CHOLI'MA
lions cliol(;i irornies ou du sérum du sang des cholériques. J'ai assisté à des expériences du môme ordre faites par mon ami le docteur Chalvet (1865), et je l'ai vu injecter de la n)alière cholérique dans les veines de rats blancs Ces injections ont été suivies de l'apparition des accidents cholériques.
Mais on ne s'est pas contenté des résultats que nous venons d'exposer ; on a voulu y trouver la base d'une théorie ; on a essayé de rechercher à quel corps pouvait être assimilée la matière cholérique, connaître la cause des effets qu'elle produisait, en un mot pénétrer sa nature intime.
C'est dans le but de résoudre cette question que Legros et Goujon ont institué la série d'expériences suivantes : ils ont injecté de 30 à 35 grammes de salive filtrée dans le sang des animaux, mais sans résultat. Ils ont alors employé la diastase végétale (1), tantôt pure et desséchée, tantôt mêlée à d'autres principes, et telle qu'on l'obtient de l'orge germée, broyée et traitée par son poids d'eau tiède. Les résultats furent alors aussi nets que possible : les animaux ont été pris d'accidents cholériques une demi-heure après l'injection de la diastase
(1) Les analyses de M. Ijaiulrimont paraissent établir que le sang el les matières des déjeclions cholériques conliennenl une substance aibuniinoïde ([ui jouil des propriétés saccliorifinntcs el fermentescibles de la diasLase, substance provenant d'une niodiflcalion chimique des principes coagiilables du sang.
fraîche ; en se servant de 0,50 de diastase sèche et purifiée, il fallut attendre une heure.
Les symptômes observés étaient exactement pareils à ceux qu'ils avaient notés dans les injections du liquide cholérique, les lésions que l'on trouvait après la mort étaient semblables. Enfin ils ont répété minutieusement avec la diastase tout ce qu'ils avaient fait avec les déjections.
Les injections faites dans les veines, la trachée et l'estomac, ont présenté les mêmes particularités.
S'étayant de ces résultats, Legros et Goujon ont cru pouvoir établir que les accidents cholériques sont dus à la présence de la diastase dans le sang, et fonder sur ce principe leur théorie, du choléra nostras, qu'ils appellent sporadique.
L'automne est l'époque ordinaire de la manifestation de cette affection : c'est l'époque où l'on mange le plus de fruits ; ils prétendent alors que les malades affectés de choléra nostras ont fait abus de ces fruits, ou bien ont bu du vin nouveau ou des bières mal fabriquées.
Pour le choléra nostras, leur théorie est absolue ; mais ils éprouvent, disent-ils, « quelque difficulté à expliquer d'une façon irrécusable le mode d'invasion du choléra indien. » Cette difficulté n'a pour nous rien de surprenant : la diastase, en effet, existe partout, a existé de tout
102 CHOLKRA.
temps, on en lait un usage constant; et le clioiéra asiatique s'est montré en Europe depuis peu d'années.
Il suffit d'opposer ces deux faits pourjnger cet essai de systématisation.
Il est impossible de dire que la cause du choléra soit la diastase, animale ou végétale. De ce que le principe du choléra agit à la manière d'un ferment comme la diastase, cela ne veut pas dire que ce principe soit la diastase.
L'agent cholérique a pour origine l'Inde, il est spécifique, cela est incontestable, sur ce point il ne peut y avoir de discussion ; la théorie ne doit commencer que pour expliquer le mode d'action de cet agent.
Nous pouvons conclure des développements qui précèdent que les matières cholériques renferment un ferment qui dédouble la glycose, absolument comme la levure de bière. La diastase, comme la levure de bière, injectée dans les veines, détermine des accidents fort analogues à ceux du choléra. Il parait probable, d'après toutes ces données expérimentales, que le choléra est transmis par un agent constitué, comme paraissent l'être tous les ferments, par des germes microscopiques, susceptibles de proliférer avec une grande rapidité dès qu'ils se trouvent dans un milieu favorable.
Mais la levure de bière est un ferment gigantesque dont les éléments histologiques sont très
MODES DE TRANSMISSION. — RÉSUMÉ. m
nettement visibles au microscope, tandis que le ferment cliolërique, s'il existe, est encore inaccessible à nos moyens d'exploration(l). Nous ne pouvons donc le connaître que par ses effets, et nous sommes obligés, comme il arrive souvent en justice, de nous en tenir aux preuves indirectes de la culpabilité.
Nous avons étudié l'agent cholérique au point de vue clinique et expérimental. Nous possédons donc maintenant tous les éléments nécessaires pour élucider la question de la transmission du choléra.
En résumé, l'agent cholérique a pour véhicule l'air ou l'eau. Transporté par l'air, il peut être absorbé par les voies respiratoires ; et c'est ainsi que nous voyons un individu prendre le germe du choléra, soit en vivant dans l'atmosphère d'un cholérique, soit en examinant de trop près les matières cholériques, comme cela est arrivé à certains médecins (2), ou bien encore en s'exposant aux émanations provenant de ces matières ou de linges, d'effets, de bardes, souillés par les déjections. Dans le cas où l'agent cholérique est mêlé à l'eau potable, la transmission a lieu par le tube digestif. En
(1) Espérons que la missioa qui vient de partir pour TEgyplc, avec des inslruclions de M. Pasteur, nous donnera à cet "égard une solulion positive.
(2) Communicalion faite par Crocq, de Bruxelles, au Congrès inlernaiional de Paris, 1867.
m CHOLÉRA.
Perse, l'eau potable est prise dans des conduits à ciel ouvert ; ces môiries conduits servent à laver toutes sortes de linges : c'est ainsi que peut se montrer dans ce pays ce mode de transmission cholérique qui n'est que plus rarement observable chez nous.
La transmission par l'eau est beaucoup moins fréquente que la transmission par l'air; je laisse de côté la transmission par contact, qui ne paraît appuyée par aucun fait sérieux.
L'agent cholérique abandonné à l'air libre perd bientôt sa propriété contagieuse, il s'y détruit rapidement; son activité n'est qu'éphémère, et l'épidémie cesserait bientôt, si le germe n'était reproduit par des régénérations successives. D'autres fois, il est conservé, entretenu par la séquestration; nous avons vu, en effet, que des objets contaminés, enfermés à l'abri de l'air, pouvaient conserver longtemps la faculté de transmettre le principe contagieux qu'ils renferment. Enfin, malgré l'activité éphémère de l'agent contagieux, on le voit s'enraciner dans un pays, y reparaître périodiquement, sans que cette persistance soit explicable par les caractères mêmes de l'agent spécifique.
CONDITIONS TELLURIUUES.
IH. — Influence du milieu. — Les causes adjuvantes, COSMIQUES OU SOMATIQUES. — ROLE DE
l'altitude. — De la nature du terrain. ■ — Théorie de pettenkofer. — Conditions atmosphériques.— Influence des moyens deco.mmu- NicATiON. — Caravanes. — Chemins de fer. — Navires. — Rôle des lazarets. — Loi de l'accoutumance cholérique. — Influence des armées, foires, pèlerinages. — Lois de la conférence. — De l'immunité.
Nous considérerons maintenant le milieu dans lequel l'agent cholérique apparaîtra, quelles circonstances accidentelles ou secondaires viendront favoriser son développement et jouer le rôle de causes adjuvantes.
Ces causes sont cosmiques ou somatiques. Elles dépendent tantôt du sol, du climat, de l'air, quelquefois de l'homme lui-même. Occupons-nous d'abord des conditions telluriques.
On considère, en général, que la profonde différence qui se montre dans les épidémies de choléra provient, en grande partie, de la différence des contrées où elles apparaissent; que le choléra, s'attaquant primitivement auxlocaHtés basses, humides, ne s'étend que rarement aux points plus élevés, aux pays montagneux; souvent même il les épargne complètement.
Les villages placés au pied de l'Elbourz ayant cléaLLeiiils à trois reprises par le ciioléra, le roi de Perse, durant chacune de ces épidémies, a transporté son camp, composé de 10,000 personnes, à 7,500 pieds dans la vallée de l'Aar, au bas du pic volcanique du Démawend. Malgré d'incessantes communications avec les villages infectés, le camp fut entièrement épargné.
Farr (1) a même voulu démontrer que la mortalité du choléra était en raison inverse de l'élévation du sol. Il semble difficile d'ériger ■ces faits en doctrine; d'ailleurs, la moins grande fréquence du choléra sur les pics les plus élevés pourrait bien avoir aussi cette raison, que les points inaccessibles sont peu habités.
A Mexico et au Caucase, on a vu le choléra régner à une hauteur de 7 à 8,000 pieds, ainsi que sur le plateau qui sépare Ghiraz d'Ispahan (7,000 pieds).
Griesinger pense que l'influence de l'altitude der\dent plus sensible dans un cercle limité. Des exemples établissent alors l'immunité relative des localités élevées. Déjà, dans quelques
' (1) Fatir, Bccjislrer genp.ral's J^eporl on fbe morlaUly of choiera in Eiirjlaud. LonJon, 1852.