‹ Le chloral et la médication intraveineuseChapitre 22 sur 29 · MÉCANISME DE LA MORT PAR L’AGARIC BULBEUX · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA MORT PAR L’AGARIC BULBEUX

J’arrive actuellement à l’un des points les plus délicats et les plus difficiles du problèmedont j’ai cherché la solution : le mécanisme de la mort par l’agaric bulbeux.

Pour comprendre ce mécanisme et pour le voir nettement ressortir des expériences que je vais rapporter, il importe d’avoir présentes à l’esprit les lésions gastro-intestinales sur lesquelles j’ai longuement insisté [exp. 1). Ces lésions, qui occupent toute la longueur du tuhe gastrc-intestinal depuis le grand culde-sac de l’estomac jusqu’à l’anus, sont caractérisées : 1“ par un épaississement notable des parois; 2" par une hypérémie de la muqueuse offrant une teinte qui varie du rose au rouge brun, avec arborisations, plaques ecchymotiques rappelant le purpura, ulcérations nombreuses, gonflement et congestion des plaques de Peyer. Gomme je l’ai déjà dit, on comprend que les observateurs qui ont eu sous les yeux de pareilles lésions aient pu penser que le principe actif de l’agaric bulbeux devait être rangé dans la classe des poisons narcotico-acres ; qu’il contenait une substance irritante, caustique, produisant sur la muqueuse tous ces désordres, par suite d’une action directe résultant d’un contact immédiat avec cette membrane. Aussi, mon premier soin a-t-il été de me poser cette question et de chercher à la résoudre :

Les lésions gastro-intestinales occasionnées par l’agaric bulbeux sont-elles un effet direct de la présence de son principe toxique sur la membrane muqueuse, comme la brûlure d’une partie, par exemple, est le résultat de l’application immédiate du calorique sur cette région? ^ ^ ,

Je me hâte de dire que j’ai rejeté, à priori, cette manière de juger et que j’ai bien plutôt attribue ces

lésions si étendues et si profondes à un trouble apporté dans le fonctionnement des centres nerveux. Mais ce n’était là qu’une appréciation sans preuves, que l’expérience pouvait confirmer ou détruire. J’ai donc consulté l’expérimentation. Elle était d’autant plus diffi;;;, cile à diriger qu’il était impossible d’atteindre tous les nerfs qui se distribuent à l’appareil digestif et d’interrompre leur continuité entre les organes et. l’axe cérébro-spinal. Mais ce que je ne pouvais faire pour tout cet appareil, il était possible de l’essayer sur quelques points.

Voici donc comment j’ai procédé ;

Quarante et unième expérience. — Agarics bulbeux administrés

à un chien. — 1 h. 1/2 après, section des deux pneumo-gastriques au cou. — Mort après 80 heures. — Autopsie.

Le 15 octobre 1876, à 10 h. du matin, je fis prendre à un chien de taille moyenne un mélange d’agarics frais et de pâté de foie. 1 h. 1/2 après, je pratique la section des deux pneuniogastriques a la partie moyenne du cou II n’y a pas eu la moindre perte de sang pendant la section des deux nerfs. Tout s’est très bien passé.

9 h. du soir. L’animal a vomi une fois. Les vomissements sont caractéristiques. Pas de selles.

16 octobre, 10 h. du matin, c’est-à-dire 24 heures après l’ingestion des champignons, l’animal a encore vomi une fois depuis, la veille au soir. Il n’y a pas eu de selles.

La respiration est très lente ; 8 inspirations à la minute.

2 h. de l’après-midi. L'animal a eu deux petites selles jaunâtres, dont Tune à moitié solide II est couché sur le flanc di’oit sans contracture des membres. La respiration continue à être aussi lente.

A 3 h. 1/2, il succombe, après avoir poussé des cris pendant une demi-heure avant de mourir.

Néeropsie. — Cavité thoracique. Le cœur est complètement distendu par des caillots noirâtres qui occupent toutes ses cavités.

Les poumons offrent des lésions caractéristiques.

Poumon droit. L’un des lobes de ce poumon présente une teinte violacée générale ; les deux autres lobes offrent en quelques points leur coloration normale, mais dans d’autres, on ren-, contre des îlots congestifs qui présentent des colorations variées, depuis la teinte rosée jusqu’à la teinte rouge-brun la plus foncée.

Mêmes lésions quoique moins étendues dans le poumon gauche. ^

Voies digestives. L’estomac offre dans quelques parties limitées une rougeur assez prononcée, mais cette rougeur n’est pas comparable, pour l’étendue et l’intensité,avec celle que l’on trouve quand les pneumo-gastriques n’ont pas été coupés. La muqueuse n’offre pas d’épaississement.

Quarante-deuxième expérience. — Même expérience. Elle ne diûére de la précédente que parce que la section des deux pneumo-gastrique a été faite immédiatement après l’ingestion des agarics bulbeux dans l’estomac. — Mort.—Nécropsie.

Le 16 octobre 1876, à 10 h. du matin, je fis prendre à un chien des agarics bulbeux frais dans une omelette. Dès que les champignons eurent été avalés, je pratiquai la section des deux pneumo-gastriques au cou.

L’animal n’a pas perdu de sang pendant l’expérience.

5 h du soir. Rien ne s’est encore produit. La respiration est lente (12) par minute,

17 octobre, 6 h. 1/2 du matin. Vomissements glaireux contenant des morceaux de champignons non digérés Pas de selles.

7 h. 1/2. Une selle jaunâtre et sanguinolente. Nouveaux vomissements glaireux avec des parcelles de champignons.

9 h. 1/2. Il n’y a plus ni selles ni diarrhée. Respiration calme et lente (12 par minute).

10 h. 25 m. 11 a bu de l’eau en abondance, ce qui détermine des vomissements glaireux au milieu desquels on rencontre des champignons non digérés.

2 h. L’animal se plaint, il a des mouvements convulsifs qu deviennent de véritables crises tétaniques quand on le touche, i

11 meurt à 3 heures. Il a donc vécu 29 heures depuis le commencement de l’expérience.

Néeropsie. — Les organes thoraciques offrent les mêmes lésions que dans l’expérience précédente.

Voies digestives. L’estomac est exempt d’épaississement des parois; la muqueuse, que l’on peut facilement déplisser, offre une rougeur semblable à celle de l’expérience précédente.

L’intestin présente les lésions caractéristiques de l’empoisonnement par l’agaric bulbeux. Dans cette expérience comme dans la précédente, la lésion stomacale a été moins prononcée que d’habitude, après la section des deux nerfs pneumo-gastriques, et cependant le contact de l’agaric avec la muqueuse a été continu. Mais si les désordres de l’estomiac ont été amoindris, il n’en a pas été de même du tube digestif, où ils se spnt présentés avec leurs caractères habituels.

Bien que ces deux expériences semblent prouver que la section des deux pneumo-gastriques a paru modifier, au moins pour festomac, les troubles anatomiques, il n’en a pas été de même pour l’intestin. Il est vrai que, dans ce dernier, faction directe peut encore être invoquée pour les expliquer. J’ai donc modifié ainsi fexpérimentation :

Quarante-troisième expérience. — Ligature du^ pylore et de l’œsophage après injection, dans l’estomac, d’eau vinaigrée dans laquelle ont macéré des agarics bulbeux. Section — des deux pneumo-gastriques au cou. — Mort. — Nécropsie.

Le 24 octobre 1876, à 10 heures du matin, je pratique à un chien de moyenne taille la ligature du pylore, puis je mets à nu les pneumo-gastriques vers la partie moyenne du cou, après avoir passé un fil, sans le serrer, autour de l’œsophage.

A l’aide d’une sonde œsophagienne, j’injecte 125 grammes d’eau vinaigrée dans laquelle j’ai fait macérer des agarics bulbeux pendant 24 heures. Une fois l’injection terminée, j’enlève la sonde et je lie l’œsophage. L’eau vinaigrée se trouve ainsi emprisonnée dans la cavité de l’estomac, entre les deux ligatures. L’animal fait de vains efforts pour la rejeter par des vomissements ; il rend seulement, par la bouche, une grande quantité de mucosités.

Ces efforts de vomissements vont en diminuant. Ils ont cessé vers 5 heures du soir. Il a succombé le 25 octobre à 6 heures du matin.

Nécropsie. — Raideur absolument tétanique. Cœur congestionné rempli de caillots noirâtres.

Poumons sont d’un rouge foncé, fortement congestionnés. Voies digestives. Les replis de la muqueuse de l’estom ac sont parfaitement distincts les uns des autres et offrent une teinte rosée, sans ulcération, sans piqueté. Elle n’offre aucune altération au niveau du pylore et du cardia.

Après avoir constaté que la ligature du pylore a absolument intercepté toute communication entre l’estomac et l’intestin, car l’eau mise dans le premier organe ne peut pas passer dans le second, j’ouvre le duodénum et j’y rencontre des lésions semblables à celles qui ont été déjà décrites.

Quarante-quatrième expérience. — Même expérience que la précédente, sans section des pneumo-gastriques. —■ Mort. — Nécropsie.

Le 24 octobre, à la même heure, après avoir lié le pylore et placé une ligature d’atteirte autour de l’œsophage, j’introduis

dans l’estomac d’un chien de même taille que le précédent 125 grammes de la même eau vinaigrée, sans avoir préalablement sectionné les pneumo-gastriques. La sonde œsophagienne est alors enlevée et l’œsophage lié. Les symptômes qui suivent sont semblables chez les deux chiens.

Le 25 octobre, à 7 heures du matin, je sacrifie ce chien par la section du bulbe, peu d’instants après la mort de l’autre. Il était intéressant de voir ce que la nécropsie révélerait.

Les poumons sont généralement congestionnés. Le lobe moyen droit l’est en totalité.

Foies digestives. L’estomac est distendu par des matières liquides, glaireuses, abondantes.

La muqueuse ne présente pas d’altérations bien marquées, si ce n’est près du cardia, où l’on trouve quelques plaques congestives. La teinte rosée est la même que chez le chien de la précédente expérience.

L’intestin duodénum, dans toute son étendue, offre un épais* sissement considérable qui lui donne, tant pour le volume que pour l’aspect extérieur, l’aspect du gras-double. Sa surface muqueuse est rouge, offrant des teintes variées depuis le rose jusqu’au rouge brunâtre.

A mesure que l’on descend, l’épaississement semble diminuer, mais la rougeur en plaques disséminées existe jusqu’à la lin.

La vessie est considérablement distendue par une urine jaunâtre.

La communication avec le pylore était parfaitement interrompue par la galiture.

Je poiiiTais déjà tirer certaines conclusions des faits précédents, quant à l’action directe du principe toxique de l’agaric bulbeux sur la muqueuse gastrointestinale. Mais ces conclusions deviendront bien plus évidentes encore après les expériences qui vont suivre. Je crois donc préférable de ne pas interrompre mon exposé.

Quarante-cinquième expérience. —S/rÏÏ autour du pylore et autour du duodénum^ a 20 fntmetres ïune de l’autre.—P onction de l’anse ^^^odenale entre les deux ligatures avec un trocart très fin. — Injection anse de 75 grammes d’une macération deau vmaigiee et d! agaric hulheux. —■ Mort. — Nécropsie.

Le 2 novembre 1876, à 9 heures du soir, j’ouvre la paroi abdominale à un chien, et j’attire au dehors une anse

dénuin. Je place d’abord une ligature autour du pylore, puis à 20 centimètres au-dessous. Ces deux ligatures étant fortement serrées de manière à interrompre complètement, d’une part, la communication avec l’estomac, de l’autre, avec le reste du tube digestif, je ponctionne l’intestin entre les deux ligatures, et j’y fais pénétrer 75 grammes d’une macération d’eau vinaigrée et d’agaric bulbeux. Le tout est remis dans le ventre, et la suture pratiquée pour fermer la plaie faite à la paroi.

L’animal a succombé le matin.

Nécropsie faite le S novembre à Qheuresdn Raideur

tétanique.

L’anse intestinale enserrée entre les deux ligatures est fortement congestionnée et distendue par du liquide. Une ouverture pratiquée sur cette anse laisse écouler un liquide noirâtre, sale. Une quantité considérable de bile est venue s’ajouter au liquide injecté.

, A l’aide du stylet et d’injections faites dans l’anse avec une forte pression, j’ai constaté que les ligatures avaient absolument interrompu toute communication. La muqueuse intestinale examinée soit au niveau de l’anse duodénale, soit au-dessous, offre les lésions caractéristiques de l’empoisonnement par l’agaric bulbeux.

La muqueuse de l’estomac elle même présente aussi ces lésions avec une netteté qui ne laisse plus de doute sur l’influence qu’exerce le système nerveux sur toutes ces manifestations congestives et inflammatoires du tube digestif des animaux empoisonnés par ce champignon.

Quarante-sixième expérience. — Injection dans la cavité du péritoine et dans la plèvre do 75 grammes de macération d'eau vinaigrée et d’agarics bulbeux .— Mort. — Nécropsie.

Le 2 novembre, à 10 heures du soir, j’injecte dans la plèvre et dans le péritoine d’un chien loulou 75 grammes de macération d’eau vinaigrée et d’agarics bulbeux.

L’animal a succombé dans la nuit.

Nécropsie, 8 novembre. — Injection généralisée des deux plèvres, congestion des deux poumons. Le péritoine présente des lésions inflammatoires manifestes. Sur la séreuse intestinale, on trouve des arborisations vasculaires très marquées.

L’ouverture de l’estomac et de l’intestin m’a permis de constater sur la muqueuse et dans toute son étendue les lésions caractéristiques de l’empoisonnement par l’agaric bulbeux

Quarante-fieptième expérience. — Injection sous-cutanée d’une macération d'eau vinaigrée et d’agarics bulbeux. —Mort. — Nécropsie.

Le 5 novembre 1876, à 7 heures du matin, j’ai injecté dans

le tissu cellulaire de la paroi abdominale et des cuisses 75 grammes de la même macération. L’animal a succombé à

10 heures du soir, c est-à-dire après 15 heures.

La nécropsie a été faite avec le plus grand soin.

Elle a révélé, du côté de l’appareil digestif, les lésions caractéristiques de l’empoisonnement par l’agaric bulbeux.

Réflexions. — J’ai insisté à dessein sur les lésions que le principe toxique de l’agaric bulbeux produit sur la muqueuse gastro-intestinale. Ces lésions, on le verra plus tard, ne sont pas, en effet, particulières à ce champignon; on les observe également à la suite de l’emploi de la strychnine et de l’acide arsénieux.

11 en résulte que si l’on arrive à expliquer comment elles se produisent, non-seulement on y trouvera la connaissance du mécanisme de la mort par cet agaric, mais encore on sera conduit, par l’analogie, à considérer toutes les substances qui amèneront les mêmes désordres anatomiques comme ayant, avec ce principe toxique, une parenté physiologique incontestable. Il sera, dès lors, permis d’espérer, qu’en se plaçant au point de vue thérapeutique, une médication unique sera susceptible de combattre avantageusement les effets funestes de toutes ces substances.

Il faut donc rechercher comment se produisent ces lésions.

Elles peuvent résulter : 1“ d’une action directe exercée sur la muqueuse digestive par une matière irritante, caustique, contenue dans l’agaric bulbeux; 2“ d’une action indirecte ou réflexe.

Les expériences rapportées dans la seconde partie de ce mémoire ne permettent pas d’adopter la première opinion. Peut-on admettre l’action directe, quand on voit la lésion se produire dans toute la longueur du tube digestif, alors que l’on emprisonne l’agaric bulbeux entre deux ligatures, dans telle ou telle partie de ce tube ?

S’il en était ainsi, la lésion ne devrait exister que dans le point compris entre les deux ligatures et non au-dessus et au-dessous.

On objectera peut-être que, malgré toutes les précautions prises, les ligatures n’avaient pas été assez serrées pour empêcher la macération d’eau vinaigrée et d’agarics bulbeux de se répandre sur la membrane muqueuse. Mais cette objection ne tomberait-elle pas, si elle se produisait, devant ces expériences, où la macération d’eau vinaigrée et d’agarics, injectée non plus dans les voies digestives mais dans la cavité du péritoine, ou dans le tissu cellulaire, a déterminé les mêmes désordres anatomiques?

Que penser de l’action indirecte ou réflexe?

L’action directe étant inadmissible, j’ai cru pouvoir rattacher, d’abord, les lésions gastro-intestinales à un effet indirect ou réflexe. J’ai dit précédemment que ni la transfusion médiate ou immédiate avec du sang pur ou défibriné, faite entre deux chiens dont l’un était empoisonné par l'agaric bulbeux, n’avait amené aucune influence délétère sur le chien bien portant; qu’il en avait été de même lorsque j’avais établi la communauté du sang dans des conditions identiques.

Cette innocuité du sang provenant de l’animal intoxiqué me fit penser que le principe délétère de l’agaric bulbeux n’était pas absorbé. Me rappelant alors que les spores ne sont dissoutes ni par la cuisson ni par les sucs digestifs, je crus un moment que c’était à elles qu’il fallait attribuer faction si promptement fatale de ce champignon.

Cette hypothèse une fois admise, le mécanisme était facile à indiquer. Les spores exerçaient sur les extrémités terminales des nerfs de l’estomac et de fintestin une irritation spéciale qui, transmise à la moelle, surexcitait son pouvoir réflexe. La moelle transmettait cette excitation aux vaso-moteurs qui, par le trouble apporté à leur fonctionnement, ame-? naient fmalenaent les lésions observées sur la muqueuse gastro-intestinale. Pour mieux faire comprendre ma pensée, je comparai ce qui se passe pour l’agaric bulbeux avec ce qui arrive dans la production du

tétanos traumatique, à la suite d’une lésion faite à un nerf. L’irritation de ce nerf est transmise à la moelle dont le pouvoir réflexe surexcité amène des contractures qui se généralisent.

Je crus à un phénomène de même nature. Le principe toxique de l’agaric bulbeux pouvait donc, dans celte théorie, agir sur les centres nerveux sans avoir été introduit dans le sang par la voie de l’absorption.

Mais l’examen microscopique du vinaigre dans lequel les agarics bulbeux ont macéré ayant démontré Vahsence de spores, alors qu’il en révèle, au contraire, l’existence dans les agarics, après leur macération, j’ai dû renoncer à cette deuxième opinion.

J’ai donc été conduit à donner l’explication suivante, qui me paraît seule admissible :

Le principe toxique, loin d’être solide et insoluble, comme je l’avais cru primitivement, est dissout ; absorbé dans l’intestin, il passe dans le sang parTintermédiaire duquel il va impreigner directement les centres nerveux et surexciter le pouvoir réflexe de la moelle. Ce pouvoir surexcité réfléchit son excitation sur les vaso-moteurs dont le trouble fonctionnel occasionne, par une sorte de paralysie, ces désordres circulatoires que traduisent l’hypérémie à divers degrés, les hémorrhagies, les ulcérations, etc., de la muqueuse gastro-intestinale.

C’est donc, en définitive, le système nerveux qui est atteint par l’agaric bulbeux, et c’est par suite de cette perturbation dans son fonctionnement que la mort arrive.

L'ar/ent délétère de l’agaric bulbeux est donc un poison du système nerveux.

Tel est, je crois, le véritable mécanisme de la mort.

Avant d’arriver à formuler les conséquences qui découlent de ce mécanisme au point de vue de la thérapeutique de l’empoisonnement, je dois insister sur une particularité qui n’est pas sans importance.

Bien des physiologistes ont nié l’absorption par l’estomac. Scbiff a dû entreprendre un assez grand

nombre d’expériences pour démontrer que cet organe n’était pas privé de cette faculté absorbante.

Les expériences dans lesquelles les champignons ont été emprisonnés dans l’estomac entre deux ligatures placées, l’une autour du pylore, l’autre autour de l’œsophage, mettent hors de doute la faculté absorbante de l’estomac, puisque ces animaux ont succombé en présentant, pendant la vie, tous les symptômes de Tempoisonnement, et, après la mort, les lésions qui servent à le caractériser.

Conséquences pratiques. — J’arrive aux conséquences pratiques qui découlent de ces recherches.

La première conséquence, c’est la nécessité de débarrasser l’estomac et l’intestin des agarics bulbeux qu’ils renferment. Toutes mes expériences tendent, en effet, à démontrer que ces champignons échappent presque complètement à l’action digestive, puisque on les retrouve dans toute l’étendue de l’appareil digestif, et cela un très grand nombre d’heures après leur ingestion. On devra donc donner un vomitif et un purgatif. On comprend, en effet, que tant qu’il existera des parcelles de champignons en contact avec la muqueuse, elles y déposeront l’agent toxique qui s’en sépare.

La seconde conséquence, c’est l’inutilité de l’emploi de toutes les substances réputées antidotes,puisque non-seulement on ne connaît pas la nature chimique de l’agent toxique, mais que rexpérimentation démontre que c’est par un trouble de l’innervation que la mort arrive. C’est donc sur les centres nerveux qu’il faut agir.

Mais comment agira-t-on sur les centres nerveux?

^ Les convulsions observées pendant la vie, les crises tétaniques qui précèdent la mort, et l’analogie entre les symptômes produits par l’agaric bulbeux et la strychnine, démontrent que c’est le pouvoir excitonerveux de la moelle qui est exalté par le principe délétère de ce champignon ; il faudra donc lui opposer des substances qui exercent sur ce pouvoir

excito-moteur une action diamétralement opposée. Il faudra employer, en un mot, des agents qui affaiblissent et qui paralysent momentanément l’excitabililé médullaire. Parmi toutes ces substances, il en est une qui se présente d’abord à l’esprit, c’est le chloral.

Tel est le résultat auquel m’ont conduit mes recherches. Il m’a été impossible d’aller plus loin ; car, malgré toutes les précautions que j’avais prises, et les réserves d’agarics desséchés que j’avais faites, j’ai épuisé ma provision avant d’avoir pu expérimenter l’action du chloral. Force est donc de renvoyer à l’été prochain la continuation et la fin de ces études.

Mais ce que je n’ai pu faire au point de vue thérapeutique pour combattre l’empoisonnement par l’agaric bulbeux, je l’ai fait pour une substance, la strychnine, qui présente avec lui une parenté physiologique inconstestable, ainsi que je l’ai précédemment établi.

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