C. — Injection dans la trachée
Dans les injections dans la trachée les symptômes sont semblables à ceux que présentent les injections dans les veines, ils sont tout aussi rapides. Seulement il faut employer une quantité de liquide un peu plus considérable, car l'animal en rejette parfois une portion. Les injections de liquide infectieux dans la trachée causent des accidents immédiats inquiétants lorsqu'ils sont déjà un peu décomposés et qu'ils ont une odeur un peu forte .
D. — Ingestion.
Thiersch a mêlé à la nourriture d'un certain nombre de souris de petits morceaux de papier à filtre d'un pouce carré. Ils avaient élé trempés dans le liquide intestinal des cholériques, puis on les avait desséchés.
ciioli';ha.
Celle imbibilion a élé pratiquée avec trois sortes de li(|uide:
1° Un liquide frais;
2° Un liquide rejeté depuis six jours et conservé ù la température de 10 degrés;
8* Enfin un liquide plus ancien.
Cent quatre souris ont avalé ces fragments ; celles qui ont été soumises au traitement des déjections fraîches n'ont offert aucun symptôme morbide; mais, sur 34 qui ont avalé du papier trempé dans des déjections de 3 à 9 jours, 30 devinrent malades et moururent: les symptômes qu'elles présentèrent consistèrent en selles aqueuses, disparition de l'odeur de l'urine, puis suppression de celle-ci.
Enfin quelques-unes offrirent, avant de succomber, une roideur tétanique. 11 n'y eut jamais de vomissements.
A l'autopsie, on constata la congestion des intestins, le dépouillement de leur épithélium, la dégénérescence graisseuse des reins et la vacuité de la vessie.
Les papiers imbibés de déjections plus anciennes ne produisirent aucun effet.
Ces expériences, répétées par Legros et Goujon, n'ont donné aucun résultat. Ces auteurs ont cependant obtenu quelques faits positifs par l'ingestion de matières cholériques, mais en opérant avec des doses énormes. Ils ont été obligés de donner à des chiens de 250 à 300 grammes de liquide cholérique, au lieu de 30 à 35 pour l'injeclion dans les veines.
Si l'on se borne à faire prendre au chien un
demi-verre de liquide provenant des déjections, il n'éprouve rien. Le suc gastrique parait neutraliser l'action de la substance introduite, la modifier, la digérer, tandis qu'en forçant la dose, une portion du liquide peut être absorbée sans altération.
Lindsay a fait d'intéressantes expériences qui paraissent démontrer la transmission du choléra par les émanations provenant de déjections cholériques ou de vêtements portés par des cholériques. Ces exhalations auraient donné le choléra à des chiens ou à des chats, lorsque ces animaux étaient soumis à certaines conditions d'affaiblissement, qu'ils étaient placés dans un espace confiné et humide. Lindsay a décrit avec soin les symptômes et les altérations observés sur les animaux qui servaient à ses expériences.
2° Origine et nature de la matière cliolériqiie
employée.
A. — Matières des déjections.
Les expériences do Legros eL Goujon ont été faites âvec des déjections récentes, incolores, inodores, filtrées. La quantité pour obtenir des accidents graves était de 30 à 35 grammes.
CHOLl':UA.
B. — Sâl'um du sang.
Ce sang ôlait retiré par la saignée. Quand on employait le sérum, l'intensité des symptômes a été très - variable.
Lorscju'on prenait du sang de cholérique au début de l'affection, les accidents étaient très marqués, le sérum possédait alors ses propriétés les plus nocives.
Le sang recueilli jjIus lard, pendant la période algide, provoque également des symplômes cholériques, mais d'une intensité moindre. Enfin, si le sang provenait d'un malade en réaction, les accidents étaient d'autant moins intenses qu'on s'éloignait davantage de l'époque du début.
Il eût été intéressant de pratiquer des expériences avec le liquide provenant de la sueur et le liquide baignant les séreuses ; et nous regrettons que Legros et Goujon, qui ont fait les observations précédentes, n'aient pas corn blé cette lacune.
G. — Expérience faite avec de la vapeur d'eau condensée provenant dune atmosphère dans laquelle étaient placés des cholériques.
Legros et Goujon ont imaginé l'expérience suivante : ils ont placé dans une salle de cholériques un ballon en verre rempli de glace et de sel, pour déterminer la condensation de l'eau qui était en suspension dans l'almosplière de la salle. Le liquide recueilli a été injecté dans
les veines et la trachée de plusieurs chiens, et a produit des accidents analogues à ceux du choléra; mais ces expériences, faites dans de mauvaises conditions, à la fin d'une épidémie, ne sont pas suffisamment concluantes. Les ballons à condensation avaient été placés dans les cabinets d'aisances contigus aux salles de cholériques. Les injections faites avec les liquides condensés sur ces nouveaux ballons ne donnèrent lieu à aucun résultat; il est vrai qu'on répandait sur le sol une grande quantité de chlorure de chaux. Ce sont donc des expériences à recommencer.
S° Affe de la matière cholérique employée.
C'est en employant des déjections récentes, incolores et sans odeur, ou du sérum retiré par la saignée, durant la période algide, que Legros et Goujon ont obtenu des manifestations cholériques évidentes.
Quand le liquide était ancien, coloré, des accidents d'infection putride pouvaient se joindre aux infections cholériques et même les remplacer. On se rappelle que Thiersch était arrivé à des résultats opposés.
Il avait môme conclu de ses expériences qu'il se développait dans les déjections cholériques un principe fixe, dans l'intervalle compris entre le troisième et le neuvième jour après leur PROUST. — Choléra. 7
'.)8 CIIOlilltA.
ômissioii. Cet agent ou principe toxique, introduit dans l'organisme des animaux sur lesquels il a été expérimenté, a produit un mal souvent mortel, et a donné lieu à des lésions intestinales et rénales semblables à cjlles que l'on rencontre dans le choléra.
On voit, par la dissidence qui existe entre ces divers expérimentateurs, que l'opinion n'est pas encore faite sur les résultats différents obtenus par l'injection de la matière cholérique et sur la variation de ces accidents, suivant l'âge de la matière employée.
Arrivons à des expériences d'un autre ordre, à des des expériences faites avec des liquides non cholériques.
Expériences faites avec des liquides non cliolériques.
Legros et Goujon ont injecté dans les veinesde plusieurs chiens des substances putrides d'origine diverse, des liquides recueillis par la filtration de selles non cholériques, des déjections cholériques anciennes et exposées dans un vase simplement recouvert d'une feuille de papier, depuis un ou deux mois, etc.
Le plus souvent ils ont observé, il est vrai, un peu de diarrhée et quelques vomissements; mais en regard de ces points communs, com-
parés aux résultats des expériences précédentes, combien de différences !
Les substances putrides mêlées au sang suivent la même voie d'élimination que les ma'tières cholériques, mais elles n'ont que ce poinL de ressemblance. Il y a le plus souvent des accidents immédiats (grande faiblesse et même syur cope, vomissements de matières alimentaires). Quelquefois tout se borne à ces accidents immédiats, et à un frisson survenant dix minutes après; d'autres fois, après un temps variable, mais toujours assez. long, il survient de la diarrhée et un ou deux vomissements ; dans ce cas, la mort peut arriver à la suite de phénomènes fébriles qui durent plusieurs jours. S'il y a guérison, la convalescence n'est pas rapide, la sécrétion de l'urine n'est pas supprimée', elle est,, au contraire, exagérée.
On ne retrouve pas ce refroidissement des extrémités qui envahit l'animal dès le début des accidents cholériques. Enfin, à l'autopsie, on constate des abcès métastatiques, des épanchements sanguins dans les organes, du pus dans les séreuses; le sang n'est pas poisseux.
On voit donc que dans ce cas on a les accidents de l'infection putride, mais nullement ceux du choléra.
Il ressort des détails dans lesquels nous sommes entrés, que le choléra, paraît se communiquer par l'ingestion ou l'injection des déjec-