‹ Le choléra [electronic resource]Chapitre 16 sur 59 · EST-IL ENDÉMIQUE AU HEDJAZ · texte numérisé non relu

EST-IL ENDÉMIQUE AU HEDJAZ

semblable, et, quel que soit le mystère dont s'entourent les musulmans quand ils se livrent à leurs] pratiques, si le choléra avait dans le Hedjaz un foyer originel, son existence ne pourrait être ignorée. Or,les voyageurs Niébuhr

les pèlerins se rendent à Mina, bourgade vénérée située entre le mont Arafat et la Mecque.

Dans le vallon voisin de cette bourgade se passe une scène étrange. Plusieurs milliers d'animaux, parmi lesquels on compte des chameaux et des bœufs, sont égorgés au même moment. Dès le lendemain, sous l'influence d'un soleil ardent, ce lieu devient pestilentiel. Burton raconte que jusqu'en 1856 aucune précaution n'avait été prise contre les accidents pouvant succéder à cette putréfaction, hes cadavres des animaux sacrifiés étaient enfouis à une profondeur dérisoire. Quelques-uns mêmes se putréfiaient à l'air libre.

A cet égard, de grandes améliorations ont été apportées ; des abattoirs ont été construits, des fosses destinées a recevoir les débris des animaux ont été creusées. Enfin la désinfection se pratique avec une solution de sulfate de fer.

Nous no sommes pas fl.Kcs sur le nombre total des pèlerins qui prennent part aux cérémonies, et qui parait avoir pu varier depuis 100,000 jusqu'à 180,000. Le grand shérif qui perçoit un impôt sur chaque pèlerin peut seul détei'ininer ces chiffres.

11 y a peu d'années, d'ailleurs, que la lumière s'est faite sur raccomplissement de ces solennités. Jusqu'en 1831 un véritable mystère planait sur les lieux saints de l'islamisme, oîi les Européens ne pouvaient pénétrer sous peine de mort.

Les circonstances du pèlerinage, le nombre des pèlerins, les ressources qu'offraient le Hedjaz et les villes saintes, étaient pour la plupart ignorés même du monde musulman de Constantinople. Nous connaissons les récits faits par Burkhardt en 1814, et plus récemment par Burton, sur leurs périlleux voyages.

Il suffit, d'ailleurs, de se rappeler le massacre postérieur à la guerre d'Orient, à Ujeddah, seul port oîi les Européens fussent tolérés, pour concevoir à quel degré ces foyers du fanatisme étaient alors inaccessibles à l'influence européenne.

Après 18.S1, et surtout depuis 1847, on apprit à Constantinople par le récit des pèlerins venant de la Mecque que souvent le choléra sévissait pendant le pèlerinage. Le ;-clour des caravanes suscita même à diverses reprises des inquiétudes en Egypte et à Damas ; mais les craintes cessaient à l'arrivée des Hadjis qui racontaient les premiers ravages de la maladie, puis sa complète disparition après un certain temps de marche à travers le désert.

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et Burkliardt, ([ui ont visité l'Arabie avant l'invasion de 1831, décrivent les maladies qn'on y observe habituellement et ne mentionnent pas l'existence du choléra.

Il résulte en outre des documents que nous possédons que depuis 1831 le choléra asiatique s'est montré à plusieurs reprises dans le Hedjaz, en 1835, en 1846, en 1848, en 1859, et presque continuellement de 1859 à 1865; il a encore apparu en 1872, en 1877, en 1881 et en 1882. Il est établi, en outre, que, toutes les fois que le choléra s'est montré dans le Hedjaz, il a été une conséquence du pèlerinage de la Mecque, et qu'il a toujours été précédé de l'arrivée des pèlerins hindous.

Cette observation a été faite d'une façon extrêmement évidente pour l'épidémie de 1865. On sait que quelques auteurs avaient cru que cette épidémie avait eu pour foyer d'origine primitif le Hedjaz, sans importation de l'Inde : or, c'est là une erreur, et il est démontré que les premiers cas de choléra qui se sont montrés à la Mecque et à Djeddah ont été consécutifs à l'arrivée des pèlerins. En outre, depuis 1866, quatre fois seulement le choléra s'est manifesté parmi les pèlerins de la Mecque, en 1872, en 1877, en 1881 et en 1882. Il y a donc eu entre chaque manifestation jusqu'à celle de 1881 des intervalles de plusieurs années, d'où la conclusion que le choléra n'est pas endémique dans

le Hedjaz, et que chaque fois il y renaît par importation.

Ainsi donc le Hedjaz n'est point un foyer originel de choléra asiatique. Il y a dans le Hedjaz un miheu très favorable au renforcement, à la propagation et à la dissémination de l'épidémie, mais, pour que l'explosion ait lieu, il est nécessaire que le Hedjaz reçoive l'étincelle, et cette étincelle part de l'Inde. De même, lorsqu'on a prétendu qu'il y avait eu développement autochthone à Hambourg (1831), à Berlin et Londres (1848), àAarau (1854), dans la prison de Genève (1855), on a mal apprécié ces faits, qui tous sont passibles d'une interprétation différente.

Le choléra n'a qu'un berceau, l'Inde, et, toutes les fois qu'il se montre en Europe, c'est qu'il a été importé. Mais comment cette transmission s'opère-t-elle ? Les vents, l'atmosphère, peuvent-ils, comme on le croyait naguère, transporter le principe générateur du choléra à de grandes distances ?

Évidemment, pour démontrer cette puissance de l'atmosphère comme agent de transmission, il faudrait qu'une invasion cholérique quelconque eût eu Heu sans l'intermédiaire d'un voyageur ou d'une provenance. Le principe générateur contagieux serait alors transporté par l'air à travers les mers et au-dessus des mon-

lagiies, mais jusqu'ici un semblable fait n'a pu être observé.

Le choléra est importé, il s'attache aux pas du voyageur. Déjà, dit Griesinger, dans les épidémies qui ont ravagé l'Inde depuis 1817, on avait remarqué que la propagation se faisait surtout le long des grands fleuves qui se trouvaient en môme temps les voies principales du commerce. Les rives des fleuves étaient plus fortement atteintes que les parties plus éloignées, le choléra régnait de préférence le long des routes et de leur voisinage, et l'on fit cette remarque que la maladie ne se développa dans aucune localité qui n'eût reçu un malade du dehors. Cette importation du choléra va devenir absolument évidente pour les faits que nous observerons en Europe.

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