NAVIRES
L'administration sanitaire ottomane a également appris à la Conférence de Gonstantinople que la caravane qui, de la Mecque, retourne en Égypte par Suez, n'a jamais importé le choléra en Egypte. Si, en 1831, remarque M. Fauvel, le choléra fut importé en Égypte par les pèlerins de la Mecque, il le fut par des pèlerins qui revinrent sur des navires, et non parla caravane, qui n'arriva que plus tard. Il en est de même pour les déserts qui séparent Bagdad de Damas et de la Mecque ; et lorsqu'on 1823, et plus tard en 1847, le choléra, venant de la Perse, s'avança jusqu'au nord de la Syrie, ce fut en remontant le Tigre et l'Euphrate, et non à travers le désert.
Les navires sont loin de présenter la même sécurité. Là, en effet, se trouvent le plus souvent réunies les conditions d'encombrement et de confinement qui doivent faciliter la propagation de l'agent cholérique. Ces éléments n'auront pas une action redoutable si tout l'équipage, provenant d'un même lieu contaminé, a acquis V acclimatement dans un foyer cholérique.
Mais, si le navire a subi un renouvellement partiel, si des hommes neufs sont venus se réunir aux passagers acclimatés , le germe cholérique trouvera dans ces hommes nouveaux un milieu favorable à son éclosion, et, aidé de certaines circonstances adjuvantes , le navire deviendra le siège d'une épidémie intense.
Le rapporteur de la Conférence de Gonstantinople a donné un certain nombre d'exemples semblables ; il a démontré que les observations paraissant contradictoires avaient été l'objet d'une fausse interprétation. Sur 33 paquebots à vapeur et 112 navires à voile arrivés en coutumance de choléra, en 1865; aux Dardanelles, dans l'espace d'un mois et demi, etvenant pour la plupart d'Alexandrie, il n'y eut à bord, pendant la traversée, que 5 cas de mort, et environ 16 hommes atteints de la maladie, qui furent transportés au lazaret. Sur ces bateaux, il y avait un total de 5,326 hommes : on voit donc combien le chiffre des cholériques y est restreint; c'est que les passagers étaient acclimatés.
Cette observation, faite aux Dardanelles, a pu être renouvelée dans tous les autres ports de l'empire ottoman. Le rapport de M. Bartoletti sur la marche du choléra de 1865 donne le même résultat. Ce savant ajoute que ce fait s'est présenté partout où sont arrivées des provenances d'Alexandrie. Quelques cas isolés seulement de choléra se sont montrés à bord des navires qui amenaient à Marseille un nombre si considérable de fuyards.
Au contraire, l'histoire de l'épidémie du choléra qui sévit à bord de la flotte française dans la mer Noire, en 1854, est un exemple saisis-
LAZARETS
sant de l'accroissement rapide de la maladie au milieu d'un équipage vierge d'influence cholérique.
Le choléra s'est montré sur la mer Noire, les 13 et 14 juillet, en même temps que le Primauguet et le Magellan, partis de Gallipoli.
L'importation eut lieu d'abord à Varna, d'où la maladie s'étendit à l'armée de terre.
Jusqu'au 22 juillet, en dehors de ces deux navires, la flotte, en grande partie mouillée à Baltchik, resta indemne; mais, à dater de ce jour, des cholérines et quelques rares attaques de choléra se manifestèrent sur plusieurs vaisseaux, jusqu'au 7 août, jour oii la division Bosquet, en proie au choléra, vint camper à Baltchik; des communications fréquentes s'établirent entre elle et l'escadre. Deux jours après, le choléra éclatait avec une violence extrême sur les vaisseaux.
A dater du 9 août, l'épidémie prit des proportions considérables; en trois jours, elle avait atteint son maximum d'intensité, et, après dix jours, elle était terminée.
Durant cet espace de temps, les cinq vaisseaux les plus maltraités avaient perdu ensemble 456 hommes du choléra, et, en huit jours, la flotte entière, sur un effectif de 13,000 marins, comptait 800 morts.
A partir de ce moment jusqu'à la fin de la guerre, il n'y eut plus à bord de la flotte française que des cas isolés de choléra et de petites recrudescences passagères, remarquées principalement sur les navires qui transportaient des troupes non encore acclimatées.
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On voit combien la différence est sensible dans les deux cas.
Mais si la mortalité est moins considérable dans le premier cas, cela ne veut pas dire que tout danger d'importation soit éloigné.
En effet, la plupart des navires partis d'Alexandrie n'ont eu, comme nous l'avons vu, que très peu de cholériques à bord ; mais ce petit nombre de malades a propagé le choléra; ces cas isolés ont été le point de départ de l'épidémie de 1865. « Ils i'ontpropagé,ditM. Fauvel, par la raison décisive que le choléra ne s'est manifesté que là oii ils ont abordé. »
Cette immunité, résultat de Vaccoutùmance, se retrouve également chez les quarantenaires dans les lazarets. Cette observation a été très remarquable pendant l'épidémie de 1865. Un très grand nombre de personnes , en effet , fuyaient l'épidémie ; ne pouvant débarquer à cause des mesures prescrites par le gouvernement ottoman , elles éiaient placées dans les lazarets, et il y avait là un encombrement considérable. Malgré cet encombrement, malgré des conditions hygiéniques contestables, il y a eu très peu de cas de choléra, et la mortalité a été très légère, parce que ces individus, fuyant des foyers cholériques, avaient déjà subi l'influence cholérique. Ils étaient acclimatés. Dans plusieurs lazarets, à Salonique, aux Dardanelles, à Trébizonde, à Beyrouth, l'encombre-
LAZARETS. 1-21
menfc a été porté à un très haut degré. A ce moment, onze lazarets ont reçu 25,819 quarantenaires. Sur ce chiffre énorme, on n'a compté que 480 attaques de choléra, et seulement 238 décès. Ajoutons même que, parmi ces attaques, un assez grand nombre ne se sont pas développées au lazaret, et que quelques individus ont été débarqués, subissant déjà les atteintes du choléra.
Le tableau suivant, dù à M. Bartoletti, précise avec plus de détails la proposition que nous venons d'émettre.
LAZARETS
Nombre
des quarantenaires.
Attaques développées avant
l'entrée au hzaret.
Attaques développées dans les lazarets.
Nombre total des attaques.
Nombre des décès dans les lazarets.
Dardanelles . .
Smyrne ....
Salonique . . .
Volo
Beyrouth. . . .
Chypre
Crète
Benghazi. . . .
Trébizonde. . .
Samsoun. . . .
Bourgas . . . .
Totaux. . .
Quelquefois, contrevenant aux règlements, un individu atteint de choléra ou portant en lui le germe de la maladie viendra à communiquer avec la population voisine. Il apportera dans cette population vierge de toute inlluence cholérique la maladie dont il a pris le principe. Ces cas ne seront que la vérification de la loi de l'accoutumance cholérique. Ces individus qui, mêlés aux quarantenaines, n'ont provoqué entre eux presque aucun accident, peuvent, par la communication avec la ville voisine, y faire éclater une épidémie d'autant plus redoutable que les habitants n'ont nullement subi l'accoutumance cholérique.
Nous trouvons dans le rapport de M. Bartoletli un fait qui confirme parfaitement cette manière de voir ; il s'est passé aux Dardanelles.
Depuis le commencement de juillet, il y avait eu plusieurs cas de choléra admis ou développés dans le lazaret, lorsque, le 12, un soldat de garde à la porte de l'établissement est atteint de la maladie. Il est transporté à l'hôpital voisin, oiî il succombe rapidement.
Le lendemain, 8 cas de choléra sont constatés, savoir : 3 parmi les soldats de garde à la porte du lazaret ; 2 parmi la garnison du fort touchant à l'établissement ; *1 dans la ville, distante d'une heure de marche par terie, mais beaucoup plus rapprochée par mer, sur un garde de santé, sorli depuis deux jours du lazaret; 1 dans un autre quartier de la ville, sur un individu qui