‹ Le chloral et la médication intraveineuseChapitre 4 sur 29 · VOIE VEINEUSE · texte numérisé non relu

VOIE VEINEUSE

C’est au mois d’octobre 1869 que, pour la première fois, MM. Léon Labbé et Goujon ont injecté du chloral dans les veines à la dose de un ou deux grammes en solution aqueuse. Ils observèrent aussitôt un coma profond précédé de quelques troubles respiratoires- Ce sommeil dura de une heure et demie à trois heures, accompagné d’une anesthésie complète pendant une période de vingt-cinq minutes à une heure quinze minutes.

Je ne connaissais pas ces expériences, les seules, du reste, qui eussent été faites par MM. Léon Labbé et Goujon lorsque je commençai mes recherches sur le chloral. Il était donc plus que juste de les mentionner au début de ces études, avant d’exposer les faits qui vont suivre:

Première expérience. — Injection dans la veine crurale droite

d’une solution de 1 gr. de chloral dissous dans 20 gr. d’eau.

La veine crurale d’un jeune chien ayant été mise à nu et isolée, j’injectai, en une seule fois, 1 gr. dé chloral dissous dans

20 gr. d’eau. L’injection avait été faite à 2 h. 40 m. Aussitôt les'battements du cœur devinrent plus précipités, avec des intermittences notables (108battements par minute); détaché de la planche à expériences et mis à terre, l’animal ne put se maintenir sur le train postérieur, qui était frappé d’immobilité.^ Le train antérieur, quoique offrant encore des mouvements, était notablement affaibli.

A 2 h. 48 m., c’est-à-dire huit minutes après le début de l’injection, l’animal tombe dans un sommeil profond, qui s’accompagne d’une paralysie générale de la motilité et de la sensibilité; les mouvements réflexes eux-mêmes sont entièrement abolis.

3 h. 6 m. Une piqûre, pratiquée avec la pointe d’un scalpel sur les diverses parties du corps, détermine quelques mouvements réflexes. La sensibilité semble donc un peu revenue ; le chien essaie de se relever en s’appuyant sur le train antérieur, le postérieur étant frappé d’immobilité ; ses efforts sont superflus ; il s’affaisse et retombe dans le sommeil.

3 h. 30 m. L’animal se réveille ; il cherche encore à se relever ' en s’appuyant sur les pattes de devant ; il ne peut y parvenir ; il titube et tombe ; le sommeil apparaît de nouveau.

3 h. 50 m. Le chien, étendu sur la table à vivisections, est plongé dans une somnolence profonde.

Dès le soir même, l’animal est revenu à son état normal. Trois jours après il a pu servir à une autre expérience.

Deuxième expérience. — Injection del gr. 50 centigr. de chloraî dans la veine crurale d’un chien de moyenne taille.

Immédiatement après l’injection faite, à 3 h., l’animal est pris d’efforts de vomissements, qui cessent presque aussitôt ; puis il tombe dans le coma. Les mouvements du cœur deviennent précipités et petits (152) ; paralysie générale du mouvement et de la sensibilité; toutes les actions réflexes ont disparu. L’ani mal paraît mort.

Tous ces phénomènes n’ont pas mis plus de deux minutes à se produire.

3 h. 30 m. Le pincement des pattes de derrière détermine une douleur vague que l’animal traduit par de faibles cris et en retirant sa patte. Le sommeil continue, il est profond. S’il cesse momentanément sous l’influence d’irritations répétées, il revient aussitôt, car l’animal retombe dans le coma d’où on l’a tiré. La respiration est calme, le pouls est régulier avec quelques intermittences.

3 h. 41 m. En plaçant un flacon d'ammoniaque sous les narines du chien, on détermine des mouvements rapides de la tête ; on le maintient éveillé pendant trois minutes, puis le sommeil se montre de nouveau.

3 h. 52 m. Un choc violent le réveille en sursaut; il essaie de

se relever, mais l’immobilité du train postérieur l’en empêche. Le sommeil revient.

4 h. 10 m. L’animal essaie de marcher; il fait quelques pas dans le laboratoire ; il titube comme dans l’ivresse ; il va se placer sous une chaise, où il s’accroupit. Bientôt la tendance au sommeil est si irrésistible qu’il y retombe presque aussitôt.

Revu, le soir, à 10 heures, il est dans les mêmes conditions ; il dort à la même place.

Le lendemain tous les symptômes étaient dissipés.

Troisième expérience. — Injection de 2 grammes de chloralchez un chien-loup d’assez haute taille.

Ce chien a présenté absolument les mômes phénomènes que les deux précédents, avec celte particularité sur laquelle j’insiste, c’est que le sommeil, la paralysie générale du mouvement et de la sensibilité, l’abolition des mouvements réflexes ont été instantanés.

Tous ces phénomènes se sont manifestés dès la fin de l’injection et ont duré 4 heures. Depuis l’époque où j’ai fait cette expérience, j’ai eu l’occasion de la répéter souvent. Lorsque la dose de chloral a été suffisamment élevée, l’abolition instantanée des mouvements volontaires et réflexes, de la sensibilité a été constante ; la durée seule de cette abolition a varié.

Il devenait intéressant et utile de comparer les effets de l’injection directe dans les veines avec les phénomènes de l’absorption du chloral par voies digestives et sous-cutanées. C’est ce que j’ai recherché dans les expériences suivantes ;

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