gît dans son lit, calme, paisible, endormi. Interpellez-le, il vous répond avec la plus grande lucidité et soutiendra la conversation aussi longtemps que vous le désirez. Cessez de parler, de fixer son attention, les yeux se ferment, le sommeil reparaît. La sensation des besoins naturels, les bruits qui se font autour du patient le réveillent aussi, mais pour un moment. Par des gradations insensibles, ce sommeil fait place à une sorte de somnolence, le malade est là, les yeux ouverts, il semble dans son état normal, il n’en est rien. Pour l’observateur attentif, la torpeur intellectuelle n’a pas encore disparu. Cette situation peut se prolonger un, deux ou trois jours. Au début de nos opérations, nous ne saisissions pas ces nuances. Une religieuse fort intelligente qui a soigné au Refuge tous les malades auxquels

nous avons infusé le chloral a fait les mêmes remarques que nous. Il lui paraissait d’abord que, peu d’heures après l’injection, les malades étaient absolument éveillés ; elle a su voir depuis que la somnolence chloralique se prolonge bien au delà de ce qu’elle croyait d’abord.

De même que la somnolence disparaît peu à peu, c’est peu à peu i,ue la sensibilité renaît. Interrogez le patient peu après l’opération, il vous dira qu’il sent : en effet, il sent. Mais ni lui ni nous ne pouvons apprécier comparativement cette sensibilité à celle qui devrait noi’malement exister. L’expérience nous a suffisamment appris que, pendant un, deux et même parfois trois jours, la sensibilité est émoussée et à des degrés variables au dessous de la normale.

Nous croyons donc pouvoir dire que l’action du chloral n’a pas cessé quand le malade se réveille et sent. Elle se continue d’une façon latente en quelque sorte, laissant le patient dans un état do torpeur intellectuelle et physique dont la durée varie.

Cinquantième observation.

Clinique de la ville. — M. le professeur Soupart

Sarcome du pied droit. — Désarticulation tibio-tarsieimo. — Anesthésie chloralique. — Succès.

Le Père Baro, de l’ordre des Récollets, âgé de quarante-six ans, est atteint d’une tumeur au pied droit dont l’origine remonte à cinq ans et peut-être même un peu au delà. Elle a débuté par un petit tubercule situé au niveau du quatrième métatarsien. Peu à peu il grandit ; mais ce n’est que deux ans environ après son apparition qu’il commença à gêner la marche. Bientôt après il devint douloureux. Les souffrances allèrent toujours en augmentant d’intensité ; depuis deux ans, elles sont devenues si vives, que le malade ne dort plus et ne peut plus s’appuyer sur le pied droit. Cette situation étant devenue intolérable, le Père Baro demanda les soins de MM. Soupart et Bouqué. Nos honorables collègues ne virent plus d’autre ressource que l’amputation du pied, et le malade se résigna bientôt à ce sacrifice. Quand nous examinâmes ensemble le Père Baro, nous vînies que le calcanéum et surtout les trois métatarsiens du milieu étaient le siège d’une tumeur que nous prîmes pour un ostéosarcome se prolongeant vers la plante du pied.

Le vendredi 4 août 1876, à 11 h. du matin, nous étions réunis autour du patient.

A 11 h. 25 m., le pouls battait à 30 au quart.

L’anesthésie n’élant contre-indiquée par aucune lésion thoracique ou cardiaque, nous nous décidons à employer l’injection intra-veineuse de chloral pour rendre le malade insensible.

A 11 h. 30 m., ponction de la veine médiane basilique gauche.

11 h. 31 m., 0,50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls, 26 au quart.

11 h. 31 m. 30 s., 1 gr. Pouls, 27.

11 h. 32 m., 1,50 gr. Pouls, 24.

11 h. 33 m., 2 gr. Pouls, 24.

11 h. 33 m. 30 s., 2,50 gr. Pouls, 20.

11 h. 34 m., 3 gr. Pouls, 23.

11 h. 34 m. 30 s., 3,50 gr. Pouls, 23.

11 h. 36 m., 4,50 gr. Pouls, 24.

11 h. 37 m., 5 gr. Pouls, 27.

Jusqu’à présent, le malade ne semble pas ressentir les effets du chloral injecté ; mais, à partir de ce moment, le sommeil tend à se produire ; la somnolence est manifeste. Le Père Baro déclare qu’il éprouve dans la tête une sensation analogue à celle que l’on ressent dans l’ivresse ; il riait et s’amusait beaucoup à l'idée d’être ivre, sans avoir bu.

11 h. 38 m., 5,50 gr. Pouls, 26.

11 h. 39 m., 6 gr. Pouls, 24.

11 h. 40 m., 6,25 gr. Pouls, 25.

11 h. 40 m. 30 s., 6,50 gr. Pouls, 25.

11 h. 41 m., 6, 75 gr. Le malade bredouille en parlant. P. 25.

11 h. 42 m., 7,25 gr. Le sommeil s’établit. Pouls, 25.

11 h. 43 m., 7,75 gr. La peau devient insensible. Pouls, 25.

11 h. 44 m., 8 gr. Sommeil profond; ronflement. Pouls, 24.

11 h. 45 m., 8,50 gr. Peau à peu prés insensible. Pouls, 25.

11 h. 45 m. 30 s., 8,75 gr. Pouls 25.

11 h. 46 m. 30 s., 9 gr. La peau est insensible. Pouls, 25.

11 h. 47 m., 9,25 gr. On applique l’appareil d’Esmarcb. Pouls, 25.

11 h. 47 in. 30 s., 9,50 gr. La sensibilité des cornées s’émousse. Pouls, 25.

11 h. 48 m., 10 gr. Les cornées sont insensibles. Pouls, 25.

M. Soupart estime que l’anesthésie a été poussée assez loin et nous cessons l’injection. Cependant, nous maintenons la seringue dans la veine et nous attendons la première incision, prêts à continuer l’injection au moindre signe de sensibilité. Cette précaution fut inutile : la figure du malade n’exprima aucune souffrance au moment où le couteau incisait les tissus. Le sommeil se produisit sans la moindre excitation, sans bâillements. Pendant l’injection, les pupilles se sont resserrées et ce resserrement se maintient pendant l’opération et même quelque temps après.

L’anesthésie absolue dura vingt minutes. 11 n’y eut ni caillots, ni phlébite, ni hématuries. Le 4, à 7 h. du soir, le malade est encore très somnolent. Pouls, 19. Température, 38» 2.

Pendant toute la durée de l’opération, le Père Baro est i-esté

insensible, les pupilles sont contractées ; le rhythme respiratoire ne fut pas un instant troublé ; le pouls, toujours bon, régulier, oscillait entre 20 et 25 battements au quart.

Vers midi 20 minutes, l’opéré s’éveilla pour retomber bientôt dans un sommeil calme et paisible. Nous ne faisons aucun pansement autour du moignon ; la jambe, absolument nue, est placée dans la boîte dont nous avons donné la description. Le manchon de caoutchouc enserre d’une part l’extrémité postérieure ouverte de la boite, de l’autre, s’applique sur la cuisse ; une petite bande élastique serrant étroitement le manchon sur le membre ferme l’appareil de ce côté.

Vers 1 h. 1/2, le Père Baro s’éveilla et reprit connaissance ; pendant le reste du jour et de la nuit il y eut des alternatives de veille et de sommeil, mais l’état chloralique dura 24 h.

Examen de la tumeur. — M. le D-' Leboucq, ayant fait l’analyse microscopique de la tumeur, la range dans la catégorie des sarcomes à éléments fusiformes ou sarcome fasciculé ; elle a son point de départ dans les os du tarse et du métatarse.

Nous donnons le tableau de la température et du pouls jusqu’à la guérison.

Cinquante et unième observation.

CtJNIQUE DE LA VILLE. —M. LE PROFESSEUR SOUPART

Lymphadénome considérable du cou. — Extirpation de la tumeur pratiquée devant le professeur Ose. Liebreich. — Anesthésie ehloralique. — Succès.

Louis Wullaert, âgé de tvente-trois ans, natif de Koeckelaere, a vu se développer une tumeur au côté droit du cou depuis trois ans environ. Elle a grandi peu à peu, mais ce n’e'st guère que depuis un an qu’elle a pris un développement rapide. Elle a maintenant le volume d’une tête de fœtus à terme et s’étend de ta clavicule à la partie supérieure du cou. Elle est dure et assez mobile. Elle n’a produit d’autre inconvénient que de provoquer des bourdonnements et une surdité à peu près complète de l’oreille correspondante.

Le malade est opéré au Refuge le 14 août 1876 parM. le professeur Soupart, en présence de MM. Oscar Liebreich, professeur à l’Université de Berlin, et Bouqué.

Nous produisons l’anesthésie au moyen de l’injection intraveineuse de chloral. Il s’agit d’un homme Jeune, robuste, athlétique.

9 h. 56 m. Ponction de la veine médiane céphalique. Pouls, 25 au quart.

9 h. 56 m. 30 s., 0,50 cent, de chloral ont pénétré. Pouls, 27.

9 h. 57 m., 1 gr. Pouls, 27.

9 h. 57 m. 30 s., 1,50 gr. Pouls, 26.

9 h. 58 m., 2 gr. Pouls, 27.

10 h., 3 gr. Pouls, 25.

10 h. 1 m., 3,50 gr. Pouls, 27.

10 h. 1 m. 30 s., 4 gr. Pouls, 27.

10 h. 2 m., 4,50 gr. Pouls, 23.

10 h. 2 m. 30 s., 5 gr. Pouls faiblit, 23.

10 h. 3 m., 5,50 gr. Somnolence commence. Pouls, 23.

10 h. 4 m., 6 gr. Bredouille en parlant. Pouls, 23.

10 h. 5 m., 6,50 gr. La sensibilité cutanée s’émousse.Pouls,21.

10 h. 6 m., 7 gr. Pouls, 23.

10 h. 6 m. 30 s., 7,50 gr. L’anesthésie cutanée est à peu près complété. Pouls, 21. ^ ^

10 h. 7 m., 8 gr. Pouls, 24.

10 h. 8 m., 8,50 gr. Anesthésie cutanée complète. Pouls, 24.

10 h. 9 m., 9 gr. Bâillements répétés. Pouls, 24

10 h. 10 m,, 9,50 gr. Cornées à peine sensibles. Pouls, 24.

10 h. 11 m., 10 gr. Pouls, 24.

Nous nous proposions de continuer l’injection de 1 gr. ou 2 de chloral encore, mais à ce moment, le malade, très vigoureux, fit un mouvement du bras très inattendu et notre canule s’échappa en partie de la veine. Estimant, d’ailleurs, l’anesthésie suffisante, nous retirons complètement la canule et cessons l’injection. Nous laissons s’écouler 3 minutes afin que le chloral ait le temps de produire toute son action.

A 10 h. 15 m., M. Soupart commence l’extirpation de la tumeur qui est énucléée en 6 minutes au moyen du bistouri, des doigts et de l’écraseur linéaire.

Pendant la durée de l’opération, le patient, quoique profondément endormi, donna, à plusieurs reprises, des signes d’une certaine sensibilité. L’anesthésie se complétait pourtant, puisque les cornées, dont la sensibilité n’était pas absolument abolie au début de l’opération, ne percevaient plus, quelques minutes après, le contact du doigt, et elles restèrent dans cet état d’insensibilité complète pendant 10 minutes à peu près. Au bout de ce temps, l’anesthésie cornéenne disparut peu à peu et la sensibilité se réveilla sur toute la surface du corps. Aussi, quand nous fîmes le pansement, le malade s’agita et fut en proie à une excitation assez vive.

Le pansement terminé, le malade fut remis au lit, où il dormit paisiblement sans s’éveiller pendant 7 h. Il était 6 h. du soir quand il ouvrit les yeux et demanda à boire. Le reste de la soirée et la nuit furent très paisibles. L’état chloralique dura 36 h.

M. le professeur Liebreich, qui avait suivi toutes les phases de l’infusion veineuse du chloral avec une attention que tout le monde comprendra, nous fit remarquer que l’anesthésie aurait pu, sans aucun danger, être poussée plus loin et que, sur un sujet aussi robuste que notre opéré, il aurait, sans aucune crainte, injecté jusqu’à 15 gr. de chloral. L’autorité de notre illustre collègue de Berlin est, en pareille matière, incontestable et nous nous rallions pleinement à son avis. Mais on conçoit de quelle prudence nous devons nous entourer, nous avançant presque seuls sur un terrain inconnu. Au milieu des défiances de tout le monde, nous devons prendre garde de perdre, par nos fautes, cette grande question des infusions médicamenteuses que nous nous sommes imposé la mission de défendre.

Aucun accident ne suivit l’injection de chloral. Ni phlébite ni hématurie.

Les suites de l’opération furent des plus simples. Pendant 24 h. le malade eut un peu de fièvre, le pouls battait à 100 et le thermomètre, placé sous l’aisselle, marquait 38®.

Le troisième jour qui suivit l’opération le malade se leva ; le quatrième jour, il se promenait dans les jardins du Refuge. La

cicatrisation de la plaie ne présenta rien de particulier et fut terminée en trois semaines.

Le malade fixa notre attention sur un fait fort remarquable dont il se montra aussi heureux qu’étonné. ^ ^

Depuis trois ans, époque de l’apparition de la tumeur au cote droit du cou, l’oreille correspondante était le siège de bourdonnements et d’une surdité intense. Dès que l’opération fut pratiquée, les bourdonnements disparurent complètement et l’ouïe devint aussi parfaite qu’autrefois.

Analyse microscopique de la tumeur par M. leD” Leboucq — C’est un lymphadénome.

Les urines, examinées également ,au microscope, ne renferment ni albumine ni matières colorantes du sang.

Ce cas offre un double intérêt ; il a mis d’abord les opérateurs en présence d’une excitation qui ne s’est montrée que lorsque l’opération était déjà terminée depuis 10 minutes. Cette excitation, après l’opération, constitue un fait aussi rare et aussi exceptionnel que l’excitation observée, quelquefois, avant.

En outre, M. Ose. Liebreich qui a, le premier, introduit le cliloral dans la thérapeutique, assistait à l’opération. Loin de s’effrayer de l’injection intra-veineuse de chloral et de la dose injectée, il exprima le regret que l’injection n'eût pas été continuée et la dose de chloral augmentée.

cinquante-deuxième observation.

Clinique de la ville. — M, le professeur Soupart

Calcul vésical .— Tentatives diverses de lithotritic. — Insuccès de chloroforme pour anesthésier le malade pendant les explorations de la vessie .— Taille — Anesthésie chloralique. — Succès complet. — Guérison.

François Thienpont, de Melle, âgé de vingt ans, est atteint depuis plus de trois ans de douleurs vésicales qui ont épuisé sa robuste constitution. 11 a confié sa santé à quelques charlatans du village qui ont inutilement essayé sur lui les merveilleux eflets de leur panacée En mars 1876, Thienpont s’adressa à notre honorable ami M le D’’ Sioen, qui constata la présence

d’un calcul volumineux dans la vessie. M. le professeur Soupart fut appelé en consultation, et nos deux habiles confrères tentèrent la destruction du cal'ul par la lithotritie. Mais l’opération présenta des difficultés sur lesquelles on n’avait point compté. La vessie de Thienpont était d’une telle sensibilité qu’elle se contractait énergiquement au moindre contact du lithotriteur et expulsait complètement l’urine qu’elle contenait ou les liquides qu’on y avait injectés. Ajoutez à cela que le calcul était volumineux, dur et difficile à saisir. Dans ces conditions défavorables, l’anesthésie devenait une nécessité, et M. Soupart se décida à chloroformer le malade avant chaque séance de lilho- Iritie ; mais cette complication du traitement se compliqua elle-même d’autres désagréments. L’anesthésie était très lente à se produire, la période d’excitation avait une longue durée, le sujet devenait furieux. Enfin, peu à peu, Thienpont se calmait, finsensibilité se développait, et quand on la croyait assez profonde on introduisait le lithotriteur dans la vessie. Mais si les téguments et la cornée étaient insensibles, la vessie ne l’était pas ; le malade expulsait les liquides contenus dans le réservoir et se débattait entre les mains des opérateurs. On continuait la chloroformisation, mais la même scène, à des degrés divers, se reproduisait chaque fois.

Bref, après plusieurs séances, MM. Soupart et Sioen restèrent convaincus qu’ils ne pouvaient, par la chloroformisation, obtenir une anesthésie suffisante de la vessie de Thienpont pour pratiquer régulièrement dans cet organe les nombreuses opérations que nécessitait le morcellement d’un calcul volumineux et résistant.

Fatigué, du reste, de toutes ces tentatives, le patient rentra chez lui pendant deux mois et vint à la fin d’août au Refuge redemander les soins de MM. Soupart et Sioen. Sa constitution était fort délabrée : le pauvre garçon toussait, transpirait la nuit, mangeait à peine et ne dormait plus. Le parti de M. Soupart fut bientôt pris, et le 27 août l’éminent chirurgien nous écrivait ; ... « Thienpont souffre horriblement et demande à grands » cris à être débarrassé le plus tôt possible. C’est le cas ou » jamais d’appliquer l’anesthésie par injection intra-veineuse de » chloral à l’opération de la taille. L’une et l’autre ne peuvent » être indiquées d’une manière plus formelle. »

Le mercredi 30 août 1876, à 10 h. du matin, M. le professeur Soupart tailla le malade avec le concours de MM. les D''* Sioen, Bouqué, de Visclier et Precelle.

A 10 h. 18 m., ponction de la médiane basilique droite. Pouls, 26 au quart.

10 h. 19 m., 0.50 centigr. de chloral ont pénétré. Pouls, 25.

10 h. 20 m., 1 gr. Pouls, 25.

10 h. 21 m., 1.50 gr. Pouls, 24.

10 h. 22 m., 2 gr. Pouls, 25.

10 h. 23 m., 2.50 gr. Pouls, 18.

10 h. 24 m., 3 gr. Pouls, 25.

Les yeux se ferment, les pupilles se resserrent.

10h. 25 m., 3.50 gr. Pouls, 24.

Parler en bredouillant.

10 h. 26 m., 4 gr. Pouls, 29.

Pleurs.

Le malade ne parle plus.

10 h. 28 m., 5 gr. Pouls, 28.

Les pupilles sont plus serrées qu’au début de l’injection. L’insensibilité commence.

10 h. 30 m., 5.50 gr. Pouls, 27.

10 h. 31 m., 6 gr. Pouls, 26.

La peau est insensible, les cornées perçoivent à peine le contact du doigt.

10 h. 32 m., 6.50 gr. Pouls, 24.

L’insensibilité des cornées est complète.

M. Soupart commence l’opération. Conformément à une habitude que nous avons prise, depuis quelque temps, nous laissons en place notre appareil à injections et la canule d’or reste dans la veine. Quand M. Soupart eut introduit le cathéter dans la vessie, cherché et trouvé le calcul, il fit au périnée l’incision de la taille bilatérale. Le malade restait immobile : ni la manœuvre accomplie dans la vessie par le cathéter, ni l’incision périnéale ne réveillèrent la moindre sensibilité. Le malade gisait là, perinde ac cadaver.

L’opération ne présenta rien de particulier; M. Soupart la conduisit et la termina avec son habileté ordinaire. Bien qu’elle fût volumineuse, la piei’re sortit facilement.

La taille achevée, M. Soupart injecta dans la vessie quelques seringues d’eau fraîche afin d’arrêter une légère hémorrhagie, qui se produisait en masse. Commencée à 10 h. 35 m., l’opération était absolument terminée à 10 h. 44 m. On ne saurait faire plus vite et mieux.

Le calcul, dont le quart au moins avait été détruit par six séances de litbotritie, pesait 15 gr.; sa circonférence mesurait 7 1/2 centimètres, son diamètre transverse mesurait 3 1/2 centimètres, son diamètre antéro-postérieur 2 1/2 centimètres.

Pendant toute la durée de l’opération le malade fut insensible, la respiration et la circulation restèrent normales, le pouls oscillait entre 23 et 24 pulsations au quart. Remis au lit, le patient ne tarda pas à s’éveiller, il reconnut tout le monde; la journée se passa dans des alternatives de veille et de sommeil. Le soir, M.Thienpont se trouvait encore sous l’influence chloralique, il

se refusait à croire qu’il eût été opéré. La vue de son calcul dissipa ses doutes.

Ce soir, le pouls battait à 25 au quart.La nuit fut assez calme, mais le lendemain matin (31 août), à 8 h., la peau était chaude, le pouls battait à 30 au quart On administra au patient une mixture antiphlogistique ; le soir, le pouls était descendu à 28. Le 1*'' septembre, le pouls battait le matin à 25, le soir à 22. Le 2 septembre, c’est-à-dire le troisième jour qui suivit l’opération, le pouls battait à 22 ; le malade était bien, très soulagé et se levait déjà de temps en temps. Suivant son habitude, M. Soupart n’avait appliqué aucun pansement sur la plaie périnéale et n'avait introduit dans la vessie aucune sonde ou conducteur de l’urine. Ce liquide s’écoulait librement par la plaie dans le lit ; on prenait les soins ordinaires de propreté. Le 7 septembre, huitième jour qui suivit l’opération, le malade urina pour la première fois par l’urèthre. Du 7 au 10 septembre, Thienpont urinait de temps en temps par l’urèthre, mais la plus grande partie des urines passait encore par la plaie ; à partir du 10 septembre, ce fut l’inverse ; la plus grande partie des urines passa par l’urèthre ; il s’en écoulait de moins en moins par la plaie. A partir du 14 septembre, toute l’urine passait par l’urèthre et la plaie se ferma aussitôt. Thienpont, complètement guéri, quitta le Refuge le 28 septembre.

Aucun accident ne vint compliquer ou suivre l’injection du chloral dans les veines du malade. En 13 minutes, 6.5J gr. de chloral furent introduits dans le torrent circulatoire et produisirent une insensibilité absolue qui dura environ 20 minutes. Nous voici encore une fois en présence d’un sujet qui a subi l’anesthésie par le chloroforme et par l’injection intra-veineuse de chloral, et le parallèle est tout à l’avantage de l’infusion chloralique. Tandis que le chloroforme produisait une excitation intense et longue, aussi pénible pour le malade que pour les opérateurs, le chloral injecté dans les veines de Thienpont l’endormit sans l’agiter. Calme, immobile, le malade semblait s’endormir du sommeil le plus physiologique. Tandis que le chloroforme ne parvenait pas à anesthésier complètement la vessie, l’injection chloralique la rendit absolument insensible. La supériorité de l’anesthésie chloralique sur celle produite par le chloroforme frappa vivement les témoins de cette double opération pratiquée sur Thienpont. Cette supériorité avait, du reste, déjà été constatée antérieui’ement par MM. Oré, Linhart et nous.

Clnquaute-trolslème obatervatiou.

Clinique de la ville. — M. le D’^ Lande

Névralgie épileptiforme du trijumeau gauche. — Resection du SOUS'orbite et du frontal dans l’orbite. — Anesthésie par injection intra-veineuse. — Succès complet de fanesthesie. Aucun désordre du côté de la veine piquée, malgré un séjour de la canule prolongé pendant 20 minutes, grâce à l’immobilité de la canule, soigneusement observée.

Marie M..âgée de cinquante ans environ, est atteinte depuis longues années d’une névralgie épileptiforme du trijumeau gauche pour laquelle je lui ai pratiqué successivement les opérations suivantes :

Resection du sous-orbitaire etdu frontal au sortir de l’orbite »

Resection du sous-orbitaire dans le canal sous-orbitaire ;

Evidement du bord alvéolaire du maxillaire supérieur, point de départ des douleurs ;

Resection du sous-orbitaire régénéré dans le canal sous-orbitaire, et resection de l’cccipital ; resection du nasal interne dans l’orbite.

Chacune de ces opérations a amené une période de calme de plusieurs mois. Mais bientôt les douleurs reviennent et la malade, qui a depuis longtemps épuisé tout l’arsenal pharmaceutique, me demande avec instances une nouvelle opération.

Depuis trois mois, Marie M... n’a pas goûté un seul instant de repos ; elle éprouve toutes les deux ou trois minutes des crises atroces ; elle me supplie, depuis bien des jours, de faire une nouvelle opération, quand je me décide, le 20 mars, à tenter, en raison du siège des douleurs, une nouvelle resection du sous-orbitaire et du frontal dans l’orbite même.

La malade étant réfractaire au chloroforme, je pratique une injection intra-veineuse de chloral avec l’appareil et la solution chlorahque alcalinisée, obligeamment mis à ma disposition par mon maître et ami le D'^ Oré. M. leD-’deChappelleet MM.Dauzat, premier interne ; Lafargue, interne, et Page, interne-adjoint à l’hôpital Saint-André, veulent bien m’assister.

Injection intra-veineuse de cbloral.

4 h. Piqûre de la veine. Pouls, 88.

4 h. 30 s. Début de l’injection.

4 h. 1 m. 0 gr. 50 de chloral injecté. Pouls, 80.

4 h. 1 m. 30 s. 1 gr. Pouls, 120.

4 h. 2 m. 1 gr. 50. Pouls, 100.

4 h. 2 m. 30 s. 2 gr. Pouls, 80.

La malade accuse une vive douleur dans le bras gauche, oh est faite l’injection.

4 h. 3 m. 2 gr. 50. Pouls, 68.

4 h. 4 m. 3 gr. Pouls, 66.

Vives douleurs dans le bras.

4 h. 4 m. 30 s. 3 gr. 50. Pouls, 66.

4 h. 5 m, 4 gr. Pouls, 70.

Interruption. Je charge à nouveau la seringue.

4 h. 6 m. Reprise. Pouls, 78.

4 h. 6 m. 30 s. 4 gr. 50. Pouls, 78.

4 h. 7 m. 5 gr. Pouls, 110.

La douleur du bras devient beaucoup moins vive.

4 h. 7 m. 30 s. 5 gr. 50. Pouls, 100.

4 h. 8 m. 6 gr. Pouls, 90.

4 h. 8 m. 30 s. 6 gr. 50. Pouls, 84.

4 h. 9 m. 7 gr. Pouls, 80.

Bâillements, quintes de toux, un peu de salivation, anesthésie.

4 h. 9 m. 30 s. 7 gr. 50. Pouls, 100.

Anesthésie complète. Cessation de l’injection.

4 h. 10 m. Pouls, 100.

Repos avant le début de l’opération. La respiration, qui était devenue très lente, reprend facile, calme et profonde.

Comme je ne peux prévoir la durée de l’opération, et que ma malade résiste à tous les narcotiques, je laisse la canule du trocart dans la veine, de façon à pouvoir pousser une nouvelle injection de chloral sans faire une seconde piqûre. M. le D’’ de Chappelle veut bien se charger de maintenir le bras et l’appareil dans l’immobilité.

4 h. 12 m. Pouls, 64. Respiration, 30.

4 h. 14 m. Pouls, 60. Respiration, 30.

4 h. 16 m. Pouls, 50. Respiration, 30.

4 h. 17 m. Pouls, 56. Respiration, 32.

4 h. 20 m. Pouls, 44. Respiration, 32.

La canule est retirée de la veine, l’opération étant assez avancée. La fréquence de la respiration et la petitesse du pouls sont occasionnées par des mucosités abondantes qu’un aide est obligé d’enlever constamment de la bouche.

4 h. 23 m. Pouls, 58. Respiration, 32.

4 h. 25 m. Pouls, 70. Respiration, 34.

4 h. 27 m. Pouls, 80. Respiration, 34.

4 h. 30 m. Pouls, 72 Respiration, 36.

4 h. 35 m. Pouls, 68. Respiration, 30.

La respiration devient plus calme et plus régulière L’opération est terminée. Pansement. L’anesthésie est toujours-absolue.

4 h. 55 m. Pouls, 68. Respiration, 30,

Fin du pansement. La malade tait quelques mouvements, se plaint un peu, puis retombe dans le sommeil.

5 h. 10 m. Pouls, 60. Respiration, 30.

Sommeil très calme. Ce sommeil dure jusque vers huit heures du soir. A ce moment, la malade se réveille, parle un peu, prend du bouillon, puis se rendort jusqu’au lendemain matin dix heures. Il y avait plus de trois mois qu’elle n’avait pas dormi cinq minutes.

Je ne fais aucun pansement sur la veine piquée ; je laisse même le bras libre; il n’y a pas eu trace d’inflammation, et cependant la canule était restée 20 minutes dans la veine, maintenue, il est vrai, parfaitement immobilisée.

Quelques mots maintenant de l’opération elle-même. J’ai fait une première incision en fer à cheval partant du point d’émergence du nerf frontal, et suivant le bord de l’orbite jusqu’en dedans de l’émergence du sous-orbitaire, et allant du premier coupjusqu’àl’os, puis une secondeincisionhorizontalede4 cent, de long, aboutissant en raquette sur la première à la hauteur de l’angle externe de l’œil. J’ai disséqué les deux lambeaux ainsi formés,puis, par deux traits de scie, j’ai divisé le rebord de l’orbite : en bas, suivant le rebord supérieur de l’arcade zygomatique; en haut, au niveau de l’articulation fronto-malaire. J’ai décolléen dedans l’aponévrose orbitaire et j’ai réséqué avec des pinces coupe-net toute la paroi externe de l’orbite.

J’ai pu alors, repoussant l’œil en haut et en dedans, apercevoir le nerf sous-orbitaire dont l’extrémité antérieure précédemment resequée se trouvait comprise dans le tissu de cicatrice. J’ai détaché cette adhérence, et avec un bistouri très mince, j’ai coupé le nerf, en arrière, dans la fente sphénomaxillaire. La portion resequée avait 2 cent, de long.

Repoussant alors l’œil en bas et en dedans, j’ai découvert le nerf frontal, j’ai incisé l’aponévrose orbitaire, et, relevant le nerf sur une sonde cannelée, je l’ai sectionné au fond de la cavité orbitaire, puis, au moment de la sortie de l’orbite. La portion resequée mesurait 4 cent. 1/2.

Le pansement a consisté en une suture entortillée fermant complètement la plaie.

Le lendemain, j’ai enlevé les épingles et les ai remplacées par des bandelettes collodionnées. La réunion a eu lieu par première intention.

L’opération a été suivie, comme les autres, d’une période d’accaimie. Mais durera-t-elle longtemps? L’histoire de ma malade ne permet guère de l’espérer.

Cette observation est intéressante à plusieurs points de vue, G est, en effet, la seconde fois que cette.

malade a été soumise à l’injection intra-veineuse de chloral. Déjà f S® observ.) je l’avais anesthésiée avec un plein succès, à ’l’aide de ce procédé. M. Lande a été aussi heureux que moi; et, comme moi, il a constaté l’absence de toute lésion dans la veine piquée et injectée. Mais ce qui donne à cette anesthésie un intérêt tout particulier, c’est qu’on avait vainement cherché à l’obtenir, à plusieurs reprises, à l’aide du chloroforme. J’ai signalé précédemment plusieurs cas semblables.

M. Lande mentionne, en outre, une particularité d’une haute importance : « Je ne fais, dit-il, aucun » pansement sur la veine piquée ; je laisse même le » bras libre ; il n’y a, pas eu de trace d'inflammation, » et, cependant, la canule était restée 20 minutes dans » la veine, maintenue, il est vrai, parfaitement » immobilisée. »

C’est là, incontestablement, tout le secret de la méthode. Sans doute, il faut empêcher le séjour trop prolongé d’un corps étranger dans le système veineux ; mais ce qu’il importe surtout d’éviter, c’est que ce corps étranger, mince et allongé comme un trocart capillaire, soit remué et reçoive des secousses qui l’exposent à blesser la membrane interne de la veine.. U immobilité de la canule est donc une condition indispensable pour le succès.

C’est grâce à elle que M. Lande a obtenu l’absence de toute inflammation, bien qu’il ait laissé le bras libre et sans pansement. C’est ainsi que l’on a pu réaliser le même résultat chez les malades des observations 2, 31, 32, 33, 35, dans les veines desquels la canule est restée impunément 40, 18, 21, 23, 24 minutes. Je reviendrai sur ce point à propos du manuel opératoire.

J’emprunte aux nouvelles études sur l’anesthésie par injection intra-veineuse de chloral, de MM. les professeurs Deneffe et Van Wetter, le tableau suivant qui renferme tous les cas dans lesquels l’insensibilité a été obtenue par cette méthode.

TABLEAU synoptique des cinquante-trois observations d’anesthésie obtenue par l’injection intra-veineuse de chloral.

(Suite.) TABLEAU synoptique des cinquante-trois observations d’anesthésie obtenue par ï injection intrarveineuse de chloral.

Durée Quantité Durée

Durée de

Sexe.

Age

Nature de l’opération.

chloral . il*

l’injection, injecté. l’anesthésie.

rinfluence ' chloralique.

Jase. 38 Extraction, séquestre du tibia.

Féiu. 66 Extraction, cataracte.

Fém. 40 Sarcome de l’œil,

Masc. 29 Resection du fémur,

Fém. 35 Ovariotomie.

Fém. 64 Extirpation, sein cancé-

|Masc. n Blépharoplastie.

’Masc. 28 Amputation de la cuisse.

Imosc. 45 Opération de cataracte, iMasc. 40 Resection du genou, jilasc. 18 Résection du sternum.

Maso. 30 Amputation du pied.

Wsc. 40 Amputation de la cuisse.

Fém. 63 Extirpation sarcome de la fesse.

Fém. 51 Section des nerfs.

Masc. ? Réduction, humérus luxé.

Fém. 42 Extirpation, sein cancé-

Fém. 29 Amputation de la jambe.

Fém. 60 Extirpation, sein cancé-

Masc. 16 Amputation de la cuisse.

Fém. 68 Extirpation, cancer du sein.

Fém 34 Extirpation, cancer du sein.

jFém. 57 Extirpation, cancer du sein.

Fém. 54 Amputation de la cuisse. !

Sarcome de la malléole. Masc. 54 Sarcome du pied, désarticulation tibio-tarsienne.

Masc. 36 Extirpation d’un lympha-

denome du cou.

M .SC 20 Calcul vésical. Taille.

Fem. ? Résection des nerfs sur e1 sous-orbitaires dans le I I fond de l’orbite.

Ainsi l’anesthésie par injection intra-veineuse a été essayée cinquante-trois fois et a donné les résultats suivants :

1“ Cinquante et un succès ;

2“ Un mort par le chloral sans que l’autopsie ait révélé aucune lésion ;

3“ Un mort par phlébite suppurée. Je reviendrai sur ce fait en discutant les objections adressées à la méthode des injections intra-veineuses de chloral, auxquelles j’ai hâte d’arriver.

Examen des objections faites à ta métliode des injections de cMoral dans les veines.

Depuis le jour où, pour la première fois, j’ai fait connaître à l’Académie des Sciences, par l’intermédiaire de mon illustre maître le professeur Bouillaud, mes premières observations d’injection de chloral dans les veines pour combattre le tétanos traumatique et produire l’anesthésie, bien des objections ont été faites à cette manière inattendue d’administrer l’hydrate de chloral. Ces objections, formulées dans le sein des Sociétés savantes, ont été répétées par la presse do tous les pays. L’occasion de les réfuter s’est déjà plusieurs fois offerte à moi; elle s’offre encore aujourd’hui et je la saisis avec empressement. Il est une circonstance dans laquelle les injections intra-veineuses de chloral ont donné lieu à une discussion intéressante ; c’est dans le Congrès international de Bruxelles (1875). Là, se sont rencontrés,, sur le même terrain, les créateurs et les adversaires de la nouvelle méthode ; les uns opposant toujours les mêmes arguments, les autres y faisant toujours les mêmes réponses. Ces arguments se trouvent fidèlement rapportés dans le remarquable volume publié .par l’éminent secrétaire général du Congrès, M Warlomont. Aussi est-ce là que je vais les puiser, en les prenant dans l’ordre où ils se sont produits.

C’est M. Maurice Perrin qui, avec son autorité si légitime dans la question, a le premier discuté la valeur de l’injection intra-veineuse de chloral dans la production de l’anesthésie chirurgicale.

Il a commencé par en faire un historique très complet depuis mon premier tétanique et mes communications à l’Institut (séances des 16 et 27 février 1874) jusqu’à l’époque du Congrès de Belgique. Dans cet historique on voit se produire, par ordre de date, les faits de MM. Deneffe et Van Wetter, puis ceux de MM. Cruveilhier, Léon Labbé, Tillaux ; puis, de nouveau, les observations plus récentes de MM. Deneffe et Van Wetter, enfin les miennes.

Chemin faisant, M. Maurice Perrin signale les lésions observées dans les veines par MM. Cruveilhier, Tillaux, Lanelongue, et il arrive à cette conclusion :

« Tel est aujourd’hui le bilan connu des injections » intra-veineuses de chloral employées comme procédé » anesthésique ; il nous a paru édifiant d’exposer les » détails des faits, au risque de quelques longueurs, » parce que ces détails valent mieux qu’un long dis- » cours ^ ». Je partage complètement l’opinion de M. Maurice Perrin ; il est certain que, dans une question de fait, il importe, avant tout, d’exposer les faits. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de mieux encore ; et l’examen, la discussion, l’appréciation de ces faits ne sont-ils pas supérieurs à une simple exposition ? Comment celui qui lira avec soin la discussion pourrat-il arriver à sefairé un jugement, lorsqu’il se trouvera en présence d’un exposé dans lequel on se contente de lui dire : Alors que MM. Cruveilhier et Tillaux constatent de la phlébite, MM. Léon Labbé, Bucquoy, Deneffe, Van Wetter, Oré, n’en ont jamais constaté ; alors que MM. Cruveilhier, Tillaux, etc., etc., ont trouvé des caillots partout, MM. Léon Labbé, Willielme, Winsbach, Deneffe, Van Wetter, Oré, Bucquoy, n’en ont rencontré nulle part ;

1 Congrès de Bruxelles, 1875, p. 145, 1876.

Alors, enfin, que les malades de MM. Cruveilhier, Tillaux, Lanelongue, se sont mal trouvés des injections intra-veineuses de chloral, le contraire a été observé chez les malades de tous les autres ?

Pourquoi ces différences ? Pourquoi ces contradictions?

Est-ce le hasard seul qui a fait que les uns ont réussi, que les autres ont échoué? N’y avait-il aucune part à attribuer, dans des résultats si différents, au manuel opératoire, aux instruments, à la manière dont on s’en est servi? que sais-je encore? Il fallait, pour éclairer le lecteur, discuter toutes ces choses ; il fallait, en un mot, ne pas se contenter d’exposer les faits, mais les peser.

Suivons donc M. Maurice Perrin dans le jugement qu’il porte sur la nouvelle méthode.

« Pour bien juger la question, dit-il, ne perdons » pas de vue qu’aucune innovation n’est digne d’in- » térêt qu’autant qu’elle représente un progrès. Dans » le cas particulier, les injections intra-veineuses se » posaient en rivales d’une méthode qui a pour elle » près de trente années de succès à peine assombris » par quelques revers. »

Et plus loin : « Les injections intra-veineuses, à tous » les points de vue, valent beaucoup moins,à notre avis,

» que les inhalations de chloroforme et d’éther. »

Dans un article critique sur l’anesthésie par l’injection intra-veineuse de chloral, M. Warlomont a fait, comme M. Perrin, l’historique de la question, et, après avoir discuté les faits, il écrit, lui aussi :

« Voilà donc le bilan actuel (c’était eu novembre » 1875) des injections intra-veineuses de chloral ! On

* peut le résumer ainsi : Toutes les fois que l’opération

* a été pratiquée suivant les règles prescrites, le succès » l’a couronnée. M. Oré n’a pas à son passif l’ombre » d’un accident ni même d’un mécompte. On ne peut, » dès lors, faire, sans injustice, la méthode respon-

* sable de l’inexpérience de ceux qui l’ont mal appli-

* quée. J’entends l’objection : Une méthode est bien

» près d’être condamnée quand elle est d'une exécu- . tion si difficile que les chirurgiens les plus habiles » y échouent. Mauvaise raison ! ces opérateurs n’ont » mal opéré que faute d’un apprentissage suffisant ; » or, si simple que soit un procédé, il faut s’y faire là » main. Que dirions-nous aujourd’hui si l’on nous • demandait de renoncer à l’extraction de la cataracte, » qui est bien la plus délicate et la plus émouvante » des opérations, sous le prétexte que des mains » inexpertes y ont eu des échecs, et si l’on nous » enjoignait de revenir à l'abaissement, parce qu’il est » de plus facile exécution ?

» Nous pouvons donc conclure de tout ceci que rien » de sérieuxn’est venu, jusqu'à ce jour, donner raison » aux préventions instinctives des premiers jours, et » que les revers essuyés par la méthode nouvelle ne » sont pas faits pour les justifier. On lui reproche de » n’avoir encore à produire que peu de faits et on lui » en demande d’autres.

» Mais si ces faits sont si rares, à quoi faut-il s’en » prendre, si ce n’est à une critique préventive et » menaçante, bien faite pour arrêter les plus déter- » minés? Vous voulez de nouveaux faits et vous les » empêchez de se produire. Est-ce logique^ ? »

Cette citation prouve que MM. Warlomont et Maurice Perrin ne jugent pas de la même manière l’anesthésie chloralique. Mais poursuivons.

Pour savoir si la méthode des injections intra-veineuses de chloral réalise ou non un progrès, il importe de se demander quel but veut atteindre le chirurgien quand il emploie les anesthésiques.

Il est hors de doute que le but est de faire disparaître la sensibilité, de manière à supprimer la douleur pendant les opérations. C’est là toute f anesthésie. Or, toutes les fois, qu’avec une substance quelconque, quelque soit, du reste, son mode d'administration, on

1 Warlomont : Analyse d’anesthésique. — Novembre et décembre 1875, p. 262.

arrivera à mieux atteindre ce but, il est certain qu’on aura réalisé un progrès incontestable.

Il s’agit donc de savoir si l’injection intra-veineuse de chloral a, sur l’abolition de la sensibilité et la durée de cette abolition, une action plus énergique que le chloroforme et l’éther.

Si l’on consulte les expérimentateurs, ils proclameront tous, sans exception, la supériorité de l’injection intra-veineuse de chloral. « Je ne connais pas, » dit M. Vulpian, de procédé plus précieux pour la •• physiologie expérimentale ; grâce à ces injections, » un animal peut rester engourdi deux ou trois heures, » anesthésié à un point tel que l’on peut se livrer à » l’expérimentation la plus délicate et la plus labo- » rieuse, telle que l’arrachement du ganglion cervical » supérieur ou du ganglion thoracique. Il a sur le chlo- » reforme et l’éther une supériorité réelle, car avec » l’un ou l’autre de - ces. agents on ne peut obtenir » qu’une anesthésie de courte durée, et si l’on fait

• une opération longue, on est obligé de renouveler •> deux ou trois fois au moins les inhalations ^ . »

M. Yulpian avait déjà dit : « L’injection intra- » veineuse de chloral est, sans contredit, un des » moyens les plus commodes d’obtenir l’immobilité et » l’insensibilité des animaux que l’on veut soumettre » à des vivisections longues,difficiles et douloureuses. » Puis, ces animaux, après un temps variable d’une » demi-heure, d’une ou deux heures, recouvrent, peu » à peu, toutes leurs fonctions. Il ne reste plus alors » aucun trouble que l’on puisse attribuer à l’action » du chloral 2 ».

Rappelons enfin la citation, faite précédemment, et empruntée à la thèse de M. le D'' Lissonde :

» Ce pouvoir anesthésique du chloral ne sau- » rait aujourd’hui faire l’ombre d’un doute, après les

* remarquables expériences dont j’ai été le témoin, et

1 Progrès médical, 1874, p. 198.

2 Dictionnaire encyclopédique.

^ que chacun peut répéter à volonté. C’est au labora- . toire de l’Ecole pratique que j’ai vu reproduire les » résultats obtenus par M. Oré au moyen des injec- » tiens intra-veineuses de chloral. » (Page 57.)

Plus loin, M. Lissonde ajoute :

«Aujourd’hui, après les récents travaux de M. Oré,

» quand on sait qu’une injection intra-veineuse de » 4 grammes de chloral détermine chez un chien, et .) cela en moins de deux minutes, l’état d’anesthésie » complète avec une profonde résolution musculaire,

» on est en droit de se demander si l’hydrate de chloral » n’est pas appelé à jouer un grand rôle chirurgical. » (P. 69.)

Ainsi, l’anesthésie qui succède à l’emploi des injections intra-veineuses de chloral l’emporte de beaucoup par sa force et sa durée sur celle que produisent l’éther et le chloroforme. Si cela ne peut faire de doute quand il s’agit des animaux, n’en sera-t-il pas de même pour l’homme? Que l’on fasse à l’injection de chloral dans les veines des objections plus ou moins fondées, je ne m’en étonne pas. Mais il y a un fait que tous les chirurgiens qui l’ont pratiquée proclament unanimement, c’est l’abolition complète et instantanée de tout mouvement et de toute sensibilité après l’arrivée du chloral dans le torrent circulatoire ; cela a été observé aussi bien quand on l’a dirigé contre le tétanos, que lorsqu’on l’a employé pour produire l’anesthésie. Aussi est-on en droit de dire qu’une fois de plus les observations recueillies sur l’homme ne sont que la reproduction fidèle des résultats obtenus dans le laboratoire.

L’anesthésie chloralique, étant plus profonde, plus durable que l’anesthésie par le chloroforme ou l’éther, réalise donc un progrès sérieux.

Mais ce n’est pas seulement par sa force et par sa durée que l’anesthésie chloralique l’emporte sur les autres, c’est encore par le sommeil qui lui succède. Dès que les dernières vapeurs de chloroforme sont éliminées, le malade se trouve exposé à toutes les

douleurs consécutives aux opéraliôns. De là, la nécessité de recourir, pour le calmer, aux narcotiques à haute dose. Rien de semblable n’arrive après l’injection intra-veineuse de chloral. Lorsque cette insensibilité, que l’on peut considérer comme cadavérique, tant elle est absolue, s’est dissipée en partie, elle est remplacée par un sommeil calme, paisible, sans soubresauts, sans rêvasseries, qui dure plusieurs heures, et évite au malade toutes les suites des grandes opérations. Quand le malade se réveille, tout est fini ; il n’a éprouvé aucune douleur pendant l’opération, il n’en a pas ressenti davantage après. N’est-ce donc rien que de produire de semblables résultats? N’estce pas là le véritable but de l’anesthésie? N’est-ce pas, enfin, ce qui explique ce que m’écrivait l’éminent chirurgien belge, le professeur Soupart :

« Ces résultats, dans les circonstances signalées, » seront sans contredit d’une haute portée et contri- » hueront, j’ose le croire, à assurer dans l’avenir le » èort de votre méthode qui, employée avec les pré- » cautions et les soins qu’elle réclame, comme toute » autre, présente des avantages et une supériorité

• incontestables.»

Mais le sommeil consécutif à .l’injection intra-veineuse de chloral, auquel tous les partisans de la méthode attachent une si grande importance, n’a-t-il pas été invoqué comme argument contre elle?

« Ce n’est pas sans un vif étonnement, a dit M. A. » Forget, que j’ai entendu M. Deneffe nous décrire » sous les traits de la plus parfaite quiétude, l’état » d’esprit où le laissait un opéré plongé pendant plu-

• sieurs heures dans un profond et comme léthargi-

• que sommeil. J’avoue que, comme l’a dit M. Ver- » neuil, j’aime bien, à la suite d’une anesthésie, ne » quitter mon malade qu’après avoir bien constaté » qu il est complètement rentré en possession de lui- » même, et je demande aux initiateurs du chloral s’ils » sont en mesure d’affirmer que ce malade qu’ils aban-

• donnent ainsi, plongé dans un sommeil profond.

» s’en tirera toujours à leur satisfaction et s’il ne . peut pas arriver qu’un jour ou l’autre il ne se » réveille plus ^»

M. Maurice Perrin partage aussi ces appréhensions et trouve un argument contre l’anesthésie chloralique dans ce qui nous la fait regarder comme supérieure à toutes les autres.

« Les inhalations provoquent, dit-il, des effets . rapides tout à fait passagers ; les injections intra- . veineuses déterminent des effets plus compliqués,

» beaucoup plus prolongés, pendant lesquels la vie • reste menacée par une syncope toujours possible,

» souvent grave.

» Dans le premier cas, en quelques minutes, on » endort et l’on réveille le malade. Dans le second, le » sommeil est lent à se produire, mais il dure, à des » degrés divers, de six àhuit et même douze heures 2 .»

A ces observations tirées de la continuité du sommeil et de la syncope toujours possible la réponse est facile.

Il ne peut pas, évidemment, entrer dans la pensée de mes honorables contradicteurs de nier l'influence salutaire qu’un sommeil prolongé peut avoir suites suites d’une opération. Ce qu’ils redoutent donc, c’est le sommeil produit par le chloral, c’est la syncope possible par l’effet de cette substance.

Mais, quand pour combattre le tétanos, on plonge un malade dans la narcose chloralique pendant vingt ou vingt-cinq jours, ainsi que le conseille M. Verneuil, le malade n’est-il pas, au double point de vue « du sommeil et de la syncope toujours possible •, dans des conditions bien autrement graves que pendant l’anesthésie chloralique, dont tous les effets se dissipent en quelques heures? Ôr, qui songera sérieusement à incriminer cette manière de faire de l’éminent professeur de la Faculté de Paris ?

1 Loc. cit., p. 145,

2 Congrès de Bruxelles, p. 198.

Il est parfaitement démontré aujourd’hui que la mort par le chloral arrive par suspension des mouvements du cœur. Si l’injection est faite avec trop de rapidité, cette terminaison fatale peut se produire, niais elle se produit oXov^ immédiatement;^ si, au contraire, le chirurgien est prudent, s’il fait pénétrer, avec lenteur, la solution chloralique dans l’appareil circulatoire, l'action du cœur est faiblement influencée et l’insensibilité arrive sans entrave, sans accident, sans la moindre apparence de syncope. L’effet est enfin obtenu ; on suspend l’injection et le malade reste placé sous son influence qui va toujours s’affaiblissant, jusqu’au moment où, ayant éliminé le chloral par la respiration, il se réveille,alors et revient à son état normal ; en quelques heures tout s’est dissipé. Telle est la marche constante des phénomènes; c’est là ce que mes expériences sur les animaux ont établi, c’est là ce que l’observation clinique a confirmé dans plus de 120 injections faites sur l'homme. S’il manquait à cette affirmation une autorité supérieure à la mienne, je rappellerai ces paroles de M. Vulpian :

« Plus récemment enfin, M. Gruveilhier, à l’hôpital » Saint-Louis, a fait une injection intra-veineuse de » chloral pour un cas de tétanos ; le malade est mort » douze heures après, cette fois, sans réapparition des » convulsions. N’allez pas. Messieurs, par cette mort » rapprochée du moment de l’opération, rendre le chlo-

• val justiciable de la terminaison ; je vous ai dit que » jamais les effets du chloral ne durent ce temps-là ; » au bout de trois, quatre, cinq heures, le coma anes- » thésique a complètement disparu i . »

« M. Forget demande aux initiateurs de la méthode

• s ils sont en mesure d’affirmer que ce malade qu’ils » abandonnent ainsi, plongé dans un profond som- » meil, s en tirera toujours à leur satisfaction, et s’il » ne peut pas arriver qu’il ne se réveille plus, »

Je répondrai à M. Forget que toutes les fois que

1 Progr. médical, p. 215.

chez tes animaux Tinjection intra-veineuse de chloral a été conduite avec prudence, suivant les règles que nous avons établies, le sommeil s’est toujours dissipé en quelques heures, qu’il en a été de même chez l’homme dans plus de 120 injections ; que, dès lors, en présence des résultats constants de l’expérimentation et de la clinique, nous sommes autorisés à penser qu’il en sera habituellement ainsi. Est-ce à dire que nous pouvons affirmer qu’aucun accident ne se pro- .duira jamais?

Mais quel est donc le chirurgien qui, en présence du cas le plus simple, la ponction d’un panarisj par exemple, pourra affirmer que son malade n’aura pas le tétanos, le délire nerveux, une hémorrhagie qui entraîneront la mort? Pourquoi exigerait-on de ceux qui injectent du chloral dans les veines ce que l’on n’oserait pas réclamer de celui qui pratique l’opération la plus insignifiante?

Si le sommeil chloralique a pu nous préoccuper au début de nos recherches, s’il nous a retenu de longues heures auprès de nos opérés, il n’en est plus de même aujourd’hui, car l’expérienpe nous a appris qu’il se dissipe naturellement. Pourquoi, du reste, chercherions-nous à le faire cesser, alors qu’il procure au malade, après l’opération, le calme, le bien-être, l’absence de toute douleur? L’injection intra-veineuse de chloral permet seule de réaliser de semblables résultats.

« La critique serrée et bien nourrie dont les injec- » tiens intra-veineuses de chloral ont été l’objet dans » la deuxième section du Congrès de Bruxelles, dit

• M. Warlomont, ne nous a pas ébranlé. On a dit : » M. Oré a voulu faire autrement, mais, si même il

• réussissait, il n’arriverait pas à faire mieux. » Eh

• bien ! ce n’est pas juste ; si les injections intra-vei-

• neuses, par leur innocuité, venaient à prendre posi- > tion, l’anesthésie aurait certainement fait un grand ' pas en avant. N’est-ce donc, rien à côté d’autres avan-

• tages déjà signalés, que l’insensibilité plus absolue,

» l’immobilité plus profonde, tout cela continué pen- » dant des heures ou même des jours, et avec elles » l’abolition de la douleur durant les premiers temps » qui suivent les opérations et qui sont aujourd’hui 1 ) les plus cruelles à traverserh »

C’est parce qu’elle réalise tous ces résultats que l’anesthésie chloralique réalise un véritable progrès.

Suppression de la période d'excitation. — « On » attribue au chloral injecté l’avantage de supprimer » la période d’excitation de l’anesthésie, dit encore. » M. Maurice Perrin ; le fait ne serait pas sans intérêt, » car c’est à cette période que se produisent le plus » d’accidents, mais cette excitation a été mentionnée » dans le fait déjà cité de Bucquoy. » (P. 146.)

Il est vrai que dans le cas de rage traité par M. Bucquoy à l’aide des injections intra-veineuses de chloral, on a observé une période d’excitation, mais c’est le seul. Il n’y en a pas d’autre. Or, ici, comme toujours, l’exception confirme la règle, et la règle « c’est Vabsence de période d’excitation dans l’anesthésie chloralique ».

Le malade soumis à l’injection intra-veineuse offre un tableau qui est toujours le même. Au début de l’opération, il devient sérieux et parle peu ; bientôt, il ne parle plus du tout ; ses paupières ont une tendance à se fermer ; elles se ferment, en effet, et le sommeil arrive alors. Le malade passe ainsi de la veille à l’anesthésie d’une manière en quelque sorte instantanée. Il ressemble exactement à l’enfant qui, le soir à table, prononce quelques paroles, incline sa tête sur les barreaux de sa chaise et s’endort.

MM. Deneffe et Van Wetter ont parfaitement décrit cette action.

« Dans les cent vingt-deux cas où le chloral a été » injecté dans les veines, soit pour produire l’insen- » sibilité chirurgicale, soit pour combattre le tétanos » ou la rage, le malade s’est endormi et a été anesthé-

1 Annales d’oculistique, novembre et décembre 1875, p. 283.

» sié sans traverser la période de l’excitation, aussi » pénible pour le parient que pour ceux qui l’entou- » rent. Le malade s’endort d’un sommeil si calme et » si paisible, si naturel en un mot, que vous ne vous » apercevez du moment où il commence, que si vous » avez la précaution de dire au patient qu’il doit tenir » les yeux ouverts et si vous lui parlez continuelle- » ment.

» Alors, à un moment donné, les paupières s’alour- » dissent, les yeux sont demi-clos ; la parole hésite, » devient plus lente, moins claire. Si vous interpellez » le malade, il rouvre les yeux, mais il ne peut les » maintenir ouverts, une puissance invincible les » ferme. La parole devient inintelligible, ce n’est plus » qu’un bredouillement, puis c’est le sommeil com- » plet. Pendant que le sommeil s’établit, le malade » radote quelquefois un peu, mais ce radotage est fort 1 ) calme et ne ressemble en rien à ce que l’on entend ') dans l’anesthésie par le chloroforme. Ce n’est point ') le langage d’une personne en délire ; l’intelligence » est obscurcie, mais non éteinte.

» Le malade reste immobile sur la table où il est » couché et le sommeil s’établit si tranquillement, si » naturellement, que si l’opérateur ne le surveille » attentivement, le malade est endormi sans qu’il le » soupçonne.

» Souvenez-vous comment les enfants qui ont joué, » couru toute la journée, s’endorment paisiblement » dans leur assiette après souper. Le sommeil chlo- » ralique, par son calme, ressemble à celui de l’enfant » fatigué. Cette comparaison, faite par M. Oré devant » le Congrès, est d’une exactitude parfaite h:»

Vomissement. — Un autre avantage que présente l’anesthésie par injection intra-veineuse sur l’anesthésie par inhalation, c’est l’absence de vomissement. Aucun de ceux qui l’ont employée n’a jamais noté cet accident. C’est encore là ce qui assure, pour cer-

1 Nouvelles études sur l'anestbésie, p. 50, Bruxelles, 1876.

laines opérations, la supériorité de l’injection de chloral dans les veines.

« Les chirurgiens qui ont le plus vanté le chloroforme employé dans la chirurgie oculaire, dit M. Poinsot, lui reconnaissent cependant un inconvénient sérieux : ce sont les vomissements qui se produisent quelquefois pendant le sommeil anesthésique. Si l’œil a déjà été ouvert par le couteau de l’opérateur, il peut s’en suivre une issue brusque de l’humeur vitrée et même arriver que l’œil se vide à peu près complètement. Les vomissements .se montrent encore au réveil, et, malgré l’emploi d’appareils de pansement appliqués dans ce but spécial, ils n’en auront pas moins'^de très fâcheux résultats.

» L’excitation qui suit un réveil incomplet n’est pas moins dangereuse. Whithe Gooper, dans un cas, ne put terminer l’opération, et j’ai vu, moi-même, dans la pratique d’un confrère, l’iris être arraché dans sa presque totalité par suite d’un mouvement brusque qu’exécuta le malade commençant à sortir du sommeil anesthésique. En outre, ainsi que l’ont fait remarquer Ghassaignac et Stœber, la période d’excitation est caractérisée par la contraction tonique de tous les muscles de l’œil qui favorise encore la sortie de l’humeur vitrée.

» Supprimer les vomissements et l’excitation n’est donc pas un mince résultat. »

Les avantages qui résultent de l’absence des vomissements dans l’anesthésie chloralique n’ont pas échappé à M. Warlomont, l’éminent rédacteur des Annales d'oculistique ;

« L’anesthésie absolue et le sommeil qui la suit, » après l’injection intra-veineuse, seraient pour l’ex- » traction de la cataracte d’un très grand avantage, en » procurant, pendant l’opération, une immobilité com- » plète à l’abri des vomissements, et, après elle, un » repos dont la cicatrisation ne manquerait pas de pro- » fiter pour établir ses premières et précieuses assi- » ses. »

La méthode anesthésique par injections intra-veineuses de chloral présente donc les avantages suivants :

1° Elle détermine une insensibilité dont la durée varie avec la dose. La moyenne offerte par nos malades a été de 45 minutes ;

2" Elle est toujours suivie d’un sommeil calme, profond, régulier, ayant une durée moyenne de 20 h. Par suite de ce sommeil, les opérés échappent aux douleurs inévitables, consécutives à toutes les opérations ;

3" Elle ne produit jamais de période d’excitation ;

4“ Jamais elle ne s’accompagne de vomissement.

Mais n’y a-t-il pas d’ombre à ce tableau ? à cette médaille, n’y a-t-il pas de revers?

Quelques faits malheureux, rapportés précédemment, ont soulevé contre l’anesthésie par injection de chloral dans les veines des objections qui, si elles étaient fondées, devraient y faire renoncer. On a dit :

1° L’injeCtion intra-veineuse de chloral produit des caillots ;

2“ Elle occasionne de la phlébite ;

3° Enfin, elle détermine souvent l’hématurie.

Caillots. — L’injection intra-veineuse de chloral produit-elle des caillots ?

Pour prouver qu’il en est ainsi, on a invoqué la pratique des chirurgiens italiens qui s’en servent dans le traitement des varices.

MM. Deneffe et Van Wetter ont reproduit cette objection à laquelle ils ont répondu. Je citerai leur texte, sans y rien changer, dans la crainte d’en affaiblir la portée :

« MM. Verneûil et Forget ont rappelé devant la Société de Chirurgie, et plus tard au Congrès de Bruxelles, que des chirurgiens italiens utilisaient les propriétés coagulantes du chloral pour obtenir la cure radicale des varices. C’était là une grave atteinte portée aux doctrines de l’éminent physiologiste de Bordeaux. Nous nous demandons en vérité par quelle

aberration (que M. Verneuil, que nous entourons d’ailleurs de toute notre estime, nous pardonne ce mot, c’est lui qui l’a introduit dans la discussion), ces chirurgiens, si distingués à tant de titres, ont pu comparer des veines variqueuses à des veines saines ? Y a-t-il un seul point de comparaison entre l’infusion de chloral dans des veines dont les parois sont profondément altérées, très souvent dans un état sub-inflammatoire, couvertes d’ampoules, tapissées de caillots, où la circulation est ralentie, où le liquide sanguin stagne quelquefois, et l’infusion de la même substance dans des vaisseaux indemnes de toute altération et où le sang circule physiologiquement ? Ces considérations théoriques suffiraient, au besoin, à prouver toute l’inanité de l’argumentation de MM. Verneuil et Forget ; mais nous avons été plus loin, nous avons lu‘ les observations des chirurgiens italiens Porta, Toloni, Pellizari ; que disênt-ils ? Précisément le contraire de ce qu’ont avancé MM. Verneuil et Forget. Ils reconnaissent que la coagulation du sang ne s’est montrée immédiatement que par exception. Règle générale, « aucun caillot ne résulta immédiatement de l’injection ; au contraire, quand on retirait l’aiguille de l’ampoule veineuse, le sang sortait en abondance. » Mais le lendemain tous les vaisseaux injectés étaient douloureux, ils se gonflaient et durcissaient de plus en plus. Est-ce assez clair? Les caillots n’étaient pas le résultat de l’injection du chloral, mais de l’inflammation des veines, inflammation qui existe d’ailleurs à un degré plus ou moins élevé dans tout vaisseau variqueux. Rien n’est plus prompt à la réaction inflammatoire qu’une varice. »

L’argurnent tiré du traitement des varices par les injections intra-veineuses de chloral est donc un argument sans valeur, puisque les chirurgiens italiens, eux-mêmes, reconnaissent qu’après la pénétration du chloral dans 1 ampoule variqueuse, le sang y coule

1 Scalpel, 26 juillet 1874.

parfaitement liquide lorsqu’on vient à enlever l’aiguille .

J’ai voulu me rendre compte directement de cette action coagulante du chloral, et pour cela j’ai consulté l’expérience faite sur l’animal et sur le sang humain.

r Expériences sur les animaux. — Je n’ai jamais observé la coagulation dans mes nombreuses expériences sur les animaux. Mais s’il fallait de nouvelles preuves à l’appui de cette affirmation, je les trouverais dans des expériences récentes que j’ai répétées plusieurs fois. Je n’en citerai qu’une pour éviter des répétitions mutiles.

Sur un chien de haute taille (15 kil.), j’ai mis à nu les veines jugulaire externe et crurale droites ; par la veine jugulaire externe, j’ai introduit une sonde en gomme dans le ventricule droit du cœur. J’ai pu ainsi, avant toute injection, recueillir une certaine quantité de sang. Immédiatement après, j’ai poussé dans la veine crurale une solution de chloral (10 gr. de chloral dans 10 gr. d’eau) ; le chien s’étant endormi et étant devenu absolument insensible, j’ai pu, à l’aide de la même sonde, recueillir du sang au moment même de son mélange avec le chloral. Sa coloration était légèrement modifiée, mais il n’y avait pas la moindre trace de coagulation ; j'ajoute.même qu’il mit plus de temps à se coaguler que le précédent. La sonde ayant été fortement serrée contre la paroi du vaisseau et bouchée afin d’éviter l'entrée de l’air, il m’a été permis de recueillir, de temps en temps, du sang provenant du ventricule droit. Jamais il n’a offert de trace de coagulation. Enfin, profitant de l’anesthésie profonde sous l’influence de laquelle l'animal était placé, j’ai ouvert largement l’abdomen et la poitrine (côté droit), de manière à diviser la veine cave inférieure dans toute sa longueur.

J’ai pu vérifier, ainsi que ceux qui m'entouraient, que le sang était partout fluide, et, cependant, j’avais injecté une solution par moitié.

2“ Sur l’homme. — Lelendemain dujouroù jefis cette expérience, un malade, atteint d’une iritis grave, entra dans mon service, à THôpital Saint-André. Une saignée du bras me parut nécessaire ; on la pratiqua, et le sang fut recueilli dans cinq capsules ainsi disposées ;

La première capsule était vide ;

l.a deuxième capsule contenait une partie d’une solution de 10 gr. de chloral sur 10 gr. d’eau (injection à moitié) ;

La troisième capsule contenait une partie d’une solution de 10 gr. de chloral sur 20 gr. d’eau (injection au tiers) ;

La quatrième capsule contenait une partie d’une solution de 10 gr. de chloral sur 30 gr. d’eau (injection au quart) ;

La cinquième capsule contenait une partie d’une solution de 10 gr. de chloral sur 40 gr. d’eau (injection au cinquième).

Voici dans quel ordre se fit la coagulation : 1“ dans la capsule contenant du sang pur ; 2° dans celle où se trouvait le mélange par moitié ; 3“ dans le mélange au tiers, puis au cinquième, enfin au quart.

Dans cette dernière, le sang mit plus de trois quarts d’heure à se coaguler.

Il résulte de ces expériences que, non-seulement le chloral ne favorise pas la coagulation du sang, mais qu’il la retarde.

Mais on a fait des objections aux déductions tirées des expériences sur les animaux. Ces objections, formulées pour la première fois devant la Société de Chirurgie, l’ont été de nouveau, au Congrès de Bruxelles, par MM. Verneuil et Forget.

M. Verneuil : « J’ai dit, dans la dernière séance, » que l’homme était un animal comme un autre, et » lorsqu’ils sont sains tous les deux, on peut parfai- » tement les comparer au point de vue de l’expéri- » mentalion thérapeutique. Aujourd’hui, sans vouloir » m’élever contre cette expérimentation, ce qui est » loin de ma pensée, j’ai dit que je ne voulais pas que » l’on comparât l’influence qu’un médicament exerce

» sur l’animal sain à celle que le même médicament » exerce sur l’homme malade h »

Si cette opinion de M. Verneuil était fondée, il faudrait renoncer à l’expérimentation physiologique qui deviendrait inutile ; car s’il n’est pas possible de comparer l’influence qu’un médicament exerce sur l'animal sain à celle que le même médicament exerce sur l’homme malade, je me demande à quoi servent toutes les vivisections à l’aide desquelles on étudie les propriétés de tant de substances nouvelles. Heureusement qu'il n’en est pas ainsi. Il me serait bien facile de faire l’histoire de tous les corps nouveaux dont l’expérimentation, en découvrant les propriétés physiologiques, a révélé, en même temps, les propriétés thérapeutiques.

Mais je me garderai bien d’accumuler les preuves qui démontrent que l’on ne peut arriver à formuler de vérités thérapeutiques qu’après avoir consulté l’expérience faite in anima vili. Je ne veux pas sortir de mon sujet, et, m'en tenant au chloral, je recherche comment M. O. Liebreich a établi les propriétés de cette substance.

Je l'ai déjà dit, M. Os. Liebreich - a expérimenté sur six grenouilles et cinq lapins (onze expériences en tout); il leur a injecté de l’hydrate de chloral sous la peau. Il les a vus dormir ; il a vu, en outre, que leur pouvoir réflexe était considérablement amoindri. Il en a conclu qu’il était suffisamment autorisé à expérimenter sur l’homme malade. De là, toutes les expériences faites à l’Hôpital de la Charité de Berlin, dans les services de MM. les professeurs Westhpal, Joseph Meyer, Bardeleben, Virchow, Langenbeck, sur des malades atteints d’épilepsie (p. 57), de paralysie progressive avec folie furieuse (p. 58), de cancer du foie (p. 40), d’arthrite aiguë (p. 41), d’endocardite (p. 45), etc., etc. ; de là

1 Société de Chirurgie. — Séance du 13 mai 1874.

2 De l’Hvdrate de chloral, traduit par Is. Levaillant, p.

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