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AU POINT DE VUE DE LA PATHOLOGIE ET DE LA THÉRAPEUTIQUE

Un peu de logique ne gâterait rien et couperait court à bien des logomachies.

L observation est la base de la médecine ; mais le concours du raisonnement, d un bon emploi de la logique n’est pas moins indispensable pour constituer la science.

•11 est impossible que jamais celle-ci parvienne à s’édifier, si ce qui a été solidement établi par des faits positifs et multipliés se trouve de nouveau remis incessamment en question d’après des observations hâtives, incomplètes, mal ou insuffisamment contrôlées.

Il semblait, relativement au choléra épidémique, qu’un point se trouvait généralement admis, d’après l’ensemble des observations et des recherches auxquelles ont donné lieu les quatre invasions antérieures à celle-ci que

le choléra a faites en Europe, et qui atteignirent la France en 1832, 18â9, 1853 cl 1865 (1). ’ ’

Ce point, c’est que, en dehors de l’Inde, nulle part le choléra épidémique ne s’était produit spontanément.

Comme corollaire et conséquence de ce premier point, ou plutôt connue proposition adéquate et identique à la précédente, on admettait nécessairement que dans tous les autres pays, l’Inde exceptée, le choléra épidémique ne s était montré qu’à la suite d’une importation.

Cette importation, d’ailleurs, a été démontrée, positivement et'direclement démontrée, prouvée des centaines de fois; toutes les fois, on peut le dire, que les recherches à ce sujet ont été suffisantes et qu’elles ont été I faies ( ans tles con(hlions favorables à la mise en lumière de toutes les i circonslances de production des premiers cas morbides. Ces conditions

(1) bc 1832 à 1873, il y a une période de îl ans, et nous voici à la cinquième invasion. Ces!, en moyenne, une invasion par huitaine d'années.

favorables, les petites localités, les contrées insulaires les présentent tout particulièrement; — les recherches y sont bien plus faciles et plus sûres que dans les grandes agglomérations urbaines.

Eh bien, il y a par milliers des exemples les plus authentiques et les mieux avérés de l’importation du choléra dans les petites villes, dans les communes rurales et dans les îles, petites ou grandes; et je délie qu’on cite un seul exemple pareillement avéré de génération spontanée du choléra épidémique dans les mêmes circonstances de lieu, — pas plus, au reste, dans les grandes villes populeuses, telles que Paris et Londres. Car, pour ce qui concerne ces vastes capitales, ces immenses entassements de créatures humaines, on ne peut alléguer contre l’importation que l’obscurité, parfois inéluctable, qui enveloppe les premiers cas.

La doctrine de l’importation a donc fait sa preuve. C’est à ceux qui la nient de fournir, à leur tour, la preuve, par des faits précis et formels, de la genèse spontanée et sur place du choléra dans un point quelconque hors du territoire de l’Inde. C’est là une tâche dans laquelle ont échoué, jusqu’à présent, les adversaires de l’importation.

Qui dit importation dit transmission ou contagion, et, de plus, spécificité; tout cela s’implique.

Que signifient dès lors ces prétendus signes précurseurs, ces diarrhées prémonitoires collectives, qui régneraient pendant des semaines et des mois entiers avant que l’épidémie cholérique n’éclate et ne signale sa présence par des cas réels de choléra confirmé?

Si le choléra est une maladie spécifique, n’est-ce pas illusion pure de s’imaginer que l’on peut en arrêter, en enrayer le développement, une fois que le germe ou principe cholérigène a pénétré dans l’économie à dose suffisante pour y produire ses effets?

Sans doute, la diarrhée est un des premiers symptômes par lesquels ce principe décèle généralement sa présence. La diarrhée est alors, pour celle affection spécifique, ce que sont, pour la rougeole, le coryza et la bronchite, qui précèdent l’éruption; pour la variole, la céphalalgie, la barre lombaire, les vomissements. Aucun médecin s’aviserait-il de croire qu’il va, en combattant le coryza, la bronchite, ou le mal de tète et le mal de reins, prévenir, empêcher l’évolution de la rougeole ou de la variole? )

Ils sont dupes d’une illusion de ce genre, ceux qui se flattent d’avoir arrêté des cas de choléra débutant, d’avoir prévenu une attaque, parce qu’ils ont administré quelques remèdes anoditis contre une diarrhée qui pouvait être parfaitement étrangère à l’influence épidémique.

Dans les temps d’épidémie rubéolique, il y a aussi, chez bien des enfants et des grandes personnes qui n’ont jamais eu la rougeole, il y a, dis-je, j bon nombre de coryzas et de bronchites qui n’ont nullement trait à l’exanthème spécifique. Les médecius qui ont à traiter de ces cas d'inflammation

de la muqueuse naso-bronéhique prétendront-ils qu’en les guérissant ils ont prévenu des évolutions imminentes de rougeole?

En temps d’épidémie 'cholérique, comme en tout autre temps, il existe des dérangements d’entrailles qui n’ont aucun rapport avec le principe épidémique, et qui ne sont nullement sous sa dépendance. Ces diarrhées offrent toutefois un danger, en ce que, d’une part, elles augmentent l’activité de l’absorption, et qu’elles diminuent, d’autre part, la force de résistance de l’économie à l’intoxication cholérique. On a donc raison de les combattre avec plus de soin qu’en temps ordinaire, mais non point par des purgatifs salins ou autres. MM. Briquet et Mignot, dans leur ouvrage sur le choléra de la Charité en 4.849, ont noté plusieurs cas de choléra qui se déclarèrent à la suite de l’ingestion d’un purgatif. Une remarque analogue a été présentée, en 1866, à la Société médicale des hôpitaux, par M. le professeur Chauffard.

Lorsque, dans le cours d’une diarrhée, survient l’attaque de choléra, la scène change complètement. On voit tout à coup le sujet, pris d’un malaise extrême, d’une angoisse inexprimable (barre épigastrique), avec un sentiment de compression de la poitrine comme par un réseau qui se resserrerait sur ses parois (Chomel), on le voit, dis-je, rejeter par haut et par bas ces matières caractéristiques dites rizif ormes, se tordre sous l’étreinte douloureuse des crampes, devenir rapidement, dans l’espace quelquefois d’un quart d’heure ou d’une demi-heure, froid comme un reptile; prendre successivement, et pour ainsi dire à vue d’œil, la teinte bleue, bronzée et même noire, avec suppression du pouls aux extrémités et transformation du liquide sanguin en une matière poisseuse semblable à de la gelée de groseilles. Comment ne pas comprendre qu’il se passe là dans l’économie quelque chose d’étrange et qui défie l’action de tous nos modificateurs thérapeutiques? qu’il s’y opère une décomposition catalytique par un principe qui paraît agir à la façon des ferments? Car c’est, suivant toute probabilité, la science nouvelle créée par M. Pasteur qui nous donnera enfin le mot de l’énigme du choléra, qui nous en fera connaître l’étiologie vraie, et peut-être, par voie de conséquences, le remède préventif et curatif.

Ce que l’on peut avancer dès à présent, c’est que le principe ou miasme du choléra est d’une nature toute spéciale et qu’il possède éminemment la faculté de se reproduire eide se multiplier en passant d’un individu à un autre ; c’est, de plus, que la sphère d’action de ce miasme est assez circonscrite et qu’elle ne s’étend guère au delà des lieux où se trouvent, soit des cholériques, soit des objets souillés par leurs déjections et émanations diverses.

L’idée d’une constitution épidémique générale se concilie difficilement avec l’immunité, qui a été souvent observée, d’établissements situés dans

des quartiers ravagés par le fléau. Ce sont surtout les établissements fermés, n’ayant que peu de communications avec le dehors, tels que prisons, couvents, pensionnats, qui offrent des exemples de celte immunité.

Ce qui montre bien encore que la façon dont se comportent les épidémies cholériques dépend plutôt des communications entre les hommes que des autres conditions du milieu ambiant, c’est que, dans les grandes villes, le règne épidémique est plus long que dans les petites localités, et que la durée des épidémies est proportionnelle, en quelque sorte, à la population. Ainsi, dans aucune autre ville de France, les épidémies cholériques de 1832, de 1849, de 1853485/i n’ont eu Une aussi longue durée qu’à Paris (1).

Tout concourt, on peut le dire, les faits généraux comme les faits particuliers, à établir que le choléra se propage exclusivement par transmission ou contagion.

{Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , n° du 19 septembre 1873.)

(1) En 1832, la durée du choléra dans Paris, du 24 mars au 18 octobre, comprit 189 jours; en 1849, du 7 mars au 1<* novembre, 236 jours; en 18S3-o4, du 11 novembre de la première année au 31 décembre de la deuxième. 416 jours. L épidémie cholérique de 1865, la plus courte de toutes celles de Paris, alla du 23 septembre à la fin de la même année, parcourant une carrière de 100 jours. Espérons que 1 épidémie actuelle, grâce en bonne partie aux précautions que l’on prend contre la transmission du mal, sera moins longue et moins meurtrière notablement que les précédentes.

Paris. — lmp. Félix Malteste et Ci®, 23, rue des Deux-Portes-St-Sauveur.

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