IST-IL ENDÉMIQUE AU HEDJAZ
Les épidémies observées il y a quelques années en Russie sont aussi d'un grand intérêt. Les germes cholériques paraissent, se fixant sur certains terrains, y sommeiller pendant l'hiver et provoquer au printemps de nouvelles explosions durant plusieurs années consécutives. Le pèlerinage de Kiew est une cause de renforcement et de dissémination qui, pendant quelques années, a donné lieu à de nouvelles épidémies. Mais ce ne sont là que des foyers secondaires, et le choléra n'est pas endémique en Russie. Il en a été de même de la Hongrie.
La question du Hedjaz a une réelle importance. On a pu croire qu'il y avait dans ce pays un foyer originel de choléra permanent, et quelques auteurs ont pensé que l'épidémie qui a désolé l'Europe en 1865 avait eu dans le Hedjaz sa première origine. Dans le vallon de Mina (1),
(1) Tout musulman doil accomplir au moins une fois dans sa vie le pèlerinage prescrit par le Koran. Au retour du berceau du prophète, il prend le nom sacré d'Hadji, litre qui le rend vénérable. Ce voyage long et pénible doit s'eilectucr durant les trois derniers mois de l'année (chewai, ziccaldi, zilidjé) ; mais l'encombrement est si grand, que l'année nouvelle commence, et que le premier mois de moharrem est écoulé avant que la ville soit revenue au chiffre de sa population normale, c'est-à-dire 30,000 habitants. En 18G5, il y a eu plus de 150,000 pèlerins.
Le voyage de la Mecque a lieu sous un soleil brûlant ; l'eau contenue dans les outres des chameaux constitue la seule boisson des pèlerins. L'eau fraîche des oasis est vendue à prix d'or par les soldats et les Arabes vagabonds qui campent à l'entour. Le simoun se fait cruellement sentir. A l'approche de la ville sainte, les pèlerins sont astreints à des pratiques qui rendent leurs fatigues plus pénibles encore. Le barbier rase leurs têtes, coupe leurs ongles et taille leurs moustaches. En même temps, ils revêtent le costume spécial du pèlerinage, consistant en pièces do
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en 1865, on voyait entassés sur les cadavres des montons plus de 80,000 cadavres de pèlerine, morts do fatigue ou de maladies diverses. On comprend quels ravages doit exercer une épidémie sévissant au milieu d'une multitude
toile et de coton qui leur couvrent assez bien le tronc et les épaules, mais laissent la tête complètement à nu. « Plu.s tôt le pèlerin revùt ce costume inconfortable, dit le lieutenant IJurlon. témoin oculaire de ces pratiques au p6ril de sa vie, plus prand est son zèle religieux-. » Les démangeaisons dues à la chaleur ou à la présence de parasites très fréquents doivent être supportées avec une résignation plus que sloïque. Les fidèles ne doivent se gratter qu'avec la paume de la main, de peur d'écraser un insecte parasite ou de déraciner un cheveu. Ils peuvent se mettre à l'onbre ou même élever leurs mains jointes ensemble pour se garantir du soleil, mais il Ipur est interdit de rien placer sur leur tête. Pour chaque infraction à la règle, ils doivent offrir le sacrifice d'un mouton.
Les fêtes se prolongent pendant trois ou quatre jours.
A l'arrivée à la Mecque commencent les grandes dévotions. Au milieu d'une foule innombrable qui assiège la grande mosquée, il faut trouver moyen de faire les sept circumambulalions de la Kaabah, en commençant à la fameuse pierre noire, aèrolithe depuis longtemps encastrée dans les constructions du temple, et que les Arabes supposent apportée du ciel à Abraham par les ancres. Ces promenades exigent un temps très long en raison d'une innombrable affluence, et s'exécutent au milieu des acclamations maniaques de cette multitude accourue d'Europe, d'Asie et d'Afrique.
La seconde solennité a pour objet l'ascension du mont Arafat, où a lieu la prédication accompagnée de vociférations et de gestes exaltés d'un vieux uléma en cheveux blancs assis sur le dos d'un chameau. Quelquefois entre la Mecque et le mont Arafat des pèlerins meurent de soif et de fatigue, s'estimant heureux de passer de vie à trépas sur le sol sacré ; car tout individu qui meurt dans le pèlerinage meurt martyr.
A certains moments, toute l'assistance mêle ses clameurs unanimes aux cris ardents du prédicateur cncrgumène, et alors se développe un élat d'enthousiasme, un paroxysme d'exaltation, de fanatisme et de délire. Ce n'est pas lout encore : au retour de la montagne sainte, retour qui s'effectue au milieu d'une cohue effroyable (il faut l'avoir quittée avant le coucher du soleil), entraînant presque toujours la mort d'un grand nombre de fidèles.